Scène III
Les mêmes, puis Dbaeton
Drakton, entrant, à Sardeloup. — Boujour, mon cher marquis... cousine...
M"* de Tierrache. — Eh bien! Ce Dasetta! Etesvous réellement sur la bomie piste?
Drakton. — Je crois.
M™' DE TiKRR.\CHE. — Vous ciovez, mais vous n'êtes pas sûr... vous voyez, vous n'êtes pas .^ùr. (A
Sardeloup.) 11 n'est pas SÛr. (Tombant asssiho.) Ah! mon
Dieu !
Drakton. — Mais, cousine, il faut de la patience... New-York ne s'est ])as fait en un jour. Attendez ! Quand je me suis surcharjré de votre affaire... si parisienne, si captivante.,.
M"* DE Tierrache, à SanUioup. - Vous entendez?
Drakton. — Je l'ai fait parce (jne je connaissais un détective, comme nous disons chez nous, ad hocl Napoléon Pattermann î... Un jeune Fran<;ais qui doit tout à l'Amérique, même son nom de g;uerre, car son nom de paix est Louis Dubois... Par lui, nous savons déjà que Dasetta a travei^sé la Hongrie, a fait un séjour en Amérique. 11 y a trois mois, on l'a signalé à Rome...
Sonnerie au téléphone de la ville.
M"' DE Tierrache. — Mais depuis... depuis î... Drakton. — Ah! depuis... (Téléphone.) Pardon. M""* DE Tierrache. — Oui, faites donc.
Drakton, au téléphone. — Allô!... YesL., no,„ yes... no.., yes.., no... Perhaps... yen... ail right!
AI"** DF] Tierrache, qui a suivi avec des alternatives de déception et d'espoir les réponses de Drakton au téléphone. — ;
Ce... coup de téléphone? Qu'est-ce que c'est?
Drakton. — C'est privé.
Sardeloup. — Ma chère amie, l'endez-vous compte que monsieur Drakton a autre chose dans la tête et (lans la vie... que...
M"" DE TiERRACHK. Oui, pardoH. (Klle se lève,)
Je vous laisse... Je n'aurais même pas dû venir...
Drakton. — Si... vous avez bien fait, car, à mon tour, je veux vous demander un renseignement. Qui a raison dans toute cette affaire?
M"* DE Tierrache. — Comment? Qui a raison?
C'est mon fils.
Drakton. — Il est l'amant. Donc, lui et madame son amie sont légalement dans leur tort, vis-à-vis de Dasetta, le mari. Et pourtant, tous deux réclament le divorce comme un dû. Au nom de quoi?
Sardeloup. — Au nom de l'amour! C'est généralement ainsi que ça se passe.
Drakton. — Ah! je comprends: c'est instructif. L'amant, en France, a une existence légale.
Sardeloup. — Vis-à-vis de la cour d'assises...
Drakton. — Enfin, on le connaît. En Amérique, on ne le connaît pas. Les femmes chez nous ne trouvent pas d'amant. C'est même pour ça qu'il y a beaucoup de mes compatriotes qui voyagent. (On
apporte un bleu. A M"* de Tierrache.) Ah ! ceci nouS
intéresse.
M*"' DE Tierrache. — Ah î mon Dieu !
Drakton, après avoir lu. — Non! Ça ne nous intéresse pas.
M"' DE Tierrache, s'asseyant. — Ah ! mon Dieu !
Drakton. — Allons, chère cousine^ un peu (V
LA PETITE ILLUSTRATION
relief. Nous avons une tâche diffîcile, il ne faut pas nous la compliquer par de Thystérie.
Sabdeloup. — Qu'est-ce que vous voulez dire, cher ami?
Drakton. — Mais oui... les nerfs... les nerfs latins.
M"* DE Tjerbache. — Vous avez raison, vous avez raison. Je suis dans un tel état, j'aurais une attaque de nerfs... Je vais aller à l'église. Au revoir, cousin.
Klle sort.
Sabdeloup. — Je pars aussi.
Draecton. — Non... restez... Je voulais vous parler sans femme, d'homme à homme.
Sabdeloup. — Vous avez du nouveau?
Drakton. — Peut-ctre ! Mais, auparavant, une demande : est-ce que vous êtes bien sûr que vous tenez à ce que je retrouve Dasettaî
Sardeloup. — Comment! Si nous y tenons! Je crois bien ! Il nous faut son consentement au divorce.
Draktok. — Alors, vous tenez à ce que René épouse Marina; vous êtes sûr?
Sardeloup. — ... II le faut bien...
Drakton. — Oui, vous êtes déjà moins sûr.
Sardeloup. — Que voulez-vous. Le bonheur de René eût été plutôt d'épouser Jeanine. Mais il n'y a pas moyen de faire autrement; de deux maux il faut choisir le moindre : ce mariage est un mal nécessaire.
Drakton. — Un mal nécessaire?... Curieuse histoire française! Enfin, si je retrouve Dr.setta; si je l'amène au divorce; si donc, grâce à moi, René épouse Marina; le lendemain, je ne serai pas brouillé avec vous tous?...
Sardeloup. — Comment? Mais au contraire, nous vous aurons tous une gratitude infinie.
Draktok. — Alors, dans ces conditions, je peux continuer l'affaire, et je vous dis: J*ai du nouveau, je l'attends.
Sardeloup. — Qui?
Drakton. — Eh bien, Dasetta; il est à Paris, j'espère le voir ici dans trois quarts d'heure.
Sardeloup. — Ce n'est pas vrai! (Drakton fait signe
que c'est vrai.) Ce n'est pas possible! (Mcmc jeu.) Eh
bien, alors, c'est trop fort !,.. Quand je j)ense (|ue pas un de nos détectives privés... ça, c'est inouï! Mais il est à Paris depuis quand? depuis quand?
Drakton. *^^ Depuis hier, car il est arri\é de Nice...
Sardeloup. — De Nice?...
Drakton. — C'est là c|ue vos fins liniiei-s le lecherchcnt, en ce moment. Ils l'ont cherché à Paiis, tant qu'il était à Nice... mais, maintenant (|u'il est à Paris, ils le cherchent à Nice. Ah! ce sont des malins 1.^
Sardeloup. — Et comment avez- vous su cela?
Drakton. -^ Par Napoléon Pattermann.
Sonnerie au téléphone prive.
Sardeloup. — Et Dasetta va venir ici?
Drakton. — Oui, mais il faut que vous partiez. (Au tcicphoiic prive.) Oui, faites monter M. «le Tiorrache. 11 faut mcmc que vous pai-tiez tout à fait subitement.
Sardeloup. ' — J'ai compris. Je ne suis pas bcte. Vous désirez que je revienne aujourd'hui?
Drakton. — Comme vous voudrez.
Sardeloup. — Alors, à après-demain. (Sortant, à Rcné.qui entre.) Qucl Tcpos pour ta mère, mou enfant !
Il sort.