‹ L'épingle rose (volume 2)Chapitre 10 sur 10 · TOB · texte numérisé non relu

TOB

Eh parbleu I ^outa le chevalier, ebangeant tout i coup de discours, le proverbe ne ment pas..,

land on parle du loup... le voici, ce bon des Loquetières qui se flatte de t'épouser... iLrentre chez lui à pied, en compagnie d'un gros monsieur, d'une grosse dame et d'un petit garçon habillé eh artilleur , pourquoi diable s'esl-il accointé de té» gens-là î

M. dfl 8aiot-H«l)er, pour mieut voir sOd ami, s'était mii k la portière de sa voitur« qoi veMlt Se tourner par la rue du Temple, aSil de gagner la place Hoyale.

Mais Octavie ne prit anoun bodc! de Kia adorateur saraiinfi. 11 lu) imporUàt fovt pen ()u'il notTM

LE MASQUE OB VELOUfiS 403

ohez lui à [riedog en éqaipage, aeal ou en compagole, et elle ne se donna même pas la peine de répondre sas exclamaliona do ehevaiier.

— Quand comptez-vous paiiir?lui demanda-t-e)Ie sans re^rder dans la rae.

-^ Le plus tAt que je ponrral. J'ai en poche la permiBsion écrite de m'abaenter, mais tous mes préparatifs ne sont pas terminés. ^

— Voua ttves besoin d'une permission pour voyager? Vous n'êtes donc pas libre de vos actions?

— Won, répondit avec un certain embarras le chef du Cabinet noir- J'ai des fonctions... qui nous font vivre et biea vivre. Je ne t'ai jamais parlé de l'emploi que j'exerce depuis notre retoui' en France, parce que d'abord c'était inutile... et puis, parce que Jb supposais que tu avais deviné la vérité.

— Je n'aijamais cherché à la deviner.

— Et tu as bien fait, La curiosité est un gros dëhut et la discrétion est une grande qualité. Tu es discrète et tu n'es pas curieuse. Je reeonnais en toi mon sang.

Oui, j'émarge au budget... j'émarge même tràs-Iargement... le Roi, en remontant sur son trône, n'a pas oublié qu'en émigration je lui ai été quelquefois utile, et ilm'abicn pourvu... il m'a mis A la tête d'un service exceptionnel, un service de confiance... et, j'ose le dire, depuis tantôt sept ans que je suis en place, j'ai justifié le choix que le gonTemement de Sa Hajeeté a fait de moi.

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Seulement j'ai dû accepter ce qu'on m'a offert... et il est dans l'Etat certains postes qui valent à celui qui les occupe plus d'argent que de considération, d'où il s'ensuit que...

— Je ne veux Bavoir qu'une seule chose, interrompit la belle aux cheveux d'or. Je veux savoir si votre véritable situation est connue d'an certain nombre de perso n m a.

— De quatre personnes qui sont :1e roiLouisXVlli, un de ses ministres, et deux directeurs-généraux. Les trois commis que j'ai sous mes ordres ne comptent pas. Et mes supérieurs sont aussi intéressés qiie moi è. garder le secret.

— Et ce secret, ils ne le trahiront pas ?

— En aucun cas.

— Même si un homme haut placé de^mandait des l'enseignements sur vous ? •

— Dans ce cas-là moins que dans tout autre.

— Mais, si vous vous retiriez?

— Si je me retirais, on me remplacerait... je ne sais pas par qui, par exemple... mais je suis sût qu'on ne dirait pas mon nom à mon successeur.

— Cela me suffit, mnrmnra M"' de Saint-Hé- !ier.

— Je te comprends. Tu veux être certaine que les i'onctions que j'exerce ne feront pas manquer le mariage que tu rêves. Sur ce point, je vais calmer tes inquiétudes. Avant un mois, j'aurai donné ma démission, parce que je n'aurai plus besoin d'un

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emploi. Avant un mois, je te l'ai déjà dit, dous serons riches, immensément riches, et ta pourras choisir l'homme qui te plaira.

C'est dans cet espoir que je te recommande, encore une fois, d'être prudente pendant mon absence. Ne t'engage pas, crois-moi. Taie regretterais plus tard. Avec la fortune que je rapporterai, nous pourrons faire figure à Londres et il ne tiendra qu'à toi d'épouser un lord.

Je te parle de Londres, parce que je serai peutêtre obligé d'aller passer quelque temps en Angleterre, après que mon entreprise aura réussi.

— Ah ! dit simplement Octavîe qui était tout à fût résolue à ne jamais quitter la France.

— Ainsi, reprit le chevalier, je puis compter sur toi, n'est-ce pas ? Tu me promets que tu t'observeras encore pins sévèrement que de coutume et que, jusqu'à mon retour, tu vivras en recluse... comme si tu étais au couvent.

— J'y suis habituée.

— Oui... je le sais... tu mènes une vie qui n'est pas gtùe et les amis que je reçois ne soi^^as faits pour te distraire, encore moins pour Vplaire... mais prends patience... ce temps d'épreuves va finir... et je veux que tu sois récompensée de ton abnégation, je veux que ta éclipses toutes les autres femmes par ton luxe, comme tu les éclipses déjà par ta beauté... et quand ta régneras sur ce monde aristocratique où on te refusait une pluS) ton vîsux père sera fier de toi... il jouira da

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tes triomphes... II sera henretix de ton bonhear... car Li n'aime que toi et il n'a plus que toi...

11 oe mentait pas en parlant ainsi, cet homme qol avait consenti à faire le honteux métier d'espion de la pen&ée. Il adorait sa Qlle, Son cœur avili ne batlait pius que pour elle, et il avait une façon à lui de l'aimer. Il l'aimait parce qu'elle lui ressemblait, parce qu'il se revoyait en elle. L'audace, l'ambition, l'esprit d'intrigue, elle tenait tout de lui. II l'avait élevée comme il aurait élevë un fils destiné à lui succéder. C'est dire qu'il ne s'était jamais préoccupé de la mettre en garde contre les séductions. II la croyait de force à gouverner ses passions et à ne s'éprendre qu'à bon escient. Son rêve était dé faire d'elle une grande dame, et il comptait avec raison qu'elle l'y aiderait.

— J'ai souffert longtemps, reprit-il, et tn as souffert avec moi. Nous avons bien gagné notre place au soleil. Prenons-la, ma fille, et moquons-nous de ces gentilshommes qui auraient cru te faire trop d'honneur en t'épousant. Tu les vaux bien, même pauvre lAwie tu l'es. Ta mère était une Bragadin ; ses aieux, patriciens de Venise, commandaient des flottes quand les Brouage n'étaient encore que des hobereaux pataugeant dans les marais de la Sainton ge.

Octavie ne disait rien ; elle écoutait attentivement cette orgueilleuse tirad^ et elle se promettait de s'en souvenir à l'occaBÎon, mais pas en Angleterre, car elle ne s'assocùÀt point 4ux espérances de son

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pèrt, st «lie jugeait plus sût de ponnalvre iid dessein qu'elle aVait longuement mûri que de compter •or dei trésors hypottiétiques.

— Qnuid je pense, s'Acria l'enthonsiaste clieTalîer, que des Loquetières a la hardiesse de prétendre ft ta main I c'est du plut haut comiqne. Quelle mine Il l^a quand je lui déclarerai que ma fille n'est pas pour lui 1

A propos, ajouta-1-il, il viendra certainement le demander de mes nouvelles, ce cher des Loquetières : tu lui diras que je sois allé recueilUr une succession en Bourgogne. Il n'en croira pas un mot, mais peu m'importe, et, s'il revient à la charge, je te prie de lui signifier que tune seras pas visible, pour lui, tant que je serai en voyage.

— La recommandation est inutile. Cet homme me déplaît, et si j'ai consenti à le recevoir, c'est que vous m'avez presque imposé sa compagnie.

— Je ne te l'imposerai plus, sois tranquille. Pour nous, dea Loquetières n'est plue un homme à voir, Je regrette seulement qu'il se soit trouvé là quand ce Bemaville t'a remis la lettre. Il est très rancuneux et très -mauvaise langue.

, — Je l'empêcherai bien de parler.

— Et moi, si je le vois avant mon départ, je lui demanderai pourquoi il neus a quittés au plus fort de U bagarre pour s'en aller escorter cette grosM

j.l:™l„GOOgIC - —

40S L'âPlNGIiB &OBB

femme avec laquelle nous venons de le rencoatrer près du Temple.

Aa moment où M. de Saint-Hélier aononçait ses intentions à rencontre de son ami, l'éqnipage s'arrAtait snr la place Royale.

La conversation prit fin. Le cocher demanda la porte ; le carrosse déposa le chevalier et sa fills dans le vestibule de l'hûtel où le vieux valet de chambre les attendait, et ils rentrèrent dans leurs appartements respectifs, Octavie pour rfiver à de §^s projets et son père pour s'habiller, car il voulait aller tenir une dernière séance au Cabinet noir.

Des Loquetières, dont il avait été fortement question entre M. et mademoiselle de Saint-Hélier, ne pensait pas du tout & enx pour le moment, car, de son cAté, il avait ea presque des sîventures.

D'abord, en sortant de la loge, il n'avait pas trouvé le commissaire de police qu'il cherchait.

Tout était bouleversé, ce soir-là, au Panoi-ama dramatique, et personne ne se tenait à son poste.

Après avoir vainement tenté de joindre ce magis* trat avec lequel il voulait conférer avant de rédiger son rapport, l'élève de Fouché s'était décidé à quitter la place, et il n'avait pas tardé à s'apercevoir qu'on ne sortait pas facilement de ce thé&tre dont la foule obstruait toutes les issues.

On s'étouffait dans les escaliers, mais le corridor • des premières étiùt vide, les loges et la galerie ayant été promptement évacuées par les specta-* WuMi

Des Loqaetières avait l'expérieace des bagarres. 11 savait que, pour éviter les dangers de l'eDcombremeot, il safflt de ne pas se presser, et comme il ne tenait pas à rejoiodre le chevalier, il entra toutsimplemenl an balcon, dansl'iDleationdes'ycantonaer jusqu'à ce que les sorties fussent libres.

Là, il ne courait aucun risque puisqu'il était loin du tnmalte des couloirs et hors des atteintes du public batailleur qui s'escrimait au parterre et à l'orchestre.

Il y prît donc place et il put jouir sans péril de l'agréable spectacle du combat qu'on livrait audessous de lui et de cette grande salle abandonnée par les spectateurs paisibles.

En haut, le vide et le silence ; en bas, la cohue et le tumulte.

Des Loquetières contemplait d'no œil distrait ce tableau bizarre, lorsqu'aux clartés douteuses dn luetre à moitié éteint il aperçut, tout près de lui, au balcon, un groupe qui rappelait presque ta fameuse scène du Déluge, peinte par H. ûirodet- TrioBon, et exposée avec un grand succès an salon de 1806.

Un homme d'nn embonpoint remarquable se tenait debout, cramponné au grillage d'une loge et attirant à lui une femme non moins puissante, laquelle traînait par la main un enfant rond comme nne boole.

Cette grappe humaine s'agitait et il in sortait des •1^ lUBMtoblgi.

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L'enfant pleurait, la femme appelait au Beconra et l'homme BeaiJ>lait avoir complètement perdu la tête, car an lieu de gagner la porte de la galerie, il avait l'air de vouloir sortir par une ouverture carrée où Bon encolure ne loi aurait certainemeut pu permis de passer.

Des Loquetlères avait l'&me compatissante. Il s'approcha de ces afTolés et 11 dit polipaent au père de famille :

— Monsieur, vous vous trompez. Tous prenez une loge griltëe pour la sortie et je puis vous assurer que vous vous effrayez à lort. On ne viendra pas nous poursuivre ici et les tapageurs flniront bien par se calmer. Faites comme moi. Attendez que le public ait évacué la salle et nous pourrons sortir facilement.

Ce discours très-sensé calma et 6t rougir de sa frayeur le gros fuyard qui n'était autre que ie caporal Boulardot.

— Merci, monsieur, balbutia-t-il en cherchant à reprendre une position moins ridicule ; je crois que vous avez raison... c'est mon épouse qui a pris peur. Lflcbe-moî, Pamélal... Adolphe, venx-tu bien te taire I

Ces deux injonctions adressée! à sa femme st h son fils produisirent de l'effet. M" Boulardot sa laissa tomber sur ta banquette et le jeune Adolphe mit une sourdine à ses vagissements.

Le caporal de la 6' légion s'empressa de h nymter

et, poar dissimuler son trouble, il se mit à parler & tort et à travers :

C'est indigne, monsieur, ce qui vient de se

passer, dit-il d'une voix de basse profonde. L'orchestre était plein d'agents provocateurs... ce sont eux qui ont commencé... je l'aivu... un citoyen paisible ne pourra bientAt pins mener sa famille au spectacle sans être espoaé anx violences dea satellites du pouvoir... mais je signalerai cet abus... j'écrirai au Com*ift*ft"onne/... vous verrez... car, sans doute, TOUS êtes comme moi, abonné à cette feuille...

— Non, répondit des Loqnetières, mais' je la lia au café.

— Au café de Poy, peut-étreî II me semble avoir eu l'avantage de vous y voir.

— J'y vais quelquefois.

— Oui, oui... maintenant, je vous remets parfaitement. Nous y étions entrés, un soir, avec quelques camarades de ma légion pour fêter la promotion de notre capitaine... vous ne vous rappelez pas?

— Peut-être bien... cependant...

— Vous ne me reconnaissez pas, parce que j'étais en uniforme de caporal...

— Attendez donc... oui... je commence à voue remettre... n'avez-vous pas parlé de la femme à la tête de mort ?

— Justement. Et noua avons causé aussi de l'affaire du Dimanche gras... la nuit où moi et la patrooille que je commaadais nous avons arrêté le vicomte de

= b,GoOgk'

Brouage... il était tout à l'heure dans la salle... c'est scandaleux... nous l'avons sarpris gardant une chaise à porteurs où il y avait le cadavre de son cousin... mais on l'a rel&ché tout de même, à cause qu'il est nohle.

La mémoire revint vite à des Loquetières. Il se souvint d'avoir prêté l'oreille à cette conversation tenue au café de Foy et de n'y avoir pas attaché une grande importance. Mais comme il ne négligeait jamais une occasion d'apprendre et comme d'ailleurs il avait du temps à perdre, puisqu'il était bloqué ' dans la salle, il s'amusa à faire causer Boulardot qui était fort bavard.

Il en lira peu de chose et il y gagna le désagrément d'être à peu près obligé de subir la compagnie du droguiste et de sa femme pour rentrer chez lui, lorsque, après trois quarts d'heure d'attente, les issues furent libres.

Boulardot demeurait rue Aumaire, et la rue Anmaire était sur le chemin de des Loquetières qui demeurait place Dauphine et qui ne désespérait pas encore de recueillir en chemin quelque indication utile.

Ils firent donc route ensemble. Après avoir traversé le boulevard, ils prirent la rue Chariot, puis la rue de Bretagne, toujours causant.

Au moment oix ils arrivaient au coin de la rue des Enfants Rouges, Boulardot s'arrêta tout à coup, et montrant à des Loquetières un grand mur :

•— Jfl regrette, monsieur, qu'il soit il tord, dit-il |

ce mur est celui d'un jardin qui m'appartient et où j'aurais pu tous of&îr de vous reposer eu buvant de la bière.

— Grand merci 1 répondit des Loqaetières qaî ne tenùt pas du tout k passer une heure de plus avec 'ce' bourgeois ridicole ; la bière m'iaconmode.

— Obi qu'à cela ne tienne! Quand vous me ferez l'bonneur de venir passer la soirée dans mon jardin, je pourrai vous y ofTrir d'autres rafraîchissements. J'ai un certain cassis fabriqué par mon épouse...

— Une autre fois, ce ne sera pas de refus... mais, ce Boir, j'ai hâte, je vous l'avoue, de rentrer chez moi et de me mettre au lit.

— Moi aussi, dit avec conviction Boulardot.

Le triste spectacle auquel nous venons d'assister m'a ému.., des citoyens combattant les uns contre les autres, c'est épouvantable... ça rappelle les plus mauvais jours de notre histoire... j'étais moins bouleversé lorsque je découvris le cadavre do ce malheureux jeune homme dans une chaise à porteurs.

— Le fait est que vous eûtes là une singulière aventure.

— Une aventure dont personne n'a su le lin mot. Croiriez-vouB, monsieur, que la police n'a pas même pu trouver l'endroit où a été tué le fils du général? On ne m'ôtrra pas de la tète

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qu'il y a eu oonnivenee entre elle et le meurtrier.

— Cest bien Invraisemblable, fît observer des ' LoquetièreB, qui savait à quoi s'en tenir sur ce

point.

— Vuml on la connaît, la police. Elle n'arrête ^e iea Ubérans. Je rovâ demande on peu d sa lâche dans cette affaire était difficile. Elle n'avait qu'à chercher dans Paris une rudlle, uR grand mur, une petite porte...

— Oh I elle aurait pu s'; tromper. Votre jsrdio me fait préoUémeot l'effet d'être séparé d'une ruelle par un grand mur percé d'une petite porte.

— C'est vrai... à telles wiseigow qne cet animal de Bnuiaicourl — c'est on garde national de ma compagnie — prétend qua le ooiate de Brouage a dA être tué sur mon terrain... «atant vaudrait prétendre que c'est moi qui loi ai donné an coup d'épée.

L'eepioQ ne dit mot. Depuis an instant, U regardait plus qu'il n'écoutait.

Boulardot s'était arrêté à l'entrée de la rue des Enfants Rouges, au coin d'une impasse qui a dispara pour faire place au square du Temple.

Son fameux Jardin s'étendait sur les terrains occupés aujourd'hui par ce square, et il formût i'aag)e de cette rue et de cette impasse.

Des Loquetières fut tout & coup frappé de l'aspect des lieux, qui loi rappela le récit de René de Bronage.

Les maisons hautes et noires, la muraille en

LE HASQDK DE VELOURS 11g

âqii8rF«, la ruelle étn^ et mal éclakéc, tout 7 «lait.

It s'étonnait de ne pas sroir déjà remarqué cetl« ooïneideoce, ear en vlntant te qtiartier du Temple la lendemain àa meortrs et les jOHrs niîvtat», il avait dû pins d'une fols pamar par ià. *

Mail il n'jr était venu qu'en plein joar, et du lever au coucher du soleil, ce cois da neux Par» n'avait pas l'air sûidetre.

Les maisons, habitéM par des ouvriers, ne res- ■emUaient point ides coupe-gorga.U en sortait des «liants joTeox et lea enfants jouaient k la fossette au pied du mur de l'enclos.

La nuit, au contraire, tout dormait dans ces niches laborieuses ; les lueurs vacillastea d'un réverbère éclairaient à peine la rue, et l'impasse s'emplissait de ténèbres.

— On jurerait que c'est ici qu'a eu lieu la rencontre de l'homme h la chaise, pensait l'agent. Si j'amenais à la place où je suis et à pareUle heure le comte René, je suis sûr qu'il s'y retrouverait.

J'ai pour le moment d'autres soucis que celui de tirer cette vieille affaire an clair, mais un bout d'enquête en passant n'est jamais inutile... cela peut me servir plus tard... et je vais à tout hasard tirer les vers du oei & ce vieux droguiste.

— Voyez un peu la bêtise, reprit Boulardot. Mon jardin n'est pas loué et personne n'y est entré depuis plus de trois mois. Certes, j'aurais pu l'affaruer k on maraîcher, mais je suis, Dieu merci 1 au-

416 l'i^:pinole rosb .

dessus d'une petite somme , et je préfère m'en réserver la jouissance pour venir y prendre le frais pendant l'été avec mon épouse et mon fils.

— Mais, objecta des Loquetières, qui commençait à s'orienter, on dirait que votre terrain tient aux vieux bâtiments du couvent des Templiers.

— Il y tient en effet, et les bAtïments sont à moi aussi. Mon père les a achètes du temps de la Révolution, quand la république a vendu les biens du clergé. Ils ne valent pas gi-and'cbose, et pourtant l'année dernière, j'ai eu la chance de lea louer à un fabricant... un franc-maçon que j'ai connn à laioge [Amitié... il en a fait des magasins où il dépose des marchandises, mais le jardin est en dehors de la location, et j'ai seul le droit de m'y prome-

— levons en fais mon compliment. J'aperçois par-dessuâ le mur des arbres superbes. On doit être ù merveille sous ces beaux ombrages.

— C'est-à-dire que c'est un vrai paradis... surtout quand il fait chaud, car les antiques bâtisses qui l'eutourrnl le rendent un peu humide... ces moines se construisaient des forteresses au lieu de maisons... Ils ne voulaient pas qu'on mit le nez dans leurs affaires, les gaillards!... mais nous sommes en juin, et il fait bon dans leur clos... vous verrez, cher monsieur, vous verrez... si vous voulez bien y venir un soir de la semaine prochaine, j'inviterjû quelques camarades de la sixième... Brassicourt en sera... vous savez... celui qui prétend que mon im-

ineable a été le théâtre du crime... je lui ferai toucher du doigt son erreur... il esi. très-aimable en société... nous rirons bien.

— Comment donc I mais j'accepte très- volontiers.

— Alors nous allons prendre jour, et ce sera... qu'est-ce que tu as donc, Paméla, à me pousser le coude ?

— J'ai, soupira la plantureuse compagne du droguiste, j'ai... que tu t'avances trop en invitaul monsieur... tu oublies que tu n'as paa seulement la olé de notre jardin.

— Tiens 1 c'est vrai, je n'y pensais plus. Figurezvous, monsieur, que je l'ai prêtée, voilà trois mois, à un frère en maçonnerie, qui fait aussi pariie de la loge l'AmtfiV... et il ne me l'a pas encore rendue, quoique j'aie pris la peine de lui écrire pour la lui redemander.

— Voilà un garçon bien négligent; que diable veut-il en faire de cette clé et de votre jardin?

— Oh ! entre nous, je le soupçonne de s'en servir pour des parties fines. A son âge, on ne pense qu'à la bagatelle.

— Il est donc très-jeune?

— yingt ans, vingt-deux ans tout au |dus. C'est un étudiant... un nommé Victoria Marcas.

Est-ce que vous le connusses? demanda Boulardot, qui avait remarqué un mouvement de surprise de son nouvel ami.

418 t'ÈP imiM BOflB

— Il me semble avoir euUuia prtHUiiicer soa oom, je oe sais où, mais je ne l'ai jamais rencoatré^ répondil des Loquetiërea, qui jugeait mutile de dira la véiité.

11 ne se sentait pas d'aise, ce cher des Loquetièrel,' et il aurait payé gros te rens^^iiBRieiit que Boulardot venait de lui dowier pour riea.

Il comuiençait à y voir clair dans la conduite do ce Uarcas qu'il dét£staiL, et il se promettait de pousser à fond l'enquôte qae le tias^rd venait d'ouvrir.

— En ciret, rcprit-il, le sieur Marcas abuse un peu trop de votfe obli^ancâ. Gnrdar pour loi tout seul l'usage de votre istmeuble... pendant trois mois, dibefi-voaa?

— Pitis de tfoii mois. Le banquet mensuel des frères de notre loge a lieu le 2. U m'a emprunté ms clé, le 2 mars... un vendredi... Tous nos bas^aets ■ont fixés ao veadtedi... et je n'ai pas besoin de vous dire que dods ne faisons pas maigre.

— Alors, c'était l'avaDt-veille du dimamihe gras, qui cette année, je me le rappelle, est tombé le 4.

— Oui, justement. J'ai des raisons peuTme souranlr de cette date-là. C'est le jour où j'ai arrêté et conduit cbei son oncle le maquis, ce oomte de Brouage ^ue le gouvernement a fait relâcher.

— A voUe plaae, moi, j'exigerais que la <^ me fût rendue.

LE UASCjDM Dfi V8U)DRS 419

r> l'd fiit ee qa« j'ai pu pour U ravoir. J'tt envoyi hb As mei commù cbez cet étodùnL, riu dsf Grès ; l'iiAteliw qiû Is loge a répondu qu'il était en voyagB ; Dtea eut quand il reneodra, et je -eraw qu'U BOB faudra faire bob lieiiil ds ma «y. Aptôt tout, j'en serai quitta |Hnir en cennnandsriiaeneuvt à m setnuier.

— Ou pour demandera votiv hraftiaira iû çeimia- 8io« de passer par le emveiiL, ajoqla l'ageat ^ui ncuaillait, sans an avoir l'air, tona les tiémtMs d'uneinstruction.

-— Mmi loeataira B'inbtle paa Parii. 11 s'y vient que dfluz fois par as, peur me payer ses termes.

— Vraiment? Lee jbarchandîBBB' qu'il a eati-eftostesthma wAre eotvwA daiYent s'avanM*, si peraoBne m les Bo^ae.

—rUaftiil e'eet bob affaira, fit puis, Je nippoee qn'tl «ici SB employé qài s'ocetq» de ses m^asinf, mais je ne sais pas où il demeure, ce mimaîeui^à, et je a'irai pas eonrir après lui, ni ^rès IlOTlier... taaO loDftteiffi e'appdle UerHer.

U est biea plus eimpls da faiee faire une cU... mes meyen» m« le pwmeUent... ti «i vous venee aun^f la soupe avec nûua, dlmandte pFOCbaia, nous irons prendre le café sous les ormeaux qui ab^Haient jadis Isa ori^es d^s Tfimpli£ra.

— Ce serait avec grand plaisir, «ber monùeur, f^ûa je eraine i'Utis obligé, trùe-proebaioestant, de m'^beentér pour quelques joere.

— Tout le monde s'absente, à ee qu'il parMt, dtt

420 UÉPINOIf BOSB

en riant Bonlardot. Ehl bien, ce qui est différé n'est pas perdu. Noos remettrons la fêle & votre retour.

— C'est convenu, et il ne me reste plus qu'à prendre congé de tous et de madame votre épouse, car, si je ne me trompe, voici la rue des Gravilliera, et vous habitez, je crois, rue Aumaire.

— An numéro 75, où j'espère avoir l'avantage de vous recevoir, cher monsiear.

— L'avantage sera pour moi, dit des Loquetières, qui savait, quand il le fallait, parler comme un droguiste.

Et on se sépara dans la rue du Temple, où les causeurs étaient arrivés presque sans e'ea apercevoir, tant la conversation lee intéressait.

Boulardot était enchanté de sa nouvelle connaissance, et des Loqnelières se félicitait grandement d'être entré en relations avec le propriétaire d'un jardin où Harcas avait dû ffdre des fredaines de plus d'une sorte.

L'entretien avait été si animé que l'espion n'avait pas remarqué l'équipage de son ami Saint- Hélier, quoique le carrosse qui portait le chevalier et sa charmante fille eût passé tout près de lui, au moment où il débouchait de la rue de Bretagne.

Boulardot s'en allait le cœur léger et ne se doutait guère qu'il venait de livrer à un agent de la police générale du royaume un secret fort important.

Des Loquetières étidt content, mais préoccupé et même asses perplexe.

Il ne doutait pas d'avoir découvert, tout à la fois, par un heureux hasard, le meurtrier du comte Henri

de Brouage et le quartier général des insaisissables conspirateurs qu'il cherchait depuis la disparition de la baronne de Casanova.

Quelques mots lâchés imprudemment par un bourgeois avaient suffi pour le mettre sur la piste, . car il ne croyait ni aux parties fines de Marcas, ni aux marchandises entreposées par un fabricant de province dans les bâtiments ruinés de la vieille Commanderie des chevaliers du Temple.

En d'autres temps et même encore la veille, s'il avait su ce qu'il savait depuis une demi-heure, il n'aurait pas perdu une minute pour agir.

Marcas et les carbonari n'auraient eu qu'à se bien tenir, car il leur aurait donné, sans tarder, une chasse acharnée.

Mais des Loquetières était absorbé par d'autres pensées. Les confidences de Fabien de Brouage à la femme masquée ne lui sortaient pas de l'esprit. Il . songeait à ces millions qui appartiendraient à l'homme assez habile pour les dénicher, assez audacieux pour les enlever.

Et, comme il ne souhaitait rien tant que d'atteindre la fortune, il se demandait de quel cf>té il valait mieux poursuivre cette capricieuse déesse.

Le trésor des carbonari le tentfùt, mais la conquête de ce trésor présentait de grosses difficultés et nécessitait des préparatifs assez compliqués.

Il était beaucoup plus facile d'arrêter la bande Il 31

Cj.l:™b,GOOgIC

qui conspirait en pteio Paris, et aecessoirement l'homme qui avait tné le fils d'un pair de France ; malheureusement ces exploits deTaient rapporter à leur auteur plus de gloire que d'argent.

Des Loquetîères aurait pris un très-grand plaisir à envoyer en prison Marcas qui se permettait de courtiser Octavie, mais il en aurait pris un plus , grand & rapporter des tonnes d'or, qu'il comptait bien garder pour lui tout seul.

De ces incertitudes très-moUvécs, il résulta que, tout en descendant la rue du Temple pour gagner son domicile de la place Dauphine, il prit la résolution de s'occuper d'abord des millions.

Rien ne pressait pour le reste.

Rendez-vous à huitaine était pris avec Boulardot, et il n'était pas prob^le que les cariionari déménageassent d'ici là, puisqu'ils ne se doutaient pas du danger qui les menaçait.

D'autre part, Marcas avait quitté Paris, et ii étût pertainement allé ailleurs que chez son përe. Au lieu de le faire chercher, il était bien plus simple d'attendre qull revint.

Des Loquetîères se décida donc à commencer par !a conquête de la Toison d'or.

11 lui fallait quelques jours pour préparer l'expédition, car il n'en était encore qu'à t'ébauche du programme qu'il comptait suivre. Il ne savait même pas au juste ofa il devait aller chercher les milions, quoiqu'il se doutAt déjà qu'il les trouverait en Saîntonge.

Et ce temps de préparation oe devait pas être perdu pour ses projeta de futures opérations sur le pavé de la capitale, car il voulait, avant de se mettre en route, explorer les aborda du couvent des Templiers et se renseigner sur ce qui s'y passait.

Tout ce plan était arrêté dans son esprit lorsqu'il arriva à la place Dauphine où l'attendait une surprise.

A dix pas de son domicile, il fut abordé par UD agent qui lui apportait, de la pari du directeur général de la police du Royaume, un ordre sur lequel il-ne comptait pas.

Depuis trois mois, Te général de Brouage sabiasait, de dures épreuves.

Ce gentilhomme comblé d'honneurs, ce vaillant soldat à qui la fortune avait toujours souri, expiait cruellement ses victoires passées et ses prospérités présentes.

Il y a dans la vie, comme au jeu, des Gootinaités de Teioe ou de déveine, des séries, pour employer le terme technique.

Après avoir rencontré au début une série brillante, le marquis entrait dans nne série désastreuse, dont la mort tragique de son fils avait été le premier coup.

Et le Roi, en recevant la confidence de ses malheurs, n'aurait pas pu Inî dire comme Lonis XIV au vieux maréchal de Villeroy aprèsla défaite de Ramillies : On n'est plus heureux à notre &ge ; car

LB MASQUE PB VBLOD BS 425

l'ex-colonel dn 9* dragons n'avait jamais perdu de batailles, et il n'avait pas encore soixante ans.

A le voir, on ne lui en aurait pas donné cinquante. A cheval, aux revues, il était superbe ; & la Cbamhre haute, il avait grand air. Les années et les campagnes de guerre ne M avaient rien enlevé de sa prestance ni de sa vigueur. Et il était resté aussi grand seigneur que s'il eût toujours vécu à la courde Versailles, au lieu de passer quinze ansaa bivouac.

Hais le chagrin tue plus sûrement que les balles et le général venait d'être frappé deux fois.

Henri, son fils unique, l'espoir de sa race, Henr était mort à vingt-quatre ans, mort sans s'être marié, sans avoir pu laisser un bérilier, et à la douleur de l'avoir perdu s'ajoutait pour le noble pair ta douleur de prévoir que la maison de Brouage allait s'éteindre.

De ses deux neveux, les derniers du nom, l'un était indigne de la perpétuer, cette illustre maison, car il avait renié sa caste ; l'autre avait pris soin de s'exclure lui-même en déclarant qu'il voulait prendre femme dans un monde inférieur.

Si le comte René s'était mis sur les rangs pour épouser Antoinette, le marquis ne lui aurait peutêtre pas refusé la main de sa fille, quoique ce mariage ne fût pas celui qu'il souhaitait pour elle.

René était le fils aine de son frère ; il devait être un.jour le chef de la famille et le sang des Brouage n'avait pas dégénéré en lui,

ti S4*

11 fl'mtiitÉll doM « 6fttt« tittlon fort bi«Ét *Mdrti« d'autrt èinpt«béâ]6iit qnêrtunoar inspiré ft René psf 08UVl«.

Hais ê'eo était «rtes bien uses ponr qaa le géséMl, qui se serait sans doute laissé tonctier par la douleur d'Afitoiuette, fermât sa porte à un batbaa qui n'aepireit pOs & l'iionneur de devenir son gendre.

Après l'orageuse efitretae Ofa son nered lui aTait déclaré qu'il était résolu à s'allier aux Saint-Héller, il a«Mt songé d'abord A assBrer, eu se remariant, la transuiiEBion en ligne directe de son titre de marquis et de sa dignité dé pair.

n eût fait assurément un mari plus soubaimble pour une femme que bien des attacbés d'ambassade et même que bien des sous-lieutenants, et il pouvait, sans outrecuidance, espérer que Dieu loi donnerait un file.

Mais il s'était dit bientAt qu'Antoinette n'aytùt pas mérité qu'il lui infligeât l'obligation, toujours pénible pour une jeune fille, de passer sous l'autorité d'nne belle-mère.

Et ce qu'il y avait de particulier, c'est qo'tl s'était dit cela en réfléchissant à l'entretien presque passionné qu'il avait eu un jour avec Oclavie.

En faisant son examen de conscience, il avait dO s'avouer & lui-même que son cœur n'avait pas vieilli, que ce cœur juvénile était encore très-susccptible do Imttre la charge et do fourvoyer bb raison dan» dw ohemlriB périlleux.

LE HA8QUB DB VELOURS iîl

Le génârsl avait été longtemps ce qu'on appelle lÉi homme à botiDes fortnnet, et le chAtlment réserré à ceux qui ont trop aimé k tort et k ttsieH, c'est d'aimer encore an déclin de la vie^ d'aimer jusqu'à leur derfiler jour.

11 savait que ses pareils sont souvent punis par oîi ils oat péché, et, quoiqu'il n'eût pas encore dépassé les limites de l'âge mûr, il se défiait déjà des entraînements qui coûtent si cher aux vieillards.

Et puis , 11 redoutait son tempérament qui l'emportait toujours plus loin qu'il ne l'eût souhaité et qu'il maîtrisait beaucoup moine bien qu'il ne domptait un cheval fougueux.

L'expérience aidant, et aussi la crainte du ridicule, M. de Brouage avait donc assez promptement renoncé à ses idées matrimoniales et coupé court à ses relations ébauchées avec la sirène de la place Royale.

Cependant, il n'avait pas gardé un mauvais souvenir d'elle.

Sa beauté l'avait ébloui et il était obligé de reconnaître que, de Séville à Moscou, en passant par Paris , il n'avait jamais rencontré une si merveilleuse créature.

Et ses adroites flatteries avaient si agréablement chatouillé sa vanité, qu'il en était presque venu à perdte ce flair qui distingue le vrai gentilhomme et à croire que M"* de Saint-Hélier avait, comme lui, du sang bleu dans les veineB.

Uùe il ne 6'peeApalt plut ni d'«U9, ai de oertaini

428 L'ÉPINOLB ROBE

partis plaB eortables que des gens de son monde s'étaient empressés de Inllndiquer, et il ne songeait qu'à trouver pour Antoinette un raari de bonne noblesse d'épée, suffisamment ricbe et disposé à ajouter à son nom le nom de Brouage qui passerait après lui & sa lignée masculine.

Ce dernier point touchait surtout le marquis et constituait une assez grosse difSculté qu'il avait d'ailleurs tout le temps de lever, puisque sa Ûlle ne pouvait pas se marier avant la fin de son deuil.

Les choses en étaient là, lorsqu'un matin du mois de juin, H. de Brouage vit entrer chez lui, la 6gure consternée, la femme de chambre de H"* Antoinette.

Cette suivante lui apportait une lettre qu'elle venait de , trouver dans l'appartement de sa jeune maîtresse.

Il lut Ja lettre qui lui était adressée et qui ne contenait que ces mots :

a Pardonnez-moi, Je pars. Il le faut. Bientôt je reviendrai me jeter à vos pieds et vous dire à quelle nécessité j'ai obéi ■ J'espère encore que vous ne me maudirez pas. »

Alors le général fut pris d'un accès de colère qui failUt déterminer une attaque d'apoplexie.

Ce n'était que trop vrai. M"' de Brouage était sortie i pied, la veille au soir, vers neuf heureif

avec misa Elisabeth TuftoD, et elle n'était pa* rentrée.

Le conciergre de l'faôtel avait cm qu'elle allait, comme cela lui arrivait souvent, faire sa prière à l'église Saipt-Louis en l'Ile, et il n'avait pas pris garde que l'institutrice portait à la main nn sac de voyage assez volumineux.

Quand sa fureur fut un peu calmée, le marquis entreprit de faire lui-même dans sa maison une enquête sur les circonstances qui avaient précédé et accompagné cette étrange fuite.

Il apprît ainsi que, deux heures avant son départ, Antoinette avait reçu une lettre apportée par le facteur de la poste et directement adressée à elle.

Le fait n'avait d'ailleurs rien d'insolite, car elle était en correspondance suivie avec une amie de couvent qui habitait la province.

Il constata que le tiroir du meuble en bois de rose où elle serrait ses économies déjeune fille était vide. Elle avait d& emporter quelques centaines de louis.

M. de Brouage, ce soir-Ut, était allé, après le dîner, prendre des nouvelles d'un de ses collègaes souffrant d'une violente attaque de goutte.

Antoinette était partie pendant son absence et, comme elle lui avait souhaité le bonsoir en sortant de table, il ne s'était pas informé d'elle en rentrant & l'h6tel.

4U VtPimLtl BOSB

Ainn, tout s'étsft passé le fAoi rittfifemertt dn monde, et cette rapidité dans l'exécution d'un projet extravagant dénotait dbs valontà réMW et un dessein arrêté de lonj^ dat«.

H. de Brousge ne «'y trompa pfnal et il s'hâaila pas & attiibner une large part dans ce malheiiT à l'inQuence pernicieuse de H"* TttfUm.

Elle seule avait pu persuader à Antmnettd i}u'il est dans la vie d'one femme des heures décisives où il lui faut opter entre les viuds préjugés sociaux et les devoirs que son cœur lui impose. Elle seule avait pu par de ridicules déclamations fausser le jugement de son élève et lui faire oublier ee qu'elle devait à soii père, ce qu'elle se devait à ellemême.

Le général commença par se reprocher le tort qu'il avait eu de donner dans la nouveauté des éducations anglaises et la faiblesse qui l'avait empêché de chasser cette folle dangereuse.

Maie te mal était fait ; ie mal était irréparable. Gomment cacher la disparition, même momentanée, d'une jennc fille appartenant au plus graiid mondé ? Les gens de l'hôtel étaient dévoués et discrets, mais AntdtMtte Avait d«s àmUm qu'elle voyait presque tou le* jours M tfitî ne otauqBeraieQt pas de s'étMtner de son dbMac«, si nmti» ^'e)le ffti.

Ml de Brosse mMor» vit« la poHëe da dAplorabla évteentent qui l' accablait, et l'inRexlble KrklM M (Ut : Cm ett &it. Je n'ai plus de Site.

Il n'avait jamais transigé avec l'honneUr et il

LB MAHgCB OB VGtOUB» Ul

n'était j«8 hoBHM A souffrir ttae tMhd Mr «oa nom.

La première JotmAe ge'U pasH ^»ièc «voir r«çu eette fatale nouTellt fut affreose. 11 rugtasaft ooffiffle an liOQ blessé. MtUs, 1« soir, m dâeislon MaH irrévocablement prise. 11 «'était jarA de ii« Jamais revoir Antoinette et, sf^g seager que l'ancien régime avait pris fin, il se promettait de la cloîtrer dans un con^ vent, dès qu'elle reparattratt.

Qu^t à la sentimentale Betay, il comptait bien obtenir du ministre qu'il la lit roc<»iduire & Calais entre deux gendannes et jeter sur un paquebot an< glais, pour délivrer la France de cel*.e peste langoureuse.

Hais, pour appliquer Ces mesures, U fallait d'abord ' retrouver les ^gitives, et le muquls ne devinait pas de quel cOté il fallait les chercher.

Cette tiieie aventure ne pouvait avoir d'autre cause qu'un amour contrarié, et Antoinette n'avait jamais aimé que son consin, qui ne t'aimait pas. Etait-elle donc allée se Jeter à sa tête, au risque de se voir repoussée par lui? H. de Brouage répugnait à croire que sa fille se fût abaissée jusque-là.

Cependant, il voulait & tout prix l'arracher aux périls de tonte sorte qu'elle courait si follement, otf il avait beau refouler les élans de sa tendresse, 11 sentait bien que son cœur de père n'était pas d'accord avec ses fiertés de gentilhomme.

Il se décida donc à charger son fidèle servlteor, Pierre Dngué, de faire une enquête rapide dans to

432 L'ÉPINOLB ROSE

quartier et aussi de prendre des informations au domicile de René, qui habitait rue d'Artoia.

Dugaé n'apprit rien ou fort peu de chose. Personne n'avait vu passer M"* de Brouage ni l'Anglaise qui l'accompagnait. Le comte Hené n'était pasàParia.Il Atait parti, l'un des derniers jours dn mois de mai, pour entreprendre un voyage ; il avait annoncé à son portier qu'il serait bientôt de retour, mais il n'avait pas dit où il allait.

De ce dernier i-enseignement, il résultait qn'Antoinette n'avait pas été enlevée parson cousin, puisqu'il avait quitté Paris avant elle, mais elle avait bien pu le rejoindre.

Pour en finir avec ces cruelles incertitudes, le général prit le parti de recourir encore à l'éminent personnage qu'il avait déjà consulté dans une circonstance délicate.

Il alla trouver le directeur général de la police du royaume, le baron Mounier, qui était, de fait, ministre de l'intérieur, et il lui avoua ses peines, sachant bien qu'il ne pouvait pas mieux placer sa confiance, ni recourir à une plus haute sagesse.

Le baron s'intéressa vivement an malheur du marquis et lui promit de l'aider de tout son pouvoir, qui était grand.

Son sentiment était qu'il n'y avait au fonâ de cette malheureuse affaire qu'une étourderie déjeune tille, et qu'il importait surtout d'agir avec prudence pour éviter le scandale.

VB H&SQUE DB VBLOUItS 43S

Il pensait d'ailleurs qu'il serait facile de savoir ce que M"" de Brouage était devenue et de la ramener sans bruit, mais il ne cacha point au gâoéral qu'il serait obligé de mettre dans la confidence le préfet de police, les recberchea de ce genre étant du rsa- Bort de ce fonctionnaire.

Le général revint de cette visite, non pas codbjIA assurément, mais un peu réconforté par les assurances que venait de lui donner son digne collègue ' à la chambre haute.

Malheureusement, 11 ne partageait pas ses appréciations bienveOlantes à l'endroit des légèretés d'Antoinette. Il n'admettait pas qu'une Brouage se compromit, ni même qu'elle osât faire un choix sans consulter son père, et plus que jamais il était résolu à sévir contre la coupable.

L'idée de perpétuer lui-même sa race prît de nonveau pied dans son esprit, et après s'être juré de ne pas pardonner à celle qui l'avait ofionsé, il se jura de se marier pour que son nom ne périt pas.

Il espérait encore que ce nom ne serait pas déshonoré et que l'escapade d'Antoinette resterait secrète, si on parvenait à y mettre fin promptement.

S'il avait su que la nouvelle avait déjà transpiré, et qu'un journaliste ne se faisait faute de la répéter dans le foyer d'un thë&tre, il aurait pris sans doute un parti plus énergiqne.

Il aurait annoncé hautement son intention de renier une fille indigne de lui.

Mais il ne BBvftit rien de ce qui Ce passait «a dehors, n'ayant tu [>erEOnne que l'hommB d'Etat auquel il avait eu l'heureuse idée de s'adresser.

Ses gens se gardaient bien de lui dire que les bourgeois du quartier jasaient déjà sur l'aven* tate.

Ils entouraient de soins respectueux leur maître qUî errait dans ce grand hâtel vide, seul avec les portraits de ses aieux, appelant à haute voix son fila assassiné et maudissant sa fille rebelle.

n y avait deux jours que le général de firouage dévorail sa douleur, lorsque Pierre Dugué vint lui annoncer qu'un envoyé du Préfet de Police solUcitaît la faveur d'élre reçu.

Cet envoyé, c'était des Loquetières, lequel ee et- rait fort bien passé de l'honneur que son chef lui fauait en le chargeant d'une nouvelle miasioB de cooâaBce.

La Teille an mît, k l'heure où, la t£te pleine de projets et de vïMmis dorées, il arrivait à la porte da s»B domieila, ba agent l'&vkit abordé pour lui rémettre une lettre qui contenait un exposé de Jkits et tao ordre.

Dans cette iMn, rédigée en haut lieu, on lui enptiqnait sommairement le cas de SI"* de Brooag«, et on lui enjoignait d'aller^ dès le lendemain, se mei> tre à la dtopoùtion du général pour les reeherchta i eotréprendre.

LE HAflQDB DB TELOORB 41»

Lldée n'était pai hearaïua, et certes 1« dinctrar général âe la police d» royatuna a'eataadut pas . qu'on procédât ainsi, mais ses subalternes ne s'écartaiont jamaia de la routine administrative, et ilsn'avaient imaginé rien dB oueux que d'envoyer & ce père dËwlé ds la disparition de sa fille un e^on qui s'était fait fort do découvrir le maortricT du comte Henri, et qui n'y avait pas réussi.

Pierre Dngné négligea de dire i. «on maître que le visiteur était le particulier qu'il avait surnommé dans le temps t'homme à l'huit vert.

Le brave intendant croyait que la marquis était ' prévena, et il lui auiena des LoquotiôreB, saos l'annoncer.

M. de Brouage avait consenti à recevoir, parM qn'il espérait que le préfet lui envoyait un de seasecrétaini. Il fut très désagréablement surpris en ra^connaiasant le personnage qu'il avait vu tnû mois auparavant, dans une triste circoostanœ.

— Qiw m* voales-voas ? demanda-t-U durament.

— Monsieur le marquis ignore dono par qui jd loi sais adreeiéî répondît l'agont sacs te déconcerter.

— Par la Préfecture de policeje le sais. Mais vou pouvez rotounier d'oà vous veuet. Js ne sois nallameot disposé à vous employer.

RiOB M levait fti^ pktt de planir â d«a JMpHf»

4» L'ÉPraOLB BOSS

tiares que d'être mis à la porte par le général, car il n'avait obéi qu'à contre-cœnr à. l'ordre de son chef.

Il anrait beaucoup mieux aimé se mettre en qnëte du trésor des carbonari que de courir après M"° de Brouage, maie il n'était pas libre de choisir, puisqu'il appartenait encore à la police secrète, et il ne voulait pas ae brouiller trop tôt avec le gouvernement.

Havi d'être renvoyé, il se crut cependant obligé d'insister pour la forme.

— Je suis venu parce qu'on me 1^ commandé, dit-il humblement, mais si mes services déplùsent à monsieur le marquis, je vais me retirer- Osçrai-je pourtant lui demander en quoi j'ai pu démériter à SOS yeux 7

— Je m'étonne que vous l'ignoriez. Vous voua êtes chargé, il y a trois mois, de trouver l'assassin de mon fils. Vous vous vantiez alors de le livrer à la justice, vous prétendiez éLre certain de mettre la main sur lui, et cela dans un très bref délai. Et ce meurtre infâme est encore impuai. Vos pro* messes n'étaient que h&bleries.

— Je supplie monsieur le marquis de vouloir bien considérer que, dans cette affaire, tout a été contre moi.

Cette réponse irrita encore plus M. de Brouage.

.— Cette affaire I répëta-t-il avec indignation.

Vow vous permettez de dire devant moi que la pour-

suite de l'homme qui a tué mon fils est une affaire t

— Monsieur le marquis m'excusera... Je me suis servi d'uneexpression usitée dans notre langage profesaionnel...

— Faites-moi grâce de votre vocabulaire policier et répondez-moi catégoriquement. Qu'avei-voua fait depuis le jour où vous avez pria la direction des recherches î J'ai reçu de vous et de votre chef vingt rapports pleins de phrases, et pas une indication sérieuse.

— J'aurai l'honneur de faire observer & monsieur le marquis que l'une de ces indications avait une grande importance. Un caporal du 3* régiment suisse a été tué en duel, d'un coup d'épée dans l'œil. J'avais dit, dès le début, que le meurtrier du comte se servirait encore de cette botte déloyale...

— Et l'enquête sur cette querelle de cabaret n'a pas abouti. Vous n'avez pas pu savoir avec qui ce militaire e'est battu, pas plus que vous ne savez ce que ce sont devenues les femmes qni tenaient le tripot oii on a attiré mon malheureux fils. Vos investigations oiit été dérisoires et votre prétendue habileté n'est qu'un leurre.

— Monsieur le marquis est sévère, reprit imperturbablement des Loquetîères ; monsieur le marquis ne se rend pas compte des difficultés qui ont entravé mon action, diflicultés que le temps seul pouvait lerer.

4U I/6nNGLS Boas

— L» Umpt 1 Cent joon u sont Aoonlés et TOUS ne savez rien de plus qa'au lendemau du (»iine.

— Bamconp plai, moaétnr !« mwqiu»,

— Qne savez-TOas donc 7

— Je sais ob le meartre aété commis.

— Vous le savez et vous n'avez pas agi I vons ne m'avez pas même informé I

— Ja le sais depaîs quelques heures seulement

— Parlez I Ob a été lue mon fils ?

— Dans UQ jardin, à l'angle de la rve des EufanUt- Honges et d'une impasia.

— Bt l'homme à qui appartient ae jardin a'Mt pas encore arr£tAÎ

— Non, car il est tout à fait Innocent. C'est laîméœe qui a appelé mon attention inr ca eoùt de Paris. Hier, un peu avant minuit, nous traverakmi ensemble le quartier du Temple. Il m'a montra nn grand mur, une petite porte, et}'aiétéaassitAtfr«p> pé de l'aspect des Henz.

Le neveu de M. le marquis me les avait très exactement décrits et je me propose de l'y eoB-> duire. IL les reconnaîtra, je n'en doute pas, et alors..,

— Le comte René de Brouage n'est pas à Paris.

— C'est f&cheux.., trèsf&cTieux... mais sans doute ■on absence ne sera pas de longue durfe...etdè8 qui) sera de retour..^

— Et pour agb, vous «tteodreit qu'il remwiiw 1 En vérité, vous vous moques de moi.

-^ A Dieu ne plaise, maniiear la marquis. J'ai déjà agi. J'ai déjà recueilli beaucoup de renseigne, meuts. Le jardin était autrefois une dépendance du Temple. It a été vendu, à Is Révolution, comme bieo national, et il appartient aujonrd'iiui i nn certain Boulardot, qui commandait précisément le patrouille par laquelle le comte René fut aiTèté prés de la chaise à porteurs où..,

— Mais alors j'ai dû voir cet homme. Il est venu ici avec deux autres gardes nationaux.

— Oui, monsieur le marqni^ et il est impassible de le soupçonner. Cet alibi suffirait pour prouver qu'il n'a pas trempé dans le orimê* Mais, par lui, j'arriverai certainement & découvrir le orimii nel.

— Expliquez- vous,. , je ne voqa ooraprendi

pas.

— Boulardot a perdu la clé de la porte de son jardin. U l'a perdue ppéciaétaient dans les premiers jours de mvs. Qette olé à été trouvée el on s'en eH servi pour pénétrer dans l'anelas. Aoalardot y a vu des traces de pas. Il sait qu'on y vient souvent ; seu< lem^ot, il ne sait pas qui vient. Moi, j'ai la conviction, presque la certitude qne le (litel a eu lieu sur (H terrain ; que l'adversaire du comte Henri a toujonra la clé en sa posseision, et qu'il entre sQUventlao'Mit parla petite porte. D«n^ qitel but? Sur ce point, jo n'en suis encore qu'aux ooiueoturfis, at jç SHPlHt»^

que les vienz b&tîments da conveot des Templiers servent de magasins à une bande de faux monnayeurs, ou de conspirateurs dont ce misérable fait partie.

~ Eh I bien?

— Eblbien.monùeur le marquisj'ai conçu nn plan qui consiste è. faire fabriquer, B&ns en rien dire à ce Boulardot, une autre clé du jardin, et à introduire dans sa propriété des surveillants que je dirigerai moi-même. Ils y monteront la garde toutes les nuits et ils arrêteront tous ceux qui s'y présenteront. J'ai de fortes rusons d'espérer que le coupable ne tardera pas à venir se prendre k cette souricière.

Seulement, ajouta des Loquetières en regardant du coin de l'œil M. deBrouage,il importe que le secret le plus absolu soit gardé sur ces opérations et que je sois là pour les conduire.

— Bien ne vous en empêchera, ce me semble.

— Assurément non, nM. le marquis n'a pas besoin de mes services ùlleurs... je veux dire s'il ne croit pas devoir m'employer aux recherches qui concernent H"* de Brouage.

— Je vous répète que telle n'est pas mon intention, dit vivement le général. Je veux même qu'aucun agent ne s'occupe de ces recherches. Je verrai aujourd'hui le préfet de police. Ma pensée a été mal comprise. Je désirais qu'on demand&t des renseiga»menta.,. par correspondance... mais il me dépltû-

tait qn'on prit pour retrouver ma fille des mesurea analogues à celles qu'on prend pour découvrir un criminel.

Tenez - vous - le pour dit, et bornez- vous à poursuivre vos découvertes qui me paraissent d'ailleurs moins importantes qiie vous ne le prétendez.

— La suite démontrera, je l'espère, à monsieur le marquis que je ne me sais pas trompé. Je ne lui demande que peu de jours pour réussir, mais j'ai nne prière à lui adresser.

— Qu'est-ce ? demanda d'un air hautain H. de Brouage.

— J'oserai le supplier de taire à M. le préfet les faits et les projets que je viens d'avoir l'honneur de lui exposer.

Si mes chefs étaient informés de ce que je sais et de ce que je médite, ils m'adjoindraient des collègues et, dans l'intérêt du succès comme dans le mien, je désire opérer seul.

Le général fronça le sourcil. La requête de cet espion lui semblait impudente, et il était fort tenté de le chasser, sans daigner lui répondre, car il n'avait qu'une foi très médiocre en ses nouvelles pro-

U réfléchit pourtant qu'il valait mieux le laisser faire.

. -^ Soit I dit-il, je ne parlerai de vous que pour demander qu'on vous interdise de vous occuper de ma

ut UÈPISÙIM BOKB

Alla, «t ponr me plaindra qu'on ait méconnu mes mtenlioni.

Mais je vous préviens que, si cette fois encore, vos nues de police n'aboutitsent à rien, jo croirai que TOOi Toas 6tee joua de moi et j'agirai en coiiiéqoence.

— Monsieur le marquis a des préventions contre mol, mais je me fais fort de les dissiper.

-^ Assez I j'attendrai dix jours. Passé ce terme, je signalerai àqaide droit vos ioqualiÛables leoteura. Par contre, si ce que je n'espère pRB, vous parvenet à me livrer i'iiomme qoi a tué mon fiU, je vous paierai largement,

AUezI

Des IfOqnetlères s'inclina et il s'apprêtait à sortir à reculons, quand M. de Broua^ re* prit:

— Vous dites que ce jardin se trouve daoa U rue de...

— Dans la rue des Enfaots-Rouges. G'ett une rufl auez étroite qui coupe perpendiculairement la rue de Bretagne. L'impasse où s'ouvre ta petite porte ne porte pas de nom, mais elle est facile & reconnaître. De vinlles maisons la bordent d'un cûté ; de l'autre, c'est le mur du jardin.

— Cela suffit.

Des Loquetières prit ces deux mots pour un congé défliiitit et l'en alla, la ùoat plola d'one j<^ aans mélaoga,

Il avait pleinement atteint le but pour lequel il Tenait de débiter de gros mensonges mêlés à quelques vérités.

En disant au général que le comte Henri avait été tné dans l'enclos de Boulardot, des Loquetières disait bien ce qu'il pensait, mais pas tout ce qu'il savait.

L'adversaire du comte, c'était Marcas, 11 en était bien convaincu. La clé n'avait point été perdue et' trouvée par un inconnu. La clé avait été prêtée & l'étudiant, l'avant-veille du Dimanche gras. Donc l'étudiant seul avait pu entrer dans le jardin.

Mais des Loquetières tenait A garder pour lui ce précieux renseignement, et cela pour une foule de raiBons. D'abord, il ne voulait pas faire arrêter Marcas avant d'avoir conféré avec Saint-Hélier et même avec Octavie. La dénonciation de ce rival était une carte qu'il croyait utile de conserver provisoirement dans Bonjea. Ensuite, il aimait mieux réserver ce coup de théâtre pour le cas où, sa chasse aux millions ayant reianqué, il aurait besoin de se ménager nn triomphe dans son métier d'agent secret et de gagner une belle récompense.

Bt surtout sa diplomatie visait k un premier résultat qu'il avait obtenu. Il aspirait à se décharger d'nne mission dont l'accomplissement l'aurait empêché de courir après les tonnes d'or.

S'il avait su que le marquis s'opposait h ce que la police cberchAt aa fille, 11 n'aurait peut-être pas pria la peine d'arranger à safa^on l'histoire du Jardin et

tti L^nWLB R()SB

de la clâ. Hais H. de Brooage ne s'était expliqué nettement qu'à la Sn de l'entretieB.

Maintenant des Loquetiëres était garanti contro toutes les éventualités qu'il redoutait et prêt à profiler de toutes les bonnes chances. Il ne craignait pluB que le préfet lui refusât un congé sous prétexte de le laisser à la disposition du marquis, puisque le marquis refusait de l'employer. Et il pouvait .compter que ce màme marquis attendrait dix jours avant de se plaindre de ses lenteurs, et lui laisserait carte blanche avec Boulardot pendant le même lapa de temps.

Ce délai lui suffisait pour parachever la conqu' le du trésor, et il lui restait encore la presque certitude de se consoler d'un insuccès possible en prenant au piëge Marcas qu'il n'aimait guère.

— Le général n'a que sa parole ; il me gardera le secret, pensait l'heureux agent tout en trottant, sur le quai d'Anjou. Rien ne me retient plus à Paris. Il faut que d'ici à quarante-huit henrea, je sois en route.

— Non, se disait M. de Brouage en arpentant son grand salon, non, je ne permettra pas que ce drâle se mê!e de chercher Antoinette. Plutôt ne jamais savoir ce qu'elle est devenue.

11 s'arrêta court dans sa promenade et dans son monologue.

La porte venait d'être ouverte discrètement par le vieil intendant, et une femme voilée s'avançait à pas lents vers le marquis stupéfait.

Cioo<Hc

t^ HASQDB DB VBLODIIB tiS

— Serait-ce elle? b6 demands-t-il en pensant à sa QUe.

Mais l'inconniie leva son voile, et il s'étria :

— Vous ici, mademoiselle 7

La femme voilée, c'était Octavie de Saint-Hélier.

La fille dn chevalier, ce jour-là, ne se ressemblait pas à elle-même. Ce n'était pas que son visage eût changé ; jamais elle n'avait été plus helle. Mais elle ne montrait plus cette flère attitude qui lui donnait autrefois l'air d'une reine.

. Ses yeux baissés ne lançaient plus d'éclairs, ses mains de patricienne tremblaient ; on eût dit que son cœur battait à rompre sa poitrine et que la voix lui manquait pour expliquer le but de sa visite.

La comédie, si c'en était une, fut si habilement jouée que le général s'y laissa prendre.

On peut avoir mené sans p&lir les escadrons à l'assaut de la g;rande redoute de Borodino, supporté sans Cublir les atroces souffrances de la retraite de Russie, et subir làctiement la domination d'une femme.

Les vaillants qui bravent les canons ont peur des larmes, et deux grosses larmes brillaient sous les longs cils de H"* de Saint-Hélier.

M. de Bronage,ea reconnaissant la belle anx cheveux d'or, s'était redressé vivement, comme un soldat surpris par l'ennemi, mais il eut beau se cuirasser d'indifférence,rémotion qa'il lat sur la figure d'Octavie le désarma bien vite. .

44« Ltpmou sou

— Reraettot-vouB, nademolMlk, dit-U m s'avançanl vers cette adorable jeooe fille qui semblait m présenter if lui en Bappllanta.

Elle ne lai répondît pas, mais elle chancela, et le colonel passé pair de France fat prompt & la sontenir.

Son bras, qni avait 4 éner^quement manié le sabre, entoura la taille souple de la divine éptorée, et la soutint jusqu'à CQ qu'elle eût pris place dans on fauteuil qui se trouva là tout à point pour la recevoir.

Elle eut y prendre ton» te ebercbw one pQ«e ravissante, et un regard toucbanl de ses yeux bamides remercia le marqaii âe firouage de lui avoir épargné ai à propos le ridicule d'uae ctiute>

Elle eut le bonlieur de ae pu tomber et le boa gott de ne pat s'évaaouir>

Slia eut Blâme la fonie da parler, sans attendra que Ifl pàr« d'AntoinetU l'intarrogeàt,

— PanLonnefr-moi, moniieur le marguia, murmu» ra-t-elle, pardonnez-moi de me présenter ainû,,,

<— Ja n'ai rien à vans pardonner, mademoisslle, dit oauFtoisement M. do Brouage ; je n'ai qu'à vou remercier d'avoir en aauc de conflanoe en moi pour n« pas reonler devant une dénarehfl que les lots blâmeraient paat-étFe, et que je loue, c&r je •uii oertain qu'elle a nn but sérieux.

L'homme dnmonde reparaissait déjà.Le sang-fhnd evlent vite aux gens qtd oat passé la <tinqa«Dtaine,

mftme h cenx qui lurent sons-lieutenants dans leur jeunesse.

Octavle n'eut pas de peine à se remettr»en garde ; — à vrai dire, elle n'avait jamais cessé d'y être — mais elle eut l'art de paraître profondément troubléo et de balbutier une réponse qu'elle n'aurait eu aueune peine k furmuter en termes très-nets:

— Si J'avais pu espérer que voos contentiries ^ entrer encore une fois dans la maison de mon père, dlt-oUe avec effort, Je ne serais pas v«nue... je vous aurais écrit pour voua prier de...

'» Uieux vaut que vous ftoyei venue, mademoihUs, interrompit le général, qui ne crut pas devoir diiïimuler le peu de considération qu'il avait pour M. de Saint-Hélier.

Cette réplique, un peu brutale, mit Octavie tout à fait & l'aise, en lui permettant de renoncer à un r&lc d'ingénue timide qui n'allait ni & aoQ tempérament ni au caractère de sa beauté.

— Vous avez raison, monsieur le marquis, repritelle, ce n'est pas à vous d'oublier que vous êtes un grand seignenr.ce n'est pas & vous de déroger. C'est à moi de faire mon devoir, au mépris de préjugea que, je l'avoue, il m'en coûte peu de braver. Ce devoir, je le remplirai, au risque de me compromettre sans retour. Notre gloire, à nous autres femmes, c'est de nous sacrifier...

— A l'homme que vous aimez, dit doucement M.

de Brouage, Je le sais. Mais Je ne savais pas que vous eusalei la pasrion du devoir accompli.

u* vtPoatxtOÊM

n était raté deboat deront IT^ de Sunt-Hélier, et en parlant aînn, il la regardait avec une fisité qui eût déconcerté nne personne moins maîtresse d'elle-même.

— Veuillez m'éconter, monaiear le marquis, dit la flUe du chevalier. Vons n'avez pas, je aappose, oublié qn'il y a an mob, vous avez honoré de votre visite mon père, qui était absent, et qae j'eus Tbonnenr de vous recevoir.

— Certes, non, je n'ai pas ooblié cela, mademoi- •elle, ni le motif qni m'amenait.

Je me souviens anssî, moi. Tons veniez me à-

gniiîer que vous aviez défendu à M. le comte de Brouage, votre neveu, de m'épouser et je vous répondis qne cette défense était superflue, car je ne l'aimais pas.

— C'est vrai. Je rendis alors justice à la franchise de votre langage.

— Et pourtant, vous n'y croyiez pas.

— Vous vous trompez. J'y croyais... j'y crois encore. Vous m'avez donné des raisons que je me rappelle parfaitement.

— Vous rappelez-vous aussi quevous m'avez dit : b1 vous n'aimez pas le comte René, c'est que vous en aimez un autre?

— Oui, et j'ai regretté depuis d'avoir tenu unlangage peu digne de vous et de moi.

— Tous avez été pins loin, monsieur le marquis. Tous m'ftvei demandé si celui «pie j'aimais n'était

pas le secrétaire de mon père, un jeune homme qui se trouvait là quand vous êtes entré.

— Et vous avez protesté très-vivement contre cette supposition qui, j'en conviens, était déplacée. Il me semble encore vous entendre. Hais permettez-moi, mademoiselle, de vous demander où vous voulez en venir?

— A me justifier complètement vis-à-vis de vous.

— Vous justifier! mais je n'ai jamais douté de vos aitirmations... et d'ailleurs, je ne suis pas votre juge.

— Il me plaît que vous le soyei, dit lentement Oclavie, Il me plaît que vous ayez la preuve que je ne me suis pas abaissée jusqu'à mentir et que mon cœur bat pour de plus nobles amours. Cette preuve... je vous l'apporte.

M. de Brouage tressaillit. Ces singuliers discours le troublaient. Il sentait renaître en lui les feux promptement et beureuseme'nt éteints que la belle aux cheveux d'or avait allumés, par une belle journée de mal, alors qu'à-demi couchée sur le divan du cabinet de son père elle racontait de sa voix chaude et vibrante comment elle s'était passionnée, dès son enfance, pour l'héroïque colonel du 9* dragons.

En même temps, il entrevoyait un danger, peut- . être un piège, sous ces protestations chaleureuses qui lui semblaient tendre à un but caché. U pressentait que H"* de Saint-Hélier n'était pas venue pour lut laisser deviner qu'elle l'eût préféré aux

4U ViPINQLB KOW

amoarenx qu'elle reniait. L'air, le loa, 1m reganh de cette étrange et splmdlde er6ata» d« permettaient paa de iuppoier qu'elle fût rteoliw k m jeter ^ U tële d'un grand seigneur,

— Je veux vous prouver que j'ai dît vrai, reprit Octavte, «t je veux auiû, quoiqu'il en coûte & mon orgueil, expier un tort involontaire, en vous apprenant le malheur que j'ai oauté, en confessant devant vous que j'ai Mé coupable, non pas d'inienUon, mais de fait.

— Expliquez- vous plus clairement, je vous en supplia, dit M. deBrQuai;a,émupar«fl«prteiitbules inquiétants.

— Vous ailes tout savoir, monsieur le marquis, et j'eapère que voua ne vous miprendrea pas sur le sentiment qui m'inspire. Si je me suis dtoidée à parier, au risque de vous blesser cpuellement, c'est que j'ai souoi de votre honneur et que je tiens à votre estime.

— Mon honneur I répéta le général tout près da ae cabrer.

*- Ce secrétaire de mon para, commença M*** de SalDt-Hélier, oa Maroas que je déteste a osé m'ai* mer.

— Elle est folle, se dit M. de Brouage qui n'apercevait pas le moindre rapport entre son honneur à lui et la conduite plus ou moins audacieusedusieup Maroas,

— U a osé m' aimer, reprit Oelavie, et concevoir il pensée de supprimer tous oaux qu'il soupçonnait ,

de m'aimer. 11 s'est permis d'Alra jaloux de mol qui le reponsaais avec indpris. Il sHmaglnait que le oomtn René était son rival. Il a résolu de le tuer.

— Mais il ne l'a pas tué, je suppose, interrompit le général impatienté.

— m'a provoqué, il s'est battu en duel avec lui et il l'a blessé très grièvement.

M. de Brouage pâlit. René était le fils de son Arèrc et il avait en pour lui autrefois une sincère afi<eotion . Mais il se raidit contre un eentiment qu'il prenait pour une faiblesse.

— Je plains mon neveu, dit-il en s'efforçant de paraître calme, mais je le blâme. S'il s'était toujours comporté comme doit le faire un gentilhomme, il n'en serait pas venu à croiser le fer avec un drôle, qui est probablement un spadassin de profession.

— Ce spadassin est aussi le plus Imprudent do« bommes, car il a osé m'éoHre pour bb vanter d'avoir frappé le comte René, et pour ni'annoncer que le comte René ne m'aimait pas, qu'il ne m'avait jamais aimée.

Pour se venger de mes dédains, il a osé me dire dans une lettre que j'ai brûlée. maU dont je n'ai pas pu oublier les termes, 11 a osé mo dire : Voua l'aimiez, vous, et je veux que vous sachiei qu'il ne feignait de vouloir vous épouser que pour cacher ses amours avec une autre, avec une jeune Slle riche et noble ; je veux quevouasacMeï que cette jeune fille l'adore, qu'en apprenant, par un billet éertt de sa main, qu'il était blessé, elle s'est enfuie de chez son père

4n L*£PINOLB BOSE

pour le njoiadra, qn'en ce moment elle est près de lui, que, e'il meurt, son âernier baiser sera pour elle, et qne, s'il vit, c'est elle qa'il épousera.

— Une jeune fille? s'écria H. de Bronage. Soa nom 7 Vous le savez sans doute.

Octavie se leva toute droite, et ta main sur son cœur, elle dit d'une voix altérée :

— Je demande pardon à Dieu du mal que j'ai fait sans le savoir. Si j'avais pu supposer que le comte René jouait auprès de moi une comédie, j'aurais aussitôt cessé de le recevoir, et d'exciter iavolontairemeut la jalousie du misérable qui l'a

— Le nom I répéta le général avec angobse. Le nom de cette jeune fille !

— Et le jour où vous êtes venu me défendre d'épouser le comte, je me serais jetée à vos pieds pour vous supplier de me délivrer d'une situation odieuse et do faire deux heureux... je vous aurais demandé à genoux de consentir au mariage du comte Eené avec M"* Antoinette de Brouage..

— J'avais deviné, dit, le marquis d'une voix sourde, c'ebt lui qui a porté le déshoonenr dans ma miùson... lui que je traitais comme un fils. Et non content de séduire une malheureuse enfant, il la torturait en lui laissant croire qn'il ne songeait pas à elle, il inventait des machinations de Lovelace pour pousser aux dernières extrémités la folle passion qu'il lui avait inspirée. Ahl c'est trop d'io&miel

LE UÂBQIJB OB VBLODRS «53

— 11 a expié, murmura M'" de Saiat-Hélier. Il réparera. Dieu ne permettra pas qu'il meure.

Le général eut un geste de fureur et dit d'un tou

— Où est-il ?

— Je l'ignore. Marcas ne me dit pas où il a commis son crime ; je ne sais même pas d'où vient sa lettre. Elle a été apportée par un inconnu.

Depuis qu'Octavie avait commencé à débiter ce récit savamment arrangé, c'était la première fois qu'elle disait la vérité.

— Je n'aurais pas cru aux affirmations de cet homme, reprit-elle avec une émolion croissante, et aurtout je n'aurais pas eu l'audace de me présenter ïci pour vous instruire de ce que je venais d'apprendre, si le hasard n'avait fait que j'entendisse les propos que tiennent publiquement les malveillants...

— Sur ma fille ! rugit le général,

— Hier, répondit M"* de SaJnt-Hélier, en baissant la voix, dans le foyer d'un théâtre, on parlait tout haut... de la disparition de M"» de Brouage.

Elle prononça en tremblant ces derniers mots. C'était le coup décisif; elle l'avait réservé pour la fin et elle eut l'art de se faire aiTacher un aveu qui servait admirablement ses projets,

— Alors, reprit-elle, j'ai pensé à ce que devait souffrir son père... j'ai pensé qu'il m'importait peu de me compromettre pourvu que je misse le général marquis de Brouage à même d'étoulïer un scan

L'ÉPIHQLB SOBB

dale qui entache l'honneur de son nom... ma main n'aurait pas osé écrire ce que j'ai osé voua dire... j'ai eu le courage de venir... on me calomniera... on me prêtera je ne sais quels calculs honteux... je m'y attends, et je me consolerai de ce malheur, ii vous rendez justice aux aentiments qui m'inspirent.

— Vous êtes une noble femme, dit le pair de France, en prenant pour les serrer dans les siennes les deux mains d'Octavie'; je voua remercie et J9 vous jure qu'à dater de cet instant vous avez UB défenseur,

— Ah t je puis tout braver maintenant, s'écria la belle aux cheveux d'or ; que me Fait le monde, puisque vous êtes avec moil

— Oui, je suis avec vous, et j'espère vons prouver bientôt toute la reconnaissance que je vous dois. En ce moment, j'ai des mesures k prendre... il Taut avant tout que Je mette &n à une situation intolérable... le roi lui-même est intéressé à ce qa'un membre de la Chambre haute ne soit pas déshonoré par une fille imprudente et un neveu indigne. Les coupables seront punis. Quant aux calomniateurs, je me charge de leur imposer silence.

— Pourquoi punir ceux qui s'aiment? ^t de && voix la plus douce M"" de Saint-Hélier.

— Sur ce point, j*ai seul le droit de décider, répondit le général. Ceux qui m'ont si mortellemeid offensé ont cessé de faire partie de ma lanùlle. Hs ne méritent pas que vous intercédiei pour «ux.

Octavie eut un geste inimitable, un ges primait une compassion intinie pour les t et une tendre sympathie pour M, de Brouage qui venait de les maudire. Puis, ramenant son voile sur son visage, elle fit un pas pour BorLir.

— Un mot encore, reprit le marquis. Si ce Marcas revient à Paris, et il y revicndra,n'eat-ce pas?...

Octavie fit un signe afflrmatif.

— S'il revient, il se présentera chez vous?

— Peut-être. S'il l'ose, je le chasserai, répondit M"* de Saint-Bélier.

Et ses yeux d'émerande brillèrent sous ta dentelle.

Le soldat gentilhomme s'inclina devant la Ûlle du chevalier et lui dit en ia reconduisant jusqu'à la porte du salon :

— Vous me ferez donc blentôtjeijeapère, l'hoaneur de me recevoir. -'^ ni' (il' ■'1!"''^

un DD DinXIËU^V

Noie, Le troisième et dernier volume paraîtra trèg-procb^ement boqb le titre : Le* MiHion» de fcubUtUt.

RC. S - 19M

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