‹ L'épervier: pièce en trois actesChapitre 22 sur 39 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

René, Marina

René. — Je t'adore...

Marina. — Prends garde...

René. — Que nous sommes heureux ! Un mois déjà, comme c'est long et comme c'est court. Ma chérie, on danse, personne ne s'occupe de nous, allons faire le tour de l'étang.

LA PETITE ILLUSTRATION

Marina. — Non, Greorge va revenir.

René. — Ah!... Pourquoi?...

Marika. — On va peut-être jouer.

René. — Pas toi î...

Marina. — Je ne sais pas... Si mon mari exige que je reste près de lui ou s'il me demande de m'asseoir à sa table... Tu sais comment il est, quand n prend les cartes, autoritairei superstitieux... Je ne peux pas le quitter.

René. — Eh bien, voilà... si on joue, je commencerai par m'asseoir aussi... puis...

Marina. — Ah! non! non!

René. — Quoi?

Marina. — Pas toi. Tu ne vas j)as recommencer à jouer. Non, écoute, je ne veux pas.

René. — Ne te fâche pas.

Marina. — Tu m*as juré de ne plus toucher une carte. Me Tas-tu juré, oui ou non?

René. — - Oui... c'est entendu...

Marina. — Vois-tu, quand tu as perdu, l'autre jour, toi, une somme aussi forte, je ne peux pas te dire Feffet que ça m'a fait... Ah! le jeu!... Quelle affreuse passion! Pourquoi souris-tu?

René. — Parce que, c'est toi qui dis ça. C'est drôle...

Marina. — Mais ce n'est pas la même chose, mon chéri... Moi je joue i>arce que mon mari joue... J'ai passé ma vie dans ce milieu-là... Et puis, nous, ça nous est égal. Le jeu pour nous c'est... c'est une habitude, ça fait partie de notre luxe... D'ailleurs nous jouons froidement... Mais toi... tu te passionnes... tu t'emballeë... Tu t'assieds pour risquer cent francs... tu en perds quatre-vingt mille!... Et puis, ce n'est pas la vraie raison; je ne veux pas que tu joues parce que ça te distrait de moi...

René. — Eh bien? Et toi?

Marina. — Ah ! mon pauvre chéri... Les amants, quand ils jouent, peuvent oublier leurs maîtresses; mais nous, il n'est pas de cartes qui nous fas.sent oublier notre amant.

René. — Ma chérie... écoute...

Marina. — Mon amour... tu ne joueras plus...

D'abord, tu joues trop mal. Tu n'as aucune défense... Tu es ridicule.

René. — Mais non.

Marina. — Ne proteste pas... Je t'en aime davantage. Dans le jeu, ta nature ardente et neuve se révèle... Oui, toute neuve... Il me semble que j'ai vécu plus que toi. Tu as gardé un cœur intact. C'est d'ailleurs pour cela que je t'aime.

René. — Tu m'aimes, alors?

Marina. — Je t'appartiens...

René. — Ah! Je voudrais t'emporter... je suis jaloux de tous... de tout, de ton mari.

Marina. — Tu es fou!

Passent deux invités qui, venant du janlin, entrent dans la salle des fêtes. Pour la première fois on entend la musique du bal.

René. — Je vais dans le parc. Je t'attends.

Marina. — Je te rejoins.

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