‹ L'épervier: pièce en trois actesChapitre 12 sur 39 · Scène VII · texte numérisé non relu

Scène VII

Drakton, René

Drakton. — C'est votre futur beau-frère?

René. — Quelle idée!

Drakton. — J'avais entendu parler de la petite Jeanine... d'un mariage...

René. — Oh! il en avait été question, mais d'une manière très va^ue.

Drakton. — Qu'est-ce qu'il a, lui? Il a l'air ténébreux.

René. — Non... non...

Drakton. — Et vous aussi.

René. — Ce n'est rien.

Drakton. — Vous avez fait des affaires défectueuses?

René. — - Je ne fais pas d'affaires.

Drakton. — Pourtant vous ne jouez pas. (Geste évasif de René.) Ah! VOUS jouez ! Oui, alors, c'est ça?

René. — Mais non, vous vous méprenez.

Drakton. — C'est comme vous voudrez. Alors, qu'avez-vous à me dire?

René. — Mais...

Drakton. — Oui, vous êtes content de me voir. Moi aussi, old ckap. Je vous aime beaucoup. Vous êtes Français, et pourtant vous n'êtes pas blagueur, ni léger, ni vantard.

René. — Je ressemble, en ce cas, à la majorité des Français.

Drakton. — Non, à la majorité des Américains. Mais, pour m'avoir téléphoné, vous avez un mobile majeur. Lequel?... Est-ce un service?

René. — Presque... La dernière fois que je vous ai vu, Drakton, vous ip'avez dit que vous vouliez acheter une maison de campagne en France.

Dr.\kton. — Oui.

Kené. — Dans le Midi.

Drakton. — Oui.

René. — Eh bien, j'en ai une. Je l'ai héritée d'un de mes oncles. Ma mère ne l'habite jamais. Je veux la vendre.

Drakton. — Je la connais. Elle émerge entre Beaulieu et Villefranche. Elle est poétique.

René. — N'est-ce pas? Voulez-vous me l'acheter?

Drakton. — Non.

René. — Ah!... Elle ne vous plaît pas?

Drakton. — Si. Mais j'en ai déjà une autre, poétique aussi.

LA PETITE ILLUSTRATION

René. — Comment? Depuis quand f Drakton. — Depuis ce matin. J'ai déjeuné avec Frémonville au Ritz... Je lui ai raflé sa villa. René. — Ah! je regrette!...

Drakton. — C'est tout?

René. — Oui.

Drakton. — Mon refus vous contrecarre t

ReNÉ^ avec hésitation. — Non.

Drakton. — Je vois bien que vous avez un déficit... Vous avez besoin d'argent.

René. — Tout le monde a besoin d'argent.

Drakton. — Non. Moi pas. C'est au poker qu'on vous a fait fondre votre galette?

René. — Non. Au baceara.

Drakton. — Je ne savais pas que vous jouiez.

C'est inédit.

René. — Je me suis laissL* entraîner. Mais n'en parlons plus, ça n'a pas grande importance. Vous avez bonne mine, Drakton... Vous êtes toujours enragé de polo?

Drakton. — Oui... Alors, ça vous contrecarre que je ne vous achète pas votre villa?

René. — Mais pas du tout... je ne pensais même pas à la vendre... Duclos, tout à l'heure, m'a dit que vous étiez à Paris... Alors, cette idée m'est venue...

Drakton. — Et cousine, votre maman? Elle ne vous prêterait pas...

René. — Je ne veux pas... pauvre maman. L'idée que j'ai joué et perdu... elle serait bouleversée... Elle est très vieux jeu, maman. Non... non, j'ai trouvé ailleurs quelqu'un qui me prête cet argent. 11 doit revenir dans un quart d'heure.

Drakton. — Un ami?

René. — Enfin... non.

Drakton. — Ce n'est pas un ami et il se déplace pour vous prêter de Targent.

René. — C'est un homme du monde qui s'occupe de tableaux... qui avance... à certains intérêts... Vous comprenez ?

Drakton. — Parfaitement. Nous en avons aussi en Amérique. Eh bien, je vous achète votre villa.

René. — Comment! Mais non... vous venez de me

dire...

Drakton. — Je sais exactement ce qu'elle vaut. Je m'étais excité des.*^us Tannée dernière. Elle vaut de cent quarante à cent cinquante mille francs.

René. — Voyons... je ne veux pas.

Drakton. — Oh! je la revendrai le mémo prix ou plus cher, ou je la donnerai à Clara.

René. — Clara Villiers? Vous êtes toujours avec

elle?

Drakton. — Je suis avec elle en France. Cent quarante-cinq mille... vous trouvez que c'est convenable?

René. — Je crois bien. Je comptais en demander cent vingt mille francs.

Drakton. — Pourquoi ? C'est bête... Vous avez

une plume?

René. — Ne serait-il pas préférable que je fasse venir mon notaire... et que nous échangions pour la bontie règle?...

Drakton. — Oh,„ rot!... Je vous fais un chèque... vous télégraphiez à votre garde... Vous avez quelqu'un là-bas?

René. — Le jardinier.

Drakton. — Vçus lui télégraphiez que la maison est à moi, c'est tout.

René. — Vous me rendez un grand service.

Drakton, — Non. Je vous achète votre villa le prix qu'elle vaut. Vous êtes drôles en France!

René. — Ça ne vous ferait rien de me signer deux chèques?... l'un de quatre-vingt mille... l'autre de soixante-cinq mille...

Drakton. — Oh! ça n'est pas un effort, di écrit.) Quelle est votre banque?

René. — Le Comptoir.

Drakton. — C'est une des miennes.

René. — Je devais (juatre-vingt mille francs à quelqu'un... quelqu'un à qui je ne peux i)as... à qui je ne voudrais pas devoir un iou. . et d'autre part cet usurier... enfin, je suis content.

Drakton. — C'est le principal.

Le Valet, entrant. — M. le comte de Dasetta fait demander si monsieur peut le recevoir...

René. — Ah!... oui... certainement.

Le Valet. — Et ce monsieur de tout à l'heure est revenu.

René. — Non... non... Ce n'est plus la peine... Dites-lui que je lui écrirai.

Sort le valet.

Drakton. — J'ai connu un Dasetta, autrefois... un vieux gentilhomme qui avait du rameau. Il avait été ambassadeur à Londres... Est-ce celui-là?

René. — Non, lui est tout jeune.

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