II. — Symptômes précurseurs immédiats ou Auras
Les symptômes précurseurs immédiats ou miras constituent le phénomène du début de l'accès.
Quelquefois, c'est un sentiment de vapeur froide qui monte d'un point quelconque du corps vers le cerveau, et qui est suivi immédiatement de l'attaque. Nous diviserons les auras, comme les a divisées Delasiauve ', en
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auras motrices, sensitives, sensorielles et intellectuelles. Ces auras existent d'un ou des deux côtés du corps.
L'aura bien limitée a une très grande valeur au point de vue de la localisation, comme le montre Hughlings Jackson. Elle sert à établir une transition entre l'épilepsie partielle et l'épilepsie vulgaire.
Auras sensitives. — L'aura sensitive est caractérisée par une sensation de vent froid ou chaud, d'engourdissement ou de picotement, ou encore de brûlures partant d'un point d'un membre et remontant à la tète.
L'engourdissement avec contracture peut se localiser dans le petit doigt comme chez une de nos malades.
Quelquefois c'est une sensation de boule partant de l'épigastre et remontant à la gorge. Cette sensation est semblable à celle de l'hystérie, mais elle dure moins longtemps et elle est moins nettement caractérisée, comme chez la nommée Ga...
D'autres fois, les malades en même temps qu'ils ont une sensation de pesanteur à l'épigastre, ont une envie de vomir.
Enfin, les muqueuses de la gorge ou des narines, quelquefois même du larynx peuvent être le siège de ces sensations douloureuses, froid, chaud, brûlure, picotement.
Une douleur vive dans les globes oculaires, ou une douleur autour de la tète, en forme de cercle, peut encore être le point de départ de l'attaque.
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Enfin, certains malades ont une sensation de légèreté générale. Il leur semble qu'ils pourraient voler et voilà la raison pour laquelle Goh... s'est jeté par la fenêtre avant son accès. D'autres ont la sensation d'une augmentation de volume de leurs membres. Cette alternative de sensation peut exister cbez le même sujet comme chez la nommée Nor...
Auras motrices. — Les auras motrices sont nombreuses et variées. Tantôt, c'est un clignotement invincible de la paupière, comme chez la petite Bis... ; tantôt, c'est un rictus de la lèvre inférieure ou un mâchonnement tout particulier. Tantôt encore, c'est un spasme dans quelques groupes musculaires du bras ou de la jambe, ou enfin des secousses. Ces secousses peuvent durer un certain temps et s'étendre à tout un côté du corps, comme chez Fér... Elles sont quelquefois très répétées, aussi la malade ne peut-elle se tenir debout, comme cela existe cbez la même malade. Enfin, elles peuvent exister des deux côtés du corps : comme chez Mme Soie... ; dans ce cas, le diagnostic avec la chorée ordinaire est quelquefois difficile. Il en est de même avec la chorée saltatoire dans certains cas. Chez Fér..., ces secousses, d'abord unilatérales, deviennent bilatérales, et s'accompagnent alors à ce moment de perte passagère de l'intelligence. Quelquefois à la suite de cette obnubilation intellectuelle arrive l'accès complet d'épilepsie, mais ce dernier n'arrive généralement
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qu'après plusieurs jours. Quelquefois, au contraire, chez cette même malade, les secousses suivent un accès complet d'épilepsie survenu brusquement. Enfin, ces secousses, ces soubresauts peuvent n'exister que dans les membres inférieurs, comme chez Valarc... Elle fléchit tout d'un coup les jambes et tombe sans perdre connaissance. Chez ces trois malades, les secousses précèdent de plusieurs heures, et quelquefois même d'un jour, l'attaque convulsive. On ne peut donc faire rentrer ces secousses dans l'aura du début de l'attaque.
D'autres malades ont des mouvements coordonnés, automatiques, comme ceux de boutonner et de déboutonner un vêtement; d'autres se frottent avec force une partie du corps; d'autres marchent, courent et font des fugues inconscientes. Les fugues inconscientes ont une durée plus ou moins longue. Elles peuvent durer plusieurs heures ou même une journée, et se terminent généralement par un accès convulsif et un sommeil prolongé. Une grande courbature avec hébétude accompagne le réveil, et le malade a une inconscience complète de ses actes pendant cette fugue. Au congrès de médecine mentale de Paris 1889, j'ai indiqué les signes différentiels de cet automatisme ambulatoire épileptique et de l'automatisme ambulatoire hystérique. La fugue hystérique est toujours mieux coordonnée que la fugue épileptique. Son début est celui d'une ébauche d'attaque avec sentiment de strangulation, et le réveil ne s'accom-
pagne pas d'hébétude comme dans l'épilepsie. Dans les deux cas, il y a oubli de tout ce qui s'est passé, mais l'hystérique peut être plongé dans le somnambulisme provoqué et raconter tout ce qu'il a fait pendant sa fugue. L'épileptique, au contraire, n'est pas hypnotisable généralement, ni suggestionnable; de plus, chez lui la déchéance intellectuelle est la règle.
Enfin, quelques malades prononcent un mot, toujours le même, plusieurs fois de suite, et tombent ou encore courent en avant (épilepsie procursive), ou vont à reculons (épilepsie rétrocursive).
Nous devons signaler aussi les sensations subjectives qu'ont certains malades. Il leur semble qu'ils marchent ou exécutent certains actes qu'en réalité ils ne font pas. dette hallucination motrice peut s'accompagner de sensations cutanées ou d'illusions thermiques.
Parmi les troubles viscéraux, nous signalerons l'éternuement, le hoquet, la toux spasmodique intermittente, le bâillement, la pendiculation et le sentiment de faim.
Ce sentiment de la faim est très développé chez Mme X.... Si a ce moment elle prend un peu de chocolat, elle peut arrêter l'accès convulsif, mais si elle ne satisfait pas immédiatement sa faim ou si elle mange trop tard son chocolat, elle tombe et a son accès. Vous comprendrez alors facilement que ce qui pouvait lui être utile avant l'accès peut lui être au contraire très funeste au moment de l'accès. 11 pourrait y avoir en
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effet à ce moment-là introduction de cet aliment dans les voies respiratoires et mort consécutive. Ces accidents ne sont pas rares chez les épileptiques. Vous verrez rapportés par les auteurs plusieurs exemples d'épileptiques morts au milieu d'un repas. Pour mon compte, j'ai vu deux malades mourir dans ces conditions. A l'autopsie on trouva des aliments dans le larynx et au niveau de la bifurcation des bronches.
Auras sensorielles. — Les auras sensorielles peuvent exister sur tous les organes des sens, d'un seul côté ou des deux. La vue peut s'obscurcir : les objets apparaissent comme dans un nuage, ou bien les images sont colorées (les malades voient les objets en rose ou en roug-e). La couleur roug-e apparaît fréquemment ; pour eux c'est du sang-, et cette association d'idées provoque quelquefois un délire furieux. Ils voient parfois des points lumineux, des étincelles, des auréoles. La lumière ne peut être supportée sans douleur; à cette dyscsthésie se joint souvent un picotement de la conjonctive.
D'autres fois, les objets apparaissent plus gros, plus grands, plus petits qu'ils ne sont en réalité (macropsie, micropsie), ou bien les malades ont la sensation que les objets s'éloignent ou s'avancent sur eux. Quand ces objets s'approchent trop près, ils se sentent étouffés et tombent sans connaissance; comme chez Bienv..., cette malade que je vous présente; ou bien ce sont des hallucinations de la vue, des visages grimaçants, des
diables, etc.; ou encore une voilure, un cheval emporté, un chien enragé, etc. Ces hallucinations ont des rapports intimes avec la frayeur qui a été le point de départ de la première manifestation morbide.
h'ouïeest fréquemment le siège d'une aura. Le malade entend souvent des bourdonnements, des coups de sifflet, comme chez la nommée Bourd... Chez elle les bourdonnements duraient plusieurs jours, mais quand le coup de sifflet arrivait, elle tombait. Ou encore c'est un mot, toujours le même, et le plus souvent ordurier. La fonction de l'ouïe peut être abolie ou exagérée. Le bruit peut provoquer une irritabilité excessive (hyperacousie).
Les sensations olfactives sont généralement désagréables; odeur de soufre, d'œufs pourris, etc., ou encore des odeurs de pharmacie, etc. En même temps que ces auras olfactives, il existe généralement des auras gitstalives: gnût métallique de cuivre, d'encre, etc. Ces auras gustatives sont fréquentes chez nos malades. Elles existent avec l'état gastrique.
A uras psychiques. — Les auraspsychiques sont presque aussi fréquentes que les auras sensorielles. Elles sont de nature dépressive ou excitable. On peut les diviser en auras émotionnelles et intellectuelles.
La petite Laur... est toujours déprimée avant ses attaques; elle vient nous trouver et nous dit : « Je ne sais ce que cela veut dire, mais je suis plus malade que jamais, je tombe tous les jours », et en môme temps,
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elle passe sa main devant sa poitrine en se frottant comme si elle avait la sensation d'une boule; or cette malade, quand elle dit cela, n'est pas tombée depuis plusieurs jours ou plusieurs semaines. Mais ces paroles sont le signal de l'attaque.
Diétr... a des idées de suicide en même temps qu'elle éprouve une aura frigida, une sensation de froid sur tout le corps, et un tremblement général. Elle voudrait, dit-elle, être morte, et en même temps elle se donne des coups violents dans la poitrine. Ces idées de suicide sont rares au début de la maladie ; elles existent surtout dans le cours ou à la fin des accès, comme chez Vill..., Lém..., etc.
Enfin, d'autres malades se trouvent toutes déprimées, toutes changées. Elles ne comprennent pas ce qu'on leur dit; leur intelligence est obluse, elles sont hébétées. Il est plus rare qu'elles soient très lucides; Echeverria ' parle d'une imbécile qui était très lucide la veille de son attaque.
Il n'est pas rare non plus de remarquer des malades qui ont une réminiscence d'événements antérieurs. C'est comme une espèce de rêve. L'individu revoit tout ce qui s'est passé lors de son premier accès, et il tombe sans connaissance.
D'autres fois, l'individu est pris d'une idée fisc, d'une obsession et d'une angoisse, et il tombe en accès.