‹ L'envers d'une sainte, comédie en trois actesChapitre 41 sur 66 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

JULIE, GFORGES.

GEORGi:S.

M'cxpliqner ce qu'elle est... Pardi cela saule aux yeux : lolle.

Le moment est mal choisi pour plaisanler, Monsieur.

GEOaGES.

Je n\?n ai guère envie... Je dis qu'elle est folle, parce que je le crois.

JULIE

D'après vous, c'est Tolie que rêver dans le mariage l'association des cœurs pour tendre à la perfection ?

GEORGES

Où prenez-vous que j'aie dit cela?... On dénonce îi Christine comme une chose inouù\ que je participe aux faiblesses humaines. Elle en est très surprise, la pauvre enfant, et me juge indigne d'être aimé. Voilà où je me permets de trouver son raisonnement en défaut. Si j'étais parfait d'avance, ne voit-elle pas qu'il lui serait impossible de m'améliorer pour le mariage ? Le but qu'elle se propose serait en partie manqué. Moi seul, pourrais rem- ])lir ma mission d'époux, en la rendant meilleure.

AOT!-: DRUXIÈMS Oo

JULIE

C'osl colaî... Conliniioz ;\ railloi\.. Meilleure!.. Vous avez dil uicillciu-e!... Klle, un angol...

GEORGES

C'est précisémenL en cela qu'elle pèche!... Mieux vaudrait cesser cTètre ange pour rester femme... Vous connaissez le mot de Pascal ?

Qui fait l'ange fait la béte... Un mot que Pascal se serait gardé de prononcer, s'il avait prévu qu'on s'en servirait pour taxer de bêtise ceux qui s'élèvent au-dessus de l'universelle lâcheté.

GEORGES

Enfin, que me reproche-t-on ? Assurément, je suis à peu près renseigné, mais encore ai-je droit à une accusation précise.

JULIE

Est-il vrai que vous ayez fréquenté des personnes?...

GEORGES

Que de détours, nous ne sommes pas au couvent ! Vous demandez s'il est vrai que j'ai eu des maîtresses ? Oui, Madame, et plusieurs. Christine parlait d'actrices de l'Odéon... En etî'et, j'ai été l'amant de Rose Chalmin... Enfin où voulez-vous en venir?... Que diable ' vous avez beau sortir du Sacré-Cœur, il est impossible que vous n'ayez pas une certaine notion de la vie... D'anciennes élèves vous écrivent... Que sais-je, moi ?... Ignorez-vous qu'il n'y a pas un homme, pas un, entendez-vous, à moins

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qu'il ne soiL... souiïranL. qui se marie loi que vous me reprochez de no pas cire... Je serais un phénomène... Encore, notez bien que parmi les jeunes gens, je suis un des très verlueux... En ma qualité de bûcheur, mon laboratoire, mes livres, mes examens, mesélèves, — car j'ai aussi des élèves et vous parlez à un confrère, — tout cela m'a jusqu'ici beaucoup plus occupé que les femmes. Elles m'ont pris quelques lieures de récréation. Voilà-t-il pas un désastre?

11 est inutile, Monsieur, de consacrer un temps si précieux h prouver que l'homme capable de discerner le bien du malesl un phénomène. 11 suffit que vous n'en soyez pas un. Nos renseignements nous le faisaient craindre. Christine ne veut pas d'une union qui mettrait son âme en danger. Quels que soient ses regrets, elle ne balancera jamais en présence d'un devoir... Elle me charge de vous le dire.

GEOUGES.

Mon congé!... Je ne l'accepte pas de vous!... Que Christine me le signifie devant sa mère, et je partirai... très malheureux, car j'aime profondément ma fiancée. Je ne dirai pas que je n'iii jamais aimé qu'elle, mais je n'ai jamais aimé aucune femme comme je l'aime... Je ne pense pas qu'on jjuisse trouver un ])lus noble caractère, ni un cœur plus pur... >ous le savez bien, vmus, qui, je ne sais pour quel motif, cherchez à la détacher de moi. Ce n'est ni à son orgueil, ni à sa jalousie, ni h aucun sentiment égoïste que vous avez fail appel... 11 a fallu lui montreren moi l'ennemi de ses cil'orls versle bien... Son erreur est touchante... Elle me fuit comme on recule d'horreur devant un vice.

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