‹ L'epee de mon pere comedievaudeville en un acteChapitre 2 sur 21 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M- GERVAUT, LAURENCE.

LAURENCE. Je VOUS dérange ]>eut*être.

M** GERVAUT. Non, vraiiiieut ; cVst aujourd'hui dimanche, et je jetais un coupd*œil sur l’état de notre caisse.

(Elle montre de» papier» placi » sur le gucridon.)

LAURENCE. Moi, j*ai pi'ofilo de rabscncu de mou père pour venir vous voir.

M""* Giinv.AtT. Ce hou M. Tlioiiiassiu...

il est donc toiijoui.*» uuire eniieini sans nous connaître?

LVURENCF.. S'il VOUS connaissait comme moi, pourr.iitdl ne pas vous ostimer, ne pas vous aimer? Il y a six moi» à peine,

mon père, ancien fournisseur des armées , me fait venir auprès de lui ; il m’apprend, ce <|iie j’ignorais entièrement, que non* étions riches, très-riches; il ajoute qu’il veut se veüm- dans le Bourbonnais, dans une terre magnifique qu'il vient d’acheter.

M*"* GERVAUT. Dont les murs loucheni à ceux de notre établissement.

L.AURENCE. J’ignorais alors le prix de ce voisinage... je ne vous avais pas vue...

mais quelques arrangemens restaient encore à faire à mon père; je dus le précéder de quelque temps ; c’est alors que je votif vis, madame... et j’attendais avec impatience mon père, pour lui faire coniialtrr scs nouveaux voisins., pour sanclionnet une amitié si heureusement commencée...

il arrive enfin... mais, hélas! comme on mr l’avaitcliangéa Paris! .Liii,autrcfoissisim* pie, »i modeste, scs amis l’avaient rendu ambitieux ; il.s lui .avaient conseillé d’avoir au moins un titre à joindre à son nom, qu’ils fromaieiil trop simple, tropcommun; enfin, à force de démarches en sa faveur, iU l’avaient fait... {hésiUiui] le dirai-je?., baron !

V*' GERVAUT, souriunt. C’était U iiD beau titre.

LE MAGASIN THEATBaL.

fcfeA

LAURENCE. Baron !.. je ne sais quelle puissance magique il y a d-ins ces deux syllabes , mais , depuis qu’il s\nppclait M. le baron Tliomassin, il était devenu d’une fierté, d’une morgue... il croyait toujours qu*on insultait à sa qualité... et le premier jour de son installation, il trouva importun le bruit de votre usine; il voulut, à tout prix, acquérir cette portion de terre qui manquait, disait-il, à son domaine.

K«c GERVADT. Notre modeste habitation était pour lui le moulin de Sans-Sou-

LAL'REi'tCE. Mais un ancien fournisseur ne pouvait être aussi philosophe que le grand Frédéric... et quand il reçut de vous un refus formel... il entama un procès injuste, déraisonnable, et, en attendant, il me défendit de jamais vous voir.

M®* G Eli VAUT, lui prenant la main. Heureusement pour nous, vous n’avez ]ias obéi.

LAURENCE. Noo, madame; j’avais beau me dire que je devais toujours être de l’opinion de mon père, c’était impossible. Je me rappelais avec tant de plaisir ces soirées passées ensemble.... à nous quatre....

où chacun de nous avait une occupation différente. M. Gustave nous faisait la lecture, que M. Henri interrompait toujours, mais d'une manière si gaie, si anuisrmte...

oli ! jen’ai jamais tant aimé à m’instruire . ni à perdre mou temps; et vous, madame, comme vous étiez heureuse !

Aix ; Simple soldat^ né d'obsenrs tatourrurs. Tou» In Jeux TOU» les aimici tant !

Monsieur OusUve...

G«kV/lOT.

Est l'orgueil (le sa mère ,

LktaZSCB.

Son frère aussi...

GKRTU.T.

Lui ! c'est bien Hiflrtrcnl.

Que de (ftTauts! De lui je desespèir ;

Son avenir m'effraie A rbafpir inslani ,

Et cependant, lielas ! je lut pirdonnc El sc» defauts et mon tourment ;

Car une mère aime dans son rnfunl Même les cliagiins «jii'il lui donm*.

Oui, j(isqu’.>ux chagrins qu'il lut doiitif*.

l.AtlRENCK. Ah! étourdie que je suis!., j’ai oubliédevoiisapportercfs fleurs que je vous avais promises. Je n’aitendrai pas jusqu’à demain pour vous tenir nia p.irole...

Oh! c’est que j’ai tant de choses à vous dire, madame ; vous ne me refuserez pas vos conseils, n’est-il pas vrai? Je n’ai p.is de mère à qui je puisse eu demander, et

vous êtes si bonne !... je ne vois que vous pour me servir de guide.

M®** CF.RVAUT. Èt pourquoi mes conseils?.. l)e quoi s’agit-il ?

LxunENCE. Mon père a sur moi des projets qui datent de bien loin, seize ans ; j’en avais trois aloi*s... et mon père a promis, mais promis solennellement à un de ses amis que je serais la femme de son fils...

N’est-ce pas, madame, que cela est bien cruel pour moi, et qu’un père ne devrait pas prendre un engagement aussi formel pour?..

M“* GERVAUT. PouMinc jeune personne de trois ans ; en effet, c’est se presser beaucoup; mais, sans doute, mademoiselle, vous connaissez à présent celui qu’on vous destine, vous l’avez vu?

LAURENCE. Non, madame, et mon père ne le connaît pas plus que moi. H ne sait pas iiiêiiîc où il est, ce qu’est devenue sa famille.

GERVAUT. Comment!

LAURENCE. Mais cela ne l’empcclie pas de tenir fermement à sa résolution... il espère, à force de recheiclies...

M®* GERVAUT, écoutant. Ah! quelqu’un.

LAURENCE. Jc ino retire.

M"‘* GERVAUT. Henri, sans doute. Vous craignez de le voir, mademoiselle?

LAURENCE. M. Heiiii? au contraire... je reste, mad.ime.

M®' GERVAUT. Ah ! je me trompais, c’est son frère, c’est Gust.ive.

LAURENCE. D(’*cidément , il est tard, et mon père pourrait leinnrquer mon absence; je inc .sauve... Adieu . au revoir, ma bonne madame Gervaut.

(EUr Ta pour soi tîr, Giistarc entre par le fond et la

salue. Klic lui fait une piol’ondc révérence, et s'<^

loigiic.)

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