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QE D. — LE PROBLÈME DE LA CRÉATION DU CRÉDIT

Mais l’émission des billets par les banques d’émission n’est pas le seul facteur de la variation de la circulation monétaire : l’expansion du crédit par les banques privées sous forme de comptes-courants constitue en période ordinaire, un facteur permanent au même titre.

La question de la création du crédit ex nihilo par les banques a donné lieu, depuis une quinzaine d’années, à une abondante littérature (1). H. Withers (1), en particulier, et, avec certaines restrictions, D.-H. Robertson (?), ont assuré que les banques pouvaient émettre directement des comptes-courants en labsence de tout dépôt initial de monnaie. En donnant à l’emprunteur le droit de tirer sur elle des chèques pour un montant déterminé, la banque inscrit immédiatement à son compte le montant du crédit qui apparaît alors au bilan comme un dépôt ordinaire. Etant donné que la banque ne conserve par devers

du « reflux » de Tooke et de ia Banking School, selon laquelle les billets émis ne restent que provisoirement en circulation, et ne peuvent donc pas augmenter d’un manière définitive la circulation monétaire.

(18) Sur le problème de la « monnaie scripturaie », v. Baudin, La monnaie et la Formation des prix, Paris 1936, t. I, pp. 260-264. Au cours de la controverse, l'explication la plus détaillée, au point de vue de la technique bancaire paraît contenue dans W.-F. Crick, Täe Genesis of Bank Deposits, Economica, vol. vit, n° 29, Juin 1927. V. aussi E. Mireaux, Les Miracles du Crédii, Paris

(19),0Op. cit. chap,wv

(20) Money, Londres 1922, chap. V.

BR Var

elle qu’une proportion déterminée et assez faible d’argent liquide, elle fixera suivant sa réserve le total des dépôts « fictifs » d’après le montant des crédits ainsi consentis, de même qu’une banque d’émission peut émettre des billets en excès de sa réserve statutaire ; « les avances créent les dépôts » (« Loans make deposits »).

Les adversaires de cette théorie (?!), qui appartiennent souvent à la profession de la banque, ont répondu qu’une banque ne prête jamais rien qu’elle n’ait déjà reçu de l’extérieur, faisant observer que le bilan fait toujours apparaître, en face d’un actif composé pour partie d’une réserve liquide et d’une variété d’avance, un passif équivalent, composé principalement de dépôts. Mais il est évident qu'aucune preuve, en ce qui nous intéresse, ne peut être tirée du bilan des banques, un bilan quelconque étant toujours en équilibre comptable. S'il fait apparaître à l'actif, par exemple, 1.000 francs de réserve liquide et 9.000 francs d’avances, escomptes, etc., et, au passif, 10.000 francs de dépôts, il est impossible d’en déduire qu’une partie de ces dépôts n’a pas été inscrite en l’absence de tout versement préalable de monnaie, puisque l’octroi d’un tel crédit par la banque aurait pour conséquence immédiate l'inscription de la somme en compte-courant à l’actif du bénéficiaire du crédit.

(21) En particulier Edwin Cannan, Modern Currency and the Regulation of its Value, Londres 1930, et Walter Leaf, Banking, Londres 1926.

La pratique qui consiste à ouvrir des comptes-courants « fictifs » ne paraît pas, toutefois, suffire à expliquer l’importance du volume des crédits bancaires. Si elle a pu être pratiquée par certaines banques (notamment aux Etats-Unis), d’une manière générale, l'affirmation des praticiens est exacte : les banques ne prêtent que ce qu’elles reçoivent. Mais cette affirmation n’est pas en contradiction avec la possibilité d’une expansion bancaire du crédit. La simple lecture du bilan des banques montre que le volume des dépôts est toujours plusieurs fois supérieur, non seulement aux réserves liquides de ces banques, mais à la masse globale de l’argent comptant existant dans le pays, surtout lorsqu'elle se compose principalement des billets de la banque d’émission.

Un examen plus détaillé du mécanisme des dépôts bancaires permet d’expliquer aisément ce phénomène. Si l’on considère une seule banque, celle-ci, dans la mesure où elle désire conserver une réserve liquide, non seulement ne peut pas prêter immédiatement plus que les dépôts d’argent comptant qu’elle a effectivement reçus, mais ne peut en prêter qu’une quantité moindre. Soit schématiquement sa position initiale :

Passif Actif Dépôts.. 2.000 Espèces liquides. 200 Avances, etc..... 1.800

la proportion de la réserve liquide au passif est par hypothèse de 10 %. Si maintenant elle reçoit un dépôt

en espèces de 100, le bilan se présentera de la ma-

nière suivante :

Dépôts.. 2.100 Espèces liquides. 300 Avances, etc..... 1.800

et la proportion de la réserve liquide au passif deviendra 14,3 %. Si la banque décide alors de faire des crédits avec 90 % du dépôt additionnel, deux cas peuvent se présenter. Ou bien l’emprunteur utilise immédiatement le montant de son crédit en argent liquide (pour payer des salaires, par exemple). La réserve liquide retombera alors à 10 % et le bilan deviendra :

Dépôts.. 2.100 Espèces liquides. 210 Avances, etc..... 1.890

Mais si l’'emprunteur décide de laisser son crédit en compte-courant à cette banque, le poste dépôts s’accroîtra alors du montant de ce crédit, et le bilan sera :

Dépôts... 2.190 Espèces liquides. 300 Avances, etc..... 1.890

la proportion de l'encaisse liquide étant de 13,7, ce qui permettra à la banque de renouveler ses avances sans descendre au-dessous du minimum de sécurité que nous avons supposé de 10 %.

Mais l'effet du crédit né d’un dépôt additionnel ne s'arrêtera pas, dans un système bancaire comprenant un certain nombre de banques, à cette banque seule. Si lemprunteur utilise son compte-courant pour un

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