‹ L'Épilepsie dans l'œuvre de DostoïevskyChapitre 3 sur 25 · PET € À MON PRÉSIDENT, ES LA · texte numérisé non relu

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Avant-Propos

Une avenue, que des marronniers fleurissent, conduit à la chapelle. De chaque côté, à demi cachées dans la verdure, quelques maisons claires. C’est l’Asile de Bron, dont je conserverai, contrairement à ses pensionnaires, un excellent souvenir.

Sans doute, lorsqu'on franchit la seconde enceinte, l'aspect devient plus sévère, et le cliquetis des lourds trousseaux de clefs n’est pas pour réjouir le cœur d’un honnête homme. Mais l'accueil amical que reçoivent les étudiants leur cause une agréable surprise. Ils ont vite l'impression d’être chez eux... |

Une étude nouvelle les attend. Certains n'y ont pas grand goût ; d’autres s’y intéressent vivement. Je suis de ces derniers, et le stage de psychiâtrie qui lermina mes études médicales fut la réalisation d’un désir plus que l’accomplissement d’un devoir.

Une ancienne curiosité m'a toujours poussé vers l’étude des maladies mentales, et c'est un peu à cette tendance que je dois d’avoir choisi le travail que voici.

Ayant lu l'Homme Traqué, je vis un jour que Francis

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Carco avait emprunté la manière de Dostoievsky sans égaler sa maîtrise. Peu après, les pages du Roman Russe, consacrées au même auteur, me donnèrent l'envie d’ouvrir les « Souvenirs de la Maison des Morts ».

L'originalité puissante du livre m'invita à faire plus ample connaissance avec Le romancier ; et lorsque le moment fut venu pour moi de penser à la thèse de doctorat, Monsieur le professeur Etienne Martin, qui ne se contente pas de faire à la Faculté de Médecine de Lyon un cours justement apprécié, mais qui s'intéresse en outre aux branches les plus diverses de l'art médical, me proposa le choix d’un certain nombre de sujets. L'un d'eux retint mon attention : c'était l'étude de l’épilepsie dans l'œuvre de Dostoievsky.

J’eus quelques jours d’hésitation.. L'envie ne me manquait pas d'entamer un travail qui répondait d'une part à mon désir de pénétrer plus avant dans l'intimité du romancier le plus étrange de la Russie Moderne, d'autre part d'examiner l'état mental de quelques-unes de ses créations qu'une vie intense fait sortir de la fiction et dont l'exactitude pathologique « est digne des cliniques de Charcot ».

Mais une juste méfiance de mes capacités pour mener à bien pareille étude me retenait. C'était d'abord la connaissance minime d’une œuvre importante, puis des données de psychologie et de psychiâtrie assez incertaines, enfin l’apréhension d'exposer dans une langue peu correcle ce qui réclamait, sinon de l'élégance, au moins de la clarté.

J'ai passé outre à ces objections de la sagesse, en pen-

sant que le sujet était en somme bien délimité, que j'avais

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devant moi assez de Lemps pour me familiariser avec les quelque vingt volumes qu'il était nécessaire de connattre, enfin qu'une longue pralique de l’argot le plus impur ne pouvait vous faire perdre à tout jamais le souvenir d’un langage plus relevé !

Jean Moréas, n'a-t-il pas écrit une tragédie des plus classiques après des pages qui font frémir d'horreur les grammairiens ? Je ne suis pas Moréas... mais je n'avais pas à refaire Iphigénie !

Je me suis donc mis à l'ouvrage. D'aimables camarades me furent des traducteurs précieux, les études critiques sur Dostoievsky sont nombreuses à l'heure actuelle, quelques mois passés à l'Asile de Bron me familiarisèrent avec les psychoses, enfin M. le professeur Etienne Martin me donna fort aimablement d’uliles conseils, dont je ne saurais trop le remercier.

Est-il nécessaire de justifier cette incursion dans le domaine de la littérature ? La chose a été faite à plusieurs reprises. Le docteur Toulouse (1) en particulier a tiré d'arguments sans réplique cette conclusion qu'il appartient au médecin d'étudier la pathologie des écrivains comme celle des autres mortels, et le Docteur Biessy, en tête d’un travail récent, a résumé Les raisons qui justifient ce genre d’études.

La forme particulière d'une affection n'appartient-elle pas à l'examen médical, quel que soit le malade ? Le bon sens répond, et l'étude qui suit n’est que le développement

(1) D' E. Toulouse : Enquête médico-psychologique sur les rapports de la supériorité intellectuelle avec la névrose. Introduction

générale, Emile Zola.

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d'une observation dont le plan habituel a toutefois subi quelques modifications.

IL était nécessaire de rappeler tout d'abord les caractères de la maladie de Dostoïevsky et de dire un mot de sa vie, point de comparaison dans la suite. Les épileptiques, mis en scène dans son œuvre, sont ensuite étudiés et comparés entre eux et avec l’auteur. Un dernier chapitre est enfin consacré à l’étude de l’œuvre en général, en cherchant l'influence que l'épilepsie a exercée dans son orientalion et dans son exécution.

Pour être complet, cet exposé aurait demandé que les rapports de l’épilepsie et du génie littéraire y fussent disculés. Cette question serait à elle seule suffisante pour faire l’objet d'un important travail. P. G. Loyque, dans la thèse inaugurale (1), y a consacré un chapitre. Je n'ai pas pensé devoir aborder un sujet aussi général, me contentant de noter les rapports entre la maladie de l'auteur et les qualités littéraires de sa production.

Si la question est reprise par plus qualifié que moi, mon seul désir est que ces quelques pages, d'où j'ai voulu éliminer l’incerlain, puissent lui faciliter sa tâche.

(1) Etude médico-psychologique sur Dostoïevsky. Th. Lyon, 1912.

Intreduction

L'important, c’est la vie, la vie seule. Qu'est-ce qu'une trouvaille quelconque auprès de la découverte incessante, éternelle de la vie?

DosToïevEsky.

Chaque année voit éclore en France un millier de romans. C'est la preuve qu'une forme littéraire, d’une souplesse extrême, a conquis la pensée du grand nombre. On comprend d’ailleurs facilement que tous les goûts trouvent à se satisfaire lorsqu'on voit des œuvres comme Ariel ou la Vie de Shelley, d'André Maurois et le.Gigantesque, d’Adrien Le Corbeau, porter cette même étiquette, en passant par les anticipations de Wells et toutes les formes imaginables de psychologie, d'observation et de fantaisie.

Mais dans cette diversité, un genre a conquis une large place. C’est celui que Paul Bourget nomme volontiers la chronique. Cette chronique n’est pas à proprement parler le roman psychologique ou psychanalytique dans lequel l’action est purement supprimée ou passe à l'arrière plan, ce n’est pas non plus l'étude de mœurs simple ‘et brutale, ni le roman d'imagination qui laisse le Îlec-

teur libre d'interpréter à sa guise d’invraisemblables péri-

Er l2e—

péties, c’est, si l'on veut, le développement naturel d'une action dont nous pourrions être les acteurs. L'invention littéraire, l'étude des mœurs, l'analyse des caractères formeront un tout équilibré et le roman ainsi conçu apparaîtra comme de la vie rendue et expliquée.

De telles œuvres, fréquentes chez nous, forment la totalité de l’école naturelle russe.

Qu'il s'agisse de Gogol, observateur minutieux, qui nous fait vivre avec ses personnages, de Gontcharoff, peintre de la société sous le règne de Nicolas [* et d’Alexandre II, de Tourgueneff, en qui vivait un monde et dont Renan a dit : « Aucun homme ne fut à ce point l’incarnation d’une race entière », qu'il s'agisse de Tolstoï, esprit exalté et mystique, mais qui possède le souci de l'observation fidèle, chez tous, on retrouve une applica-

tion passionnée dans la recherche du document humain.

Dostoïevsky appartient à cette école. Il n'y a pas lieu d'envisager ici son œuvre au point de vue littéraire. D’autres ont accompli cette tâche mieux que nous ne saurions le faire. Maïs avant cet essai, dont ses romans forment la substance fondamentale, il paraît utile de justifier ce qui peu paraître de prime abord une plaisanterie d’un goût douteux : l'étude d’une névrose chez des êtres de fiction. Celle-ci ne forme d'ailleurs qu'une partie de notre dessein. Ce que nous voulons montrer, c’est, d’une part, l'exactitude de l'observation médicale du littérateur : d'autre part, saisir l'influence générale de la maladie sur l'œuvre entière.

On est en droit d'exiger d’une thèse médicale un ensemble objectif, un fonds documentaire. Cette basse indis-

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pensable est fournie dans les travaux habituels par une quantité d'observations splendidement démonstratives.

Cette ressource nous manque.

Quel sera donc notre point de départ ?

C'est ce fait indiscutable qu'à travers l’œuvre se retrouve à chaque instant l’homme, même lorsqu'il tend à s’effacer ; et cela, dans le cas particulier, a d’autant plus de valeur que Dostoïevsky n’est pas impersonnel, bien au contraire.

Par ce côté, il s'écarte notablement d'écrivains qui possèdent certains points communs avec lui : Flaubert et Maupassant. Ceux-ci recherchent l’objectivité dans l’art ; Dostoïevsky reste « invisible et présent » et l’on se rend bien compte en lisant ses romans « qu’une œuvre d’art n'est qu'une chose vue à travers un tempérament ». Comme il s’est peint à plusieurs reprises dans ses ouvrages, la base que nous nous donnons est encore plus solide.

Ce fut un jeu pour les critiques de rapprocher certaines œuvres d'épisodes vécus par le romancier, de superposer le caractère de plusieurs de ses héros au sien.

Les Inédits, récemment publiés ont apporté à la question une clarté nouvelle. Le journal de Madame A. G. Dostoïevsky insiste longuement sur le caractère autobiographique de certains romans et sur les incidents de la vie de son mari que l’on y trouve rapportés souvent à plusieurs reprises. f

Sa fille Aimée, dans un livre publié en Allemagne, souligne des concordances que nous résumerons rapidement.

Ivan Karamozoff correspond à Dostoïevsky vers sa

vingt-cinquième année.

« L'Eternel mari » fait revivre en partie la première union de l’auteur avec la veuve du capitaine Issaïew.

L'aventure qu'il eut avec l’étudiante Pauline N... fait le sujet du « Joueur ».

La sœur de Sophie Kowalewsky, qu'une amitié durable unissait à lui, se trouve dans [les Karamazoff sous les traits de Catherine.

Enfin n'est-ce pas l’âme de sa jeunesse que celle de Dolgourouki (l’Adolescent).

A cela, il faut ajouter les « Souvenirs de la Maison des Morts » et le « Journal d'un écrivain », dans lesquels le voile transparent de la fiction n’est même plus tiré sur sa vie, et l’Idiol, qui mérite d’être étudié séparément.

Ainsi l’auteur n’a pas revêtu l’habit d'un de ses héros, mais il s’est dispersé dans ses créations en traits épars, distribuant son âme et sa vie.

Un autre caractère de son œuvre est d’être consacrée aux humbles et aux malades. S'il les a si bien étudiés c’est parce qu'il se sentait près d'eux par le milieu, par la maladie, par le malheur. Tandis que la majorité des romanciers appartient à l'aristocratie des propriétaires, lui ne sort que des rangs infimes du Tchin. Sa santé s’est peu à peu détraquée. La question d'argent, Îles dettes ont empoisonné sa vie. Il se sut et se dit « un prolétaire de la littérature ».

Son père, modeste médecin dans un hôpital militaire, élail avare, morose, très emporté, Alcoolique, il légua cette tare à deux des frères du romancier. Sa mère, probablement tuberculeuse, mourut alors qu'il avait sept ans.

Ses années d'enfance se passèrent sans joie, sous une

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direction sévère. De constitution faible, il fut sujet à des crises nerveuses, à des frayeurs intenses.

Son adolescence se poursuit à l'Ecole du Génie de Saint- Pétersbourg qu'il prit bientôt en horreur. Le 9 août 1838 (il a seize ans), une lettre écrite à son père se termine ainsi : « J'ai un projet : je vais devenir fou, ...c’est la meilleure issue à ma situation ». Peu après il écrit encore : « la vie est repoussante ». Déjà, il manque d'argent et dans sa correspondance, jusqu'à la fin de sa vie, on retrouvera ce leit-motiv. Il ne pourra subvenir aux besoins de sa famille qu'avec l’aide des avances des éditeurs (qui s’enrichissent grâce à lui). Ce n’est que peu avant sa mort que par l'administration prudente de sa seconde femme il pourra jouir de quelque tranquillité.

En 1842, il sort de l'Ecole, sous-lieutenant. Deux ans après il abandonne la carrière d'ingénieur. Lié avec Bielinsky, dont il partage les idées politiques et littéraires, il commence à écrire. En 1846, c’est le succès des Pauvres Gens.

On sait peu de chose sur la formation littéraire du romancier. Certains lui ont prêté une grande culture. Assurément il a beaucoup lu, des genres les plus divers. Un grand nombre d'auteurs français et anglais lui étaient familiers ; cependant il doit moins à l'influence étrangère qu'à son génie et « à l’ensemble de l’état d'esprit et des mœurs environnantes » qui, pour Taïine, détermine l’œuvre d'art.

C’est à cette époque qu'il fréquente ce monde d'étu- diants douteux, de philosophes sans toit, de nihilistes

avant la lettre, clientèle ordinaire des traktirs, qu'il a

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fait sien « comme Rembrandt s’est emparé de la canaille et de la juiverie des ghettos d'Amsterdam ».

Est-ce dans cette période étrange de sa vie qu'il faut placer certaines « expériences » que rappellent des pages, quelques peu sadiques, de son œuvre ? (Cf. la Confession de Stavroguine).

Mademoiselle À. Dostoïevsky prétend que ce n’est qu’au retour du Caucase, vers la quarantaine, que se place la crise sensuelle, le démon de midi. Toujours est-il que cette fréquentation fut décisive.

Vivant avec les individus, dont il retrouvera les frères en Sibérie, il étudie « cette classe distincte d'êtres dont la horde se réunit dans nos grandes villes, qu'un air de famille dénonce comme compagnons destinés au crime ». Ce sont les habitants de cette zone neutre comprise entre le crime et la folie. Sur un des bords, on observe beaucoup de perversité et peu de folie, sur l’autre beaucoup plus de folie que de dégradation morale.

C'est alors que survient l'affaire de Petrachewsky.

Arrêté, d’ailleurs à tort, le romancier est enfermé pendant huit mois dans la forteresse Pierre et Paul.

Puis c’est la parade d'exécution sur la place Semenowsky qui l’a impressionné (on le serait à moins) pour le reste de sa vie. Il revient souvent sur l’état d'esprit qui fut le sien pendant les quelques minutes qui le séparaient de la mort, et la lettre qu'il écrivit à un de ses frères, dans laquelle il relate cet épisode, est reproduite à peu près exactement dans le récit fait par le prince Muichkine (L'Idiot) : « Il existe peut-être un homme à qui on a donné lecture d'une condamnation capitale, ete. Il se rappelait

tout avec une nelteté extraordinaire et il disait que rien

lie

de ce qui s’élait passé durant ces quelques minutes ne s’effacerait jamais de sa mémoire... ».

Au moment où les condamnés allaient être fusillés, on leur lut la grâce du Tzar qui leur conservait la vie, mais les expédiait au bagne.

En décembre 1849, il part pour la Sibérie. Les rigueurs de la captivité, du climat, l'éloignement des siens, l’impossibilité où il se trouve d'écrire, font de ces années Îles plus pénibles de sa vie. Il déclare dans une lettre : « Il est difficile de dire ce que j’ai souffert. Je considère ces quatres années comme une période pendant laquelle j’aurais été enterré vivant ! C'était une souffrance indicible, infinie, parce qué chaque heure, chaque minute me pesait sur l’âme ».

C’est pendant ce séjour en Sibérie que Dostoïevsky aurait subi la première crise comitiale, mais nous savons sa mémoire infidèle et il s’est contredit plusieurs fois. Pourtant, les « Souvenirs » de Sophie Kowlewsky situent aussi à cette date le début de la maladie.

Après le bagne, il fait trois ans de service dans l’armée. En 1856, Alexandre IT lui remet le reste de sa peine. Un an plus tard, il épouse Marie Dimitrievna.

La période féconde de sa vie commence. Jusqu’en 1881, date de sa mort, sa production est inégale, mais constante. Peut-être Île silence forcé qu’il observa pendant dix ans lui fut-il salutaire, peut-être cette retraite de Pythagoricien a-t-elle mûri son génie.

Durant ses vingt-cinq dernières années, l’épilepsie le secoue durement. Habituellement, il subit une vingtaine de crises par an. Dans les mauvais moments, deux par

semaine, tandis qu’au cours de ses voyages à l'étranger

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elles s’espacent, il se fortifie dans des rémissions de quatre mois. Ces bons effets du changement doivent, en partie, justifier son humeur voyageuse.

Mais la pauvreté cède moins facilement, et cette continuité de la maladie et de la misère « qui se partagent cette vie comme deux chiennes éternelles », suivant la forte expression d'André Suarès, aurait pu atteindre profondément l'esprit du romancier, c’est l’évolution habituelle de l’épilepsie. On ne note pourtant pas chez Dostoïevsky d’aggravation sensible de l’atteinte inteTectuelle et tout se passe comme si le mal s’attaquait à un adversaire trop résistant : il marque des points dans le combat sans arriver au knock-out !

Au contraire, la réaction se fait, toujours vigoureuse, et le critique serait bien embarrassé en face de quelques romans pour les ranger dans l’ordre de leur publication s’il ne pouvait tabler que sur leur valeur pour faire son choix. En parcourant les livres dans l’ordre chronologique, on n'a nullement l'impression d'assister à [l’affaiblissement d’une intelligence.

Ce que nous étudierons, ce n’est donc pas l’évolution de la maladie transparaissant dans l’œuvre, mais Îles diverses influences qu'elle a exercée sur la conception, les idées directrices, comment les malades ont été dessinés et leurs réactions reproduites, quels points particuliers portent l’empreinte de la névrose.

Après avoir recherché les indices et réuni les résultats de cette analyse, nous verrons ce que l’épilepsie a pu ajouter à l’œuvre et en quoi elle a pu nuire à l'écrivain.

Un écueil nous attend : c’est, en subissant l’attirance

d'une idée préconcue, de trouver l’épilepsie dans des

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pages où elle n'est pas. Nous essaierons de nous garder de cette erreur en faisant un examen sévère avant de conclure à l’origine comitiale d’un trouble quelconque, et nous verrons qu'à certains moments le diagnostic différentiel n’est pas des plus faciles.

Nous serons parfois contraint d’avouer notre ignorance, incapables de tirer une conclusion certaine de l’enchaînement des faits. Mais nous saurons nous en consoler en pensant que, même dans les travaux qui offrent à l'esprit des bases de raisonnement plus solides que celles que nous possédons,-on trouve des conclusions opposées sous des signatures d’égale autorité ! Le ton doctrinal ne nous convient pas et ne nous plait guère. Ne vaut-il pas mieux rester sur la souple échelle des hypothèses, que de s’établir sur des affirmations trop hâtivement établies pour ne pas s'effondrer ?

Dans le riche et luxuriant domaine de la psychologie pathologique où nous nous sommes imprudemment aventurés, la vérité est moins qu'ailleurs évidente ; les voies qui en assureront l'exploration ne sont pas encore tracées, bien des régions sont parcourues au hasard de curiosités originales, et le promeneur ne s’y reconnaît pas. Mais chaque incursion est l’origine d’une conquête. L'obscurité se dissipe lentement, les coins impénétrables se font plus rares: Des méthodes nouvelles ouvrent chaque jour des routes plus faciles à parcourir.

Le chemin que nous avons suivi n’était ni des plus aisés, ni des plus difficiles. Nous avons voulu n'’avancer qu'avec prudence, en nous rappelant que trop souvent

la logique n’est que l’art d’errer avec sécurité.

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