‹ L'épervier: pièce en trois actesChapitre 33 sur 39 · Scène VI René, Marina · texte numérisé non relu

Scène VI René, Marina

René. — Il faut t'en aller. Je ne veux pas qu'il puisse te trouver ici.

Marina. — Ah! tu perds ton temps.

René.. — Marina... il le faut... Va-t'en!

Marina. — Mais c'est insensé... Mais qu'est-ce que tu vas lui direî... Quels arguments vas-tu employer?

René. — L'argent.

LA PETITE ILLUSTRATION

Marina. — L'argent! Tu sais bien comment il en gagne.

Re^é. — Je suis d'accord avec ma mère. Je lui propose une véritable fortune et, s'il hésite, il y a la peur.

Marina. — 11 est brave.

René. — Personne n'est brave devant le scandale.

Marina. — Comment! Mais tu ne vas pas...

René. — Relis donc ce qu'il y a sur ce«bleu, puisque tu l'as pris. Drakton ne sait pas qui est ton mari. Pour nous rendre ser\'ice, pour nous débarrasser de lui, il va lui proposer une affaire que je connais, importante... là-bas, au Mexique... Eh bien, s*il accepte...

Marina. — Eh bien?

René. — Eh bien, c'est impossible... Déjà, une première fois, mon silence m*a fait son complice. J'ai le devoir de tout dire à Drakton.

Marina. — Et envers moi... n'as-tu pas de devoir? Tu n'as })as le droit de me déshonorer. Si tu parles, Drakton se rappellera tout, comprendra. Tu ne peux pas, toi, créer ce scandale. Tu es la seule personne au monde qui ne le puisse pas. D'ailleurs, faisons-lui l'aumône du silence... 'Nous lui avons déjà fait assez de mal.

René. — Soit! Mais tu vois bien alors <|u'il faut que je lui parle seul à seul.

Marina. — René... non.

René. — Mais que crains-tu donc f Réfléchis.

Tu crois que ton mari ne songe qu'à se venger... Mais, depuis près d'un an, s'il avait voulu me rencontrer, se venger... c'était facile! Mais non! Il n'y pense pas! Il n'y pense plus!. Tu sais quelle existence il mène! à quel homme nous avons affaire! En ce moment il fait la fête, il joue, donc il gagne, et son argent volé il le dépense avec des filles. 11 ne se soucie pas plus de son amour pour toi cjue de sa vengeance.

Marina. — Oui, tu as peut-être raison... 11 est possible qu'il ne m'aime plus.

René. — Pourquoi dis-tu ça comme ça?

Marina. — Comment?

René. — A l'idée que cet homme s'est détaché de toi... il a passé dans ta voix comme un vague regret.

Marina. — Tu es fou! Mais tu es fou!

René. — Ah! parfois je me demande si, à ton insu, ne se glisse pas chez toi comme un regret, le souvenir de certaines heures...

Marina. — Tais-toi! Je te défends... tu n'as pas le droit... Je t'aime... Je t'aime... tu le sais bien.

René. — Marina!

Marina. — Ah! vois-tu, c'est moi, au contraire, qui me demande souvent si je te donne le repos, le calme, la sécurité dont tu as besoin. Va, je ne mérite pas tes soupçons.

René. — Nous jious faisons du mal, nous avons tort... je te demande pardon...

On entend la sonnerie du téléphone de l'hôtel. Rentre Drakton.

Page 1