‹ L'epee de mon pere comedievaudeville en un acteChapitre 5 sur 21 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

THOMASSIN, M- GERVAUT.

THOMASSIN, opee bivstjuerie.. Pardon...

madame, si j’entre aussi brusquement.

M“' GERVAUT, à part. Comme il a l’air furieux!.. {Haut.) Qui me procure l’honneur de votre visite?

THOMASSIN. J’ai besoin d’abord.... de vous décliner mes noms et qualités... je m’appelle Thomassin... le baron Thomassiu.

M“" GERVAUT. Je le savais, monsieur; je connais beaucoup votre nom... de vue...

THOMASSIN. C’est juste... à cause des nombreuses assignations que j’ai eu l’honneur de vous envoyer... c’est un genre de correspondance qui en vaut bien un autre, et je vous avouerai même que j’aurais désiré que nos rapports eussent toujours eu un caractère aussi officiel...

M“* GERVAUT, avec ironie. Vous êtes trop bon... on m’avait aussi beaucoup parlé de vou e amabilité.

THOMASSIN. Il y a des momens où je suis fort aimable. . . mais, je ne suis pas dans un de ces momens-là... il faut nous expliquer franchement , madame... et cela ne peut durer plus long-temps... pour ma part, je suis furieux... exaspéré... je n’y

l.'r.PÉF. DE MON PERE.

tieiuplus. .. votre voisinage m'csl odieux... insupportable.

M" GERVAUT. Ail! monsieur, c’est mal à vous... je ne vous ai pas dit ce que je pensais du vdtie.

TH0IIA8SIN. Il ne s’agit pas de votre opinion, madame, mais de la guerre à mort que vous m’avei déclarée.

H"* GERVAUT. Moi, VOUS faire la guerre...

je m’en garderais bien...

TH0MA88IN. J’auraisdù leprévoir, quand en arrivant ici, où j'avais rêvé le repos le plut absolu... trouble tout au plus par le murmure de quelque ruisseau... j’y trouvai ce qu’il y a de moins poétique... de moins enampétreau monde... ce qui n’a jamais figuré dans les paysages de M. de Florian... en un mot une usine... avec son bruit... sa fumée et l’odeur du charbon de terre... c’était uu enfer anticipé...

M'°' GERVAUT. Ah! monsieur...

THOMASSIN. Non , c’est viai ; depuis qu’on a fait régner l’art partout... il n’y a plus moyen de trouver des beautés naturelles... vous promenez vos rêveries dans un vallon tranquille... vous vous croyez seul... vous vous retournez, et vous vous heurtez contre une manufacture... c’est agréable... il u’y a plus d’imprévu, plus desuiprise, plus de pittoresque.

Air 1 ^h! f en rends grdee à la nature.

AGn ilVtiblir un monlin ,

On l'cmpRie d'une cascade ,

Dans le cliSlet le plus diein On fabrique... la cotonnade;

Si , gi&ce S leurs projets en l'air ,

Ces ennemis de la verdure Font passer leurs chemins en fer...

C'est sur le corps de la nature.

C’est une horreur!... c’est une abomination... du moins, j’espérais qu’en me bouchant les oreilles, je pourrais vivre en paix dans ma propriété... mais , aujourd’hui... il y a une heure... tout au plus...

j’ai appris, par un nouvel attentat, que j’avais eu tort de garder cette prétention...

11“ GERVAUT , à part. Nous y voilà.

THOMASSIN Oui, madame: quelqu’un, qui appartient à votre maison , car je l’ai aperçu au moment où il rentrait, a osé pénétrer dans mon domaine, tirer sur mes propres lapins... animaux inolTensiis s’il en fût jamais, qui certes ne l’avaient pas provoqué, pas plus que mon garde-chasse, auquel il s’est permis de faire une peur effroyable...

M” GERVAUT. Quoique vous ayez cru devoir m’aborder avec un ton assez peu convenable... je dois à la vérité de vous dire cpie j’ai beaucoup bllmé la personne dont vous parlez , et que je vous oric de

recevoir ici mes excuses sur sa conduite, TliOH.tSSiN. Des excuses?... ce ne sont

f ias des excuses qu’il me faut , quand j’ai à la matière d’un bon procès...

M”'’ GERVAUT, Cjÿruyée. Un procès!

THOMASSIN. Je suis venu en ennemi loyal... vous annoncer que j’allais de ce pas trouver mon avoué de Moulins... un garçon adroit , intelligent , qui sait embrouiller une affaire mieux que personne au monde ; c’est un honune très-fort , qui a étudié à Paris...

H"' GERVAUT. C’est possible... mais, je vous en conjure...

TH0M.V8SIN. Non... mille fois non... il ne sera pas dit qu’un homme comme moi sera la victime d’une petite commerçante comme vous...

M"' GERVAUT. Ce titre de commerçante n’a rien qui puisse me faire rougir... mais puisque vous me poussez à bout , apprenez que vous parlez à la veuve du genéial comte de Servières.

THOMASSIN, stupéfail. Ue\al [A part.) Non , ce n’est pas possible ! ( Haut. ) Du énéral comte de Servières , qui coiumanait une division en Italie ?

M'”' GERVAUT. Lui-mcme.

THOMASSIN. Plus de doute. (Faisatit un moutfemerd.) mon Dieu!...

M“* GERVAUT. Qu’avez-vous?

THOMASSIN. Les jambes vont me manquer, ce n’est rien, mais l’émotion... la joie. .. qui se serait attendu à cela ?. ..

M“ GERVAUT. Quoi donc?...

THOMASSIN. Apprenez que le généra], comte de Servières était mou compatriote, mon ami d’enfance, et que c’est à lui queje dois tout... ma fortune... mon avenir!...

M" GERVAUT. Est-il possible?... mais, à présent, je crois me rappeler qu’il m’a parlé de ce nom de Thomassin.

THOMASSIN. Et quand il fut atteintd’une blessure mortelle... c’est moi qui le reçus dans mes bras...

M“ GERVAUT. VoUS !

THOMASSIN. Oui, madame... et ses dernières paroles furent pour vous... je devais vous porter ses adieux. . .

M”' GERVAUT , auec douleur. Assez, monsieur , assez!

THOMASSIN. C’est que j’ai besoin de me justifier d’avoir manqué à la parole donnée à un mourant... mais ce ne fut pas ma faute ; quand je revins en France toutes mes recherclies pour vous retrouver furent inutiles... et quand je vins ici...

quand je tue tiouvai auprès de vous, sans le savoir... je voulais vous faire des procès... vous ruiner!... Ah! madame, ine

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