‹ L'Épargne Forcée MonétaireChapitre 10 sur 56 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

logique. L'essentiel est de choisir ses définitions et de s’y tenir dans la suite de la discussion.

Il est d’usage de distinguer trois aspects principaux dans le concept de capital : l’un correspond au stock existant des biens de production fabriqués, par conséquent de durée limitée, et susceptibles d’être employés à une production ultérieure. Nous les dénominerons, dans ce qui suit : biens-capitaux ou biens de production.

Le deuxième aspect du capital, à la différence du premier, correspond à la période où le capital est prêt à ètre investi, sans avoir encore pris une forme matérielle déterminée, telle qu’il la revêtira en qualité de hien de production. Nous dirons qu’il s’agit alors de « capital libre », dans sa forme non investie.

Enfr. on peut désigner par capital toute source permancnte de revenu, par opposition au revenu même.

L’une des tâches principales de la théorie du capital consiste à expliquer comment l’emploi des bienscapitaux dans la production aboutit à la production d’un flot de revenu. et à rechercher les conditions d'emploi qui détermineront le montant de ce flot ; autrement dit, quelles espèces de biens on choisira de produire plutôt que d’autres, et pour quelles périodes on investira le capital. Ce problème sort cependant des limites de notre étude, qui a pour objet l'examen des influences monétaires dans la formation du capital Dans ce qui suit, nous nous attacherons donc aux deux premiers de ces aspects. les plus importants pour l'explication de ce phénomène.

RE LE rEes A. — LES BIENS-CAPITAUX.

Un bien-capital quelconque est défini par les caractéristiques suivantes : 1° par la durée plus ou moins grande pendant laquelle il rend des services; 2' par la durée plus ou moins grande nécessaire à sa production; 3° par la distance qui le sépare dans la structure de la production, (c’est-à-dire dans le temps) de ia maturation finale de ses services en biens de consommation; 4° par son caractère plus ou moins spécifique.

1° La première caractéristique correspond à la distinction habituelle entre capitaux fixes et capitaux circulants; entendue en ce sens (qui est celui adopté par Ricardo et Jevons, (?) elle ne constitue qu’une différence de degré entre tous les biens-capitaux, un bien participant d’autant plus de la nature du capital fixe qu’il est plus durable. A la limite, les ressources entièrement permanentes ne doivent donc plus être considérées comme des biens-capitaux (bien que, lorsqu'elles sont l’objet d’appropriation elles constituent du capital en tant que source de revenu), mais comme des facteurs originels de production.

La période pendant laquelle un bien rend des services est la période au bout de laquelle il est entièrement consommé. Et comme tout bien d’une durée

(9) Ricardo, Principes, chap. I. Jevons, Théorie de l'Economie Politique, édit. française, p. 331.

ms PAD

limitée doit être reconstitué si l’on désire assurer la permanence de ses services, le caractère de « biens de production produits » n’est donc qu’un autre aspect de la durée plus ou moins grande des biens capitaux.

2° La durée nécessaire à la mise en service d’un bien quelconque constitue ce qu’on appelle parfois la période de production de ce bien. Ce concept, employé d’une manière extensive depuis Bôhm- Bawerk, a prêté depuis quelques années à des critiques nombreuses; certaines vont jusqu’à demander son élimination complète de la théorie du capital. (4) Mais Bôhm-Bawerk avait, nous semble-t-il, répondu par avance à la principale de ces critiques lorsqu’il reconnaissait que la période de production pouvait être calculée, rigoureusement parlant, à partir du moment où le premier bien-capital a été créé, puisque tous les biens-capitaux existants doivent leur existence à des biens-capitaux antérieurs, dont ils ont recueilli la valeur. Ainsi la période de production de n'importe quel bien pourrait être comptée à partir de l’âge de pierre. Elle ne doit donc pas être appré-

(10) J.-M. Fleming, The Period of Production and derived Concepts, Review of Economic Studies, vol. III-1, Oct. 1935. C. R. Nurkse, The Schematic Representation of the Period of Production, id., vol. II-3, june 1935; et la controverse entre Hayek et Knight : Knight, Capital, Time & the Interest Rate, Economica, aug. 1934, Professor Hayek & the Theory of Investment, Economic Journal, vol. XLV, mars 1935. The Quantity of Capital & the Rate of Interest, Quarterly Journal of Economics, août et déc. 1936. — Hayek : The Mythology of Capital, Quarterly Journal of Economics, mars 1936.

ENTITES

ciée « d’après l’intervalle absolu écoulé entre la dépense du premier atome de travail et l’achèvement de l'ouvrage », mais selon « l’espace de temps qui s’écoule en moyenne entre la dépense des forces originelles du travail et des utilités du sol, employées successivement pour un ouvrage, et l’achèvement des biens de jouissance définitifs ». (4) Ajoutons que le raisonnement utilisé ici pour la production des biens de jouissance, ou pour la période de production, s’applique également à cette partie de la période de production nécessaire à la mise en service d’un bien de production intermédiaire.

A la production d’un bien quelconque correspond, outre la période de production proprement dite, — qui tient compte de tous les facteurs de production et biens intermédiaires ayant concouru à la production du bien, — une période moyenne d’attente, décomptée à partir du moment où commence l’investissement nouveau, étant donné l'appareil existant des biens capitaux : c’est le temps nécessaire à la production du bien à partir du moment où des forces de production sont détournées de leur emploi antérieur pour être affectées à la production du bien-capital, c’est-à-dire, du moment où la répartition existante de tous les agents de production (facteurs originels et biens intermédiaires) est modifiée par cet investissement neuf; et cet investissement ne peut être terminé que si la période d’attente est respectée; autre-

(11) Bôhm-Bawerk, op. cit., p. 204.

Page 1