ACTE DEUXIÈME
JEANNE
Hier. Mon Dieu, je ne tenais pas énormément à ce mariage... Peu de fortune départ et d'autre. Une belle carrière, il est vrai ! du côté de Georges, mais on avance si lentement ! C'est à lui que je m'attachais. Maintenant que nous le perdons, je m'aperçois que j"étais prête à le considérer comme un fils. Et il aime tant Christine!.. .Pauvre garçon!... J'avais le cœur gros de ne pouvoir lui donner la moindre espérance... Et malsré ma bonne volonté, il n'y a pas à y songer... Crirlstine paraît décidée à rompre... Tout cela est venu si brusquement, les rai- S(.)ns qu'elle allègue sont tellement invraisemblables, surtout avec son esprit sérieux, incapable de caprices!... Je ne sais qu'imaginer pour expliquer sa conduite. Il y a des moments, — et cela me cause une inquiétude folle — il y a des moments où je me figure qu'elle a des scrupules religieux... Ces choses-là ne sont pas très rares chez les jeunes filles pieuses. Christine est sombre, rude, comme frappée de terreur... Si on la laissait faire, elle ne quitterait plus l'Eglise oii elle prie avec une sorte de rage... Quelques mots qui lui sont échappés, joints à tous ces symptômes, me font craindre un coup terrible.
JULIE
Qu'entendez-vous par là?
JEANNE
Ne vous a-t-elle pas laissé entrevoir rmtention de se faire religieuse ?
JULIE, avec un sourire amer»
Ah ! voilà le coup terrible?
JEANNE
Mon unique enfanL !... Tout ce qui survit de mon bonheur!
JL'LIE.
Elle ne m'a rien dit de précis.
JEANNE
Enfm, vous croyez cela possible ?
JULIE
Probable même !
JEANNE, joignant les mains.
Û Julie, rendez-la moi!...
JULIE
Qu'y puis-je?... C'est une afTaire entre Christine et Dieu.
JEANNE
Dans laquelle vous jouez le rôle d'intermédiaire.
JULIE
Vous adoptez, h ce que je vois, la version de monsieur Pierrard?
JE\NNE
Ecoutez, Julie, je ne viens pas récriminer... Nous causons de bonne amitié, soucieuses avant tout du bien de ma lille... Je m'étunnc qu'avec voire passé d'éducatrice, vous n'ayez point remarqué à quel point Chiisline subit votre ascendant... Mériter votre approbation est devenu chez elle une