‹ L'épilepsie (volume 2)Chapitre 16 sur 112 · I. — Symptômes précurseurs éloignés · texte numérisé non relu

I. — Symptômes précurseurs éloignés

Les premières manifestations morbides que l'on puisse rattacher parfois à l'épilepsie sont les convulsions de

l'enfance. En effet si l'on recherche avec un soin minutieux, les antécédents personnels des sujets épileptiques, on retrouve dans la majorité des cas ces convulsions du jeune âge.

Nous n'avons pas la prétention de dire que toutes les convulsions des enfants soient des manifestations de la maladie sacrée. Ce serait une erreur grossière. Le diagnostic causal de ces convulsions est extrêmement délicat. Lorsqu'on n'est pas en présence d'une méningite tuberculeuse, lorsque l'enfant n'a pas de vers dans l'intestin, ou qu'il n'est pas pris d'une inflammation ou d'une lièvre quelconque, en un mot, quand on ne sait à quoi rapporter ses convulsions, il convient de réserver le diagnostic et de s'enquérir des antécédents héréditaires. On sait en effet que l'hérédité joue un grand rôle dans l'épilepsie. Si on se trouve en présence d'un enfant qui a une hérédité nerveuse ou mentale convergente, on doit penser à l'épilepsie et faire des réserves pour le pronostic. Plus tard, en effet, on vient consulter pour un enfant de six à douze ans qui, chaque nuit, a un sommeil agité, en même temps il a de l'incontinence d'urine, et parfois son oreiller est taché de salive. Le matin, le petit malade se sent fatigué, il a la tête lourde; enfin, les progrès qu'il faisait en classe s'arrêtent, sa mémoire s'affaiblit, et l'on s'inquiète de lui trouver certains jours l'intelligence moins ouverte. C'est que cet enfant a des accès convul-

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sifs complets ou incomplets pendant son sommeil. Le jour, il ne présente aucun accident, mais on sait que dans l'épilepsie, au début surtout, les accès sont le plus souvent nocturnes.

Les symptômes précurseurs éloignés passent souvent inaperçus, et même pour Lasègue il n'y avait jamais de prodromes dans l'épilepsie : le malade est comme foudroyé au milieu de la santé la plus florissante. « Tout individu qui a une aura, disait cet auteur, n'est pas un épileptique, mais un épileptoïde. »

Nous disons donc, à rencontre de Lasègue, que presque tous les individus atteints de la grande épilepsie ont des prodromes éloignés. C'est ce que nous constatons chez tous nos malades. Tous présentent de l'état saburral de la langue, un état gastrique plus ou moins prononcé. Tous nous disent qu'ils ont mal au cœur, la bouche amère, pâteuse, et nous réclament une purgation.

Au commencement de notre séjour dans un service d'épileptiques, nous étions très étonné de voir les malades demander une médication purgative. Nous nous aperçûmes bien vite que tous ces sujets, que nous considérions au premier abord, il faut l'avouer, comme des hypocondriaques, étaient réellement des malades qui présentaient tous dans les vingt-quatre ou quarantehuit heures des accès convulsifs.

Notre attention une fois éveillée de ce côté-là, nous

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avons annoncé des attaques convulsives chez un malade en examinant l'état des voies digestives.

En même temps qu'ils se plaignent d'avoir la bouche amère et pâteuse, ils ressentent le plus souvent une pesanteur et quelquefois une boule au creux épigastrique, boule qui remonte à la gorge et les étouffe; leur respiration est gênée, ils ont besoin d'air, ils éprouvent des pendiculations et des bâillements, en même temps que des battements de cœur, parfois môme une vraie tachycardie. Ces phénomènes complexes durent plusieurs heures, quelquefois un jour ou deux; puis l'accès convulsif arrive brusquement. On peut aussi observer des modifications du pouls, qui devient parfois irrégulier et intermittent. D'autres malades, en même temps qu'ils ont ce trouble gastro-intestinal, éprouvent un changement dans le caractère. Ils deviennent maussades, querelleurs et d'une irritabilité extrême, avec une violence quelquefois extraordinaire. D'autres sont affables, obséquieux et d'une gaieté folle ou d'un optimisme exagéré. Cet état peut durer plusieurs heures et même plusieurs jours.

Mais, comme nous l'avons dit plus haut, en même temps que ces modilications du caractère, on constate toujours un état saburral de la langue. Nous attachons beaucoup d'importance à ce symptôme. La constance des phénomènes gastriques chez certains sujets nous fait penser à une forme spéciale d'épilepsie. C'est une

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forme infectieuse qui a sa marche spéciale et sa terminaison. C'est la forme la plus grave de l'épilepsie. C'est surtout dans cette forme que nous avons vu la démence, s'accompagnant de tabès spasmodique, de diplégie cérébrale, dont nous avons rapporté des exemples dans les Archives de neurologie^ avec mon interne M. Petit, et dont, vous voyez aujourd'hui les sujets. Ces troubles de l'estomac et du cœur paraissent être sous la dépendance du pneumogastrique.

D'autres malades, au lieu d'avoir ces modifications du caractère, ou en même temps qu'elles, ont des troubles moteurs ou sensoriels venant compliquer des troubles psychiques : tantôt ce sont des secousses locales ou générales, des tremblements qui peuvent affecter certaines régions, comme chez Fér... et Valarc... Quelquefois c'est un clignotement particulier, comme chez la malade Bis....; d'autres fois un mâchonnement ou une conslriction de la mâchoire, ou encore un grincement de dents se montrant surtout la nuit.

Enfin, il peut y avoir un embarras particulier de la parole, ou de l'aphasie véritable.

D'autres, avec un sentiment de picotement de la peau, présentent quelquefois une éruption érythémateuse de la peau ou une éruption d'urticaire, ou encore un rash limité à certaines parties du corps. Mais ces phénomènes accompagnent l'état suburral de la langue ; or, dans ces derniers temps, on a décrit des éruptions cutanées

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accompagnant les troubles dyspeptiques et qui ont élé mises sur le compte de l'auto-intoxication.

Enfin certains malades ont une sensation de chatouillement dans la gorge, avec toux opiniâtre.

Les organes des sens peuvent être également le siège de phénomènes prémonitoires : ainsi des bourdonnements d'oreilles, des sifflements de machine à vapeur comme chez Bourd..., ou des phosphènes comme chez la petite Mill..., ou encore une impressionnabilité à la lumière. D'autres fois, c'est une excitation génitale, des érections diurnes et nocturnes, des pollutions, etc.

Quelques malades ont des névralgies limitées à certains organes ou de la migraine; dans certains cas, cette migraine peut constituer un accès épileplique comme chez cette malade, la nommée Mir...

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