Scène II
Les mêmes, pIus Marina
M"' de TiERRACHE, à Marina qui entre. BonjoUr,
chère petite madame; nous parlions de vous. Ne prenez pas cet air effrayé; nous ne disions que du bien.
Marina. — Ce n'en est pas moins intimidant. Je vous présente mes respects, madame. Je me suis permis de vous apporter cette bêtise.
M"' DE TiERRACHE. — Comment? Pour moi?
Marina. — C'est un petit châle de mon pays.
Vous vous êtes plainte l'autre jour d'avoir froid aux épaules. Il tient juste la largeur des épaules et ne pèse rien.
M"* DE TiERRACHE, à Marina. — Merci, mon
enfant... (A Sardeloup.) Remarquablement bien élevée. Marina, à René. — Je vous rapporte votre livre. Comme c'est beau!
Sardeloup, en regardant la couverture. — Saint
François de Sales... bigre!... De mon temps, ce n'est pas ce qu'on donnait à lire aux jolies femmes.
Marina, à Béatrice. — Je ne suis pas trop en retard f
BÉATRICE. — Si: il faut nous sauver. (.\ m"' de Tierrachc.) Je crois que j'ai laissé ma fourrure chez vous, madame.
M™* de TiERRACHE, qui a sonné. — On VOUS l'ap-
po^te. (A Marina.) Ce n'est pas une visite, ça... voulezvous revenir prendre le thé tout à l'heure?
Marina. — Avec grand plaisir, madame.
GÉRARD, à M™* de Tierrache. — Je me Sauve aUSsL
•Le golf m'attend.
BÉATRICE, à Gérard. — N'oublie pas de retenir une table au café de Paris pour le souper...
GÉRARD. — Entendu. (A René.) Je connais le chemin.
Sort Gérard. Cependant on a apporté le manteau de Béatrice qui s'arrange devant la glace. M*"* de Tierrache est auprès d'elle.
M"* DE TiERRACHE. — Alors les femmes du monde •soupent dans les cabarets de nuit maintenant?
Sardeloup. — Mais, naturellement, elles suivent la mode.
BÉATRICE. — Nous sommes dans le train.
M'"^ DE TiERRACHE. — Des trains qui déraillent.
Marina. — Ce n'est pas convenable?
Béatrice fait signe que si.
M"' DE TiERRACHE. — Vous êtcs étrangère. Mais vous avez tort, Béatrice. Si les femmes du monde se rendent où vont les cocottes, où allons-nous?
Sardeloup. — Et où iront les cocottes?
Il remonte et cause avec M de Tierrache.
Marina, bas. à René. — J'ai reçu votre mot : il m'a un peu inquiétée. Qu'est-ce que vous aviez à me dire?
René. — Je ne peux pas maintenant... Je ne peux pas.
Marina. — Qu'avez-vous?
René. — Ne cherchez pas.
Marina. — Mais si... dites-moi... Vous avez l'air embarrassé, anxieux.
René. — Ecoutez, revenez un peu avant le thé que nous ayons quelques instants à nous. Je serai délivré d'un souci, d'un vrai souci. Il faut que je vous parle à cœur ouvert. Vous viendrez?
Marina. — Oui.
BÉATRICE. — Voilà. Je suis prête. Au revoir, René. (A voix basse.) J'ai demain à déjeuner quelqu'un qui vous intéresse... Vous devinez qui?
René. — Non.
BÉATRICE. — Voyons, une jeune fille... Jeanine.
René. — Ahl... Jeanine...
BÉATRICE. — A qui pensiez-vous donc?
René. — A personne.
BÉATRICE. — Etes-vous libre?
René. — Hélas! non!
BÉATRICE. — Alors, venez goûter, ou dîner, le jour suivant. v
René. — Impossible. Vous m'en voyez navré.
M"* de TiERRACHE. — Au revoir, ma mignonne.
(.\ voix basse.) Eh bien?
BÉATRICE. — Je l'ai invité. Il m'a dit qu'il n'était pas libre.