Raymond, lîevve de médecine , 188o, p
ÉPILEPSIE PARTIELLE
le nom & épilepsie tonique ou avec contracture et éé épilepsie vibratoire. Ces différentes variétés de spasmes peuvent se rencontrer chez un même sujet et ne peuvent servir d’éléments à la nature étiologique de la maladie.
Le mode de début de l’épilepsie partielle est différent de celui de l’épilepsie générale. En effet le malade assiste à l’évolution de son spasme. Il ne perd pas connaissance comme dans l’épilepsie ordinaire et il ne jette pas de cri initial, à moins toutefois que le spasme commence par les muscles du cou. L’accès convulsif se manifeste généralement d’emblée, sans phénomène précurseur sensoriel ou moteur. Quand il existe une aura le long d'un membre, une sensation de froid ou de douleur (et cette douleur peut être atroce) ou encore un engourdissement, on peut arrêter l’attaque par une constriction du membre audessus de cette aura. MM. Hirt 1 et Buzzard 2 ont obtenu, l’un à l'aide de mouches de Milan, l’autre à l’aide de vésicatoires circulaires, le transfert de ces auras sur l’autre membre et, par ce fait, le transfert des mouvements convulsifs.
Tantôt le spasme convulsif débute par la face, tantôt par le membre supérieur et tantôt par le membre inférieur. Hughlings Jackson assigne des lois au mode d’ex-
1. Hirt, Ueber das Auftreten von Transfert Ersckeinugen Wahrend der Behandlung der partiellen Epilepsie ( Neurol . Centralbl., 1884).
2. Buzzard, Clinical lecture on the treatment of partiel Epilepsv by excirching blisters With transfer of the aura ( Lancet , 1884).
tension de ce spasme, lois dont nous reconnaissons la justesse dans la plus grande partie des faits.
Quand le spasme débute par la face, c’est surtout autour de l’œil et de la bouche que ce spasme commence. Quand l’œil est pris pour centre de la convulsion, on le voit se porter d’un côté ou obliquement en haut. En même temps les paupières sont agitées de mouvements d’occlusion répétés. Quelquefois ces mouvements des paupières sont simultanés avec des mouvements de latéralité de l’œil. La pupille de cet œil subit des variations. Au début il y a rétrécissement, puis ensuite dilatation.
Quand c’est la bouche qui est le centre de la convulsion on voit la commissure labiale se tirer en haut et en dehors et en même temps frémir, c’est-à-dire s’agiter de petits mouvements de trémulation. La langue, en même temps, se porte du même côté et en avant.
Bientôt, quand ces deux centres ont été agités de mouvements on voit l’aile du nez se lever et se tirer, ce qui donne à la physionomie une expression particulière à laquelle on a donné le nom de nez de lapin. Puis les muscles du cou se prennent, la tête est déviée du côté des mouvements de la bouche et du nez et se porte en haut; les muscles masséters et ptérygoïdiens se prennent en même temps et on assiste alors à des mouvements de déduction de la mâchoire et à des grincements de dents. Tout peut se borner à ces mouvements de la face sans
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perte de connaissance et sans propagation à d’autres muscles du corps. Mais le plus souvent ces mouvements se propagent au membre supérieur et au membre inférieur et la forme hémiplégique est tout à fait instituée. Quelquefois ce spasme reste localisé à la face et au membre supérieur. Enfin nous pouvons voir le spasme se généraliser et passer du côté droit, par exemple, au côté gauche, comme chez notre malade F... et, à ce moment précis, l’intelligence disparait. La perte de connaissance est complète et tout nous rappelle dans cette attaque une attaque d’épilepsie générale; nous pouvons même dire que l’épilepsie générale s’est substituée à l’épilepsie partielle, chez cette malade Fr... Chez elle les troubles intellectuels et la déchéance intellectuelle ont fait des progrès inouïs.
Quand le spasme débute par le membre supérieur c’est ordinairement par le pouce et l’index. Ces doigts se fléchissent dans la main, puis ensuite les autres doigts et enfin les muscles de l’avant-bras s'étendent en secouant le membre de mouvements alternatifs, et on voit en même temps les muscles du bras et de l’épaule se contracter et amener une élévation de ce membre au-dessus de la position normale. Quelquefois, avant l’élévation de l’épaule, on voit la flexion de l’avantbras sur le bras, ce qui donne au malade une altitude de défense. Le spasme peut rester limité à ce groupe musculaire, mais le plus souvent il se propage aux
muscles du cou et de la face et en dernier lieu à ceux du membre inférieur. Quand le spasme reste parfaitement limité au membre supérieur, l’épilepsie est dite monoplégique brachiale.
Quand le spasme débute par le membre inférieur, c'est généralement le gros orteil qui se fléchit ou s’étend convulsivement, puis les mouvements se propagent aux autres doigts et aux muscles de la jambe et de la cuisse. Le pied prend l'attitude varus-équin le plus souvent et la jambe s’étend généralement sur la cuisse au lieu de se fléchir. Quelquefois cependant la flexion peut se voir. Voilà les lois de l’extension du spasme telles que les a décrites Hughlings Jackson. Elles peuvent varier. Vous pouvez voir la flexion du cou être le premier symptôme, d’autres fois c’est l'élévation du bras. Mais ces exceptions donnent encore plus de poids à la description que je viens de vous faire. Je dois faire observer que cette épilepsie partielle a presque toujours le même mode de début chez le même sujet. Il est rare de voir un malade atteint généralement de spasme de la face, par exemple, présenter à des intervalles plus ou moins éloignés des nasmes des membres. Quand ce phénomène se présente, on doit se méfier. L’épilepsie partielle, dans ce cas, a tendance à se dissocier et ensuite à se généraliser.
Quand le spasme envahit le côté opposé il commence en général par la région homologue où a débuté la con-
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vulsion; mais cependant nous devons dire que lorsque la convulsion de la face passe au côté opposé on voit souvent les muscles du cou se prendre avant les muscles de la bouche ou de l’œil. En effet la tète tourne dans le sens opposé avant que les muscles de la bouche ou de l’œil soient agités de contractions.
Nous avons dit que lorsque l’épilepsie est rigoureusement partielle, elle ne s’accompagne ni de cri initial ni de perte de connaissance. Le malade assiste à son attaque et peut prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter une chute. Cependant quand l’accès est très fort et prédomine à la face, on peut constater un certain degré d’hébétude à la suite d’une perte légère de connaissance. Mais, dans ce cas, la malade assiste le plus souvent à la période de début de l’accès. Cette perte de connaissance est un élément de diagnostic du plus haut intérêt. Il différencie l’épilepsie générale de l’épilepsie partielle.
Les attaques d’épilepsie partielle se présentent comme les attaques d’épilepsie générale sous forme de paroxysmes à intervalles plus ou moins éloignés, et sous forme de séries plus ou moins rapprochées ou imbriquées. On a même signalé un état de mal à la suite de ces séries.
Après une attaque il n’y a généralement aucun trouble intellectuel. Mais nous avons vu plus haut que souvent la maladie se généralise et que des troubles intellectuels apparaissent. Une paralysie du membre n’est pas
rare non plus après une attaque. On observe également un embarras plus ou moins prononcé de la parole, de l’aphasie motrice et de la cécité verbale et quelquefois une migraine ophtalmique. M. Fournier a même signalé chez un individu atteint d’épilepsie partielle syphilitique des absences, des impulsions et un véritable mal intellectuel.
Ces derniers symptômes sont ceux de l’épilepsie générale, ce qui nous prouve que les deux épilepsies, épilepsie partielle et épilepsie générale, peuvent exister sur le même individu. Cependant quand on voit une épilepsie partielle nullement modifiée par le traitement (iodure de potassium, pointes de feu, craniectomie quand on suppose que c’est un traumatisme qui est en jeu) alterner avec une épilepsie générale, on doit se demander si cette épilepsie partielle n’est pas la manifestation d’une épilepsie générale avortée, ébauchée. Cette conception est d’autant plus facile à admettre que nous savons que l’épilepsie générale a souvent un début hémiplégique et même parcellaire. Quand les symptômes sont de plus en plus généraux et quand, d'une autre part, on voit la déchéance intellectuelle survenir, on doit admettre cette dernière hypothèse. Le locus minoris resistentiæ est excité le premier, d’où la localisation des spasmes; puis ensuite l’ensemble symptomatique de la névrose se déroule et la maladie évolue, comme nous l’avons vu chez la malade Fr..., qui mainte-
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nant no sera considérée par personne comme étant une épileptique partielle. Les accès, en effet, depuis deux ans, sont ceux d’une épilepsie générale. La malade tombe tout d’un coup, perd connaissance, présente la période tonique et clonique, écume et ronfle, et enfin présente une déchéance intellectuelle des plus manifestes.
Les réflexions que je vous fais en ce moment sur l’épilepsie partielle, je vous les ferai à juste titre tout à l’heure en vous parlant de l’hémiplégie spasmodique infantile.
Vous verrez là des enfants présenter d’abord de l’épilepsie partielle hémiplégique avec ses symptômes du début particulier, puis, au bout de quelque temps, vous assisterez à une véritable épilepsie générale avec toutes ses conséquences. Vous verrez même des malades présenter des équivalents psychiques de leurs attaques convulsives, et avoir de la manie épileptique comme Bl.... Cette équivalence dans les symptômes est un signe irréfutable de l’existence de la grande névrose.