PORT NS
—Bien, je ne sais Pas. Je ne sais trop ce qu’on donne...
- Oui, mais enfin, combien voudriez-vous avoir?
— Est-ce que vingt dollars ce serait trop ?
—Non, ce ne serait Certainement pas trop, mais ic ne sais. si le “patron” voudra donner Ça. Ac. cepteriez-vous dix-huit ?
—Oh ! oui. ,
—Bon. Je me charge de vous les faire obtenir. Il faut toujours bien Payer un peu les hommes. On ne peut pas faire travailler pour rien.
-—Je serais satisfait d'entrer à ces conditions, I doit y avoir moyen de se faire augmenter, plus tard.
—C'’est parfait ; venez me voir, chez moi, ce soir. Nous parlerons un peu et je vous dirai quand venir vous mettre À l'ouvrage.
Martin partit fort impressionné.
La perspective du travail nouveau et iaconnu auquel il allait se livrer le rendait “tout chose”,
A huit heures précises, il sonnait à la porte du logis d'Hector Dorion. — C'était le nom du city editor.
Dorion vint ouvrir lui-même.
il fit entrer Martin, l’introduisit dans le salon et l’invita à se mettre à son aise et à causer avec lui à cœur ouvert.
L’invitation réconforta un peu Martin, sans toutefois le mettre très à l'aise. Il répondit du mieux qu’il put aux questions de Dorion et en fit lui-même plusieurs.
Dorion tenait particulièrement à savoir si Martin entendait entrer sans arrière-peusée dans la car-
rière du journalisme et s’y consacrer corps et âme. C'était un passionné et un énergique ; il ne concevait pas qu’on pôt se jeter : dans ln lutte autrement qu'à corps perdu. C'était à ces qualités d'homme d'action et d'énergie qu’il devait ses succès dans le journalisme, et il les prisait plus que toutes autres. Martin donna son assentiment à tout, sans savoir exactement ce qu’il disait, gagné par l’ardeur communicative de son interlocuteur. À son tour, il posa des questions : “y avait-il beaucoup de chances de succès dans le journalisme ? pouvait-on espérer s’y faire rapidement un salaire rémunérateur ?”’ Autant d’interrogations que lui suggéraient son enthousiasme naïf et son entraînement de jeune homme sans expérience. — I] croyait fermement que le travail et le dévouement étaient deux sûrs garants de succès.
Dorion lui répondit dans l’affirmative et lui dit de venir commencer à travailler le lendemain matin. C'était donc fait. Il était reporter, à dix-huit dollars par semaine.
Il s’en alla, heureux, sans se rendre bien nettement compte du changement qui venait de s’opérer dans sa vie.