SCENE ,V
HUGHES, JOUIS, BARBE, qui survient, d'un air inquiet.
HUGHES, montrant le portrait.
Barbe?...
BARBE
J'arrivais justement, monsieur, pour • vous l'avouer... Un accident...
Malheureuse ! Je vous avais donné l'ordre de ns jamais entrer ici sans que j'y fusse.
BARBE
Oui! monsieur... mais demain c'est la fête de la Présentation de la Vierge, un jour comme un dimanche. Il m'a fallu avancer l'ouvrage de la semaine. Et monsieur est resté absent toute la journée...
HUGHES
N'importe!... Vous ne comprenez donc pas encore ce que c'est pour moi que ces souvenirs d'EUe? Ma vie est attachée à tous ces objets...
BARBE
Je comprends bien, monsieur...
HUGHES
Barbe, ne touchez jamais plus aux portraits... Pensez, si la vitre s'était fendue autrement!... Un pastel! Vous n'y connaissez rien... Mais c'est une poussière de couleur... Elle tient à peine. Le visage aurait pu se défaire entièrertient. Et je ne . l'aurais plus vu. Et c'aurait été comme si ma morte mourait encore une fois...
BARBE
Je le promets à monsieur, pareille chose n'arrivera plus...
HUGHES, lui montrant le coffret de cristal où repose la chevelure. '
Et ceci surtout, Barbe... prenez-y bien 'garde! Ses cheveux! Je les ai mis dans ce cercueil de verre, car cela est mort quand même, puisque c'est d'un mort.. . et il faut n'y jamais toucher.
BARBE
Oh ! jamais je n'y toucherai, monsieur. C'est sa* cré... Et ils me font peur.
HUGHES
Vous avez raison, Barbe. Ils sont quelque chose de la morte qui se continue ici... Pour les choses silencieuses qui vivent autour, dites-vous bien que cette chevelure est liée à leur existence, qu'elle est l'âme de la maison et que d'elle dépend peutêtre la vie de la maison !... (Se dirigeant vers Joris qui 4 est assis dans nu fauteuil, et lui montrant le coffret de cris-
tal.) Les cheveux aussi sont textuels.
JORIS
Vraiment ?
HUGHES
L'autre part d'une même chevelure!... Ah! ces cheveux de l'inconnue, les manier également, les faire flotter dans l'air, comme s'ils n'appartenaient plus à personne, comme s'ils appartenaient à Geneviève !
JORIS, se levant.
Alors, vous allez la retrouver? Moi, il est temps que je rentre.
HUGHES
V Attendez. Je vous accompagne. Je me suis décidé. Après tout, je ne vais que voir un portrait plus ressemblant de ma morte. (D'un ton de résolution.) Barbe?
BARBE
Monsieur !
HUGHES-
C'est convenu. Finissez de ranger ici. Soyez bien prudente. Quant à l'accident, je vous pardonne.
BARBE
Monsieur est bien bon... Cela n'arrivera jamais plus.
Et achevez, tout à votre aise. Il n'y aura pas de dîner à préparer. Je vais sortir, je ne dînerai pas ici, ce soir...
BARBE, stupéfaite.
Ah ! Tiens ! C'est la première fois que cela arrive à monsieur !
HUGHES-
Oui, Barbe...
Hughes et Joris sortent.