‹ L'Épilepsie LarvéeChapitre 22 sur 25 · PRE RS · texte numérisé non relu

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prendre l'allure classique par l'apparition de nouveaux symptômes. Les accès convulsifs et la manie sont deux manifestations d’une même cause qui coexistent chez le même malade. Ils alternent souvent pour manifester un même élat. Ils sont donc deux symptômes successifs ou simultanés du mal comitial ; ce qui le prouve, c'est l’action du bromure sur l’aliénation mentale produite par l’épilepsie. Nous savons que les convulsions sont rendues moins fréquentes, moins intenses, par l'emploi de ce médicament. Si les phénomènes psychiques dépendent d’une même cause ils doivent eux aussi subir l'influence du traitement spécifique de la névrose. Legrand du Saulle cite cinq cas

de guérison ou d'amélioration d’épileptiques larvés ne présentant que des troubles psychiques. Leidesdorf, Charcot, Griesinger, reconnaissent son efficacité dans des cas analogues. Maudsley ajoute que le médicament est la pierre de touche de la névrose. La violence, la fréquence du délire sont modifiées. Sous son influence sa disparition n’est pas rare. C'est là un fait capital pour décider d’un diagnostic.

De la similitude des symptômes de l’épilepsie psychique larvée avec la manie épileptique, de la transformation tardive de ces troubles intellectuels en troubles moteurs, de leur modification sous l’influence du bromure, nous concluons que certains troubles psychiques, malgré l’absence de phénomènes convulsifs ou sensitifs, pathognomoniques du mal comitial, peuvent être rattachés à juste titre à l’épilepsie.

Passons en revue les manifestations délirantes des autres névroses, les folies qui ont des causes différentes et voyons

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si elles n’offrent pas avec celles que nous venons de décrire des analogies qui peuvent les faire confondre avec l’aliénation mentale d’origine comitiale.

Les individus menacés de paralysie générale, offrent souvent et parfois longtemps avant qu'il soit possible de constater la réalité du mal, de singulières anomalies dans leurs fonctions intellectuelles et de déplorables perversions dans leurs sentiments. Des hommes jusque-là chastes se livrent à des actes honteux: ceux qui étaient sobres deviennent intempérants et la tendance au vol est une aberration que l'on rencontre assez fréquente. Voilà certes des faits qui rappellent bien ceux de l’épilepsie psychique ; si on ajoute que le sujet est regardé comme un inconscient à cause de l’affaiblissement de son intellect, on verra qu'ils se rapprochent des faits qui nous occupent. Si on observe plus attentivement, on apprend que, depuis quelque temps, le malade a perdu sa mémoire et son raisonnement. Avant d’accom. plir le crime, il avait déjà manifesté son intention.ridicule il est vrai,mais il avait prémédité son acte. Il a,en un mot, pu donner l'éveil, ce n’est point l’acte imprévu de Fépileptique avec son instantanéité. On ne retrouve pas l’amnésie comme dans les manifestations du mal comitial. Le malade se rappelle ici son méfait. Il expose volontiers soit avec ostentation, soit avec indifférence, les circonstances qui ont accompagné son exploit. Il a conscience, il se souvient de ces actes. Plus que l’épileptique, il semble avoir perdu sa raison. Celui-ci, après un sommeil réparateur, jouit, dans les intervalles de ses accès, de toutes ses facultés, il reprend sa vie normale maloré quelque affaiblissement de l’intelli-

gence. Le paralytique général entre ses accès a perdu sa COMRRET 8

lucidité d'esprit, il ne raisonne jamais convenablement, il est incapable d’avoir le repentir que manifeste parfois l’épileptique après son délire. Chez ce dernier, les troubles psychiques sont passagers, transitoires ; chez le premier, ils sont persistants avec paroxysmes, plus ou moins violents. Le paralytique général le plus souvent est un homme content de son sort: ilest en admiration devant sa personnalité agrandie par son imagination. La naïveté, la contradiction de ses idées font sourire et inspirent la pitié. L'’épileptique se trouve malheureux, il se croit persécuté, malheureux, il est méfiant. La logique de son raisonnement, ses mauvaises tendances eflrayent: il inspire la crainte. L’embarras de la parole, l'inégalité pupillaire permettent d'établir le diagnostic dans les cas où les caractères précédents ne seraient pas aisément retrouvés. L'’alcoolisme produit des manifestations analogues à celles de l’épilepsie larvée. Dans son délire, le dipsomane est inconscient. Il perd le souvenir des actes commis dans son délire. Le visage trahit une excitation inaccoutumée : il est pourtant empreint d’une terreur profonde due aux hallucinations qui le troublent. Comme l’épileptique, l’alcoolique a des alternatives de raison et de folie. Soustrait à sa manie, il recouvre ses facultés affaiblies, son caractère changé mais sociable. Chez lui l’acte qui l'amène à l’asile ou à la prison a été précédé d’une colère motivée. Le délire est apparu pour une cause futile, progressivement, le paroxysme a été atteint peu à peu. On a pu prévoir ses actes dangereux. L’alcoolique, à son gré, suspend, provoqueles accès en supprimant ou en absorbant l’agent qui déterminé sa folie transitoire. D'ailleurs l'apparition antérieure de

tous les symptômes de l’intoxication chronique, les tremblements, les crampes, la dyspepsie, l'hyperesthésie permettent de faire le diagnostic entre l’épilepsie et l’alcoolisme.

L'hystérie aboutit rarement à la démence. Les actes qu’elle provoque sont souvent ridicules, exceptionnellement criminels. Legrand du Saulle (1), dans son ouvrage : Étude médico-légale des hystériques, rapporte des homicides, des infanticides, des attentats aux mœurs, produits par ces malades. On a rapporté des fugues observées chez des hystériques. Dans toutes ces manifestations de la névrose, la conscience n’est pas subitement abolie. Le malade sent la venue de l'accès et conserve un vague souvenir de ce qu'il fait pendant sa durée. Les stigmates hystériques permettent le plus souvent de différencier les deux névroses. Dans le cas douteux on a recours à l’'hypnotisme pour faire le diagnostic. — Généralement les hystériques sont hypnotisables et, à l'état second, ils se rappellent leurs états seconds antérieurs. Si le malade raconte alors ce qu’il a fait dans sa fugue ou dans son sommeil, ce qu'il ne peut faire à l’état de veille, on se trouve en présence d’un hystérique. Les épileptiques ne peuvent être hypnotisés et dans aucun état, normal ou pathologique ne peuvent raconter ce qu'ils ont accompli dans leur crise psychique. Comme nous le fait observer M. le professeur Joffroy, ce moyen de diagnostic est excellent: il serait même parfait si tous les hystériques étaient hypnotisables, or nous savons qu’il en est que l’on ne peut endormir. De ce qu’un malade ne

(1) LEGRAND DU SAULLE, Les hystériques, p. 465.

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pourra être endormi, il ne faudra pas conclure que c'est un épileptique, on peut être en présence d’un hystérique insensible aux manœuvres magnétiques.

Comme l’épilepsie et l’hystérie, le somnambulisme se manifeste par de l’automatisme ambulatoire. Dans les deux états, nous retrouvons l’amnésie,l'inconscience, les fugues inexpliquées. Dans l’intervalle de leurs accès, les malades jouissent de leurs facultés, dans leur état second, ils agissent parfois comme des gens qui ont une notion exacte du monde extérieur. Si on examine de près ces deux affections, on trouve entre leurs symptômes des différences considérables.

Le somnambule a le regard fixe, la pupille dilatée, une anesthésie absolue. Les accès débutent à la même heure de la nuit et dans le jeune âge. Lorsqu'il est dans son état second, le somnambule n’a pas cette précipitation, cette impulsion irrésistible, que l’on observe dans les actes des épileptiques. Il semble mettre tranquillement en action le rêve intérieur qui le domine. Au réveil, nul souvenir de son état second, bien qu’il n’y ait pas souvent de solution de continuité entre les deux états : le malade achevant dans sa crise ce qu’il a commencé à l’état de veille. Il réalise automatiquement l’idée qu’il.a conçue à l’état normal.Ce passage progressif d'un état à l’autre contraste singulièrement avec l’apparition brusque, l'arrêt instantané de l’ictus épileptique.

Les maniaques peuvent accomplir les mêmes actes que nos malades atteints d’épilepsie larvée. Evidemment le maniaque, en dehors de la domination qu’exerce sur lui son idée fixe, est en possession de toutes ses facultés. Il

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obéit pourtant aveuglément à l'attrait irrésistible qu’exerce sur lui tel acte ridicule. Il a conscience de ces actes, de leur valeur morale. Il accomplit tel ou tel méfait, consciemment parce qu'il n’a pas la force de réagir. Mais la manie n'apparaît pas brusquement, elle est préparée depuis longtemps par un désir ardent : elle n’a rien de l’imprévu, de l’amnésie du mal comitial. Le traitement bromuré d’ailleurs ne saurait modifier les troubles psychiques du maniaque, tandis qu’il a une influence favorable sur l’épilepsie.

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