‹ L'épingle rose (volume 2)Chapitre 1 sur 10 · L'épingle rose · texte numérisé non relu

L'épingle rose

Chassé par Octavie dn cabinet de M. ifc Saïnt- Hélier, Victorin Marcau était sorti grondant éL f^inçant des dents comme un jaguar blessé.

Il ne se tenait pas pour vaincu, e( il comptait bien rentrer avant peu dans la maison du chevalier, car il croyait avoir des droits à un traitement moins sévère et il voulait se venger, non pas sur la flëre beauté qui venait de l'expulser, mais sur l'homme en présence duquel il avait subi une hU' miliation méritée.

Marcas manquait absolument de patieuce et,

l L'ÉPINOLB ROSB

quand son «mear-propM était ea jeniCe Biérîdîoiial devenait féroce.

Il se mit donc à rftder sona les arcades, autour de la porte eochère, dans la loaable intention d'attendre le général, de l'insulter au passage et de le provoquer en duel.

Le duel, c'était sou fort, son ultima raiio. U passait la moitié de son existence dânà les salles d'armes et au tir du boulevard Montparnasse. Aussi avait-il fini par exceller dans tous les exercices meurtriers et par acquérir une espèce de célébrité comme batailleur heureux.

11 se laissait volontiers qualifier de champion des Ecoles par ses camarades.

On venait le chercher toutes les fois qu'il s'agissait d'aller sur le terrain pour l'honneur de la tapageuse corporation des étudiants. II y allait avec enthousiasme, et il en était toujours revenu intact, après avoir endommagé plus ou moins gravement ses adversaires.

Cependant, oii ne disait pas qu'il eftt encore trié personne ; cet exploit manquait à sS gloire, e( c'eût et* assurément bien débats cOmAie boilrïcitfe que d'expédier dana l'afutre nfoude lé niarqnis dé Sroaage.

On l'Aurait porté en triomphe dfCni fout te quartier Latin.

Mais il n'était pas très^facile i Kfarcas dé' gagner cette enviable récompense.

Un pair dé France û6 pouvait p«e se croire

LS UAâ<)tÉ DE VSLÔURS

oïilîgë té se fiàïtrs avec un garçtni à peine sorli du collège, âurfout ua pair de France qui avait fait aes preuves Se courage sur ïes cliamps âe bataille de l'Erapire.

L'iftséible seÉi^it* rftf efievallét- posSéiiâit un iMé foffâ fie tstui sens, a, (fustîd Sa tdtèfè M if» peu faiffiéè, lî se rftt qire sif â'â«3a1t âe ptàVo^iitiï le général de Brouage, ce gentirtiOUrtmë afifcfëW Mî

lirai S9WH:

*«ffi35-SiSÏ'(rit*HetrtS-TOMMer8jiiBqiCjitt!i fOiéS * Sft paar itfftef 9S S«f^#rié et M TéttSté rrfêon, ùibSs Î! cwflïfiTértail fort hiW q|ffe l'àfFâire ainsi engagée ne lonrnerAh pas il éoh avftn-

Le (narquis étnt de force 6 l'sssdtAiWer t^ placs et ne mafiqoeroit pas, après t'sn'orr ccrrrigé, de le faire

wrétw.

L'étudiant avait d'excellentes raistMs pffôt r-V douter «n dénoBeHient de ce genre. 11 était mal noté ponr sea opinions et il savait t}oe les juges ne traiteraient pas avec iDdalgenee un bomme qu'on signalait comme instigateur de troubles et chercheur de querelles.

Le moins qui pût lui arriver, e'élait de récolter ipielques mois de prison, sans compter le désagrément d'être expulsé de Mîcole de droit et renvoyé par autorité administrative dans son pays natal.

Or, Marcftô tenait essentiellement à rester libre et à ne pas quitter Paris.

4 L'ËPINÛLË ttOSE

Il se croyait appelé à de hautes destinées poli< tiques, et il n'avait peut-être pas tort, car on vit plus tard, après la révolution de 1830, d'anciens carbonarî devenir ministres.

Aussi, après avoir mûrement réfléchi aux suites probables de l'incartade qu'il méditait, se décida-t-il à garder sa vengeance pour une meilleure occasion et à quitter la place.

Il se réservait, bien entendu, de se ménager dès le lendemain une explication avec M"* de Saint- Hélier, mais il n'avait pas le moindre prétexte pour rentrer immédiatement dans l'hôtel, sa besogne quotidienne étant terminée.

A vrai dire, son emploi était presque une sinécure. Le père d'Octavîe occupait Marcas une heure ou deus à classer des livres ou à copier des lettres insignifiantes, après quoi il le renvoyait à ses cours et à ses études.

Certains amis de la maison s'étonnaient même que le chevalier, qui passait pour n'exercer aucune fonction, se donn&t le luxe d'avoi' un secrétaire.

Ils ne savaient pas qu'au début ce digne chevalier croyait le jeune Languedocien appelé à recueillir tôt ou tard un gros héritage, et qu'il voyait en lui un beau parti pour Octavie.

Désabusé depuis, grâce à des informations adroitement prises sur la famille du jeune Victorin, ce père tendre et prudent ne tenait plus beaucoup à

j.l:™b,G005lC

LE HA8QDB OB VBLOUBS 5

garder chez lui nn garçon dont le caractère ne lui plaisait goëre et dont les allures l'inquiétaient.

Il n'attendait qu'nn prétexte pour le congédier, mais ce prétexte ne s'était point encore présenté, peutrètre parce qne M'" de Saint-Hélier l'empêchait de naître.

Marcas, d'ailleurs, avtùt une foule d'occupations en dehors de la maison du cbeTaher. Ses jours et ses nuits y suMsaient à peine.

On le voyait le matin à l'Ecole de droit ou à la Sorbonne, et le soir en cent autres lieux.

Il avait naguère fréquenté assidûment le saton de M" de Casanova et, depuis la disparition de la baronne, il hantait les thé&trea, les cafés, les maisons de jeu et les bals champêtres.

Où prenait-il de quoi défrayer cette existence assez dispendieuse? La pension mensuelle que lui servait son père n'y eût assurément pas suffi, mais, en ce temps-là, les conspirateurs n'étaient jamais à court d'argent.

Et il conspirait avec ardeur. Contre qui? Il le savait fort bien. Au proBt de qui? Il ne s'en inquiétait guère.ou pIutAt il conspirait au praflt de Victorin Marcas.

Son instinct l'avait averti de très-bonne heure qu'en France il faut toujours être de l'opposition quand on vent fûre son chemin et que ceux qui renversent un gouvernement gagnent toujours quelque chose.

L'Ë[>INGLE BQ^

Hèi son «rrivée à Paru, il #'éUiit àoofi Î6ié à corp$ ^rdu dtms le mouve^eqt réyoluyiwpaif-e.

Le inoment était bien choisi. La cbarbo^fwjrie, dont YEpin^le rose p'éta^ qtjp le Ejgaa ^ rallie* CQent,!^ cMrbojuierie iin|>ortée em Ff fi^fle j>ar Orw, ' priBiCg ^ Catansaro, a'organi&aU sur un pÀed £orfuidable, et attirait à elle toute la jeunei^ 4#s Sleeles, séduite par ses dogmes creuf et smrtMiï Pftt'Pi9# pratiques oiystéripifses.

A vingt ans, on aime à prêter 4es aermejoti terri blés, la main éLefulg« sur mn poignard.

Marcas avait juré plutôt trois foî^ ^i^'HOfl, tati& pas pour le pl4i3ir de figurer dwu d^s fian^ imitées de Id fran^-maspnnerw-

11 visait des résultats sérieu^. }m C4rt)<!98l'i$Ri«, c'était sa carriëre à lui. IL voutaU >V po«isa#rt V prendre ses grades, jusqu'au plus él«v$.

11 n'eu était encore qu'aux plus iuf^p^, Simple délégué d'une vente particulière k une vents een^ traie, il n'était point en relations avec la h«ute venin où siégeaient les sommités du parti, BjU- de La Payette, de Gorcelles, Voyer â'ï.rgei)«OD, Suppnt (de l'Eure), de Sebonen, Kœchlia, Manuel, Pa^yiOT) Bartbe, MérUhou, Trélat. .

A peine était-il connu de quelques cbefs, du prlocf entre autre?, et de Fabien de Sroiiag?, qui présidait une vente juxtaposé^ 4 «@Ue qu'il représentait comme délégué.

Dd ne lui Avait pncQr§ $ei)â# jMUOfiS ïnisHoa in* portante, mais Orso appréciait aea mérite» «t u'M*

LE MAftOUG DB VfU.OURS 7

twdoùt qu'eue ocoftuoa pour la» mattre à l'épreuve.

Air«e 8a QiiaeM ilAlùnoa, 1« prifle« «vait jugé très vite le parti qu'on pouvait tirer de ce hardi et délié QOiBpagnon, «t U le rsoowHiBHd^it eûpveot aux aulre< cbef» du complot.

Il était laéiue aiié jusqu'à le cliarger spéciale' ment de faire deii reei'ues, pour l'Epingle roie, parmi les soua-orficiers et lei soldats d'un régitnent qui venait d'arriver i^ iPafù, le të* de ligne, dont l'esprit passait pour (tre fort bosUls au gouverneiB«at.

Un d«H batatiloofl à» ce régiment était caeerné rue du Foin BaiQt'iaeques ; uo auti's rue Saint-Jean de Beauvaîs, à la frontièni du quartier des Ecoles où Hareaa bobitait, et où il ejrerçail ima véritable influence,

Marcaa s'empLoyaît avec ardeur & initier des lergeota, et il y réussigaait fort bien.

Cb jour-là, précisément, il avaU organisé, sons prétexte d'un asuut d'armes, une réuoion dans la salle d'uo marehand de yin établi sur la montagne Sainto^^evîÈvf, derrière Saint-Ëtienae du Mont, à l'enseigne du Jioî Chois..

U»'afiiaait de recevoir tm»iiDur£«uxa6iUè3, deux e^orauK et un fourrier du W, d* leur distribuer d«t poignarda et de l'argent, de leur eapliqueF leur davoir, s'est-à-dire de l^s inviter à tnbjr leur drg^eaUf au preoiier «igoal àmnà par 1« iiaut«

8 L'ËPmOLE R08B

Harcas n'avait garde de manquer à l'assemblée qu'il devait présider. Il comptait y placer un discours, car, en sa qualité de méridional, il avait la parole facile.

La perspective d'obtenir un succès d'éloquence et de mériter l'approbation du maître de l'Epingle ne contribua pas peu à le détourner momentanément des projets que la colère lui avait inspirés àl'eDcontre du général dé Brouage.

Une fois décidé à abandonner la faction qu'il montait à la port«de M. de Saint-HéUer, il ne perditpas de temps pour gagner la Montagne-Sainte-Geneviëve.

L'beure durendez-vous était encore assez éloignée, mais il voulait aller d'abord place du Panthéon, où sa présence était indispensable.

Une émeute scolaire s'y préparait. Il s'agissait de siffler an professeur de droit, M. de Porteta, lequel se permettait d'être royelistoi et avait eu de plus le tort impardonnable d'arracher la veille un pla* card révolutionnaire affiché à la porte de l'Ecole.

ïfarcas était le héros de ces fAtes de l'intelligence, lesquelles consistaient à huer les gendarmes, à casser les vitres et à empêcher les étudiants paisibles de suivre les cours.

11 y avait près d'un an que la jeunesse des écoles, flagornée par les journaux de l'opposition, s'était avisée de manifester à tout propos, tantôt à la Sorbonne pour acclamer H. Guizot et H. Cousin, tantôt Bur le quai d'Orsay, pour saluer, à la sortie de la Chambre, les députés libéraux.

ITq des manifestants, nommé Lallemand, avait même été tué, le 3 juin 1820, sur la place du Carrousel. L'anniversaire de sa mort approchait, et, pour s'exercer à le célébrer dignement, ses camarades se proposaient de se livrer à d'aimables désordres.

Marcaa, naturellement, était un des organisateurs du tapage, et il tenait à paraître sur le thé&tre où allait se jouer cette farce écolière.

Mais il ne voulait pas y prendre part, ayant à faire non loin de là une plus sérieuse besogne.

Ce n'était pas sans intention qu'il avait chobi pour ta réception des nouveaux at^liés l'heure fixée pour l'émeute des étudiants.

Il calculait que les agents de police occupés A surveiller ce qui allait se passer sur la place du Panthéon ne s'aviseraient pas d'entrer dans un cabaret caché dans une rue déserte, derrière une église, et que personne ne viendrait troubler les mystères qui devaient se célébrer au Roi Ciovâ.

Quand il déboucha de la rue Saint-Jacques, one foule immense encombrait déjà les abords de l'Ecole.

Des centaines d'étudiants, alFublés des grotesques co6tumes.de l'époque, cravatés de blanc et portant sur leur chapeau tromblon une énorme boucle d'acier, poussaient, trépignaient, vociféraient à qui mieux mieux.

L'air des Lampions n'étant point encore inventé, çt la Carmagnole ayant un peu vieilli, ces jeunes ci- ' . H 1"

10 L'ËPINGLB ItOSB

toyena ehanUi«tt en cIubut ud ignobla couplet cù le Roi, la eomte d'Arloii, le duc d'ÀngoulAme et la ducheaM A» Berry étaient injuriés en tarmea ordurîera.

Quelquea disaJdents «uayaient bien de lea faire taire en criant : A bas les Jacobins I Les étudiants répondaient : A bas lea crapauds blancs 1 et l'immonde ebanioa reprenait de plui belle.

Ce spectacle et ce vacarme remplirent d'aise Victorin Harcai, qui fendit lea groupes en distribuant force poignées de main, dont qiielquea-unee étaient charbonnière, c'est-à-dire données d'une certaine façon.

Mais il ne s'arrêta point et, su Ueu de se mêler aux braillards, il ae fauBla jusqu'à la griUe du Panthéon, que la Restauration avait lendu au culte, aoua le vocable de Sain te- Geneviève.

L'émeute était en bon train. Une belle soirée de désordre ae préparait. Harcas, ayant vu ce qu'il voulait voir et trouvé ce qu'il cherchait, n'avait plus rien à faire là.

Il prit tout doucement à gauche pour gagner Sain t-Etienne-du-M ont et il venait de s'arrêter pour regarder si des gendarmes on des figures suspectes ne se montraient point aux alentours, lorsqu'on le tira doucement par sa manche.

Il se retourna et il ae trouva, à son trèa-vif déplaisir, en face .de M. des Loquetières, qui lui dit en rituit:

— Ahl ahlmoB jeiiD* ami,jeToas y prends. Vou

LE HABQUB M VBU)UItS 11

loin liffler im probseeurs. Je dsuts qnt monwor mtn pAn vous ait «nroyô & pûia pour

cela.

— 1« u vÛM nffler penonne, moa cher montienr du Loquetièree, répondit Blarcas, 6aii6 u déeoncertcr. Je reatre chez moi. Je loge tout près d'ici rua des Gréa.

— A la bonne limra I j'aurait été désolé de voua sm voua mêler & ces tapa^ur».

-- Je m'en garderais bien. Je suis passé par ici, parce que c'était mon chemin.

Hais ajonta Hareasj en regwdant dea Loqnelières du Miia de I^il, je m'étonna un peu de tobs y voir, car tous habitez, je crois, fort loin du quartier Latin.

f^ dépit de la &ie8se dont la nature l'avait pourvu, Uarcas ne s'tait jamais avisé de prendre dea Loqnetières pour t» espion.

n le eunsidérait comme une vieille ganache royaliste, il le méprisait et même il ne l'aimait guère, «r il l'avait surpris regardant Octavie d'une façon qui lui déplaisait, mais il ne le soupçonnait pas.

Cependant, &i reucontrant aa milieu d'une émeute le paisible ami du chevalier de 3aînt-Hé(ier, il se lourint tout à coup de l'avoir rencontré aussi dans l'escalier de l'bdtel de ta baronne, U nuit même 06 la baronne avait disparu.

Cette coïncidence éveilla en Itii an vague sentiment de défiance que âissipèreut bieotdt de boaa wurires et ds traooliw répontea*

12 L-ËPINGtE R08B

— Ma foi, mon cher enfant, vous avez raison, dit des Loquetières, cpù avait reçu le matin de H. le biron MouDier, directeur général de la -police da royaume, l'ordre d'aller observer l'esprit public aux abords de l'École de droit. Ma place n'est pas dans cette bagarre et je n'aspire qu'à m'en tirer. Je m'y suis fourvoyé en revenant d'une petite promenade au Luxembourg et je n'y comprends rien dn tout.

A qui en ont ces jeunes gens? Contre qui crientils?

— Contre on de leurs professeurs.

— Bon 1 nn professeur trop sévère sans doute. Je m'explique le tapage. La Fontaine a raison :

Noire ennemi, c'est notre matire, )e TOtu le die en bon Fransois.

Et moi-même, quand j'étais ajj collège, je jouais d'assez mauvais tours aux régents qui me mettaient en retenue.

Mais pourquoi injurient-ils le roi et la famille royale ?

— Ceux-là aussi sont teors maîtres, dit assez étourdîment Marcas.

— Ah I c'est juste ! soupira des Loquetières; à leur &ge, on est toujours de l'opposition.

Heureusement, vous, mon cher Victorin, vous ne donnez pas dans ce travers. Votre père vous a inculqué de bons principes et vous ne vous pervertirez pas chez mon ami Saint-Hélier.

Comment se porte-t-U, ce cher chevalier? n y a quelques jours que je ne l'ai vu. Et sa charmante fllle, M"* Octavie ?

— F&rt bien, je pense, répondit l'étudiant. Je suis allé ce malin faire ma besogne habitueUe et je vais profiter de mes loisirs pour repasser mon Code de procédure. Permettez donc que je vous quitte.

^ Allez, jeune homme, allez, s'écria des Loquetières. A Dieu ne plaise que je vous détourne de vos travaux. Le travail, c'est sacré. Et vos camara* des feraient bien de vous imiter, au lieu de s'attrouper pour pousser des cris séditieux.

... Le Bol, Le GOmt« d'Artois Eile dnc d'Angouléiao.J

Cette chanBon est révoltante.

Et dire que plusieurs de ces braillards seront un jour procureurs du roi, qu'ils prononceront des réquisitoires contre les perturbateurs. ..et que les autres seront avoués, notaires... et pères de famille pardessus le marché.

Où allons-nous, mon Dieu 1 où allons-nous?

— Moi, je vais rue des Grés, au cinquième' étage, dit Marcas en saluant son vertueux interlocuteur et en filant vers son domicile.

Des Loquetières n'essaya point de te retenir et n'eut pas l'idée de te suivre, car it ne se défiait pas du secrétaire de M. de Saint-Hélier.

L'étudiant se garda bien de se rendre directement BU cat>aret du Roi Clovà, nûn qu'il crût que l'ami du chevalier allait l'épier, mais il savait que prudence est mère de s&retê, et quand il était eu expédition pour le compte de l'Epingle rote, il avait toujours soin de faire des crochets comme ua lièvre chassé, afin de dépister les chiens.

Il tourna à gauche pour entrer dans la rue des Grés où il demeurait, et qui était alors le vrai cent» du vieux quartier l^atin.

Les étudiants de septième amiée et les bouquinistes y pullulaient à peu près comme aujourd'hui, cai* elle a échappé en partio aux démolitions et elle existe encore. Seulement, on l'a débaptisée pour lui imposer le nom peu euphonique du savant Cujas, commentateur du Digeste.

Marcas grimpa lestement ses cinq étages, se mit à la fenêtre et, après un quart d'heure d'observation, voyant qu'aucune figure suspecte ne se montrait à l'horizon, il descendit quatre à quatre les marches vermoulues de sou escalier, eaQla une ruelle qui longeait la fameuse école de Sainte-Barbe, se jeta dans le dédale des voies étroites et tortueuse* qui couvraient alors le versant nord de la colline Sainte-Geneviève, et gagna par un long détour le haut de la rue de la Montagne.

liàjdans un coin peu fréquenté, derrière le cbevat de l'église Saint-Etienne-da-MoQt, s'étalait au-dessus d'une porte haisa une large enseigne sur !&• quelU un artiste incompris «vùt Mwyé dfl wpré*

LE MASQUE DB VSUOURS li

lealiir lo roi Clovit feadant la tête «u soldat qui refusa de rendre le vaae de Soissons.

liB marchand de vins qui plaçait »on cftbaret sous le patronage du grand monarque mérovingien, était un vieux sans-culotte dont le» premiers exploits révolutionnaires remontaient aux massaciet de 1793.

Il s'était tenu à l'écart sous l'Empire. La police de Fouché ne badinait pas avec les anciens terroristes. Ce régicide, passé duc par la gr&ce de Napoléon, connaissait tous les enragés qui avaient burU avec lui dans le temps et il ne leur était pas tendre.

Hais depuis la Itestauration, le citoyen Griffard, — c'était le nom de ce jacobin incorri^le, — avait recommencé à travailler pour ce qu'il appelait la bonne cause .

Il possédait quelque argent, amassé, le diable seul savait par quels moyens, et il avait acheté, dèa 1817, un fonds de cabaretier traiteur dans un quartier oii il devait trouver, tout à la fois, des pratiques pour son établissement et des recrues pour l'année d«E conspirateurs.

Son commerce prospérait, et le gouvernement ne le tracassait pas, car il était très prudent et la poUce ne recevait jamais des rapports contre lui.

Marcas avait fait sa connaissance, en arrivant à Paris, et fréquentait assidûment sa maison, non pas pourylmira sur te cQmptoir.mais pour s'y aboucber ivee les militaires qu'il embauebait*

Le cabaret était bien placé et bien disposé ponr servir à cet usage.

Il y avait quatre on cinq casernes dans le voisinage, et derrière la buvette ouverte sur la rue, g'étendait un jardin, au-delà duquel se trouvait une vaste salle réservée aux habitués.

Cette salle, plus longue que large, était garnie de tables placées le long des murs et d'un billard en assez mauvais état.

Elle pouvait à la rigneur servir à faire des armes, car il restait un espace libre entre le billard et le comptoir placé au fond, et comme les assauts servaient sauvent de prétexte aux réunions des carbo^ nari, l'ingénieux Griffard y tenait des masques, des gants, des plastrons et des deurets.

Marcas, en arrivant, apprit de la bouche de ce septerabriaenr que les trois néophytes et un sousofficier du 43*, président de la vente militaire du régiment, l'attendaient depuis une demi-heure.

Des Loquetières l'avait retardé, maïs cela importait peu, puisque les militait es avaient une permission pour toute la journée.

L'étudiant reçut du cabaretier l'assurance que, pendant la séance, personne ne pénétrerait dans le jardin, et tranquillisé de ce côté, il passa derrière le comptoir pour gagner la salle de billard of; devait s'accomplir la puérile cérémonie de l'initiation.

Le sergent-major qui avait amené les candidats était un garçon ne vingt-sept ans, que Marcas coanaissait de longue date.

Ils étaient compatriotes, et it s'étaient rencontrés l'année précédente dans une loge maçonnique, véritable antichambre de la cbarbonnerie.

Tons deux avaient déjà des grades, mais Ifarcas, délégué d'ane vente particulière à une vente centrale, était le Bupérienr hiérarchique du Bons-ofBcier.

Ils s'abordèrent avec les formes prescrites, car les formes tenaient beaucoup de place dans les conciliabules de f Epingle rote.

Le sergent s'avança, tendant la main à plat, la paume en l'air ; l'étudiant plaça son index perpendiculairement sur cette paume, y traça avec cet index deux lignes et y frappa ensuite trois coups.

Sur quoi, de cette main, la droite, le sous-ofScier prit ta main droite de Harcas, en ayant soin de croiser les pouces de façon & ce qu'ils figurassent un N majuscule, lettre initiale du nom de Na-

L'Empereor venait précisément de mourir, le 5 mai, à Sainte-Hélène, mais il n'y aviùt alors ni télégraphe électrique, ni bateaux à vapeur, et la nouvelle n'arriva à Paris qoe le 6 juillet, par les journaux anglais.

Aussi les carbonarî en étaient-ils encore à mêler au républicanisme qu'ils professaient hautement une forte dose d'impérialisme.

Cet ingrédient leur paraissait indispensable ponr rallier & l'action commune vingt mille officiers ré-

j.i.«= b, Coogic

18 UÉPTtfGlS ROM

dui(« & la demi-fiolde, sans compter les virax loldats renvoyée & U chairtifl ou eondamnés i. la misère.

Les révolutionoaires sODt md« *«rgogs«.

Pendant que les deux chefs exécutaient ces putes compliquées, les trois néopfaytes, dcbeul, le« cfiotemplaient avec une certaine admiration.

DcuK étaient de amples si^ats, l'un tout jeniie, arrivant de son village, et'révant la BépubliquauniveriJcUe, l'autre vieux troupier de l'Empire, tiaïasant le gouvernement des Bourbons qui lui avait retiré ses galons de capoi'sl.

Le troitiènic, un fourrier bel e^rit, oe soufaaitait de e'aiifilier à la eharbonneria que pour haranguar ses frèreu et leur chanter des chansons de Mraager.

Lui et la sergent-major avaient fait apporterquA^qudB bouteilles de vin blanc et des verres pour trinquer i la prochaine révolution.

— Citoyens, commença Marcas qui n'était p^ tkcbi non plus de discourir, votre pairain répond de vous ; je puifi donc procéder k votre réc^>tion.

— Pas avant d'avoir goûté ca ch&blis, citoyen, dit l'aimable fourrier et puis, si vous voulez, je vous chanterai le Vieux Drapeau ou la Graad'èléi-e dâ notre poète national.

— Chanter I vous êtes fou I Voua voulez doue atr tirer iei les passants ? s'écria Marcas an Ifn^aat aq Hrg«at«i^or oa gC9{» d'wil «gaifleatif.

LB ViSQUB DB VBLOURH

L'éjtu^iVlt bwivtit fort mwvafs qu*oo lui funepàt un si gai DQmpa^am PPV en fajjre va ciTbomvo, «t de plus, il comniçfffvt à^îA k le prf^dre pour un traître, uq ag^ni provac^ari conuflç qp di^t alors.

I^ s^geot-ra^jor aJUit tanper vertPOiâOt json camarade, lorsqu'un bruit de voix arriva jusqu'à euf à Irav^s le jafdiQ,

Marcas distingua trèa-bleu celle d.e GrifTaj-t] et il recpmwt que le c^baretier aç disputait avec de» pratiques, lesquelles criaient plus haut que lui.

— Gesont des gens qiji veulent à toute force venir boire dans le jardin, dit ïç sous-ofQcier apr^;! avpîf prêta l'oreille.

— Et ils ont l'accent allemand, ajouta le fourrier qui s'était avancé ju^q'à porte pour mieu); écouter.

— Parions que ce sont des Sijiasep, grommela le vieux troupier. Si Griffard les laisse entrer, ça va se gâter.

— Et pas moyen de sortir sans les rencontrer. Jla sont au cowptpir.

— 11 ne &ut pas qu'ils voup trouvent en conciliiibule BV9C un civil, dit vivement lUorc^s ; ilp ae^ raient capables d'aller f»ire Uur rapport h La place.

Vous ares deqtanâé votre p»fWÙ9ij(W poijr »U£r à on assaut, n'esUce p^?

— Oui.

— Ëdl bm, décrochoflii ^ flwrwto et aiigoom-' D0U8 deux contre deux.

30 L'EPINGLE ROBB

Comme ça, ils n'auront rien à dire, et nous reprendrons la séance quand ils seront partis.

Habit bas, messieurs, et en garde I

L'idée parut bonne et fut promptement mise à exécntion.

En un clin d'œil, chacun fut ganté, masqué, plastronné.

L'étudiant croisa le fer avec le fourrier, le vieux troupier prit pour adversaire le BSrgent-major et le jeune soldat s'adossa au mur, dans l'attitude d'un tireur qui se repose après une reprise.

La mise en scène de cette comédie improvisée était à peine finie que quatre hommes firent irruption dans le Jardin, bousculant Griffard qui cherchait à les retenir.

Le grognard ne s'était pas trompé.

Ces envahisseurs étaient des Suisses du 2" régiment, trois soldats et un caporal en petite tenue, habit rouge, haudrier hlanc et briquet au c6té. 1

Les trois soldats avaient des mines assez débonnaires, des figures placides de paysans des Quatre- Cantons, mais le caporal était un grand et gros gaillard, taillé pour porter la hallebarde et affligé d'une physionomie déplaisante.

Ils paraissaient tous fort échauffés ; ils frappaient avec le pommeau de leurs sabres sur les tables placées sous les arbres, ils juraient à faire trembler et ils secouaient le cabaretier, en le sommant de leur servir de la bière.

— Du calme, dit tout b&s Marcas au fourrier qui lui tenait tête. Il faut à tout prix éviter une querelle.

— Tiens, des Français qui jouent avec des ùguilles à tricoter, cria le caporal suisse, en s'approchant d'une des fenêtres ouvertes.

Les tireurs ne firent pas semblant de l'apercevoir, mais il vint s'accouder sur la barre d'appui, et, après avoir examiné un instant le jeu du vieux troupier qui s'escrimait contre le sergent-major, il se mit à ricaner bruyamment.

' L'étudiant et les militaires dn 45* supportèrent sans mot dire cette provocation indirecte.

Ils comprenaient tous la nécessité de filer doux, pour ne pas compromettre l'aseociation.

Si Marcas eût été seul, il n'aurait certes pas eu tant de patience, car il recherchait toutes les occasions de croiser le fer avec des défenseurs du trône- Mais il savait que les ordres les plus sévères avaient été donnés pour interdire les duels aux soldats de la garnison de Paris, et il ne voulait pas engager ses firères de l'armée dans une f&cheuse affaire.

Ces ordres précisément visaient surtout les régiments étrangers et le 45° de ligne.

Les Suisses de la garde royale,rappelés an service du Roi dès le début de la Restauration, se souvenaient du sort de leurs devanciers, cruellement massacrés par le peuple à la fin de l'horrible journée du

n VÊPiWiLK ftOftK

10 sakt i^9i^ et ti« n'Ainn^eM pSà le» Parisiens, qni Be les aîmaietit guère.

Braves, fidèles, disciplinés, mais pen sociables, les soldats nttrntéB dans fes Wlftows caflitfliqnes de la Confédérotien sutm» fraytdefit pea Avec DO»tf(ftlpiera, pas même avec ceOt 4» Is g&tiè.

Gemnandés dxclstdvtnnefrt paf dés offic^^ da lenr p»js, ils AtalBnt ^églii par êës lonê particulières, krsmles dans les espitoIfttioRs cOffcines entre lé geurennneBt an roi il M ^uVernemeat bêlvélique.

1)3 im ponvaiéfit être ftigéi pour crîmeg Ofl délits que par levn* mpéri«nrs directs, et ils étaient traitési A et fMiat de vaè« démine <fes é(AâtHa eu eintpagoe.

La désertion, l« vot, la intitaade éf Aient puRis de mort ; le e^npabfe éttàt cohclAmné en plein ait devant tont le r'égïftient tous lea arotéâ ; on ëcritAit l'arrêt sur une caisse de tambour et on l'eséctriaft séartcè t e saute .

En 1827, ori soldat eïrtssé in 7' fat aoomîs A cettff procédare sonroAire et fOïlIlé dans la plaine de Grenelle poor Cfotr, étant de fdctîMi, la cfuit, A l'arc-de-triomphe du Carrousel, pris la montre tt'un bcmime ivre qoi lui dgmaAdSit son cheftiia.

Des gens menés si sévèrement n'étaient pàa toajours de bonne bnroeur, et qsAnd lis avaient affaire A des soldats du 45*, ils devenaient agrèssifs.

Ce régiment, qni s'était AppeM d'abord la légion

LB » É Ê 9U» tm tnoURS (S

êt Hf ê-t A-ia St, «vMeie f&nbé s cfattruns^ m iitft,

des débris de l'ancieMA «gméê et d'an petii Ooltibte

Il était donc composé M gtmàtf pttiPttft d'^MiAfeS (foi anriéirt s«r«t fÏB^«ï«bti, et iTMAWdténf de li«duwop d'àtttiatig MWff-âfBe^gtn; Auii^frieH la iiMttitt«tiOD avait retiré leim giàmtt.

ptis te iiah»>el,4tlâAI des énùgrés rentrés en I8{!(, tr'afiffit rien de ootBsiiia své« le^ri «uborAdfliMB, ni l'origine, ni les idées, appartenant à un autrp meifdâ êl -rtîmn d'tfte HOtfe «ie.

Q«dq««l ciqntshMrB de f empire Soient été d'à- MAtaaislnnn&iii t«te àe i««ti tampégt^e. Its n'y avaient pas duré longtemps. Qudf^ â'ABtrs em, hri fthif timét dt Mtdtt, ««fiftié^t ^Atrs rât^més mm»,

Ceux qui restaient savaient ijutf tm(( àvft^éïAéM bar Mrit férte^f ^'83 Mtdènt condsiBné^ à végé- (et-){tsqifil'liearadelatetr«M«dafiiâ têi JMlH gfth

AuéS t'eg^ffit du HglmeHt éto!t-)l f6H bôsfité sH KO#vernefti«ntiteuTeâii. App'déâP&rls en (819, H HNt rMir#6 ft ^«ft nfvin' ée «*«ff : ^v« leReileloitt s'était empressé de l'envoyer tenir garnison au HâvM et àHwfpo.

Mats a^9 desz ans d'e^Elf, Nr iffàrq^ts âé Ton»tain qui te eommandsit srait ^^^ti d» le taffie^ef dàiùB la capitule, «Qmme où lâsAtalofâ.

Il n'y avait pas on mois qu'il y était arrivS* *t

24 L'ËPINQLB ROSB

déjà beaucoup de ses Bous-offlciers et de ses soldats étaient affiliés aa carbonarisme.

Marcas, bomme pratique et persuasif, n'avait pas pen contribué à ce résultat.

CSependant,l'antorité militaire n'avait encore relevé aucun fait précis, quoique le régiment fût tenu en suspicion et surveillé d'assez près.

On avait même recruté dans les rangs inférieurs des agents qui s'étaient chargés d'espionner leurs camarades, mais ces tristes auxiliaires ne découvraient rien.

Le 45* de ligne n'en était pas moins fort mal noté dans l'esprit des royalistes, et les Suisses de la garde, qui étaient des royalistes éprouvés, le voyaient d'un fort mauvais œil.

De U naissaient à chaque instant des rixes et des rencontres armées qui avaient motivé de nombreux ordres du jour de la Place.

Aussi, l'étudiant, qui savait à quoi s'en tenir sur ces dissentiments entre deux corps formés d'éléments opposés, avait-il compris tout de suite, en voyant paraître les Suisses au Aot C/ovi$, qu'ils allaient chercher querelle à ses amis, et que ta modération devenait un devoir pour les frères de PEpingle-

Le sergent-mfyor et les trois néophytes eurent la même idée que lui, et ils continuèrent tous à ferrailler consciencieusement, sans faire attention aux ricanements ironiques du caporal en habit louge.

Cet enfant de fHelvétie paraissait décida à pousser tes choses jusqu'au bout, car il continuait à suivre attentivement toutes les péripéties de l'assaut et à critiquer tout haut, en termes assez grossiers, le jeu des tireurs.

Griffard s'était décidé à apporter de la hière à ces désagréables pratiques.

Il espérait qu'après avoir bu leur saoul, les Suisses s'en iraient comme ils étaient venus et que son établissement ne serait pas pris pour champ clos par les troupiers batailleurs.

Griffard conspirait, GriCTard rêvait révolution et massacre, Griffard aurait volontiers étranglé le dernier des rois avec les boyaux du dernier des prëtresj selon l'aimable formule attribuée, peutrétre à tort, au philosophe Diderot ; mais GrifTard ne tenait pas du tout à faire fermer son cabaret.

Les compatriotes de Guillaume Tell fêtèrent sa

. bière servie dans des cruchons de grés et leur

caporal quitta, pour vider à lui tout seul un

de ces cruchons, te poste qu'il avait pris à la fenéire.

Cette trêve fut courte. Il revint, un verre à la main, un verre plein jusqu'aux bords, et il se remit à railler les soldats qui continuaient à s'escrimer sans faire attention à lui.

A vrai dire, ils tiraient assez mal, et Marcas luimême, qui était pourtant d'une assez jolie force, Marcas, distrait et préoccupé de la situation, se laissait boutonner à chaque instant par son adversaire.

je L'ÉPINGLE ftOSÉ ■

— Dans iiiôn pays, dît le Suisse, à fStt, ie% petits enfants qui se ï)àt(eiit avec dés sàbf'ëé de B6i3 sd^t mieux sôiis les ârifiès ^ûé céé p'offsSè-êtiiHoiï fi-ailçàis.

Le gro(^arà qui faisait assaut avec le sergentmajor se retourna viveiflent et porta la main à son masque peur l'enlever, afin de dire son fait à l'insolent étranger.

Mais Mareas lui donna un coup de coude d'avertissement, et le vieux soldat contint sa colère;

lA s&lfe AttA: de ptain-pied ave6 lé jArdm eà les trois autns Suisses buvaient, sans scniger tta tâ.nïeoX setttifflrt prononcé paf' lewriS éAeëtres étlns ]à ptairîe de èffltB, ei mètno safta trep' s'inquiéter des allures qnerellenees de tenr caportfl.

Le jéùiïC Soldat dû 45', qui ëteit éeHsé se ^p^se'^ après une reprise, se tenait sut i€ seiSI de' lA porf« et paraissait peu (rouble par léa propos ôâlsonnants tie l'étrSngef MbiHé de rônge.

êuf lés shakos déposés dans Un cOin, éè chCreftèuf de querelles d'AIlémâild avait lu le rtuffiéro du tigîment, et il élait décidé à engag^eC une sttalte nHc uii des militaires de ée -iS", qift était alors la bétc noire des Suisses. STeûs il COfnmençâit à désespérer de féXte sortir les tireurs de leur indifférence calculée.

H crut qu'il viendrait plus aisément à bout de la

LB UASQUE D^ VELOUBS {T

sagesse d'un conscrit, .et &nm qil'H çur^t meilleur ^^rçhë de lui si op en venait à croiser le fer,

Qifiliâi^i li^ fenêtre oii il s'était ét^li, U a'g.gprocha de lui, et lui poussât soa vejrç ^çi^s le net :

-T, J^li^pi, W^nc-Jiec, dit^iJ 9V£ç un groa rife, (|i dois avoir chaud. Çiffler^iQi ç^ ^ 1^ B^n\é du B%

— Je n'ai pas soif, répondit le soldat.

Calait mi jeune gara normand, parti pour son sontet incorporé depuis un mois SLeuleineut ai) 45% un fils de fermier que le sergent-major, méridjoi)^ et Ifeau parleur, n'avait pas eu beaucoup de peine i çfidoctriner.

Il avait les «beveux blonds, les joue? roses çt J'sir inooeent.

-!- Je m'importt pep qvç tm n'aies p^e eoif, çj-ji^ le eapor^. ^e prétends «}ue tu boives v la santé 4|i Boi.

Ë|i, «p réit^axtt c^tt^ injonction, il essayait de loi ^^ avaler de force uife g.orgéç d? biêrC'

L'enfant du pays de Caox était très doux, m^is peu o^tiflot.

U saisit le verre et en jetA \f contegi) 4 U figure du Suisse qui voulut lui sauter 4 la ^orge- Mais le consent était leste ; i| Qt hq 1)P94 ep vrférs 9\ BB r^ trancha derrière le billard.

Cett* &e^ pii U 4#b|^ des bostiUtà*. et ij&ns 1«B

imt ««ttif. fin U pnt p9vr iw» 4é(dv4tiOR 4^

guerre.

28 L'ÉPINOLB B08B

Les soldats de la ligne virent clairement ce que voulait l'insolent étranger; Marcas lui-même se dit qu'une afTaire était inévitable et que mieux valait la régler séance tenante.

Quant aux Suisses, ils ae levèrent pour prêter au besoin main-forte à leur camarade, mais ils paraissaient moins disposés à se battre.

Les quatre tireurs avaient déjà 6té leurs masques.

L'un d'eux, le vieux troupier à chevrons, se détacha du groupe et dit rudement au caporal :

— N'avez-vous pas honte de voua attaquer à un enfant? Si vous avez envie d'en découdre, nous sommes ici quatre qui ne demandons pas mieux que de nous aligner. Dites à vos trois habits rouges de se préparer. Trois d'entre nous feront leur affaire et le quatrième fera la vâtre. Vous le choisirez, si vous voulez.

— Mes hommes ne se battront pas, et je choisis celui qui m'a insulté, répondit le Suisse en désignant le jeune soldat.

— C'est vous qui l'avez insulté, cria Marcas, ou plut6t qui nous avez insultés tous.

— Eh I bien, je vous ferai raison à tous les uni après les autres,mais je veux commencer parle hianc bec.

— Soit I dit l'étudiant. Sortons d'ici. Je connais un joli endroit derrière la caserne de Lourcine, au bord de U fiiëvTB.

En parlant ainsi, il avait an plan. Il voulait éviter une bataille chez GriSard, de peur d'attirer l'atten- Uon de la police sur un cabaret trë^ommode pour les réceptions. Il espérait que les militaires du 45* pourraient s'esquiver en route, et une fois débarrassé de leur présence compromettante, il comptait recrater dans la rue des étudiants qui lui Berviraîeot de témoins, car il était toujours prêt à embrocher un Saisse, pourvu qu'il put le faire sans danger pour le carbonarisme.

Mais le caporal n'entendit pas de cette oreiUe- U.

— Non, non, dît-il ; je n'ai pas envie de t&ter de la salle de police. Si nous nous alignions dehors, les bourgeois nous feraient pincer. Au lieu qu'ici nous pouvons nous arranger comme de jolis garçons et personne n'en saura rien, si vous n'êtes pas bavards. Ce n'est pas ce vieux sacripant de marchand de vins qui ira conter à la police qu'on s'est travaillé tes cAtes dans son cabaret.

Marcas et ses amis se consultèrent des yeux et ils se trouvèrent d'accord pour ne pas remettre la rencontre.

— Ce n'est pas nous non plus qtd ferons des rapports, dit le sergent-major, et si vous répondez de vos hommes...

— Ils seront muets comme des poissons. Aïnsi.fini''soDB-en. Démouchetez-deux fleurets. S'il y a des morts oa des blesses, vous direz que vous vous êtes battus entre vous. La punition sera moins sévère. L'or^

t/tPINOLI afMI

dTO 4ft 1« plao* B« s'applùiBa pvi uix affuneg de cBffiaradA fc Muaarods, Ls toarrlm tira Uapwu à put at lu) dit toot

bas :

— fie gredin-là parie comme e'U poui avait d^i tous couchés par terre. B'il est si s6v de bom tou^ cher, c'est qu'if «t maître d'armes.

— Gh I bicD,!! trouvera h qui earlep, répondit l'étudiant qui ne pensât plue qu'A trouer la psaud'un soldst de la royauté.

— Je demande que noue tirtoi» as eort 4 qui commencera, dît tout haut le sergent-major.

— je veux bien, après que j'aurai Fâg;lé le compte du blanc-bec, répliqua le Buisse qui achevait de e'e*suyer le visage avec un mouchoir extr^t du food de son shako.

— C'est une lâcheté, s'écria le grognard. G» gar> çon n'a jamais tenu un fleuret.

— Tant pis pour lui. Pourquoi m'a-t-il jeté un verre de bière à la figure?

— N'aie donc pas peur, mon vieux, dit le conscrit en traînant ses mots à la mode normande, je n'ai pas appris chez nous à manier les lardoires, et le prévAt du 4S* ne m'a encore donné que trois leçons, mais j'ai bon bras tout de œéme et je n'aj pas froid aux yeux. Laisse-moi m'arraoger avee le caporal des écrevisses. Je vds le mettre au eonrtbouillon.

' Après une si vaillante décluïtien, il était inatile d'insistèn

m UÂimus m v«u>ntis 3i

L« SidMÇ tVBÎt ôté ion bgJiit et le pliait KV«c«oiA. Lt fewrier rwageaii. les UbLes et iM ebaiwa pour laisser une place libre entre le biUard $t lo coDiptoir

-~ G'eat dons (Uns U «lll« qu« vou» voulez ea découdre 7 demanda lu capori^ ie|} bstUst da» appris du pied.

^ Oui, dit JlUrew. 1« jardin est trop près de la rue. Les paitanti poiuruent ^nteodre battre le t». L'enfant de l'Helvélie ne fit point d'objection. U lui OQnvçoait tout autant qu'à ses adversaii'cs de se battra sans éveiller l'attention des passants, cftr H savait fort bien qu'il serait Bévèremenl puni, si le duel venait & être connu de son colonel.

Il se proposait d'expédier lesteqient deux ou trois de ces mvUdroils qu'il venait de voir tirer fort mal, et il comptait qife le» autres pe le dénonceraient pas.

Leur intérêt loi répondait de leur discrétion. Quant aux soldats, ses compatriotes, ils n'avaient pas d'avis personnel et ils se conformaient mvarfablement k celui du caporal.

Ge chef d'escouade était un grand fi&ndrin, roux comme Judas, et solidement bâti.

Alors même qu'il eût ignoré l'eserime, il eAt encore été redoutable suf le terrain, & sanee de la longueur de ses bras et de ses jambes.

H&reas l'exuniadt dn eisïa de l'œil et ebeNhalt à

33 L'ËPINGLB ROSE

quelle tactique il faudrait avoir recours pour neutraliser ces avantages, quand viendrait son tour de croiser le fer avec cet escogrifTe.

Le grognard avait démoucheté les fleurets, et les croisait pour les présenter par la poignée à ceux qui allaient s'en servir.

Les trois Suisses s'étaient rangés contre le mur du côté de la fenêtre ; les trois militaires du 45" leur ffùsaient face, alignés contre le mur du fond,

Harcaa grimpa sur le billard, pour mieux voir le combat.

— Un mot avant de commencer, dit41. Il est entendu que, s'il y a des accidents, chacun pour soi. I«es blessés et les morts resteront à la garde de leurs camarades. Nous nous chargeons des nôtres et vous vous engagez à filer, vous et vos hommes, sans vous occuper de nous, de môme que nous nous engageons à laisser vos soldats vous soigner ou vous emporter comme ils l'entendront, si vous êtes mis hors de combat.

— Oui, c'est juré, dirent en chœur les Suisses.

— Et après, nous noua expliquerons avec nos chefs respectifs, ajouta le caporal.

Marcas ne demandait pas autre chose. Il croyait pouvoir compter sur la parole des Suisses, et il calculait que la bataille, quel qu'en (ïit le résultat, n'entraînerait pas de conséquences f&cheuses pour les frères de [Epingk.

U aurait bien voulu stipuler aussi que Griffard ne

serait pas inquiété, mais en prenant cette précaution, il aurait pu éventer la mèche.

li préféra s'en l'apporter à l'iotelligence du cabarelier qui, dans sa longue carrière révolutionnaire, avait su se tirer de tous les mauvais pas.

Justement, il Taperont qui s'était glissé dans le jardin et qui faisait triste mine en voyant les préparatifs du combat.

— Ferme fa porte de la rue, lui cria-t-il, barricade-la en dedans et n'ouvre à personne. Nous ne voulons pas être dérangés.

Griffard regrettait vivement de ne pas avoir eu un pea plus tdt l'idée de clore son cabaret, mais mieux niait tard que jamais et, ne pouvant empêcher qu'on s'égorge&t chez lui, il voulait du moine tâcher d'éviter l'intervention de la police.

II s'empressa donc de disparaître et d'aller exécuter l'ordre donné par Marcas.

Les deux adversaires avaient déjà le fleuret à la main. Le vieux troupier croisa les fers et reculade trois pas pour laisser le champ libre.

Avant de s'éloigner, U avait trouvé moyen dédire tout bas au conscrit :

— Contente-toi de parer du mieux que tu pourras et de rompre, s'il te serre de trop près.

Le Normand avait l'air disposé à bien faire, et,

certes, il n'avait pas peur, car 11 regardait son

ennemi dans le blanc des yeux et ses belles couleurs

fleurissaient toujours ses joues.

Hais il était fort mal en garde et il tenait son Qea

il L'ËPINGLB B£»»

de son père.

A la première botte <fa» Jis Siiisee lui allongea, OQ vit t>iep qi^'il sa eouvepùt des \e(iQV» cU son ancien.

I^ la para tant Jùbd que na} pftr up« «la^le 0^0âtioii (je fer> «t il St en arriôrf un ))om4 H proitigieux que la pointe du caporal redofibUtit een coup atteignit à peine ïe bout de son Seuret,

Mais, d'ui>e aeale etijambée, )a , 8uis6<t rattrapa la distance perdue et ge rainit à attaquer.

Marcas, peKhié eur U tapis vert du billard, étudiait le jeu ds cet élèTe de quelque maître lacer-

DOJA.

II reconnut bieDt6t que ce jeu n'avait rien de bien KTih, quoi qu'il fbt assee correct.

Pas de feintes, peu de dégagements ; des coups droits et encoredas coups droits, poussés, il est vrai, 9vec une vigueur peu coiomune.

L'étranger comptait évidemment sur sa force beaucoup plus que sur son adresse.

Peut-être aussi dédaignait-il d'employer des battes plus savantes contre un si faible adversaire.

Quoi qu'il en fût, l'étudiant, après examen, w «rut en ét^ de loi tenir tète et se promit de ae pas le fpénager.

QfaU le gars du pays de Gaux avait fort à faire pour éviter ce diable da QatHet dapt il vâj«it tou- UfHn 19 hfiSt pfiiitf 11 i ■» fowu» de sa peitriM.

LE MASOtê ttÈ VELOURS J5

le hHs iëtêù et taiie ffônïffié lîfiè Ëafre ié fer, & ÈoIntîtiiiÀtt ft FÔïD^re et il avait mé/tae eu ta présence d'espii( de se filafer rfé Kç^iî i ne pUS' se laisser acculer contre la muraille.

il â'étMt Câifcpè eritfe fè ilffîattî é1 !& iénéire. rt avait flôhc derrière luî (6mff m ïonguAir (fê li salle.

de fi'èfaît ijif' iJti fêpît, tfaC, t6< ô^fl tafd, il faudrait S'af^èter ffitrie de pouvoir tair ptûs loîâ, rilàis ce rëfiît, if avait sb se lé mïftàêei'.

BiCïitfii, éhai-ge àfoftd ^af ItfM^oïâl, éî persistant ftftijoUrs iatii s0ft ëysi^m qUi Consistait un'iqnëUeflt à teiaïei, a ^pâssâ le Ciflard.

tgi tèrtfoîiâ BiïiWi*ftt fea Combattafits, mris Marcas ne démarra point dû Singulier p6ife qu'il àtait cndisf.

Le Suisse marchait aussi vite É[ue îé éonâcrif, éï ^ce à sa structure, îl pouvait (eiiif longtemps, ^aé §é Attirer de ^ôùfsufv^e Sun ÎA'sâisMâSiïe ënlîéffii.

Cependant il commençait à sortir un peu de son ftegme Keïfé(iqrie, et îl exprirViârt soïi Impatience par dK crîa juttnra'û'x et pai* des à'p'ôslrophes variées.

— Ne te Skrfvé donc p^a's si vilfe, petit t'Mnçais, CffîfiE-fi. fa sautés comme une grenouille. Ça ne të serVii-a à fieri. Tout à l'heure, je te clouerai contre Te fhrfr.

Le gars ne répondait pas. Ce n'était pas qu'il eût [iïilr, ntais fl faut être d^arf'uAri--::ï1rii! force pour

se L'ÉPINGLE ROSB

parler en ferraillant, car û peu qu'on fasse attention à ce qu'on dit, on est toujours moins & Bon jeu quand on s'amuse à plaisanter sous les armes.

11 était rouge comme une pivoine ; il suait à grosses gouttes et le soufQe commençait à lui manquer.

Il arriva un moment oii il oublia de tendre le bras en rompant. Le caporal saisît le joint. Sa botte droite partit avec la rapidité 'de l'éclair et le fer do son fleuret traversa de part en part l'épaule du conscrit qui fut renversé par la violence du cboc.

Les camarades du 45' coururent à lui et le trouvèrent assis sur son séant, la figure un peu contractée, mais l'esprit très iucide.

— Il a le bras trop long. Ca n'est pas de jeu, ditil tranquillement.

— La poitrine n'est pas touchée. Tu en seras quitte pour quinze jours d'bâpital, murmura le vieux troupier après avoir rapidement examiné la

— Aide-moi à me lever et donne-moi un verre de vin blanc. J'aimerais mieux du cidre, mais puisqu'il n'y en a pas...

— Ç& lui apprendra à cracher sur la bière et à refuser de boire à la santé du roi, dit le Suisse, qui était allé rejoindre ses camarades et qui essuyait sur la bande du billard son fleuret ensanglanté.

— Et moi, cria le grognard, je vais t'apprendre à

LE MASQUE DB TELOtJBS S7

abîmer nos conscrits. C'est à mon tour de te crever la peaa.

Et, ramassant le fleuret do blessé, il marcha droit à l'eDDemi, qui, tout fier de saprejuière victoire, ne demandait qu'à en remporter d'autres.

Le fourrier et le sergent-major avaient déchiré la chemise du conscrit et bandaient la plaie, peu dangereuse d'ailleurs, car elle n'intéressait que les chairs.

Les Suisses versaient & boire à leur caporal qui avala coup sur coup trois verres de bière.

Harcas se demandait si le moment était venu de donner de sa personne, et trépignait de colère sur son perchoir.

' Un nouveau combat s'engagea avant qu'il eût fini de délibérer.

L'ex-soldat de Napoléon assaillit son adversaire sans préambules. A peine lui kîssa-t-il le temps de se mettre eu garde.

Gelui-Iàavaitquelque notion de l'escrime, de celle qu'on enseigne dans les régiments, et qui n'est pas très compliquée.

Il savfût tenir une épée, il connaissait un certain nombre de coups qu'il prenait pour des bottes secrètes, et il croyait être de première force.

Il se trompait, et le Soisse le lui fit bien voir.

Fidèle à sa tactique, le grand escogriffe de caporal commença par tenir & distance le vieux troupier qui était de peUte taille et bas sur jambes ; il se tint d'abord sur Is défenâve. para saos peine quelques

» __ VÈH1MV8 neei

dégagements, psiavoftint tott adn de l'insuccès de bcb attaques e «If aqna ft bmi t«Br.

Le grognard fut fbrcé de rompre femt eomme le conscrit, pour se mettre hors de portée du bras àémesurë de ce géant des Onstre-Caittoas ,-îI rompit da moins en se défendant et 3 résista qmtqne temps.

Mais le résultat final de l'engagement fut qtt'étarrt arrivé trop tard ft une paradé de secmrdle, B fut touché à Ta cuisse droite.

Il ne tomba pas, car îl éfait solide, mais il perdait beaucoup de sairg, et il fut obligé de s'asseoir sur une table qui se rencontra fort i propos pour lui fournir un point d'appui.

Le conscrit ëtiût pansé ou à pea près. Les deux loas-ofBciers coururent 4 l'autre blessé.

Cette fois, Marcas descendit du billard où îl étMt ^mpé- U était temps qu'il entrât eu ligne, car ta batûlle tournait fort mal pour les frères de l'Épingle.

— Ët88-voiu vk &tat de marcher? demanda-t-il •K -ntox st4dat.

— Je allias pas bteo kà», msla si un ea^aarade veut me KMtenirT je «nûa que je pourrai encore m» Iratncr.

— Alors, il faut partir. Le coBicnt est blessé à l'épaule droite. Vous pourrez toos appnyer mr son hin gauriw. La me dB.FpînAâal-iaciiiiea est tout

Cj.l:™b,GOOgIC

LE ujin^f^ m VnODBB

yg^ à'm. D»M un quart é'benra raiu wre» i la cqsMBttf TOUS irw vttna fo^ pansw par le msjor et quand il tous deoutodeia qui tous & arrangea da la- Kfftoy vans loi cbisa qws voui tous êtes battus

e^tf» «HW «t 4IWTOU» aVtX ^CQUP fOBTTé^

— [QBUlfi'ast ww boan» idte, a'écha le grogaagà.

—^ Un* llw a » i t Q 8 idée^ ^>P*y9 1« «wismt qsi, récuiirorté par un v»r»»d»vHs, ^ii\aiX n^)«ac^ àea

— Aidons-les à se rhabillef < H^t Msfms mi »'&^siBa&t' a«i iteus iona-eftieien. H b* faut pas q«e iMtrs hèMaiwee s» r^wdiMWt. Bt it faat que noiw MrtioBS d'ici le» uns a^rèa le» autre*. Si- noua oess y prenoa» )»e»r les a4>aâaBts de- place ne sau- Ftmt rwn.

— G« B'eat pa» hmis qui le» avertirons^ dit I» caporal des Suisaea es jetant son ftetuet.

Goaue» fay le 4S' ea » assez ?

La sergeRl-najor allait rendre, nnw ICarcaa lui f>ousea le coude et 1» souf&a tout bas :

— Lusses d'abord files les eomarades. Je me charge du reste.

liATieux treupier,la cuisse JïienBwréeaTec un mouchoir, Tenait de remettre son habit; le conscrit avait passé dm des manebes du tàsa et ^eté l'autre «nr 8oa Apaule endommagée.

Marcas prit soin de les accompagner jusqu'à) la porta d« la rue. Il avait quelques inslructioDs sapplémentaires à donner an cabaretier.

L'âPlNÔLB ft08B

D'abord.U loi enjoignît d'entre-bailler doucement l'huis de sa boutique, afin de s'asaurer que les blessés pouvaient sortir sans être vus.

Ce fut fait. La rue était déserte. Lee deux Koldats 8'y glisBèreut et s'acheminèrent clopm-clopant ver» leur caserne, emportant comme consolation et comme encouragement, de bonnes p&roles de Marcas, qui leur promit de les recommander, par la voie hiérarcMque, à la haute venu.

Puis, quand U porte fut refermée, l'étodùmt dit brièT«nent à Griffard :

— Je vus descendre le Suisse. Tiens-toi prêt à m'ouvrir. Je filerai d'un côté, les aouB-ofacierB s'en iront de l'autre. Ne t'inquiète pas des habits rouges. Us ont peur d'être punis, Us ne parleront pas des militaires du 45". Quand on t'interrogera, tu diras comme eni. Tu diras que leur caporal a été tué par un bourgeois que tu ne connais pas.

Et sans attendre les objections que le prudent cabaretier n'allait pas manquer de M faire, il rentra en courant dans le jardin, où il trouva tes Suisses, vidant un dernier cruchon de bière de Mars.

Les deux Français étaient restés dans la salle. — A nous deux maintenant, dit-U au vainqueur. , , .

Comment, peUt, tu veux en goûter aussi, ncana le caporal. Eh I bien, ça me va. Seulement, ai " tu te sauves comme ont fait les deux autres-, je te préviens que je ne courrai pas après toi. J'en ai assez de chasser les lièvres.

LE MASQUE DB VEIjOUBS

— Sois tranquille. Je ne reculerai pas d'une eemelle, car, El tu veux, nous allons nous battre sur le bUlard.

— Sur le billard I s'écria le Suisse en riant aux éclats. Tu veux te battre sur le billard, peUt Français?

— Oui, répondit froidement Marcas ; comme ça, je ne romprai pas,' ni toi non plus.

— Oh I moi, je ne romps jamais. Mais toi, petit, je te préviens qae tu feras la culbute pardessus la bande, comme une bille bloquée trop fort

— C'est ce' que nons allons voir. Entrons dans la Balle. Les fleurets y sont. Ta as tes trois soldats. J'ai deux témoins. C'est pins de monde qu'il n*en faot.

Ta te rappelles nos conventions?

— Oni, petit. Tu as bien vu que nous avons laissé partir les deux pousse^ailloux que j'ai envoyés à l'hôpital. Tu pourras filer aussi quand ton compte sera réglé, ai tu es encore sur tes jambes. Mais ne t'avise pas d'aller conter an commissaire que je t'ai détérioré. Si ta me jouais ce jour-là, mes camarades et moi nous saurions bien te retrouver,

— Ne crains rien. Si tes hommes sont aussi discrets que moi, personne ne saurs jamais ce qui se sera passé ici.

Et maintenant, finissons-en ; je suis pressé.

— Moi pas. Je me trouve bien ici, mais ça ne fait rien. Je vais te servir un coup de pointe, puisque tu y tiens. Sois tranquille, ça ne sera pas ionç.

42 L'ÉPlNaLG ^Oa«

VsaaE, vous uitina, dît l^ Plt^oni ^ 6» aoldats qui coptinuaiânt ^ jopi^r 4iUDe ç«M« Biçè|»e J# râtfl 4^ personnages muets et obéissants.

tfar«E^. À petofî sntpé dw» lA »^e, fpt isotouré par Les deux ttmtnif&fy^ii dt) i^.qiû l» i^f^U^m^ de ne pas se battre.

Ils II» représAutèrsat que M opfivMD duel pouvait coûter cher a^ carbonarisme, ca.T, s'U j' RV«{t mort d'itoqiias, IWaire fep^ d» ttfuit., «t )a pnlice ne JOAnquerâit pai de pbsrj^r ie raevft^m-

Marcas écouta leurï ralionç. mais ln eâlère I0 i^ naît, une cfilère friifde qu'usa êdtioa vfolMi(@ pouvait seule cAlmfij-.

P'aill#)jrs, a «'ét4it trop »vaucé pour teevUtti «t comme le fourrier lui disait que le danger Hù^ grand, que ce Suisse ^Uit swi» auPW 4wt& )^ ))(eseer griëveniçat, il r^ppodit ;

— Vous vopa tro[iîp«B, D)o» fiber, Gn (ffvid Wquin tjrp très^fflal. J'ai bi^ pbsËrvé aon Jflu, et maintenant je le i:opnâj|i. Lui m epotr»ire J^ cm' nait pas le >nien, et i| ne ]e ataii^lca, quQ qum^ if

l'aurai cpucb^ p4r t^rre.

— Hum 1 murmura là aergentrinaji^r, il » 1# brM bing §t dps jafiibes qui n'ea fipis^flt pas,

— ypu# vprre» à qwi lui servifOUt aw JAffitMH H ses bras quand nous serons sur le billard.

Veille? seiilemsnt à oa que «ap aaBW'fH^A na i'«pprçcbent pa^ àe façon à gérter nw fflo^rçrnwfta.

Et quand ce lara fini, (aPtfi^viHiBpréi* à dC<'4<Uper sans pa^-dra una niiniita.

LE UÀBtlVE DB Vfi{X)URS 43

— Cependant... si voui Aies blessé?

— Je œ serai pas blessé, vous dis-ja, «t je serti leste à partir aprèe l'alfaire.

&&ea£iiei dès h présent vos baUts et \o» sbakos, ftfiB de ne pas perdre de temps qiuiuj il fa«d|B filer.

Les deux cailjtairea, voyant qm laur ami ^ùt li sûr de son fait, n'insistèrent plus pour le délouraar de son projet. Du reste, iis a'âUieDt nuUfiiaeQt f&cbés qu'il vengie&t le grognard et le conscrit, en donnant une sévère le^n à l'insolent étranger qui les avait mis bors de combat.

— Eb! bien, petit Français, criale caporal, loi qui tiens tact à goûter de mes coupe droits, TOili qoe tu te fais attendre à présent.

— Ne t'impatiente pas. Je suis à toi, dit Hsrcas eo ramassant le fleuret que le dernier tireur avait laissé tomber.

£t il ajouta entre ses dents :

— Je les ai tus, tes coups droits. Tu n'en sais pas d'autres, et je vais m'arranger de fa^on à ce que tu ne paisses pas t'en servir.

lie Suisse avait déjà le fer à la main. Il enjamba sans peine le billard sur lequel MarCBs sauta d'un bond.

L'étudiant était aussi leste que son adTersaire était grand.

Les billards en usage à cette époque étwent beaucoup plus longs que ceux dont on se sert à présent. Ils avaient tous des blouset, et des blousée très-

U L'ÉPINGLB BOSB

larges, car les modifications et les perfecUonnements apportés a ce jeu d'adresse, datent surtout des premières années de la Restauration,

I^ queue avait fait son apparition vers 1789, et c'était déj& un grand progrès. Louis XIV, qui, le premier, mit le billard à la mode, se servait pour jouer d'un inetrnment bizarre, recoarbè et massif . par un bout.

Mais, en 1821, on connùssait h peine le procédé. Le bois, dépourvu du coussinet de cuir, résonnait sur l'ivoire, et, les carambolages étant beaucoup plus ditGcilea, on ne jouait guère qu'à bloquer les billes.

D'où la nécessite de donner à la table des dimensions qui sembleraient aujourd'hui ridicules.

Celle qui allait servir de champ clos aux deuK combattants était précisément assez longue pour' leur permettre d'engager les épées à la distance ordinaire.

Ils pouvaient se fendre à fond, ils pouvment même avancer d'un pas. Ils ne pouvaient ni reculer, ni sauter de c6té.

Le tapis vert qu'ils foulaient représentait à l'œil un gazon, et s'il n'en avait pas l'élasticité, du moins il n'était pas trop glissant.

Les adversaires prirent position aux deux extrémités de cette étrange arèiie, le pied gauche coHé contre la bande.

Ils faisaient tous deux bonne contenance, quoique le Suisse parbt un peu moins à son aise que lorsqu'il opérait sur le pavé de la salle.

II s'était mis en garde, il battait des appels da pied et il gouaitlait selon sa coutume :

— Petit I petit ! disait-il ea imitant la voix d'une ménagère de campagne qni ressemble les poulets de

Marcas resta sourd à cette engageante invitation. Ramassé sur lui-même, le bras replié i demi, l'œiî fixé sur son ennemi, il paraissait décidé à se laisser attaquer.

— Tu ne veux donc pas venir, reprit le caporal; tu veux que j'aille te chercher. Prends garde. Si j'avance, tu seras embroché tout de suite, à moins que tu ne sautes en bas.

— Je ne sauterai pas et je t'attends, dit sans bouger l'étudiant.

— Allons, crie le Suisse, prépare-toi à manger du fer.

Et d'une seule enjambée, il arriva, la pointe en

avant, sur son adversaire.

C'était précisément ce que Marcas avait prévu, et

il était tout prêt à entrer en action.

Au lieu de parer le coup droit que le caporal lui

détacha pour commencer, il se baissa vivement et

le fleuret ne fit que lui effleurer l'épaule. 9 En même temps, il marchait un pas de sorte que,

pour le toucher, l'ennemi eût été obligé de rompre,

car les deux combattants se touchaient presque- Cette manœuvre bizarre déconcerta tout d'abord

te Suisse ; elle le privait de l'avantage que lui don-

nait la longueur de aoq bras,

fc6 h'ifiHQiJi BQBg

^t fin tarram ordinsu'e, il m sbesU yIU w»i« en position par un aaut en arriàr», moU il «'e^» poÎQ^ reeourirà ce moyeo âfto^reux, de cratQta d* rencontnsr U baod« en Mutljuit et de trâboab».

Alors, commença an corps à corps absolumèat pfOBurit par Iss n%lea de VemnvM.

IjB caporal, qui dominait Uartan dQ toute la téLe, chercbait i lui planter un coup de Becoude dans les cAtes, mais l'étudiant se défendait avaft iomiigençe, et arrivait toujours k la p^ads.

U était clair qu9 la position n'était tenabls long> temps pour aucun des deux tireurs,- qu'ils ae ss feraient pas de mal tant qu'elle durerai et que les coups décisifs seraient portés à l'in&tant oii elle prendrait fin.

Les téoaoiiui de câtt« t)ataiUe aussi acharnée qu'irl'égulière paraissaient avoir envie d'y mettre Uft barme, et en vérité leur devoir eût été d'intervenir.

IiCB deux Bons-ot&ciers surtout étaient fort émus, et le sergent-major fut le premier à crier ; Assezl

— Descendez I on ne se bat pas sur un billard, ajouta le fourrier.

Les soldats en babit rouge ne disaient rien, mais ils ne riaient plus.

Cependant, les combattants préparaient chacun pour soi, un mouvement de retraite asses difficile à exécuter.

ha. victoire devait nécessairement rester à celui

LB MAW1U8 nu VBIiOnilB 4T

(jpi, ];)n)âtant de Cùsta^ tri»^;Durt OÙ le oorpB i corps cesserait, pousserait une botte bien calculée. . hs Suisse méditait da la porter dons It ligoe du tes, c'est-à-dire d'utiliser sa grande taillepour frappef l'étudiant de baut en bas, à la «eiature.

Marcas avait im autre projet qu'il exécuta avec liae adresse çx^ftordiuaire et une sondaiaeté irrésistible.

Il se replia tout à coup sur luî-raénie, jusqu'à 9'ACcroupir, ou peu s'en fallut, et au moment où son adversaire, ge trouvant plus personne devant loi, rompait d'une semelle pour prendre un peu de cbamp et le clouer, il se releva vivement et lança dans la ligne haute un coup qui atteignit Le caporal à l'ceil droit.

Le malheureux tomba à la renverse. 11 avait été frappé avec tant de violence qu'il fut jeté hors du billard, et qu'il se serait brisé la tête sur le pavé, si ses soldats ne l'eussent re^u dans leurs bras.

Ils ne lui sauvèrent pas la vie.

La pointe du fleuret avait traversé le globe de l'ceil et pénétré dans Je cr&ne où elle s'était brisée.

— Il est mort, s'écrièrent en chœur les Français et les Suisses.

Marcas le savait, car il était sur de cette botte meurtrière, qu'il tenait en réserve pour les oocasioDs difficiles, et il ne prit pas la peine de feindre une émotion qu'il n'éprouvait pas.

Sa rage était satisfaite, il avait retrouvé son saug* froid, et il ne songeait qu'à se dérober.

— Dépëcbez-vous de filer, dit-il aux militaireti dii«».

Ceux-ci faisaient mine d'amer les Suisses à porter secours au pauvre diable de caporal qui n'en avait pins besoin, et il fallut que Marcas leur répétât l'injonction, en l'appayant de quelques mots prononcés à voix basse, pour leur rappeler leurs devoirs envers l'associatiOD.

lis se décidèrent pourtant à obéir, L'instant était propice, car les soldats étrangers étaient agenouillés auprès du corps de leur compatriote et ne s'occupaient pas de ce qui se passait autour d'eux.

Le fourrier et le sergent-major décampèrent sans bruit.

Marcas, il faut lui rendre cette justice, agit ea cette grave occasion com me un capitaine qui reste le dernier sur son vaisseau naufragé.

Il se rhabilla sans trop se presser et il allait partir aussi quand un des Suisses voulut lui mettre la main au collet.

II sut se dérober, car il était plus leste que ce flegmatique paysan, et il se sauva dans le jardin, en criant aux camarades du mort :

— Si vous courez après moi, si vous me faites arrêter, je dirai que vous vous êtes battus avec des militaires et que c'est vous qui leur avez cherché querelle.

Cette phrase fit de l'effet sur le soldat qui avait un peu perdu la tête ; il s'arrêta et Marcas put sq jeter dftns le cabaret où Griffard se lamentait,

LG MASQUE DB V&LOUns 4ft

— Je sois ruiné, criait ce donx septembrisear. La police fera fermer mon établissemeot.

— Non, lui dit rapidement Harcas. Les SnisseB ne parleront pas des troupiers du 4S*. Ils ont trop peor d'être punis. Quand les agents viendront, fais ce que je t'ai déjà dit. Conte-leur que le coup a été fait par un bourgeois que tu ne connais pas.

Et sans attendre la réponse du cabaretier, il ae glissa dans la rue par la porte que les deux sous-of ficiers avaient laissée entr'ouverte, et 11 fila en ra saut les murs vers la rue des Fossés-Saint-Yic tor.

A cent pas du Roi Clavit commençait une pente très-rapide, qu'il se mit à descendre à toutes jambes.

Bien lui en prit d'avoir été si prompt à détaler, car il avait à peine disparu que le Suisse se précl pitait bors du cabaret, plutôt pour appeler à l'aide que pour donner la chasse au fuyard.

Des gens venaient du c6tâ de Sainte-Genenère, des gens qui n'avaient fait aucune attention à Mar cas, et qui, d'ailleurs, l'avaient à peine aperçu de loin.

Mais ils s'attroupèrent vite autour de ce militaire en babit rouge, criant, gesticulant et demandant nn médecin.

Il y avait parmi eux des étudiants. La foule amassée devant l'Ecole de droit venait d'être dispersée par les gendarmes et les manifestants, rassasiés de tapage, rentraient tranquillement chez eux*

I/ËPINOLB ROBH

Dm lAqnetièFei At&it resté jasqa'à la fin d« la bagarre et il n'avait pu psrdu aos teœpa, oar il avait reconnu, mélâB i oetta jeunesie tapageuse *t l'excitant au dâBordre, quelques parsonnogtH baut plaças dona le parti libéral, votre même un d^uté trèS' connu.

Satisfait de sa jouraée,il w dtrigeùt Tsr* U ploM RoyalB) ayant l'intention de faire oe jonivli une visite à son ami SaiRt-Hélûr-

Il ne pensait plufi du t^ut ÀManiu>

Ponr gagner 1« psnt de U Toomelle, U devut passer devant le Hoi Clovù. En voyant un nouveau rosiefnblofnent se former à la porte de ce ooliaret, il s'approclu et il écouta ce qu'on disait.

Justement un étudiant en médecine ofTrût ses services au soldat qui achevait d'expliquer le Iriste cas de son caporal. Des Loquetières, entendant parler d'uD duel à huis-clos, flaira une affaire politique et suivit le groupe qui entrait.

Le mort gisait sur le billard où ses camarades l'avaient couché.

— 11 n'y a rien à faire qu'à l'enterrer, dit l'étudiant après l'avoir examiné. Le fleuret a percé I'cbU et le or&ne. Cet bomme-là a au moins un pouçs de fer dans le cerveau,

— Oh I ohl pensa des Loqubâères, c'est préoioé^ ment le coup qui a tué le comte Henri de Brouage. ïînSo, voilà donc une piste I

Depais deux nuàs, Fabien de Sroaage ne -vivait plos.

Après les âœotloDs qu'il avait subias pendant U nait de l'épreuve, l'ordra de partir ifflmédiBtfiowBl était venu le frapper comme une catastrophe plui terrible que la mort & laquelle il étut résigné.

Partir sans ravoir Stella, sans lui écrire, sans sa- ' voir s'il la rencontrerait jamaie.

Certes, poui' acceptw une nécessité si dure, il lui avait fallu cent fois plus de courage que pour bravet la foslllade.

Il y avait deux bomines en lui : un rêveur fianatisé qui croyait contribuer k la régénération du monde en conspirant contre le gouveraenient de son . pays, nn utopiste doublé d'un gaitleman qui se faisait un point d'honneur de tanir dea senneats pr&tés fort à la légère, et d'autre part nn amoureux pas-

SI L'ÉFINGLB ROSS

sionné prêt à tout sacrifier à l'objet de 8& passioni

Et, par un hasard étrange ou plutôt fatal, il s'était trouvé pendant un temps que l'amoureux et le conspirateur ne se anisaicnt pas réciproquement.

Le vicomte, affilié à l'Epingle rose, croyait poavoir, sans muiquer à ses devoirs de carbonaro, aimer la belle Italienne qui était l'&me de l'association.

11 lui était échu cette rare fortune qu'eurent jadis les gentilhommes de la Fronde de mêler l'amour & la politique et d'avoir pour complice une femme adorée.

11 ignorait que le maître de Y Epingle ttA l'époux légitime de Stella Negroni, et il espérait qu'un jour viendrait où le faux Hemandee renoncerait à une liaison passagère pour se consacrer tout entier à ta cause sacrée de la liberté.

Il espérait aussi que Stella se lùsserait toucher et finirait par l'aimer lui, Fabien, qui ne vivait que pour elle.

Un éclair d'orage avait dissipé les illusions dont i! se berçait.

Lorsque, après l'avoir félicité sur l'héro'isme qu'il venait de montrer en face du peloton d'exécution, le vieux chef de vente lui avait signifié qu'il fallait dans quelques heures prendre la roule de Brouage, le vicomte s'était dit qu'on ne l'éloignait pas seulement pour assurer la mise à terre du trésor des carboiiarij

LB UASQUB DE VBL0UB8

11 devinait d'où partait le coup, et il pensait que l'Espagnol voulut anrtoul exiler un rival.

Et cependant il n'avïût pas hésité à obéir, sans foire de conditions, et même sans interroger celui qoi lui transmettait l'ordre auprëme.

A quoi lui eAt-il servi de résister, ou même d'hésiter? C'eût été se perdre, c'eût été surtout renoncer à la dernière chance qui lui restât de revoir SteUa.

Il venait d'apprendre que la police soupi^nnaît la baronne et sa nièce, qu'elles avaient quitté brusquement l'hôtel de la rue de Monsieur, qu'elles se cachaient.

Gomment les retrouver? Ses relations avec Hernandez ne comportaient pas qu'il a'înformèt d'elles auprès d'un chef qui demandait des comptes aux affiliés, mais qui ne leur en rendait jamais.

11 y eût perdu ses peines et mieux valait sans doute mériter la confiance de ce chef eo lui obéissant passivement.

L'exil auquel on le condamnait ne pouvait pas être éternel et, au retour, sa situation serait assurément bien meilleure pour chercher Stella, ou tout au moins pour savoir ce que l'Espagnol avait fait d'elle.

Fabien était donc parti à l'heure dite, sans avoir enfreint aucune des prescriptions du maître.

Il avait trouvé, sur la route d'Orléans, à mi-chemin de la barrière d'Enfer à IJlontrouge, une chaise de postfl occupée par un inconnu qui lui avait renob

M l/af>II(01>B BOBB

UBfl ^otee eomtM ea or et dovné vflrbtt«meiit quelques inBtnictioafl 6Rppi4iii«nUir««, dont ta (eii«qr était taiie poHr t« combler de joie.

Ces instnietioiH l'antoritaient A ramiir A Parte dès que le trésor serait déliarqué, dépoté en lisu eAr et placé soub ta surveUlsnce d'one peraonse qui ne tarderait pas & amver i Broqage.

Cette personne n'était pas plu clairenwnt iléaignée et, avec cette complaisance d'imagination qui est particulière anx gens épris, le vicomte se figura que l'Ëapagaol n'avait pu confier cette nnssien délicate qu'A Stella Negroni.

Il était plus près de la vérité qu'il ne le emtqaelquee jours après, lorsque la ré^té prit la place de rUlnsion.

Après un vojrage dont l'espoir cliamia les «nnnia, Fabien avait fait A eheval son entrée A la ferme, ob l'attendaient des serviteurs dévoués A ea personne et A la oanse qu'il soatenait.

Recrutés par lui dans ce pays où les Bourbem comptaient moins de partisans que l'gmpereur et même que la Révolation, ces utiles auzlliairss étaient tout A la fois des cultivateurs laborieux et des conspirateurs acharnés.

Ils ne connaissaient pas d'autre maître que Fabien, •t lorsque la eomte René allait, es qsi arrivait très rarement, visiter le domaine resté indivis eafre lui et ton frte^, ils le recevaient à peu près comme un étrangae.

Cas pajuM n'étaient paa earbooari. La chcfboa-

LB MiW^ IX Vfil^UBS &5

oerie n'admeUail gaèi* que àa MtSliéa appartenant ^ U classe moï^aoe. Us Uimeat partie d'une «swciation parallèle à la grande AfMciaU&nbPurgeoise- Ha élùmX phevaUtn àe ta liberté, oomam beaucoup d'OHvriejs âm vUl^ lit d'babUsaU de* campagges, toDs mécontents, tous travaiUast dfllis l'ointire à ramener k (}ri4)eatf liù^lore, tous ch^otAnt le dinianebe ftu c^iVet le r^frAÙj séditieux rimé par Bé-

Qaand spcoiierai-je Ia poussière Qui ternit ses nobles coalears?

Pour }iÂter U venue du grand jour oii i]s pourraient la secouer, ils conspiraient, et ils mirent une ardeur ^aas pareille à seconder leur jeune maître.

Quelques-une d'entre eux avaient éié marins ; ils se chargèrent de piloter le brick monté par un équipage de carbonari italiens et de l'amener à un mouillage clioisi par eus,

Ia ferme et les nunes du (hiteaut dont elle avait d''pendu jadis, étaient situées sur la côte, à quelques ' ;Btajnes dfi roÈtres de Ift mer. ^^■

Une nuit, le trésor fut débarqué sans encombre ■ et logé au fond d'un souterrain creusé sous la seule toqr qui fât j'£Sté« debout après un giége soutenu du tempe de la ligue par le? seigneurs de

Le lendeinato dp cette o|;Hârat)Qn ex^$CUtô« avec

M} L'ËPINOLB HOBB

un plein snccès, Fabien avait ea l'agréable sarprise de voir arriver, déguisée en paysanne Saintongeoise, la baronne de Casanova.

Elle était née pour conspirer, cette excellente baronne, et elle savait se tirer à merveille des situations les plus difflciles.

Orso, il est vrai, l'avait un peu aidée, en lui procurant à Paris le costume de son nouvel emploi, et en lui expliquant minutieusement tout ce qu'elle aurait à faire.

Mais elle était si bien entrée dans l'esprit de son rôle, qu'elle pouvait revendiquer une large part dn succès de cette comédie improvisée.

Elle avait voyagé par la diligence jusqu'à Rochefort, et, chemin faisant, elle s'était adroitemeut rcDseigoée auprès de ses compagnons de voyage sur le pays ou elle leur disait qu'elle était née et qu'elle ' revenait après trente ans d'absence pour visiter des parents à héritage.

De Rochefort à la ferme, elle était venue & pied, et il lui avait suffi pour ne pas s'égarer en route, de questionner les gardeurs de moutons qu'elle rencontrait.

Le vicomte eut tôt fait de la présenter à ses fermiers qui l'accueillirent fort bien et il s'empressa ensuite de l'interroger en tëte-à-tëte.

Il devinait sans peine qu'elle lui apportait de nou^ veaux oidrea, mais il espérait aussi qu'elle allait lui donner des nouvelles de Stella.

Ce fat encore une illusion qui s'envola.

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