‹ L'épilepsieChapitre 17 sur 74 · Morel, Traité des maladies mentales · texte numérisé non relu

Morel, Traité des maladies mentales

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nocturnes. Ce n’est que lorsque la maladie est déjà invétérée qu’elle se manifeste dans le jour. Vous pouvez constater le fait chez les malades qui se présentent à notre consultation et chez ceux qui sont dans notre service. Chez nos enfants, la preuve est évidente. A leur entrée dans le service (je parle d’enfants de deux à cinq ans), ces enfants n’ont que des accès la nuit, et surtout le matin au réveil. Au bout de quelques années vous voyez les accès apparaître le jour, sans toutefois les voir disparaître la nuit.

Les accès épileptiques out été considérés pendant longtemps comme ayant un début brusque, survenant au milieu d’une santé parfaite. L’ictus prend le malade au milieu d’une apparence de santé parfaite, surtout quand l’épilepsie est d’origine réflexe; mais un médecin attentif reconnaîtra que presque toujours les accès sont précédés de symptômes prémonitoires. Nous allons les passer en revue. Nous les diviserons en symptômes éloignés et symptômes immédiats.

Ces symptômes sont plus ou moins accusés, et suivant leur intensité ils frappent plus ou moins l’attention de l’entourage et du médecin.

L — Symptômes précurseurs éloignés.

Les premières manifestations morbides que l’on puisse rattacher parfois à l’épilepsie sont les convulsions de

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l’enfance. En effet si l’on recherche avec un soin minutieux, les antécédents personnels des sujets épileptiques, on retrouve dans la majorité des cas ces convulsions du jeune âge.

Nous n’avons pas la prétention de dire que toutes les convulsions des enfants soient des manifestations de la maladie sacrée. Ce serait une erreur grossière. Le diagnostic causal de ces convulsions est extrêmement délicat. Lorsqu’on n’est pas en présence d’une méningite tuberculeuse, lorsque l’enfant n’a pas de vers dans l’intestin, ou qu’il n’est pas pris d’une inflammation ou d’une fièvre quelconque, en un mot, quand on ne sait à quoi rapporter ses convulsions, il convient de réserver le diagnostic et de s’enquérir des antécédents héréditaires. On sait en effet que l'hérédité joue un grand rôle dans l’épilepsie. Si on se trouve en présence d’un enfant qui a une hérédité nerveuse ou mentale convergente, on doit penser à l’épilepsie et faire des réserves pour le pronostic. Plus tard, en effet, on vient consulter pour un enfant de six à douze ans qui, chaque nuit, a un sommeil agité, en même temps il a de l’incontinence d’urine, et parfois son oreiller est taché de salive. Le matin, le petit malade se sent fatigué, il a la tête lourde; enfin, les progrès qu’il faisait en classe s’arrêtent, sa mémoire s’affaiblit, et l’on s’inquiète de lui trouver certains jours l’intelligence moins ouverte. C’est que cet enfant a des accès convul-

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sifs complets ou incomplets pendant son sommeil. Le jour, il ne présente aucun accident, mais on sait que dans l’épilepsie, au début surtout, les accès sont le plus souvent nocturnes.

Les symptômes précurseurs éloignés passent souvent inaperçus, et même pour Lasègue il n’y avait jamais de prodromes dans l’épilepsie : le malade est comme foudroyé au milieu de la santé la plus florissante. « Tout individu qui a une aura, disait cet auteur, n’est pas un épileptique, mais un épileptoïde. »

Nous disons donc, à l’encontre de Lasègue, que presque tous les individus atteints de la grande épilepsie ont des prodromes éloignés. C’est ce que nous constatons chez tous nos malades. Tous présentent de l’état saburral de la langue, un état gastrique plus ou moins prononcé. Tous nous disent qu’ils ont mal au cœur, la bouche amère, pâteuse, et nous réclament une purgation.

Au commencement de notre séjour dans un service d épileptiques, nous étions très étonné de voir les malades demander une médication purgative. Nous nous aperçûmes bien vite que tous ces sujets, que nous considérions au premier abord, il faut l’avouer, comme des hypocondriaques, étaient réellement des malades qui présentaient tous dans les vingt-quatre ou quarantehuit heures des accès convulsifs.

Notre attention une fois éveillée de ce côté-là, nous

avons annoncé des attaques convulsives chez un malade en examinant l’état des voies digestives.

En même temps qu’ils se plaignent d’avoir la bouche amère et pâteuse, ils ressentent le plus souvent une pesanteur et quelquefois une boule au creux épigastrique, boule qui remonte à la gorge et les étouffe; leur respiration est gênée, ils ont besoin d’air, ils éprouvent des pendiculations et des bâillements, en même temps que des battements de cœur, parfois même une vraie tachycardie. Ces phénomènes complexes durent plusieurs heures, quelquefois un jour ou deux; puis l’accès convulsif arrive brusquement. On peut aussi observer des modifications du pouls, qui devient parfois irrégulier et intermittent. D’autres malades, en même temps qu’ils ont ce trouble gastro-intestinal, éprouvent un changement dans le caractère. Ils deviennent maussades, querelleurs et d’une irritabilité extrême, avec une violence quelquefois extraordinaire. D’autres sont affables, obséquieux et d’une gaieté folle ou d’un optimisme exagéré. Cet état peut durer plusieurs heures et même plusieurs jours.

Mais, comme nous l’avons dit plus haut, en même temps que ces modifications du caractère, on constate toujours un état saburral de la langue. Nous attachons beaucoup d’importance à ce symptôme. La constance des phénomènes gastriques chez certains sujets nous fait penser à une forme spéciale d’épilepsie. C’est une

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forme infectieuse qui a sa marche spéciale et sa terminaison. C’est la forme la plus grave de l’épilepsie. C’est surtout dans cette forme que nous avons vu la démence, s’accompagnant de tabes spasmodique, de diplégie cérébrale, dont nous avons rapporté des exemples dans les Archives de neurologie, avec mon interne M. Petit, et dont vous voyez aujourd’hui les sujets. Ces troubles de l’estomac et du cœur paraissent être sous la dépendance du pneumogastrique.

D'autres malades, au lieu d’avoir ces modifications du caractère, ou en même temps qu’elles, ont des troubles moteurs ou sensoriels venant compliquer des troubles psychiques : tantôt ce sont des secousses locales ou générales, des tremblements qui peuvent affecter certaines régions, comme chez Fér... et Val arc... Quelquefois c’est un clignotement particulier, comme chez la malade Bis.... ; d’autres fois un mâchonnement ou une constriction de la mâchoire, ou encore un grincement de dents se montrant surtout la nuit.

Enfin, il peut y avoir un embarras particulier de la parole, ou de l’aphasie véritable.

D autres, avec un sentiment de picotement de la peau, présentent quelquefois une éruption érythémateuse de la peau ou une éruption d’urticaire, ou encore un rash limité à certaines parties du corps. Mais ces phénomènes accompagnent l’état suburral de la langue; or, dans ces derniei s temps, on a décrit des éruptions cutanées

accompagnant les troubles dyspeptiques et qui ont élé mises sur le compte de l’auto-intoxication.

Enfin certains malades ont une sensation de chatouillement dans la gorge, avec toux opiniâtre.

Les organes des sens peuvent être également le siège de phénomènes prémonitoires : ainsi des bourdonnements d’oreilles, des sifflements de machine à vapeur comme chez Bourd..., ou des phosphènes comme chez la

petite Mill ou encore une impressionnabilité à la

lumière. D’autres fois, c’est une excitation génitale, des érections diurnes et nocturnes, des pollutions, etc.

Quelques malades ont des névralgies limitées à certains organes ou de la migraine ; dans certains cas, cette migraine peut constituer un accès épileptique comme chez cette malade, la nommée Mir...

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