‹ L'Épilepsie SénileChapitre 21 sur 47 · V... 64 ans, mégissier · texte numérisé non relu

V... 64 ans, mégissier

Anlécédents de famille : Les renseignements pris ne nous ont éclairé en rien sur la santé du père mort à 85 ans, ni sur celle de la mère morte à 68 ans. Notre malade a un frère et une sœur; nous ne savons rien sur la sœur. Quant au frère, il s’est développé très tardivement et il a eu des attaques épileptiques vers l’âge de 48 ans; il boit, paraît-il. Une nièce névropathe présente même actuellement des accidents neurasthéniques prononcés; elle a une fille actuellement internée à la Salpétrière daus le service de M. Falret. Enfin, notre malade a eu deux enfants : 1° une fille morte à 10 ans de convulsions ; 2 un fils qui à toujours été un mauvais sujel à vie instable, irrégulière, qui est actuellement soldat, et qui vient d’être condamné à 140 ans de travaux forcés pour tentative de meurtre sur l’un de ses chefs.

Anteécédents personnels. — V... s'est développé assez tardivement ; il a parlé tard et n’a marché qu’à 4 ou 5 ans ; il à eu à

7 ans, pendant 18 mois, la danse de St-Guy ; il a pissé au lit

Les

jusqu’à 18 ans, et il était sujet à des terreurs nocturnes fréquentes.

Il a eu pendant son service militaire en Algérie des fièvres intermittentes graves avec accès délirants. Il a eu le PEN en Crimée. Pas d'accidents syphilitiques. Habitudes alcooliques sur lesquelles nous reviendrons.

Les accidents épileptiques ont apparu il y a deux ans, sous l'influence, dit-on, du chagrin causé par la condamnation de

son fils.

La première année, il n’a eu que deux ou trois attaques, puis

elles sont devenues plus fréquentes ; la deuxième année, il en a d’abord eu trois en un mois, puis trois par semaine et à espaces réguliers ; puis tous les jours et quelquefois deux le même jour.

Ces attaques arrivent presque toujours Ja nuit de minuit à 4 heures du matin. Il n’y a pas d’aura ; le malade pousse un cri, tombe subitement à terre, se raidit ; puis arrivent les convulsions cloniques; sa figure est alors toute « décomposée »; une mousse sanguinolenle s'échappe de ses lèvres puis il ronfle et s’endort. Pendant les attaques, il a toujours des mictions, et souvent même des défécations involontaires.

Jamais il n’a présenté d’impulsions violentes après l'accès, dont il n’a d’ailleurs aucune conscience et dont il ne garde aucun souvenir.

En plus des accès, il présente aussi des crises de petit mal consistant en des sortes de vertiges très courts, s’accompagnant seulement de quelques spasmes nerveux dans les bras, sans chute, et dont il n’a également ni conscience, ni souvenir.

Le mal comitial a exercé depuis son apparition un trouble

assez marqué sur l'intelligence. Les facultés intellectuelles sont

APN E consilérablement amoindries, en particulier la mémoire.

Le malade travaille, maïs n’est plus à son affaire. En outre, il est devenu capricieux, sujet à des accès de colère et même brutal. Enfin, il boit plus qu'auparavant et s’enivre même assez facilement. Cela lui arrive à peu près deux fois par semaine; il devient alors très méchant. C’est aussi dans ces moments que les accès épileptiques se produisent de préférence. Il ne boit pas d’absinthe, mais surtout du vin et du cognac.

Au point de vue physique, il est bien constitué. Pas d'asymétrie crânio-faciale. Les appareils circulatoire et respiratoire sont sains. Pas d'æœdème des extrémités. Du côté de la peau, rien ne révèle les traces d’une syphilis antérieure.

Le système nerveux présente des inversions pathologiques dont la plus grande part nous semble devoir être attribuée aux habitudes alcooliques.

Les membres, surtout les membres supérieurs, sont alleints

de tremblement alcoolique. La langue semble indemne. Il y a

un peu d’affaiblissement de la jambe droite, mais pas de troubles de la marche. Les réflexes sont normaux.

Le sommeil est assez régulier, souvent agité, troublé par des cauchemars survenant en dehors des accès épileptiques et dans lesquels il voit des fantômes, crie : «au voleur! » et se

débat.

Page 1