‹ L'Épilepsie SénileChapitre 40 sur 47 · OBSERVATION XXXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXII

F (Persénnelle) :

A, G..., 85 ans. Habite l’Hospice des Ménages avec sa femme

— depuis 13 ans.

Anltecédents héréditaires. — Père mort à 76 ans ; s'était toujours bien porlé. Mère morte à 69 ans, paralysie du côté gau-

che ; elle était très nerveuse et tombait souvent en atlaques (?)

ATV

Un oncle maternel s’est suicidé. Trois frères que G... a à

peine connus ont quitté la France pour l’Amérique après leur service militaire et G... n’en a plus eu de nouvelles.

Anlecèdents personnels. — G.,.n’a jamais fait de maladie grave. 11 a toujours eu une conduite des plus régulières et n'a jamais fait d’excès d'aucune espèce.

N'esl pas buveur, n’a jamais eu la syphilis.

A'une seule fille, âgée de 4% ans, qui a foujours été très im-

pressionnable et très nerveuse et dont l’état mental est depuis

quelque Lemps fortement troublé. Douches et bromure lui ont

été ordonnés par un médecin de Sainte Anne.

Il y a {1 ans environ, c'est-à-dire vers l’âge de 71 ans, que G.., a eu sa première allaque. C’est à la suite de violents chagrins occasionnés par le malheur de sa fille ruinée par son mari que les attaques ont débuté, dit-il.

La. première attaque à eu lieu pendant le sommeil, vers onze heures du soir. Sa femme couchée auprès de lui a été réveillée en sursaut par un grand cri, puis elle l’a va le « cou gonflé et la figure violelle, tremblant de tous ses membres >. Une écume sanguinolente bordait ses lèvres et les yeux étaient convulsés en haut. La perte de connaissance élait complèle; G.. restait absolument sourd et insensible aux appels de sa femme, Les soins de l’interne de garde appelé en toute hâte furent inutiles. G..., s'endormit profondément, sans avoir repris connaisnaissance.

Mme G... a conservé, dit-elle, un souvenir très précis de celte première crise, car depuis 35 ans qu'elle vivait avec son mari elle le voyait pour a preinière fois dans cet état et elle ful vi-

vementimpressionnee.

AA GC On cer AMEN LT SN RE ETES ? Hot

Depuis 11 ans, les crises se renouvellent tous les 45 jours à peu près.Elles surprennenttoujours le malade dans son sommeil, et c’est toujours pendant les premières heures de la nuit qu'elles éclatent. Une seule fois G... a eu une attaque pendant le jour et cette fois il est tombé si lourdement en avant sur le sol qu’il s’est blessé profondément au niveau de l’arcade sourcilière droite. La plaie qui saignait abondamment fut sutürée.

Les crises se ressemblent toutes et sont précédées quelquefois d’une sensation de malaise avec constriction épigastrique (aura ?). 11 y a toujours cri initial, et presque toujours morsures de la langue. Le malade n’aurait aucune conscience de ce qui lui est arrivé pendant la nuitsi les douleurs localisées provoquées par ces morsures ne Jui révélaient le lendemain matin qu'il a eu sa crise, et s’il ne se sentait, dit-il, «les membres brisés et la tête lourde » à son réveil.

Il y a toujours aussi émission involontaire d'urine, et Mme G... qui partage le lit de son mari est si bien habituée à voir se produire cet accident, que son premier soin est d'y parer au moyen d’un urinal. Il n'y à jamais de défécation involontaire. Le malade s'endort toujours profondément après l’accès sans avoir repris Connaissance.

Depuis le début de ces attaques, le caractère de G... s'est force assombri, mais la mémoire est intacte et les facultés intellec- . tuelles présentent un état complet d’intégrité. Le sommeil est agité, et G. est sujet à des cauchemars fréquents. De plus, il lui arrive d’avoir de temps à autre, tous les deux mois environ, et dans l'intervalle des accès décrits plus haut, de fortes crises de tremblement généralisé à tout le corps. Ces crises le prennent subitement, durent de quinze à vingt minutes environ et lais-

Rozier 5

— 66 à sent chaque fois le malade dans un état de fatigue et d’accablement dont il se plaint beaucoup.

Pendant ces crises, le malade ne perd pas connaissance; il parle à sa femme, mais celle-ci le comprend à peine, G... ne laissant échapper que des sons confus.

Des crises semblables mais beaucoup moins fortes s'étaient produites chez notre malade quelques années avant l'apparition des crises épileptiques proprement dites. ,

G... se présente à notre examen comme un vieillard relativement robuste. Sa démarche est assez assurée ; il n’y a pas d’inégalité marquée dans la puissance musculaire recherchée comparativement à droite et à gauche. Il n’y a ni paralysie ni parésie d'aucune sorte.

La sensibilité est normale; ni anesthésie ni paresthésie ; à peine un léger retard dans la sensation de la piqûre.

Les jambes sont un peu variqueuses, mais sans troubles trophiques marqués. Le réflexe patellaire est un peu diminué.

Les pupilles sont très légèrement inégales au profit du côté

droit, mais réagissent bien à la lumière et à la vue.

L'état mental du sujet, nous l'avons déjà dit, ne présente rien

d'anormal. G... répond facilement et clairement aux questions

qui lui sont posées.

L'examen du cœur nousle montre un peu hypertrophié. On voil battre la pointe dans le cinquième espace intercostal, mais en dehors de la ligne mamelonnaire. La matité cardiaque est augmentée dans le sens transversal. L’auscultation ne révèle l'existence d'aucun souffle; les bruits sont bien marqués ; le premier est un peu rude et prolongé, mais il ny a pas de bruit

de galop ; le deuxième bruit aortique est retentissant. Le pouls

LEP SRE est régulier (65 pulsations à la minute). Les artères sont un peu scléreuses. La temporale est dure et flexueuse.

Du côté de l’appareil respiratoire on trouve à la percussion de la poitrine de l’exagéralion de la sonorité, phénomène en rapport avec les signes d’emphysème que dénote l’auscultation. Il existe, outre la prolongation et ia rudesse de l’expiration, quelques râles humides dissèéminés. L’expectoration est d’ailleurs insignifiante.

L'appétit de G... est hieu conservé etses fonctions digestives s'accomplissent bien. Le foie ne déborde pas les fausses côtes, Gese présente des troubles du côté de l’excrétion de l'urine.

Il raconte que depuis quatre ou cinq ans les mictions sont pressantes et fréquentes : il se lève cinq ou six fois la nuit pour uriner, et il a présenté à plusieurs reprises des accidents de

rétention complète.

Entré le 8 avril 14898 à l’Infirmerie de l’hospice, G... meurt le 15 avril d’une pneumonie lobaire ayant frappé les deux lobes supérieurs, Ÿ

A l’autopsie, on trouve, outre les lésions pulmonaires, un cœur augmenté de volume, sans lésions valvulaires. L’aorte est légèrement athéromateuse au niveau de la crosse et l’on voit quelques plaques d’athérome au dessus des sigmoïdes

aortiques.

Au cerveau on trouve des adhérences des méninges à la substance grise, surtout localisées au niveau de la moitié supérieure des circonvolutions rolandiques et du lobule pariétal supérieur. La décortication est difficile en ces points. On enlève par places de la substance grise en soulevant la méninge. Les artères de

la base ainsi que les sylviennes sont un peu athéromateuses. Le

De CAR « cerveau, le cervelet et le bulbe examinés sur des sections très

rapprochées ne présentent aucune lésion visible à l'œil nu.

OBSERVATION XXXIIL (personnelle).

Vve D. , 82 ans, ancienne femme de ménage. Est entrée à l'Hospice des Ménages, il v a douze ans.

Antécédents de famiile. — Onne peut rien savoir de précis | sur la santé du père et de la mère. Le père est mort à 59° ans, la mère à 76.

Ni frères, ni sœurs.

Trois enfants : une fille morte à 16 ans d'une fièvre {yphoïude, up fils mort à 51 ans d'une pneumonie, un fils bien portant.

Antécèdents personnels. — Mme D..., a toujours été bien portante ; elle n’a jamais fait de maladie grave. Elle se serait adonnée à la Roi on jusqu’à son entrée dans cet hospice.

C'est le 28 décembre 1891, à l’âge de 76 ans, qu'elle eut sa

première attaque. Elle tomba subitement sans connaissance en

proie à de violentes convulsions généralisées, et se mordit si

profondément la langue qu’une hémorrhagie abondante s'ensuivit. A la suite de cette attaque, elle resta près de trois jours dans un état comateux et fut transportée à l’infirmerie de l’hospice. Elle en sortit au bout de quelques jours sans paralysie

aucune.

Depuis cette époque Mme D... est sujette à des crises con-

\ vulsives qui se renouvellent seulement tous les trois ou quatre mois environ, mais qui n'ont jamais affecte le caractère grave de la première.

Ces crises sont beaucoup plus courtes ; elles durent de cinq

Page 1