ANATOMIE PATHOLOGIQUE
et un de ces cerveaux sur cinq ne présentait pas de sclérose à l'œil nu. Cette particularité a d'autant plus de valeur pour la démonstration de son hypothèse. Pour lui l'induration de certaines circonvolutions, de la corne d'Ammon, en particulier, et des olives, est le signe extérieur de la prolifération cachée de la névroglie. « Quand il n'y a pas de lésion macroscopique on retrouve « pourtant le même processus fondamental névroglique « pathologique. » Cet excès de production du tissu de soutènement lui paraît devoir être attrihué à une lésion de développement ou d'évolution à cause du rôle important joué par l'hérédité dans l'épilepsic, et vu l'absence, dans ses cas , de signe d'inflammation bien nette. « L'épilepsie essentielle, quand il n y a pas de lésion « apparente, est due à la prolifération de la névroglie. « Dans la majorité des cas où il y a une lésion appa- « rente, c'est encore la prolifération névroglique qui est <( la cause de l'épilepsie. »
MM. Marinesco et Sérieux ' insistent sur la distinction à faire entre les lésions secondaires consécutives aux différents paroxvsmes, de l'attaque épileptique, et les altérations épileptogènes primitives, capables d'expliquer à la fois l'altération permanente des centres nerveux et celle qui détermine les paroxysmes.
Les lésions vasculaires trouvées par eux sont de
1. Marinesco et Sérieux, Pathogénie de l'épilepsie, 1895. Ext. des mémoires de l'Académie de médecine de Belgique.
J. Voisin.
deux ordres : les unes à caractère plus ou moins récent, secondaires au processus épileptogène, consistent en dilatations d'espaces périvasculaires, où Ton trouve des corps granuleux; les autres, chroniques, ne sont qu'une hypertrophie de la paroi des vaisseaux. Enfin il est des cas où l'on constate de la porose cérébrale telle que Birrorero et Golgi l'ont décrite.
Les lésions interstitielles, avec les précédentes, sont les plus fréquentes : la névroglie est hyperplasiée ; MM. Marinesco et Sérieux insistent sur quelques cas où l'on voit des faisceaux compacts, denses, de fibrilles névrogliques venir se metlre en rapport avec la paroi des vaisseaux; mais ils ne considèrent pas comme suffisamment démontrée la sclérose névroglique pure de M. Chaslin.
Parmi les lésions des fibres nerveuses, les méthodes récentes ont permis aux auteurs d'étudier, outre une dégénérescence plus ou moins intense delà myéline, une disparition partielle des fibres tangentielles de l'écorce, comme on en a décrit dans la paralysie générale.
Les recherches les plus délicates concernent les cellules nerveuses; de ce côté les lésions sont assez variables; tantôt il y a atrophie du corps de la cellule, qui est plus petite sans prolongements; tantôt, quoique rarement, il y a infiltration des cellules par des leucocytes; tantôt, enfin, il y a diminution de la richesse du protoplasma en granules que l'on voit en nombre consi-
ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE 291
dérable à l'état normal, et qui paraissent jouer dans la vie cellulaire un rôle des plus importants. C'est à cette dernière modification que ces auteurs sont le plus disposés a attribuer le caractère spécifique.
Indépendamment de ces lésions microscopiques nous trouvons des lésions diverses, soit des vaisseaux, soit des méninges. Chez les vieillards atteints d'épilepsie, il n'est pas rare de voir des artérites des vaisseaux de la base. On a trouvé des thromboses des sinus, quelquefois des foyers de ramollissements. Chez des sujets syphilitiques épileptiques, on rencontre aussi des artérites syphilitiques, des tumeurs osseuses et de la pachyméningite gommeuse circonscrite.
Enfin on doit signaler, dans les cas de mort par état de mal épilcptique, une congestion intense du cerveau et des méninges et même, dans quelques cas, un certain degré de méningo-encéphalite, car sur douze observations de mort par état de mal, je constate trois fois des adhérences des méninges à la substance grise et surtout au niveau des circonvolutions ascendantes et occipitales. La décortication dans ces cas était très difficile. On enlevait par places de la substance grise en soulevant la méninge. Cet aspect rappelle celui de la paralysie générale à son début, car l'épaississement de la méninge était presque nul. Mais je dois faire remarquer que la localisation de ces adhérences est au niveau des circonvolutions rolandiques et sphéno-temporales, tandis que,
292 LEIMLEPS1E
dans la paralysie générale, ces adhérences sont au niveau des circonvolutions frontales.
Indépendamment de cette congestion du cerveau, on trouve à la suite de l'état de mal, une congestion intense de tous les viscères : cœur, foie, poumons, reins, etc. Les os du cràue aussi sont gorgés de sang et on trouve souvent des ecchymoses très étendues au-dessus et audessous de l'aponévrose épicrânienne. Les sinus, les veines sont remplis d'un sang noir, épais et une véritable suffusion sanguine peut exister à la surface du cerveau.
Je dois signaler, avant de terminer ce chapitre, les lésions consécutives aux accès épileptiques et au traitement : cicatrices de la peau et en particulier de la face, brûlures, fractures, luxations, éruptions bromiques, etc. La connaissance de ces lésions peut être d'une grande utilité dans une expertise médico-légale.