PÉTER
tenir compte de l'obligation où il était de fournir à ses éditeurs le nombre de lignes promises : Dans ses mauvaises périodes il en était réduit à envoyer des feuilles quelconques. Parfois, mécontent, il déchirait les manuscrits indignes de lui.
Mais distinguer l'influence de l’épilepsie sur son génie est autrement difficile.
D'abord comment définir le génie ?
C’est une étincelle, disent Îles unes. — Une longue patience, dit Buffon. — Personnellement, nous pensons que ce qui caractérise le mieux le génie, c’est l'intention incessante, résultat de qualités particulièrement développées. Par quel mécanisme interviendra la maladie ? Elle sera, à certains moments un agent d’excitation comme le café ou la cocaïne.
Bajenoff a pensé que les formes de psychoses, intimement liées au génie, seraient les formes périodiques ou paroxystiques, y compris l’épilepsie.
Lombroso a rapproché le génie de la folie dans un livre célèbre ; mais la tendance actuelle est contraire à cette conception. Il est ridicule de vouloir assimiler le génie à la folie. À. Regnard, dans un ouvrage documenté, a réduit à néant les hypothèses du criminologiste italien. Peut-on attribuer le génie de Pascal à sa folie, et si Auguste Comte fut un grand philosophe, n'est-ce pas grâce à sa raison et à sa volonté, et malgré qu'il ait été fou ?
Lorsqu'il s’agit d'épilepsie on peut alléguer que de même que l’évolution vers l’aliénation mentale se trouve dans les troubles cérébraux qui amènent dans leur zone
d'influence la sphère psychique, de même un certain degré
ANS, à Das
d’excitation peut se traduire par une exaspération momentanée de l'intelligence.
À ce point de vue il apparaît que Dostoïevsky fut l’un des écrivains sur qui la névrose eut la plus forte action. Comme dans le cas de Nutzsche la souffrance fut le grand libérateur de l'esprit.
Si elle fut, en un sens, funeste, mettant obstacle au cours normal de la pensée, diminuant sa production littéraire et ses qualités d'expression, elle a d’autre part servi son inspiration. Il lui doit une part de son origilité et de son merveilleux. Grâce à elle il a pu peindre exactement non seulement les épileptiques mais d’autres malades de l'esprit. Son analyse psychologique s’en est ressentie également.
Il a montré comment les tendances inconscientes s’infiltrent au travers des idées, se réunissent comme pour former une nappe dont le niveau s’élève peu à peu. L’esprit tout entier est bientôt mystérieusement imprégné. L'énergie accumulée force un jour les résistances qui la maintenaient et l'intelligence trop tard se réveille impuissante.
L'intérêt que le romancier a pris à ces phénomènes a été déterminé en partie par les divers états d'esprit dus à la même cause : l’épilepsie.
Le mal sacré n'a pas tué l’art chez lui. Il s’en est, au contraire, aidé pour étendre les limites de cet art et compléter son talent.
Lorsqu'André Suarès déclare à propos de Dostoïevsky : « Son art ne veut pas de son mal, mais il y a de son mal dans son art », il reste, d’après nous, en deçà de la vérité.
L'art de Dostoïevsky est dû en partie à l’épilepsie qui lui