‹ L'Épargne Forcée MonétaireChapitre 25 sur 56 · B. - OPÉRATIONS DE CRÉDIT ET INSTRUMENTS DE CRÉDIT · texte numérisé non relu

B. - OPÉRATIONS DE CRÉDIT ET INSTRUMENTS DE CRÉDIT

Dans une économie monétaire, une transaction au comptant est l'échange définitif d’un bien contre de la monnaie liquide, — autrement dit contre la faculté d'acheter immédiatement un autre bien réel. C’est donc, en fin de compte, l’échange d’un bien présent contre un bien présent. Le crédit apparaît lorsque la remise de monnaie liquide est différée, et que le bien présent s’échange contre une promesse de payer de la monnaie liquide, — autrement dit contre un bien futur.

Deux cas peuvent alors se présenter.

Il peut d’abord s’agir d’une vente commerciale à crédit, de l’échange direct d’une marchandise contre une promesse de payer de la monnaie liquide. Ou bien, — et cette opération fait d’ailleurs généralement suite à la précédente, lorsqu'un commerçant fait escompter une traite, — le bien présent est luimême constitué par de la monnaie liquide. Dans tous les cas, qu’il s’agisse de transactions commerciales, ou d'opérations proprement financières, l’opération de crédit est un échange où l’une des parties accepte

SR

de ne recevoir la contrepartie de ce qu’elle cède qu'après un certain intervalle de temps. C’est l’échange d’un bien présent contre un bien futur. (#) Le bien futur est alors représenté par une promesse de paiement, c’est-à-dire par un instrument de crédit.

Si cet instrument donnait droit, comme ce serait le cas de « bons d’achat » dans une économie non monétaire, à un bien particulier, il ne pourrait évidemment faire lui-même office de ce bien. Mais, — et c’est l’explication principale de tous les « mystères > de ce premier aspect du crédit, — lorsque cet instrument représente une promesse de payer de la monnaie, il peut dans certaines conditions, faire exactement le même usage que la monnaie dont il anticipe le paiement. « Je ne puis enfourcher une créance sur un cheval, écrit Schumpeter (), mais suivant les circonstances je puis, avec une créance sur de la monnaie faire tout à fait la même chose qu'avec de la monnaie, c’est-à-dire acheter ». Le propre de la monnaie, métallique ou non, est de n’être jamais désirée pour elle-même, en tant que monnaie, mais pour l’échange qu’on peut faire contre des biens réels, — immédiatement ou à une date future (1). Elle circule indéfiniment sans être jamais directement et

définitivement consommée. Et ce qui précisément fait

(8) Mises, The Theory of Money and Credit, pp. 263 ss.

‘9) Théorie de l'Evolution Economique, édit. fr. p. 365.

(10) Ainsi s'explique suffisamment comment la fonction de « conservatrice des valeurs dans le temps » attribuée à la monnaie, est dérivée directement de sa fonction fondamentale de « moyen d'échange ».

hr

la différence entre la monnaie et les biens réels, et, par conséquent, entre les créances sur de la monnaie et les créances sur de tels biens, fait en même temps, sous certaines conditions, l’équivalence entre les créances sur la monnaie et la monnaie même.

Tous les instruments de crédit ne sont pas, évidemment, des substituts monétaires en ce sens. Beaucoup n’ont aucune circulation effective, ne sont nulle part acceptés en paiement définitif. C’est le cas, en général, de l’effet de commerce, qui constitue l’instrument de crédit par excellence. Mais cet instrument-même sert parfois (surtout s’il s’agit d’un effet à vue) dans des cercles commerciaux très restreints, à effectuer des règlements. Et, historiquement, l'effet de commerce a précédé les types modernes de monnaie fiduciaire ; au xvur° siècle, dans les grands centres commerciaux de l’Europe, il était fréquent de voir régler les transactions à l’aide de ces effets, qui circulaient pendant une période souvent longue, endossés d’un nombre de signatures de plus en plus considérables (1). L'effet était « accepté », d’abord au sens commercial, puis au sens large en qualité d’instrument d’échange.

Aujourd’hui, toutefois, ces instruments ne sont pas en général une monnaie liquide. Il en va différemment des monnaies fiduciaires : billets de banque et comptes-courants. Dans quelle mesure est-il dès lors

(11) Il était encore fréquent, avant la guerre, lorsqu'on présentait en Angleterre une coupure supérieure à cinq livres sterling, de se voir prier d'y apposer sa signature.

MRUE"T DESER

légitime de les opposer, en qualité d'instruments de crédit, à la monnaie au sens strict ?

Cette distinction peut se justifier selon le point de vue auquel on se place (2). Au point de vue de leur origine, — c’est-à-dire du point de vue de la banque, la monnaie fiduciaire diffère évidemment de la monnaie dont la liquidité est définitive, et dont la mise (ou la remise) en circulation n’entraîne aucun engagement de remboursement de la part de l’émetteur. Et l'existence de différents degrés de liquidité donne ainsi lieu aux problèmes importants que nous avons indiqué plus haut. Mais au point de vue de leur usage dans la production et les échanges, et de leurs effets immédiats sur la demande des biens réels, tous ces instruments, du moment qu’ils jouissent d’une circulation effective, ont dans cette mesure des effets identiques, quel que soit l’élément de crédit qu’ils contiennent par ailleurs. « Nous croyons, écrivait Wo- « lowski en réponse à des arguments de Rossi qui se « rapprochaient de ceux de M. Rist, que si l’on tient « compte des résultats pratiques, on reconnaîtra com- « bien la distinction établie en principe entre la « monnaie et le billet s’efface dans la circulation. Le « principal mérite du billet est de faire office de « monnaie pour toutes les transactions d’une impor- « tance correspondante à la coupure admise ; s’il « n’est pas une monnaie dans la rigueur scientifique

(12) V. les observations de M. G. Pirou sur l’ouvrage précité de M. Rist, La Monnaie dans le Passé et le Présent, in Revue d'Economie Politique, Mars-Avril 1938,

pp. 297 ss.

« du terme, il en a tous les attributs, et il disparai- « trait du moment où le consentement universel « viendrait à les lui refuser. M. Mollien l’a dit avec « raison : « Le public reçoit et donne les billets en « paiement comme une monnaie réelle. » Là est le « point capital. » (f)

Ajoutons que Wolowski, comme la plupart de ses contemporains, refuse de reconnaître que le chèque soit, au même titre que le billet, une monnaie. « Ils « rendent la monnaie inutile dans nombre de cas, « mais ils ne la remplacent pas. » Notion semblable à celle qu’exprime M. Rist, lorsqu'il déclare que le billet n’est qu’un moyen de faire circuler la monnaie véritable. Pourtant, on est généralement d'accord () pour assimiler aujourd’hui, en tant qu'instruments de paiement, billets et comptes courants. Historiquement, du reste, le billet n’est qu’une variété du chèque, tous deux étant des certificats de dépôt remis par une banque à un déposant ou à un emprunteur, et qui circulent comme une monnaie véritable.

(13) Woloswki, La question des Banques, Paris 1864,

p.152:ss:

(14) M. Rist ne fait pas exception sur ce point : « Economiquement, billet de banque et compte-courant créditeur s’équivalent ». (Introduction à H. Withers, op. cit. p. XIV.) N’écrivait-il pas ailleurs : « la monnaie étant entendue dans son sens large : celui d’une créance immédiatement exigible sur le stock existant des biens et des services : pièces métalliques ou papier-monnaie inconvertible, billets de banque convertibles ou non, dépôts en banque transférables par chèque ». (Théorie de l'épargne, op. cit.)

Page 1