‹ L'Épilepsie SénileChapitre 41 sur 47 · TETE · texte numérisé non relu

TETE

à six-minutes et sont presque toujours précédées d’un malaise indéfinissable avec étourdissements. Tout à coup Ja malade se tient immobile, ses yeux sont fixes, elle pâlit, pousse un cri aigu et tombe en proie à des convulsions cloniques s'étendant à tout le corps. Quelques instants plus tard, la face est congestionnée, un peu d’écume apparaît aux lèvres et les yeux sont convulsés en haut. Il y a toujours émission involontaire d'’urine, plus rarement évacuation de matières fécales.

Après l'accès, période d’assoupissement en général courte. Sauf un peu de pesanteur de tête, la malade ne se plaint de rien. Elle sait qu’elle a eu sa crise, qu’elle a poussé un cri et qu’elle est tombée, mais ne se rend nullement compte de ce qui s’est passé à partir de cet instant.

Les crises se produisent tantôt le jour, tantôt la nuit. Les voisines de lit de la malade ont été parfois réveillées par son cri perçant et l’ont.vue « toute raidie » dans son lit.

Mme D... est de constitution robuste, et, dans l'intervalle de se; crises, elle jouit d’une santé relativement excellente.

Ses jambes sont faibles; elle traîne les pieds en marehant. A part cela, aucune paralysie, ni parésie.

Sensibilité générale, rien.

L'ouïe et la vue sont un peu affaiblies.

Les pupilles sont égales et réagissent bien à la lumière et à la vue. Les réflexes sont normaux.

L'intelligence paraît nette, mais la malade se plaint de perdre la mémoire; les évènements les plus récentssont ceux dont le souvenir disparait le plus tôt.

A l'examen du cœur, rien d’anormal sauf un assourdissement marqué des deux bruits. Le pouls est régulier et bat 64 fois à la minute. Artério-sclérose à peine marquée.

Du côté des appareils respiratoire et digestif, rien d’intéres-

sant à signaler. Pas d’albumine dans l'urine.

ÉTIOLOGIE

Les causes auxquelles on a attribué l’épilepsie sont très nombreuses, et leur multiplicité même, la diversité des agents qui peuvent amener un même résultat, indiquent bien qu’à côté des causes déterminantes variables, doit exister un facteur fixe et identique dans tous les cas où se produit l’épilepsie. En d’autres termes, si l’alcoolisme, la syphilis, un traumatisme, etc. produisent l’épilepsie chez certains individus et pas chez d’autres, c’est que ces individus avaient déjà une certaine prédisposition à devenir épileptiques.

Cette prédisposition est considérée en général comme é‘ant de nature héréditaire.

Au point de vue de l’épilepsie sénile, dont nus nous occupons, la plupart des observateurs considèrent qu’elle est loujours symptomatique et que l’hérédité ne joue aucun rôle dans sa genèse. Telle est l'opinion de Nothnagel et d’Echeverria qui soutiennent qu’à partir de vingt ans, l’épilepsie héréditaire n’est plus à craindre.

« Les affections épileptiformes, dit M. Christian (Æpri-

lepste. Folie épileptique, Paris 1890) peuvent survenir jus-

NET à ee

qu’à l'extrême vieillesse. On peut les rattacher à une cause accidentelle bien déterminée et très souvent à une lésion organique tangible et manifeste ».

Pour M. Féré, au contraire, « il est fréquent de rencontrer des tares héréditaires dans l’épilepsie tardive. Chez un certain nombre d'individus, l’occasion de l’épi” lepsie ne s’est pas présentée dans l'adolescence ou l’âge adulte, ou bien la prédisposition s’est accentuée sous linfluence de la mauvaise hygiène, des intoxications, des émotions dépressives répétées. Lorsque le sujet devient épileptique à un âge avancé, on peut souvent découvrir des circonstances qui indiquent la prédisposition; quelquefois les descendants peuvent être atteints avant les ascendants ».

Pour nous, l’influence héréditaire s’est manifestée d’une manière évidente dans un certain nombre des cas qui font le sujet des observations que nous avons recueillies (Obs. XII, XIV, XV, XVI, XVII, XXIV, XXVII, XXXII) À ces observations nous aurions voulu ajouter celle d’une femme citée par Mendel (Die Epilepsia tarda. Deutsche med. woch, 1893) qui devint épileptique à l’âge de 63 ans et qui avait un père aliéné et un frère épileptique, mais nous n'avons pas pu nous procurer cette observation.

Faisons observer ici que la recherche des antécédents héréditaires étant dans bon nombre de cas entourée de difficultés considérables, il ne faut pas s'étonner qu’un grand nombre des observations que nous publions soient muettes ou si incomplètes à ce point de vue. La question d'hérédité devient, on le comprend, des plus difficiles à

élucider en matière d’épilepsie sénile : le malade est

io

vieux, souvent seul, ses souvenirs sont infidèles, il n’a pas connu ses parents, ses aïeux, ses collatéraux, ou bien il a toujours ignoré l’état de leur santé. Très souvent aussi l'obstacle vient de la mauvaise volonté du malade ou de sa famille qui considèrent les recherches du médecin comme une marque de curiosité vaine, et répugnent à dévoiler dans leur parenté l'existence de certaines tares nerveuses, aliénation mentale, hystérie, épilepsie, etc. :

Mais, laissant de côté l'étude des antécédents héréditaires des malades, examinons attentivement les causes déterminantes de l’épilepsie sénile.

Pour MM. Marie et Lemoine lépilepsie en général serait le plus souvent de nature infectieuse. C’est là une opinion que nos observations ne confirment que dans une faible mesure. Il est probable, quoique un grand nombre de ces observations soient muettes sur ce point, que la plupart des malades qu’elles concernent ont été dans l’enfance ou l’adolescence atteints de maladies infectieuses, fièvre typhoïde, rougeole, scarlatine, etc... Mais quel est l'enfant qui n’en a pas eu autant ? Et comme l’épilepsie n’est apparue que 40, 50 ou même 60 ans plus tard, il semble difficile d’admettre que linfection ait pu sommeiller aussi longtemps sans se traduire d’une façon quelconque.

Le cas le plus favorable à-la théorie infectieuse de l’épilepsie est sans contredit celui de cet homme observé par Kovalewski (0bs. XXVII) chez qui de fréquents accès de vertige et des troubles nerveux apparurent en mêmetemps que la plique polonaise.

Les crises épileptiques commencèrent quelques mois

PUS après. Cet homme avait d’ailleurs eu la petite vérole dans son enfance et la fièvre typhoïde à 35 ans. Mais, rappelons d'autre part, qu'il était alcoolique et fils de père alcoolique, ce qui, à notre avis, vient réduire dans une grande mesure le rôle de l’infection.

Un autre cas favorable aussi à la théorie infectieuse de l’épilepsie est celui de ce nègre observé par Lewis Allen (Obs. XXIX) qui s'était toujours bien porté jusqu’à l’âge ‘de 66 ans environ, époque à laquelle il eut un érysipèle et en même temps ses premières attaques épileptiques.

Mais le meilleur argument en faveur ducaractère infec- tieux de l’épilepsie, c’est la nature du terrain sur lequel elle évolue, les états généraux quicoïncident le plus fréquemment avec le mal caduc. On a prétendu que larthritisme (rhumatisme, goutte, diabète) pouvait seul en dehors de l’hérédité nerveuse causer l’épilepsie. Nous avons en effet un malade observé par Lynch (Obs. VITI) qui, à l’âge de 76 ans, pendant une attaque de goutte articulaire, tomba subitement de sa chaise en proie à des convulsions généralisées, l’écume à la bouche, la respiration ronflante, etc..., et chez qui, après cette crise convulsive, on put constater la disparition totale de la douleur articulaire dont il souffrait auparavant.

Pendant les deux années qui s’écoulèrent entre cette première attaque et sa mort, ajoute Lynch, survinrent de nouvelles crises épileptiques, mais les symptômes de goutte régulière ne se montraient plus qu'avec difficulté.

Le rôle de l’impaludisme dans l’étiologie de Pépilepsie, serait, d’après certains auteurs, assez important: ce serait

le type d’un état infectieux épileptogène. Ce rôle avait

re déjà été indiqué par Hippocrate. Décrite depuis par Dumas (de Montpellier) et Miles (de Baltimore) comme pouvant tantôt alterner avec l’épilepsie, tantôt voir une de ses périodes remplacée par une attaque de haut mal, la fièvre palustre s’est vu refuser toute action sur la production du mal caduc. On a même soutenu qu’épilepsie et impaludisme étaient des termes incompatibles et on a proposé d’établir des colonies d’épileptiques dans des terrams marécageux pour remplacer ainsi la névrose incurable par l’impaludisme curable. Mais telle n’est pas la conclusion à laquelle est arrivé M. Marandon de Montyel qui soutient linfluence épileptogène de l’impaludisme. L’une au moins des observations que nous avons recueillies serait, dans une certaine mesure, favorable à cette opinion. C’est celle d’un hommede 64 ans observé par Séglas, chez qui les accidents épileptiques ont apparu à 62 ans, et dans les antécédents personnels de qui nous trouvons des fièvres intermittentes graves avec accès délirants (Obs. XV). Nous devons ajouter, il est vrai, que cet homme était alcoolique et que son hérédité était des plus chargées. Reste à savoir dans quelle mesure l’impadulisme a exercé ici son influence.

Entre une infection et une intoxication la différence est assez faible, et puisque lPépilepsie peut être infectieuse, il est tout naturel de penser qu’elle puisse être toxique. Parmiles agents toxiques, il n’en est pas de plus répardu que alcool. Il est certain que l'alcoolisme des ascendants joue un rôle important dans la production de lépilepsie chez les descendants. Il suffit pour s’en con-

vaincre de se reporter à plusieurs des observations rap-

portées par nous, mais nous allons constater qu’ingéré par le malade lui-même l’alcool est bien plus dangereux encore. Son action sur la manifestation du premier accès d’épilepsie ou sur la répétition du paroxysme est mise en lumière par des faits nombreux. Les sujets qui font l’objet des observations XI, XIII, XV, XVI,XVII, XXI, XXII, XXVII, XXXIII, étaient alcooliques, etilest vraisemblable, quoique les observations ne le mentionnent pastoujours, que chez eux, comme chez les jeunes sujets, la fréquence des crises épileptiques variait parallèlement aux excès alcooliques:

L’alcool ne joue donc pas seulement le rôle de cause prédisposante ; c’estune cause déterminante, surtout lorsqu'il agit sur un terrain préparé par l’hérédité. Mieux peut-être que tout autre agent, il met alors enévidence la prédisposition, |

Faisons observer ici avec A. Voisin (Leçons cliniques sur les maladies mentales, p. 585) que certains auteurs soutiennent à tort que l’épilepsie causée par des accès alcooliques n’est pas de l’épilepsie, et que l’on a affaire dans ce cas à des convulsions épileptiformes. « Cette expression de convulsions épileptiformes, dit Voisin, esttrès juste dans les premiers temps de l’action toxique irritative, mais elle cesse del’être plus tard. Un grand nombre des individus atteints de la sorte ne cessent pas d’avoir par intervalles des convulsions alors méme que les causes toxiques ont été supprimées tout à fait ».

L’épilepsie, dans ces cas, de symptôme qu’elle était: au début s’est transformée en une véritable entité morbide. Quand l’intoxication a cessé, il était trop tard : l’épilepsie est restée. La même chose doit se passer chez Îles

To malades que chez les cobayes auxquels Brown-Séquard donnait artificiellement des convulsions épileptiques ; plus tard, ces animaux présentaient des attaques spontanées d’épilepsie et donnaient le jour à des petits atteints du même mal. Ce dernier fait est d’ailleurs malheureusement fréquent dans les familles de buveurs d’eaude-vie et d’absinthe, et, dans leur descendance, on rencontre trop souvent des épileptiques ou des idiots.

Nous considérons donc l’alcoolisme comme une cause de l’épilepsie sénile parce qu’on voit très souvent ces funestes habitudes d’intempérance finvétérées chez des individus arrivés à un âge avancé.

Pour les autres intoxications, la question est plus difficile à résoudre, aucune des observations que nous produisons ne permettant de nous prononcer sur linfluence du plomb, du mercure, etc. etc.

Après les cas d’épilepsie sénile attribuables à une intoxication nous devons citer les cas dûs à l’action de la syphilis, celle-ci pouvant à la période secondaire agir comme infection, mais se manifestant surtout à la période tertiaire sous forme de tumeur du cerveau ou des os du crâne. Nous ne trouvons la syphilis nettement observée qu'une seule fois chez un malade de Devay âgé de 69 ans (Obs. X) qui, quatre mois après avoir contracté un chancre à la verge, fut frappé au milieu du coït de convulsions avec perte de connaissance. Mais, doit-on dans ce cas attribuer à la syphilis les accidents épileptiques observés chez M... ? S'il est vrai que l’on puisse obser- . ver des phénomènes épileptiformes dans certains cas de

syphilis précoce, ces cas sont tellement rares que Gaudi-

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