ACTE TROISIÈME
idée fixe. Elle n'agit plus sans s'être demandé : « Que pensera Julie? i> Eh bien, si vous aviez fait attention, vous auriez constaté que jusqu'ici votre influence n'est pas bonne. Christine, à tort, j'en suis sûre, vous croit impitoyable aux péchés les plus véniels et méprisante de nos petites existences sans vertus héroïques ni devoirs sublimes. Pour se mettre à l'unisson, elle se montre difficile, mystique, chercheuse de complications morales... Rien ne satisfait plus ses aspirations... J'ai vu son caractère changer du jour au lendemain, et cela de l'instant où elle vous a connue. Avant, elle était si gaie, si gentille... Vous paraissez !... Adieu son air heureux, sa physionomie ouverte, la confiance qu'elle me témoignait... Vous ne savez pas ce que nous étions. Il ne lui était pas arrivé une fois depuis sa naissance, de me cacher une pensée ou une action... Et voilà qu'elle prend la résolution la plus grave de sa vie : renvoyer un honnête homme ■qu'elle avait promis d'épouser, sans même songer à m'avertir ! Même au physique, elle est méconnaissable. Ne la voyez-vous pas maigrir et changer à vue d'oeil?... Sa fraîcheur d'il y a un mois où est-elle? A dix-huit ans, on dirait une de ces filles de 22 ou 23 ans, montées en graine, qui se dessèchent dans l'attente d'un mari !... Et c'est moi, qui vous l'ai amenée ! N'avez-vous donc pas senti ce qu'il y avait d'affectueux dans ma façon d'agir?... Nous ne pouvions pas devenir très liées... II y avait entre nous une ombre... Et pourtant, je vous devinais si seule!... Alors j'ai eu l'inspiration de vous donner en ma fille une charmante petite amie... Un rayon de soleil dans votre existence... N'éteignez pas le rayon!.. J'en ai besoin pour vivre!...
JULIE, sèchement.
C'est très malheureux. . . Je n'y puis rien. ».
78 l'envers d'cne sainte
JEANNE
Laissez-vous attendrir, Julie... L'empire que vous exercez sur ma fille, ne l'employez pas h faire mou malheur et le sien.. .
JULIE
Le vôtre, j'admets... Le sien, cela n'est pas prouvé...
JEANNE
Soutiendrez-vous qu'elle a la vocation ? Ah ! plût au ciel !... Je n'aurais du moins à pleurer que sur moi-même. Mais non! 11 fallait l'entendre il y a quelques semaines, toute au bonheur d'être fiancée ! Sa joie faisait plaisir à voiri Je vous en réponds, elle ne rêvait ni de cloître, ni de cellule... Une vocation religieuse ne s'improvise pas en huit jours, à moins de catastrophe, de vie brisée... Dans les conditions ordinaires, un désir aussi subit de quitter le monde, ne peut se justifier que par une excessive admiration pour une personne austère... Il y a eu un temps où moi-même j'étais enthousiaste de vous, Julie... Aussi n'est-ce point au hasard que je vous crois capable de monter la tête d'une jeune fille jusqu'à l'exaltation la plus folle. Christine est sous votre dépendance absolue... Voyez dans quel abîme vous la précipitez!... Pendant des années malheureuse au cou vent... Ou bien, si elle se décourage, une existence stérile parmi nous...
JULIE, amcremenl ironique.
Tout à fait mon histoire !
JEANNE
C'est pour cela, Julie, qu'il faut épargner ma