SCÈNE PREMIÈRE
HUGHES, BARBE, qui entre par la petite porte de gauche.
BARBE
J'ai fait ce que monsieur m'a commandé. J'ai sorti Les robes de l'armoire. .. Elles sont bien dé-
fraîchies. Il y en a même dont la soie est toute déteinte.
La toilette rose aussi?
BARBE
On ne s'en aperçoit pas. . • Elle est d'un autre rose, sans doute...
HUGHES
Et puis, c'est la plus récente, Barbe, la dernière que madame a achetée... C'était pour un bal, un mois avant sa mort... Elle lui allait si bienl...
BARBE
Monsieur a tort de se faire ainsi toujours du chagrin...
HUGHES
Vous mettrez cette robe à part, Barbe/ dans ma chambre, vous l'étalerez sur le lit, pour qu'elle ne se chiffonne pas.
BARBE
Monsieur ne va donc pas conserver cette robe-là parmi les autres?... Ou est-ce les autres que monsieur ne va plus garder dans les armoires?... Je croyais que monsieur ne voulait rien changer, comme si madame n'était qu'absente et pouvait revenir.
HUGHES
Ne vous inquiétez pas, Barbe.
BAUBE
Si. Je m'inquiète. Que penserait la pauvre madame?
HUGHES f - la regardant avec émoi comme s'il craignait qu'elle eût deviné ou sût quelque chose.
Que voulez-vous dire ?
BARBE
J'ai peur que peut-être monsieur songe à les vendre, ces robes. Or, dans mon village, en Flandre, quand on n'a pas vendu tout de suite, la se-
maine de son enterrement, les hardes d'un mort, on doit les conserver, sa propre vie durant, sous peine de maintenir ce mort en purgatoire jusqu'à ce qu'on trépasse soi-même.
HUGHES
Soyez tranquille, Barbe. Je n'ai l'intention de rien vendre. Donc, faites comme je vous ai indiqué. Et maintenant, écoutez bien : M. Borluut va arriver d'un moment à l'autre... Je lui ai donné rendez-vous à cette heure-ci... Mais, ensuite, j'attends une autre personne.
BARBE
Monsieur a donc un nouvel ami ?
HUGHES
Je vous dis : une autre personne. Vous la ferez introduire ici, de même, directement.
Bien, monsieur; bien, monsieur! Je vais donc mettre à part la toilette rose.
Elle sort par la porte de la chambre à coucher.