ACTE PREMIER
JULIE
Ah!... On m'écrivait aussi quo vous étiez très sage et travailleuse.
CHRISTINE
On écrivait... La cousine Noémie?
JULIE
Eh, la jeune curieuse!... Vos études, vous com-' prenez que cela intéressait une maîtresse d école...' C'est votre mère, n'est-ce pas, qui vous donnaitvos leçons?
CHRISTINE
Oui, rien qu'elle... Excepté pour le piano, j'ai l'organiste de Saint-Martin.
JULIE
Vous aimez la musique?
CHRISTINE
Enormément.
JULIE
Tant mieux, nous jouerons à quatre mains... Maintenant que vous êtes grande, votre mère n'a probablement plus guère de leçons à vous donner... A quoi passez-vous le temps ?
CHRISTINE
Oh! je ne m'ennuie jamais... je dessine... La musique... Le catéchisme de persévérance... Un peu de tapisserie... Des vêtements de pauvres... C'est moi qui tiens tous les comptes de maman... Il y a aussi les œuvres : les dames de charité... l'asile... Je suis secrétaire des jeunes économes...
81 l'envhrs d'une sainte
Ainsi pas une minute d'ennui ?
CHRISTINE
Ah cela jamais... Surtout... C'est très singulier... snrtout depuis que je suis grande... Autreibis il «ii'arrivait de trouver le temps long... A présent, il /oie.
JULIE
Même quand vous n'avez rien h faire ?
CHRISTINE, riant.
Justement.
JULIE
Mon enfant, je ne crois pas que cela soit très difficile à expliquer.
CHRISTINE, inquiète et riant encore.
Vraiment?
JULIE
Quand vous n'avez rien à faire, vous songez... et c'est précisément votre meilleure occupation... Et voici que vous rougissez, ma petite... Gomme je n'ai aucun désir de surprendre vos secrets, nous ferons mieux de parler d'autre chose.
CHRISTINE
Claire Dupré m'avait bien prévenue, ma cousine, que vous avez une façon, en causant, sans paraître y prendre garde, de tout vous faire dire... Elle pré- .lendait que vous êtes un peu sorcière... M'en voilà convaincue... Oui, j'ai un très gros secret, ma cousine. Maman le sait... mais il n'y a qu'elle...