‹ L'Épilepsie LarvéeChapitre 10 sur 25 · DS ISA · texte numérisé non relu

DS ISA

La fréquence, l’innocuité des accès, l'amnésie du malade, l'influence de la médication bromurée, permettent le plus souvent d'attribuer au mal comitial les manifestations qui

lui sont propres.

$ 4. — Tic de Salaam.

C'est Newnham le premier qui, en 1849, a décrit cette maladie. Elle est essentiellement constituée par un mouvement d’inclinaison antéro-postérieure de la tête, s’accompagnant d’une légère flexion du tronc, se montrant par séries de 20, 30, 50 à la minute. Ces accès se répêtent plusieurs fois par heure. Plus rarement les salutations sont isolées. Si la contraction des deux sterno-mastoïdiens est simultanée l'inclinaison de la tête se fait dans une direction médiane. Si un seul se contracte, la tête salue d’un seul côté. Si les trapèzes se contractent en même temps, les épaules s'élèvent en même temps que la tête s’abaisse. Ces mouvements sont le plus souvent conscients et involontaires. Voici comment Gautiez (1) décrit l'accès : « Le regard ordinairement mobile prend une fixité étrange, puis les yeux convergent légèrement en même temps que les pupilles se rétrécissent ou se dilatent plus qu’à l’état normal. Cette fixité du regard dure assez longtemps, peut-être une minute. Puis l'enfant pâlit légèrement pendant que sa tête s'incline sur son thorax et le thorax sur l’abdomen. En même temps,les deux membres supériéurs se soulèvent en masse. Il semble que ce soit presque exclusivement les

(1) GauTIEZ, France médicale, 1886.

épaules qui se soulèvent. Les membres inférieurs sont immobiles, la tête reste fixe, les yeux convergent toujours vers un même point. Cette flexion convulsive a été très rapide, puis le tronc et la tête se sont relevés avec la même rapidité. La face a conservé sa pâleur. Les salutations se répétaient sept fois avec la même rapidité, puis l'enfant reprenait ses couleurs ordinaires. Il tombait ensuite dans un profond sommeil ».

Cette affection s'observe surtout dans le jeune âge. Elle présente de nombreux caractères, qui sont du domaine de l'épilepsie. Le début de Ja crise est annoncé par des phénomènes vaso-moteurs qui se traduisent par la päleur du visage. L'absence est plus ou moins complète, l’hébétude postérieure semble constante. La débilité intellectuelle n’est pas rare. L'épuisement dû aux phénomènes moteurs, se manifeste par le sommeil qui suit la période d’excitation. Dans ses grandes lignes le tic de Salaam a bien des analogies avec l'épilepsie convulsive. La contraction d’un sroupe de muscles représente l'élément convulsif, qui est précédé d’une aura et suivi de stupeur. D'ailleurs la transformation de cette affection en grandes attaques convulsives est la règle. C’est ce qui à fait dire, que les enfants qui en étaient atteints étaient « des apprentis épileptiques ». Le bromure de potassium arrêterait, parait-il, l’évolution du tic de Salaam.. Son influence paraïtrait toute puissante.

Ce serait bien là par conséquent une manifestation lointaine du mal comitial.

COMBRET PA

$ 5. — Épilepsie marmottante.

La répétition automatique, inconsciente, d'un même mot, les mouvements d’articulation involontaires et spasmodiques, constituent souvent les seuls symptômes de l’épilepsie. Parfois ils s’accompagnent de vertiges qui permettent de les rattacher à la névrose. Ces troubles particuliers du langage, constituent pour les Anglais une forme spéciale de l’épilepsie qu’ils nomment « épilepsie marmottante(muttering epilepsy)».Cheadleen citequatre exemples absolument identiques, en voici un:

OBsERvATION DE CHEALDE (1).

Alt..., 18 ans, tailleur. Epilepsie d'origine traumatique se manifestant par les symptômes suivants : le malade sent un frisson, il tremble, s'appuie contre un soutien solide et devient inconscient. Il n’est jamais tombé, mais il a grand’peine à se tenir debout. Son bras gauche devient impuissant, jamais le droit n’est atteint, pourtant il laisse tomber ce qu’il porte à cette main dans ces moments-là. Les yeux sont ouverts et tournés en haut. Pendant toute la durée de son attaque, il va répétant sans cesse le même mot, la même phrase, avec une grande rapidité sans s'arrêter. Il ne s’est jamais mordu la langue: il a uriné deux fois involontairement pendant les accès. Après l’attaque il est très assoupi.

Dans sa famille il n’y a pas d’antécédents nerveux. Un jour le malade se trouvant dans la salle d'attente du cabinet du D' Chealde, il eut une attaque sous les veux de ce dernier qui l’observa avec soin. La face du jeune homme devint subitement grimaçante, il trembla, il parut effrayé, ses yeux se fixèrent en haut. Il tomba en arrière contre

(1) Cxeaps, Four cases of a peculiar epileptiform disease. British med. Journal, 1875.

AOER

le mur, sa tête s’y appuya. Elle était fortement renversée en arrièré, sa face était tournée en haut. Il se met à marmotter avec une grande rapidité : & man of war, man of war ». Puis après avoir répété cela, une douzaine de fois, son visage contracté reprit son expression accoutumée, il se tint tranquille, il avait sûrement perdu connaissance pendant la durée de l'attaque. On lui demanda comment il allait, il fit un effort pour répondre : il avait donc entendu ce qu'on lui disait. L’attaque n'avait pas duré une minute. [Il comprenait qu'il avait eu une crise mais il ne se rappelait ni ce qu'il avait dit, ni ce qu'il avait fait pendant sa durée. Le bromure de potassium fit disparaître ces accidents.

Nous trouvons dans l’observation de ce malade tous les symptômes de l’épilepsie. La convulsion est nettement représentée par les contractions successives des muscles qui servent à l'articulation des mots. L’aura est représentée par l’impotence du bras primitivement envahi, la période consécutive de stupeur ne fait pas défaut. La perte de connaissance, l’amnésie complètent ce tableau qui est celui d’une attaque ordinaire d’épilepsie.L'épilepsiemarmottante comme cette dernière, est justiciable du bromure de potassium. Dans les cas de Cheadle ce traitement a toujours amené la guérison.

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