CHAPITRE PREMIER
ÉPICURE LT LE PLAISIR
Il y a une morale que certains êtres d'élite peuvent construire avec leur suprême volonté d’absolu, une morale d’universel amour ou de justice idéale qu’ils bâtissent avec de purs concepts.
Il y a une éthique de rêve et de splendeur que Ton érige avec la souffrance de ce qui est et que l’on veut oublier, avec le souci de ce qui doit ou devrait être, et les ornements de la pensée théorique, la magnificence du songe recouvrent leÊ déceptions, les erreurs et les crimes.
Il y a, en dehors de l’humanité vraie, de la brutalité des forces naturelles, une morale de noblesse intellectuelle ou de sentimentale ferveur, qui est religieuse, qui devient une religion.
Faut-il se tourner vers les somptueux palais où,
Albert Keim. — L’Épicurisme. i
l’Épicurisme
dans le silence et le recueillement, on risque d'atteindre, en une sorte d’extase, le règne de la consolation et de Toubli ? Sé réfugier dans la contemplation sublime, à l'abri de la violence et de l’iniquité, quelle tentation !
Faut-il, comme les moralistes cyniques dont nous parle Chamfort, volontiers cynique lui-même, ne regarder que les communs et même « les latrines » , faut-il ne se pencher que sur la laideur et l'infamie ?
On conçoit aisément que les constructeurs de systèmes réconfortants, où les plus austères vertus se parent d’élégance et d’harmonie, traitent volontiers de malfaiteurs les âpres écrivains qui s’efforcent d’analyser les faits psychologiques et sociaux.
Sans doute, ces chimistes de la vie mentale risquent de s’acharner à une œuvre de destruction en décomposant sans cesse des actes qui peuvent faire honneur à l’humanité.
Mais est-il plus salutaire, au fond, de s'obstiner à la spiritualisation de tout ce qui nous concerne et nous entoure, est-ce travailler au progrès dans la cité, dans la vie en commun, que de considérer uniquement le héros idéal et quasi archangélique du roman de la moralité ?
S'il est faux de supprimer tout ce qu'il peut y avoir de spontanément et d'exquisement bon dans la nature humaine, est-il juste de s’aveugler, de fermer les yeux devant le réel, devant la haine, la férocité, comme
ÉPICURE BT LE PLAISIR
l’autruche devant la mort ? que de philosophes ont pratiqué, avec les plus louables intentions, ce que j’appellerais volontiers « l’autruchisme » !...
Plus on y réfléchit, mieux on comprend que le devoir pour chacun est d’essayer de dire, même si l’on court le risque d’être qualifié d'impur par les moralistes hypocrites ou chimériques, tout ce que l’on croit entièrement, strictement conforme à la vérité.
♦ He
— Ceci est mon bon plaisir » ou, avec une politesse sournoisement raffinée, a Ceci est notre bon plaisir », cette formule du prince, du potentat, ne répond-elle pas au besoin inné de chaque être vivant, d’abord, puis à ses tendances nécessaires dont il ne faut pas plus s’étonner que de la nécessité pour une pierre de tomber en vertu des lois de la pesanteur ?
Qu’il soit lié à la dépense d’une énergie superflue, à l’acquisition d’une énergie utile, ou simplement à l’activité moyenne, le plaisir est attaché à la vie.
En vain les mystiques avides de renoncement, les faibles et les désabusés, incapables d’éprouver une joie ou de comprendre celle des autres, en vain les pessimistes développant le thème connu du suicide s’élèveront contre la notion de plaisir afin de lui opposer une incompréhensible catégorie d’idéal.
Socrate, fondateur de la science morale, part de la
l’épigurisme
tendance au bonheur ; Aristippe, qui, d’ailleurs, semble une espèce de dilettante à la cour de Denys de Syracuse, formule une philosophie des plaisirs à tout prix, même instables, que né justifient pas les règles les plus élémentaires de la tempérance.
Lui-même, cependant, fait déjà, semble-t-il, d’importantes distinctions et reconnaît qu’il y a du danger à être possédé par Laïs en la possédant. L’un des plus considérables des utilitaristes modernes, J. Stuart Mill, pour défendre sa doctrine, constate avec raison que les plus farouches épicuriens se gardent bien de confondre les diverses espèces de plaisirs, ceux du corps et de l’esprit, par exemple, et, dans leurs plus élémentaires généralisations, établissent une hiérarchie qui va des voluptés les plus triviales aux jouissances les plus nobles.
Nous y voilà. Il y a des mots qui ont pris un sens choquant, qui éveillent l’idée d’une dégradation. Aussi est-il plus astucieux de célébrer nos plus brillantes vertus que de faire la part du plaisir et de rendre à Epicure et aux Epicuriens l’hommage qui leur est dû. Et encore, il faut s’entendre ! Rien de plus vague, de plus trouble que la notion de plaisir et de cette somme de plaisirs qu’on définit si mal sous le terme de bonheur. Gomme il est puéril de mettre une étiquette sur un personnage et sur une doctrine ! On s’en aperçoit sans peine Jorsqu’on veut se rendre compte de la personnalité historique et réelle .d’Epicure et de la portée du système dit épicurien.
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Epicure est le fils d*un maître d'école et d’une magicienne. Il cherche à ne pas être trop malheureux. Il enseigne aux hommes à se débarrasser des erreurs néfastes et des illusions dangereuses et par là il devient une sorte de dieu qui livre la guerre à certaines fausses divinités et aux grossières idoles. Lucien le dépeint comme un libérateur. Le génie pitoyable de Lucrèce exalte sa mission de régénérateur et d’apôtre.
Epicure vante le plaisir. Mais n’est-il pas lui-même, comme Ravaisson tend à nous le représenter, une espèce d'ascète ou, en tout cas, un être fort peu voluptueux, avide d’une sainteté que ses disciples, comme Métrodore par exemple, ne peuvent atteindre ?
Si, avec Guyau, nous ne le considérons pas tout à fait ainsi, nous l’apercevrons quand même sous l’aspect d’un homme qui supporte et s’abstient, qui est très (( stoïque » devant la vie et devant la mort.
L’épicurisme nous apparaîtra très vite comme une doctrine grave et même souvent humanitaire, où il s'agit, pour éviter la douleur, de philosopher avec les passions en les tenant à la bride.
Néanmoins, le point de départ du système est inévitable dans toute construction d’idées morales fondée sur l’observation des faits.
(( Méditons, dit Epicure, suivant Diogène Laerce, sur les moyens de produire le bonheur, car si nous l’avons, nous avons tout ; s’il nous manque, nous faisons tout pour le posséder. » De son côté, Pascal, le plus mys-
l’épicürîsmë
tique de tous les moralistes, le plus austère, le plus douloureux, le plus soucieux de la charité divine et de l’infini qui se révèle dans l’infini senti par le cœur et compris par l’esprit, ne dit-il pas après Montaigne : (( Tous les hommes recherchent d’être heureux ; cela est sans exception. Quelques differents moyens qu’ils y emploient, ils tendent tous à ce but » ?
DonCj Epicure part des vérités nécessaires : « Il faut bien, observe-t-il, que la fin soit pour tous les êtres le plaisir, car à peine sont-ils nés que déjà par nature et indépendamment de la raison ils se plaisent dans la jouissance, ils se révoltent contre la peine. »
Le Sage distingue, on le sait, les plaisirs naturels et nécessaires, naturels et non nécessaires, ni naturels, ni nécessaires. Un peu d’orge, un peu d’eau, et il dispute en félicité avec Jupiter même. Il ne doit point se mêler aux tracas de la société. Il évitera l’amour et le mariage. Comme l’épicurisme d’Epicure est triste ! S’il ne va pas, selon Guyau, jusqu’au nirvana, comme il plie douloureusement sous le poids de toutes les calamités qui atteignent la misérable espèce humaine !
Doctrine de bonheur par l’absence de trop grands malheurs, dans la volonté libre d’offrir au mal et au deuil le moins de surface possible. Gomme nous sommes loin des fameux pourceaux d’Epicure et même de l’allègre médiocrité dorée d’un Horace épris de rythmes variés, mais dépourvu de tout ce qui peut
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rendre l’humanité grandiose, jusque dans sa misère et son inâssouvissement !
Il y a lieu de considérer que, dans son ensemble, l’épicurisme d’Epicure ne se présente pas seulement, en fin de compte, comme une philosophie prudente d’un bonheur adroitement ou même héroïquement arraché à toutes les calamités qui nous guettent, ni comme un pessimisme plus ou moins ascétique.
C’est la religion d’un homme qui parvient à fouler aux pieds la superstition et dont la victoire, suivant l’expression de Lucrèce, nous rendit égaux aux dieux. INoUs observerons, d’ailleurs, qu’il ne manqua pas de pratiquer leur culte et fut remarquable par sa piété autant que par son zèle affectueux envers ses parents, ses amis et même ses esclaves qu’il affranchit par testament.
Quelles que soient les cruelles analyses consacrées par certains épicuriens à Létude de nos sentiments les plus élevés, sa doctrine fut accueillie avec dévotion à la fois par ces amis dont le nombre, au témoignage de Diogène Laerce, fut si grand qu’à peine les villes pouvaient les contenir, et par des disciples attachés à lui, sous le charme d’une doctrine qui avait « la douceur des sirènes. »
Il faut évoquer Epicure au milieu de ses émules phi-
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losophes, ayant triomphé du malheur et de la calomnie, à l’abri des jouissances stériles, du luxe et de l’excès malfaisants, l’esprit sans agitation, exerçant dans le calme toutes ses facultés, se promenant arec sérénité dans ce fameux jardin, que beaucoup d’autres, jusqu’à M. Anatole France, se sont plu à parer de fleurs parfumées et chatoyantes.
Le Sage a trouvé un port à l’abri de la tempête. Il ne craint pas les tyrans, il a réussi à se pacifier. 11 ne s^est pas contenté d’atteindre le havre de la paix stable où il jouit, pendant la vie, des mêmes biens qui font le bonheur de la divinité, comme l’écrit Epicure dans sa lettre à Ménécée. Il est une sorte de prophète sacré qui arrache ses disciples fervents à toutes les servitudes.
Il se souvient de ce qui est doux et favorable, il s’est convaincu que la fatalité des choses n’est qu’une apparence, que le contingent règne partout et que sa volonté, qui lui donne le courage, la tempérance, l’indifférence devant les honneurs, la fortune et les postes enviés de la République, doit lui assurer la définitive sécurité. Avec cette paix de l’âme, un peu d’eau pour lutter contre la soif, un peu de fromage cythridien, comme mets rare, exceptionnel, deviennent d’extraordinaires voluptés !
Voilà comment Epicure fait bonne chère, mais qu’importe puisque ses amis jouissent aussi de l’absence de peine et de trouble, conservent leur plaisir.
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même quand la maladie ou d’autres revers essayent de les frapper I
(( Imite Epicure », a dit Marc-Aurèle.
Etranges contradictions ! Il est entendu, depuis fort longtemps, que le fondateur de la secte assujettie aux voluptés de la terre pousse la prévoyance jusqu’à s’abstraire de tous les dangers sociaux et donne le minimum aux plaisirs du ventre, de Vénus et du Forum.
Ce serait donc un système d’abstinence et d’habile découragement qu’il prêcha. Si nous condamnons l’ascétisme au nom de la patrie et de la chose publique, il nous faudra condamner l’attitude froide et désolée de celui qui avait écrit sur son jardin : u Ici, tu te trouveras bien ; ici est le plaisir, le bien suprême. »
La science des phénomènes ne semblait guère l’intéresser, bien qu’il eût étudié la physique avec un élève de Démocrite, que par rapport à un idéal « positif » de sagesse.
De même que les Stoïciens et les Pyrrhoniens, il s’éloigne de la métaphysique aristotélicienne. Il veut affranchir de la cause efficiente et finale notre connaissance du monde. Partant du sensualisme, il se débarrasse des idées platoniciennes.
Observateur de la vie réelle, il ne tient pas à s’élever jusqu’à la construction d’un monde supra-sensible dont
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s'enivre rimagination contemplative de tant de théoriciens. Point de formules augustes et mystiques sur le droit, qu"il découvre dans la nature même de nos besoins : c’est un pacte d’utilité nécessaire pour ne pas nous léser et pour n’être pas lésé par les autres.
Les philosophes dits épicuriens, sans se vanter d'être des ascètes (a Je ne suis pas un ascète », disait Tun des plus illustres apôtres du socialisme), ne nous apparaîtront pas spécialement comme des jouisseurs. Au contraire, en bien des cas, nous ne les verrons pas seulement amers et sarcastiques, mais encore graves, voire austères et rigides.
Ils se serviront volontiers des données nouvelles de la science en considérant Thomme à travers le déterminisme des faits de la nature.
Eux aussi s’éloigneront de toutes les constructions a priori. Psychologues, moralistes, sociologues, économistes, ils fonderont leurs théories sur l’expérience : tels que Lucrèce, ils concevront le monde par rapport au progrès. Ils sortiront de l’épicurisme intéressé pour être aussi des réformateurs, tant il est vrai que le bonheur personnel ne saurait s'édifier uniquement sur l’absence de la peine, mais n’est possible que dans le souci du bonheur commun.
Peu importe alors que la notion de justice ne dérive point de quelque abstraction, d’une hypostase supérieure à nos pauvres besoins, à nos humbles destinées éphémères. 11 est essentiel d’observer que les philo-
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sophes dits épicuriens auront une constante préoccupation du sort de leurs frères terrestres.
L^épicurisme, peu à peu éloigné de la théologie comme de tout rationalisme théorique et stérile, au lieu de formuler un code habile des voluptés accessibles et bien dosées, semblera de plus en plus uni à la conception de rhumaine solidarité.
Sa canonique, affranchie des énigmes inutiles, limitée aux êtres et aux choses de l’existence réelle, n'aura pour but que de féconder une éthique vraiment, directement fructueuse.
Cantonné dans le domaine des réalités dont il faut tenir compte pour accomplir les tâches souvent banales et monotones de la vie quotidienne, Tépicurlsme sera condamné à prendre souvent l’allure d’une morale terre à terre où les plus fières vertus ne seront pas toujours suffisamment exaltées. Il n'y aura pas toujours assez d'horizons dans les chemins étroits du jardin d’Epicure. On y sera quelquefois trop préoccupé d'abattre les ronces et les épines au lieu de cueillir les resplendissantes corolles et de s'arrêter dans la contemplation éthérée des paysages paradisiaques. On y trouvera trop peu de sanctuaires pour bénir et pour adorer.
l’Épicurisme
« En la vertu même, observe l’auteur des Essais, le dernier but de notre visée, c'est la volupté
Partons de cette vérité, si peu agréable qu’elle puisse être à ceux qui, dans leur désir de paraître épris d’un grand idéal, s'efforcent de nier le réel, ignorent les appétits, les besoins naturels, afin de n’être pas taxés do bassesse et d'éviter je ne sais quelle complaisance et quelle contagion.
Il y a aussi des penseurs préoccupés seulement d'un enchaînement de déductions ou soucieux d’une esthétique supérieure qui ne savent point, qui n’osent guère abaisser leurs regards sur le spectacle parfois atroce et lamentable des convoitises, du fanatisme et de toute la mêlée où les bêtes humaines, dépourvues d’angélicité, luttent avec tant de fureur, d'ardeur farouche et sanglante.
La recherche même du plaisir délicat et d'un bonheur intellectuel plein de noblesse, l'extase due soit à l’essor de l’intelligence, soit à la ferveur des sentiments les plus tendres nous éloigne de la compréhension exacte des penchants, de notre capacité véritable de « bien » ou de a mal » .
Cependant, il n’est rien de plus néfaste pour l’interprétation des droits dans la société que cet aveuglement, si radieux, si touchant qu’il puisse être.
Nous savons trop maintenant combien il est dangereux de construire . des systèmes politiques sur de jolies utopies, sur une vision avantageuse, mais
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erronée, de notre nature, sur une idée fausse des conditions mêmes de la vie.
L'épicurisme, sous toutes ses formes, a rendu un immense service en insistant sur ces conditions.
Plaisir, égoïsme, amour-propre, intérêt, instinct de conservation, volonté de vivre, désir de puissance, plus ou moins associée à des théories physiologiques, métaphysiques ou sociologiques, cette notion, si variée qu’elle puisse être dans le terme et la littérature philosophique, est due essentiellement à Epicure qui formule, avec les Gyrénaïques, une doctrine du bonheur.
S’il est vrai que, de plus en plus, la morale ne saurait être considérée comme une création personnelle à l’usage de quelques esprits distingués, mais comme fondée sur un idéal d'entr’aide et de communauté suivant les besoins des collectivités modernes, il est évident qu’il vaut mieux risquer une certaine cruauté cynique et ne pas se leurrer sur ce qui fait le fond de notre être, sur le plaisir.
On s’aperçoit trop vite, hélas, que les voluptés, souvent même les plus modestes, et, a fortiori^ les plus véhémentes, sont attachées à des peines.
C’est après avoir savouré le plaisir qu'on s’écrie avec le vieux pessimiste hébreu : « Vanité des Vanités... ))
Aussi Epicure, comme tous les théoriciens du bonheur, se méfie-t-il du bonheur lui-même et prend
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toutes ses précautions pour ne pas s’en priver et en priver ses amis. Bentham, si avide d*être utile à ses contemporains, n’aura pas d’autre but en énonçant les règles prudentes d’une arithmétique des plaisirs. Mais cette méfiance nous mène vite à l’ascétisme ou, en tout cas, à une excessive réservequi nuit à l’action.
Quelles doivent donc être la quantité et la qualité de nos plaisirs, à quel bonheur pouvons-nous avoir droit?
La question initiale de l’éthique n’est-elle pas de savoir s’il convient de vivre conformement à la nature, quitte à chercher l’équilibre harmonieux de nos facultés, comme le souhaitaient les Grecs antiques avant la décadence, ou contrairement à la nature?
Le plaisir réel étant l’absence de tout plaisir qui peut être suivi d’une peine quelconque, il est évident que l’épicurien, pour éviter l’éphémère volupté en mouvement d’Aristippe, deviendra très vite une espèce d’anachorète.
En fait, l’épicurien comme le stoïcien, comme le pyrrhonien, comme l’ascète chrétien ou le fakir de l’Inde, essayera de fuir à tout prix la douleur qui menace à chaque instant le plaisir.
Le bonheur doit-il être dans l’absence de tout plaisir, dans le renoncement, dans la négation de tout ce qui est et de tout ce qui fait la vie?
Certains hommes l’ont cru. Ils se sont appliqués à supprimer tout ce qu’il y avait d’humain en eux. Du reste, à la lumière de la foi qui sait nous consoler, la
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plupart croyaient travailler ainsi au bonheur futur dans Tau-delà, dans un séjour où les « bienheureux » ne connaissent plus, comme après la pauvre joie relative d’ici-bas, la déception, le désespoir et le deuil.