‹ L'épingle rose (volume 2)Chapitre 9 sur 10 · LB HABQDB DE VELOURS 8SS · texte numérisé non relu

LB HABQDB DE VELOURS 8SS

quoi ne m'écouteriez-vous pas î Etes-vons doDO liée étemellemenl à l'homme qui vous a sacrifia à sa jalooeie? Ne m'avez-vouB pas dit : Si je savais qu'il m'eût abandODDée, je me vengerais... Vous disiez cela dans ce jardin de Tivoli où il vous avait ordonné de vous rendre et où il n'est pas venu... L'avez-voua revu depuis ? Tous a-t-il seulement fait savoir qu'Q pensait encore à vous? Vous ne répondez pas. C'est donc vrai ? Il vo.us abandonne.Sa trahison vous délie de votre sennent...

— Ne le calomniez pas, murmura la jeune femmé*qni n'avait presque plus la force de protester.

Fabien, en brusquant ainsi ses déclarations, s'était emparé de prime-saut de cette ftme troublée par l'attente, par l'incertitude, par le chagrin.

L'instinct naturel ouz amoureux l'Inspira encore mienx quand il lui soufQa prédsément les mêmes arguments qae CéùHa d'Ascoli Venait d'employer pour convaincre Térésa de l'inâdelité d'Orso.

— Qui le relient î s'écria-t-il. On ne vous soupçonne plus et, lui, OB ne l'a jamais soupçonné. Que craint-il donc, ce vaillant qui se vante de ne rien craindre? Vous le savez bien. Il craint de revoir celle qu'il a Iroidement, impitoyablement condamnée au plos horrible supplice: qui puisse être iufli(;é à one Ceoune. Il n'a jamais aimé en tous que votre beauté.

— Je lui pardonne, balbutia Stella; qui donc suçait maintenant le courage de m'aimer ?

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— Moi. Je voua ai déjà suppliée de me mettre à l'épreuve. Je vous en supplie encore... arrachez ce masque et laissez-moi voue voir...

— Jamais, dit-elle en frissonnant.

— Je vous jure sur mon amour, reprit Fabien avec un élan de passion qui touctia le cœurdeTlta' tienne, sur mon honneur de gentilhomme, Je vous jure que pour moi vous serez toujours belle.

— Ne jurez pas. Voua rêvez une chose impossible. Et si je consentais à ce que vous me demandez, je n'aurais plus qu'à mourir, car ma dernière illusion s'envolerait. Epargnez-moi celte douleur et cette honte.

— Ahl je vous comprends... c'est pour tou»même que vous redoutez cette épreuve... il vous répugne de vous montrer à moi telle que votre bourreau vous a ffùte... Eh 1 bien, si je ne pouvais plus vous voir, si j'étais aveugle, vous consentiriez à m'aimer... brûlez-moi donc les yenx avec cette eau qui vous a défigurée, et soyez à moi !

Cecilia tressaillit et dit d'une voix étouffée :

— Taisez-vous... je crois... oui, je crois que vous m'aimez... mais je ne puis pas vous aimer...

— Savez-vous ce que je viens vous proposer, s'écria Fabien. Je viens vous proposer de fuir avec moi. Oh ! ne redoutez pas que je veuille m'imposer à vous. Si vous consentez à me suivre, ce sera le commencement d'une épreuve à laquelle je me Konp,etfi d'avance. Mon plan est fait. Nous irons d'abord

rejoindre une femme qui vous est chère... votre amie... votre parente...

— Francesca !

— Oui, repritle vicomte, qui connaissait le petit nom de la baronne de Casanova. Vous savez peutêtre qu'il l'a reléguée au bord de la mer, dans une ferme, près des mines du château où sont cacliéa les millions des frères de VEpingk...

— Elle y est donc encore?

— Oui, et elle y restera tant que le Iréaor qu'on l'a chargée de garder reposera au fond de l'oublielte où il est enfoui.

Elle ne sait pas où vous êtes ; elle croit que vous êtes partie pour l'Amênque, car il a eu la cruauté de lui faire ce mensonge, et elle se plaint amèrement de vivre éloignée de vous.

— Vous l'avez vue?

— J'ai passé bien des jours avec elle, sur cette cAte déserte. C'est encore lui qui m'y avait exilé. 11 voulait me faire perdre votre trace. Il m'y exilerait encore s'il l'osait. Mais je n'attendrai pas son bon plaisir. Dites un mot, et nous partirons ensemble. J'éciirai à votre tante qui fera tout préparer pour que nous puissions nous embarquer secrètement... Nous passerons en Angleterre avec elle... Des hommes à moi veilleront sur le trésor jusqu'à ce que les chefs disposent de ces tonnes d'or qui ne valent pas que je sacrifie mon bonheur...

— SUence ! dit tout à coup Cecilia.

ïi'averUBWWent n'était pas superflu, car V^wa,

»8 L'ÉPINQLB BOBB

s'était laissé aller peu à pen à parler haut, et le bruit d'uDe porte qui venait de s'ouvrir auaonçait que M. de Saint-Hélier et sa fille reprenaient possession de la loge voisine.

Le vicomte avait largement profité de leur abseoce, et il sentait aussi vivement que la jeune femme ie danger qu'il y aurait à prolonger après leur retour un entretien brûlant.

Pas plus que Cécilia, il ne se doutait que, de cet entretien, des IJoquetiôres n'avait pas perdu an mot, car il avait collé son oreille contre une fente de la cloison, et son oreille était aosai fine que la cloison était mince.

Décidé à parler plus bas, mais très désireux de rester, car il avait encore beaucoup de choses À dire et un consentement à obtenir, Fabien se penchait vers Cécilia pour reprendre ces discours passionnés qui lui réussissaient si bien, lorsqu'une clé s'introduisit dans la serrure.

Cécilia n'eut que le temps de lui dire d'un ton bref el ému :

— C'est ma femme de chambre... levez-vous...

pas un mot devant elle... prenez congé de moi et partez h l'instant.

Elle n'avait pas achevé, et déjà l'ouvreuse introduisait Teresa, que sa maîtresse avait envoyée an début de l'entr'acte parcourir la salle pour voir si elle n'apercevrait pas Orso.

La fidèle camériste ne connaissait pas Falùen et Fabien ne la connaissait pas, car elle n'avait jwnais

LE MASQUE DR VBLODItB 3S9

pitfD cbes la baronne de Caganova et, à Tivoli, elle était restée à Ventrée de l'avenue qui conduisait à la grotte du aorcier.

Cependant le vicomte comprit qu'il serait imprudent d'insister et il obéit fort à Gontre^csur à l'ordre que Gécilia venait de lui donner.

Il la saloa cérémonieusement, comme on salue une femme du monde à laquelle on vient de rendre visite, et il eut le chagrin de ne pas entendra les mût» « au revoir ii parmi ceux qu'elle balbutia en répondant à son salut.

Hais il emportait une provision de bonheur. Gécilia, celte fois l'avait écouté. Cécilia n'avait pas repoussé formellement sa proposition de fuir avec lui.

Il comptait bien ne pas en rester là, et quelque chose lui disait qu'elle Snirait par se laisser toucher.

D'ailleurs la représentation n'était pas terminée. Elle menaçait de devenir orageuse et la jeune femme pouvait avoir besoin qu'on la protégeât.

En mettant le pied dans le couloir, il avait déjà résoln de ne pas regagner sa place à l'orchestre, afin de ne pas trop s'éloigner de la loge.

Dans cette intention, il se dirigeait vers le foyer, lorsqu'il se trouva face à face avec des Loquetiëres qui se promenait dans ces parages de l'air le plus innocent du monde.

Des Loquetières, après avoir éprouvé une grande déception, venait d'avoir une grande joie.

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La conversation italienne était restée inintelligible poar lui, mais la femme maequée et l'homme qui était entré dans la loge après la sortie de la oamériate s'exprimaient en très bon franijais, et il n'avait presque rien perdu de lear causerie.

Combien il se félicitait de s'être privé du plaisir d'accompagner Octavie au foyer et d'avoir eu le courage de rester à son poste d'espion !

La patience est toujours récompensée.

Le persévérant des Loquetières venait d'apprendre en un quart d'heure et sans bouger, plus de choses intéressantes qu'il n'en avait recueilli depuis trois mois en faisant la chasse aus reuseignements.

Seulement, il lui manquait un élément d'information, comme on dirait aujourd'hui, et un élément capital.

11 entendait le causeur, il ne le voyait pas. S'il avtùt pu le voir, il aurait su tout de suite à qui il avait affaire, car il l'avait maintes fois rencontré, et il s'était même occupé de lui d'une façon toute spéciale.

Mais il ne pouvait pas le reconnaître à la voix, n'ayant jamais eu l'occasion de causer avec lui ni même de l'écouter discourir.

Dire que déjà 11 n'avait pas tiré force inductions de l'entretien qu'il venait d'épier, ce serait faire peu d'honneur à son iatelligence.

Ainsi, il était parfaitement Axé sur un point 'important ; le causeur cQospirait, la femnie aussi, el

LB UASQUB DE VELOURS 3il

comme la langue m&temelle de cette femme était l'Italien, cette femme devait être liée avec les carbonari.

Des Loqnetières tenait donc d'ores et déjà le bout d'un fil qui pouvait le mener à des découvertes de la plus haute importance.

Il avait appris aussi l'extatence d'un amant de la dame, d'an amant qui la négligeait et que le causeur aspirait à supplanter.

Amour, jalousie, rivalité ; c'était trois fois plus qu'il n'eu fallait à un policier de sa force pour percer à jour le complot le mieux organisé.

Il se voyait déjà au comble de la gloire, choyé par ses chefs, largement récompensé et traité en sauveur de la patrie, comme le furent jadis les oies du Gapitole.

Mais il lui fallait avant tout une base solide pour b&tir une accusation sérieuse.

On ne peut pas dénoncer les gens sans savoir leur nom.

Des Loquetières fut donc leste à sauter dans le couloir, dès qu'il entendit s'ouvrir la porte de la loge voisine.

Il était si pressé de courir aux renseignements de viiu qu'il négligea de s'excuser de quitter si brusquement le chevalier et son adorable fille qui venaient de rentrer quand il sortit.

Bien lui en prit d'ailleurs de s'être hâté, car il arriva juste à temps pour voir Fabien de Brouage fe glisser hors de la loge et s'acheminer à grands

tn VÉpmmsÈ rose

pas vers l'esctltfer qm descendait au rez-d6-chsa»ée du thé&tre.

Dans cette circonstance, l'élève de Foaché montra qu'il était Men nn mattre.

Un espiort vulgaire n'aoratt pas manqné de se mettre immédiatement aux trousses du vicomte, oli tout stf (DOiHs de lui dëttcdiër Un agent eiândterae — il ^ en avttit dans la salle — mec ordre de ne plus lâcher cette piste littport&Bte.

Des Loqnetiâreâ ne songea pas un setil instant à prendre ces précautioAs f^tt'il jugeait rnntites.

M. de BrOnage n'était pas homme à. dtsparattra sans qu'on pfti retrouver se ti-ace, et de plus il n'allait certainement pas quitter Paris tant que l'Italienne qu'il aimait y testerait.

Des Loquetières avait entendu la proposltioil d'enlèvement et de fuite & l'étrângeF adressée par Fabien à la femme masquée.

Donc, il suffisait de snrveiBer la Ëemme masquée, cl rien n'était plus facile, puisqu'on connaissait n demeure et ses habitudes.

Qu'elfe acceptât on non de suivre icn adoratear« elle n'allait certainement pas disparattré le atàt même ni lui non plus.

Des Loquetiéres avait touf la temps (te préparer ses batteries, d'étudier te terrain, de pousser dès re. connaissances dans tontes les directions, et snivaat àa coutume ibvarlable en parèît cas, il commença par s'isoler pour apprécier k làhAt les informatiooi ^a'tm beoretix haHtrd tensit dd Mi foaridPi {foar

Isa contrôler par le raisonnemeot, les classer, et, finalement, les iDcruster dans sa mémoire.

C'était ce qu'il appelait : donner audience à ses réflexions.

Laissant pai'tir Fabien qui lui avait lancé, en passant, un coup d'œil de mépris, mais qui ne se doiir tait jias que sa conversation avec Stella eût été écoutée, il gagna tout doucement le foyer, où il n'y avait plus personne^ car la sonnette avait rappelé les spectateurs au Ibé&tre, et la toile venait de se lever.

Là, profitant de la solitude, des Loqaetières occoadé sur un balcon, d'où il dominait le boulevard, se mit & analyser méthodiquement la situation.

— D'abord, se dit-il avec une rare modestie, il est clair qne, jusqu'à présent, j'ai manœuvré comme un sot. Dès tedébutde l'affaire, j'ai fait fausse route. Je me suis lourdement trompé sur le compte de ce neveu du général. Je l'ai pris pour un simple mauvais sujet, parce qu'il passait sa vie à jouer chez la baronne et ailleurs. Il conspirait, j'en sub sûr mainteoaot. 11 doit même occuper un grade important dans le calbonarisme, qui s'est très bien implanté chez nous, quoiqu'on prétende le coaLraire àlaPr^ fecture. 11 conspirait et il conspire encore ; il conspire même plus que jamais, ce qui ne l'empëclie pas, du reste, d'être amoureux... amoureux de qui? d'une femme à tête de mortî C'est iovraisem-

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Pourtant cette créatare masquée est véritablement hideuse. Un de nos médecins commissiooaés l'a certifié. Témoignage à contrôler. Ce docteur Ver^ don est suspect. Tout le monde est suspect.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que le ^comte vient de faire à )a dame une déclaration br&lante. Je n'en ai pas bien entendu les termes, car ils n'ont élevé la voix que vers la fin de leur colloque. J'ù compris pourtant qu'il était question d'un rival. Qui est ce rival ? qui est la femme au masque ? qui trompe-telle?... car elle trompe quelqu'un...

A ce moment, les réflexions de des LoqaeUëres furent interrompues par la voix stridente de l'illustre Bobèche, qui paradait non loin de là, devant la perle de son théâtre qu'il intitulait : r Académie des singes

— Save»-vous, messieurs, criait le roi des pitres ; savez-vous ce que c'est que le mal des maris? Ce mal est comme un arbre qui prend racine dans le cœur de l'homme, et dont les rameaux s'étendent sur son front. C'est un mal d'imagination. Peu en meurent ; beaucoup en vivent.

Le reste se perdit dans les éclats de rire âe la foule, et lies Loquetiërea, un instant distrût par les définitions du philosophe en plein vent, des Loqu^ tières reprit le fil de son raisonnement :

— Elle est Italienne, puisqu'elle parlait italien avec sa suivante... Le mari ou l'amant trompé doit être Italien aussi... Si c'était,,, non, Hemandez est Espagnol, c'est prouvé... D'ailleurs, on la surveille

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depuis trois mois, et il n'a jamais mis les pieds chez la femme à la tête de mort... Tai lu tous les jours les rapports des agents... Boni mais ce n'est p^s une raison pour que la femme ne soit pas... Ehl oui, parbleu ! la taille, la tournure, la couleur des cheveux... tout y est... c'est la sigoora Negroni.

Justement, du temps de la Casanova, le vicomte lui faisait une cour assidue. ..iln'yaplus de doute... ils se sont retrouvés... comment est-elle devenue lùde, si tant est qn'elle le soit? je n'en sais rien, et cela m'est fort égal. Mais je les tiens tous... je tiens la charbonnerie, la charbonnière en chef et tous les charbonniers.

Ma fortune est faite.

— Messieurs, glapit Bobèche, on prétend que le commerce ne va pas, c'est une calomnie. On vend et OD achète beaucoup. Moi qui vous parle, j'avais acheté trois chemises ; j'eii ai déjà vendu deux...

Cette calembredaine satirique n'était pas neuve, car l'associé de Galimafré l'avait déjà lancée sous l'Empire, au temps du blocus continental, mais elle faismt toujours rire.

Elle tomba comme une douche d'eau froide sur l'enthousiasme de des Loqnetières.

— Ce paillasse est dans le vrai, murmura-t-il. La France n'est pas riche et le gouvernement ne peut pas jeter l'argent par les fenêtres. Et puis, on ne sait plus payer un service d'Etat. Parlez-moi de Fouché. 11 allait jusqu'aux centaines de mille quand la découverte en valait la peine. On a donné trois

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tent mille tnaes k rfaomiiM qal a livré Pîehegra. Livrer le carbonaiinne, ça vaut nn million... et j'aurai peut-être dix mille écuB de gratification.... la belle poneséel ce n'est pas avec qutnEecenle livres de rente de plus que je me fend agréer par Octavie...

Et dire que je risquerai ma peau pour arriver à ee brillant résultat. Les carbonari ne sont pas tendres, et je leur suis déjà très suspect. Le colond Foumës doit être des leurs, et il me connaît bien... il me connaît trop.

Détidément, il n'y a qœ des confis à gagner avec ces gens-là, et j'aurais tort de me ntéler de leurs

Et pourtant j'ai là tme oecasîon que je ne retrouverai plus... Le préfet, les mloistres, le gouveraemeot, dorment tons anr les deu& oreilles... ils se figurent que les Pariùens ne pensent qu'à chanter : « Vive Henri quatre t... « Oaet coup ai je les réveillafE en leur prouvant qa'il y a une conepiratieB auprès de laquelle toutes les autres n'ëtai^ q«e des jeuK innocents... et que les consptratears (Hit Ba trésor de guerre... et un trésor sérieux... le vicomte a parlé de millions cachés dans ane tOHT, d» tonnes d'or enfouies dans une oubliette...

Arrivé à ce point de son examen de conscieBOe, des Loquetiëres s'arrêta tout à coup. S«g yeux brillèrent, sa figure s'illumina, sa bouche se mit à soarire.

— Quelle idée ! dit-il tout bas. Si je les d^efaais

tB MJBOra DB VBLOO Rfl ' »1

Ces toflflea d'or ( Si je raflais les millioml... ponr moi tout seul, bieo entendu... je n'ai pas du tout envie de partager avec l'Ëtat... its existent, ça n'est pas douteax,., le vicomte l'a di( et la Neg^oni n'a pas dit le contraire... et ils étaient de bonne foi, puisqu'ils ne savaient pas que je les écoutais... il ne s'agit donc que de trouver la cachette...

Ce n'est, pardieu, pas diff)die...ces amoureux ont piis la peine de me renseigner... un ch&teau en rniiies... une c6te peuft^quentée... ça doit être situé pas loin des domaines de ce charmant vicomte... et un renseignement précieux que j'oubliais... le trésor est gardé par la tante de la femme au masque... cette tante, c'est la chère baronne, et je la reconnaîtrais, quand même je la rencontrerais à Pékin, habillée en chinoise...

Ah ! cette fois, je la tiens, la fortune. Le Fabien, sa donielle et les carbonari peuvent faire les cent coups à Paris, je ne les gênerai pas... car je vais voyager... j'éprouve le besoin de prendre les bains de mer... et je dirai à Saint-Hélier que je pars pour les eanx de Plombières. .. Ehl eh! si je lui confiais mon projet, il me demanderait sa part du gâteau... U faut pourtant que j'aille le rejoindre dans la loge... il doit s'étonner de mon absence, ce cher chevalier.

Des Loquetières ne se doutait pas qu'au moment aième où il faisait de si beaux projets, M. de Saint- HéUer, au lieu d'écouter la pièce, rêvait aussi la conquête de la toison d'or et combinait une expédi-

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tioD qu'il se proposait d'entreprendre très prochainement et qui devait le conduire vers les mêmes rivages que son ami.

Des Loquetières rayonnait. Des Loquetières exultait. Peu s'en fallut que, comme Archimëde, il ne s'écriât : Eurêka ! J'ai trouvé 1

La musique enragée de Bobèche jouait l'air de la Belle Artène, de Monnigny : triomphez, bel Alcùtdorl

On eût dit que cet orchestre forûn célébrait par anticipation les succès du quadragénaire prétendant à la main d'Oclavie.

Une grosse rumeur fépondit de l'intérieur de la salle aux joyeuses mélodies qui montaient du boulevard jusqu'au balcon du foyer.

L'acte venait de finir, et les applaudissements royalistes luttaient contre les sifQets libéraux. L'affaire avait été chaude, mais ce n'était pas encore la grande bataille, et les spectateurs sortaient en foule.

Des Loquetières, tout étonné d'être resté si longtemps à réûéchir, se hâta de regagner la loge où il avait eu l'impolitesse de laisser Octavie en tëte-àtête avec son respectable père.

Dans le couloir, il se heurta contre Bemaville, qui s'exclama en le voyant :

— Parbleu ! mon cher, c'est fort heureux que le hasard m'ait jeté sur votre chemin, car je serais tenté de croire que vous vous cachez. Comment ! vous avez l'inappréciable bonne fortune de passer

LE MASQUE DE VEU)URS SiS

toute nne soirée avec M"* de Saint-Hélier, et toue ne l'accompagnez pas an foyer... et quand elle rentre dans sa loge vous tous empressez d'en sortir!

Des Loquetiëres, mon ami, je ne vons reconnais plus... TOUS que je prenais pour le dernier représentant de la galanterie française.

Et, pour TOUS punir, je ne vous cacherai pas que j'ai abusé de votre absence. D'abord, j'ai offert des glaces à la divine Octavie, et elle les a acceptées.

— l'en suis ravi, balbutia l'agent secret qui aspirait & se débarrasser de Bemaville.

— Et puis, nous nous sommés un peu moqués de vous. Elle prétend que vous avez des vues sur la millionnaire masquée et que vous êtes resté pour lui faire votre cour.

— M"" de Saint-Hélier ne parlait pas sérieusement, je suppose.

— Très- sérieusement, et nous sommes tombés d'accord que vous aviez des chances de réussir. Mais je lui ai conseillé de vous susciter un concurrent... le secrétaire de son père... ce jeune gascon...

— Mon cher, vous plaisantez fortagréablement... souffrez pourtant que j'aille retrouver...

— Le chevalier et sa charmante fille. Je conçois que vous en mouriez d'envie, et je ne vous retiens pas... au contraiie, je vais avec vous dans leur loge. Gela vous étonne? Vous serez bien pins étonné

Il 20

jSfli 'EPINGLE SOSB

quand je vous sarai dit que j'ai une ieUre à remellre è. M"* Octavie.

— Gommeat! s'écria <lee LoiiueUèires elup^ùt, vous avez une lettre à remettre à M"* de fidst- UéliBT.

— Oui, n^nidit tranqHÏliAiaent BerpaviUe.

— Une lettre de vous?

— Allons donc ! Si j'avms i. écrire « la divine Octavie, je ne vous prendrais pas pour confident, atleD4a qiM r«us êtes jaloux - copiine uo tigre.

^^Se a» suis pas j^loNV de vOfis, j.e yous assure.

— Vous avez peut-étrg torî- Mais il ne s'^t pas de moi. La lettre est d'uo autre.

— De qui?

— Je n'en sais rien, mon cher.

— Enfin, jjnj vous l'a remise ?

— Un individu que jene connais pas du tout.

— C'est incroyable.

— C'est vrai. Et maintenant que je vous ai assez fait enrager, je vais vous raconter l'histoire. Elle est curieuse.

Imaginez-vous que tout à l'heure, au moment où l'entr'acte finissait, comme je venais de prendre congé de ce cher chevalier, j'ai été accosté par un homme d'apparence assez convenable qui m'a dit «ans le mdndre préambale :

.— Monsieur, je sais qui vous êtes et je suis sûr que je. puis me fler à vous. Je voub priedonc de vou-

LE HiUQUB DB VfiLOUHS S&1

loir bien faire tenir à M"* de Saint-Hélier qae vous venez de quitter, la lettre que voici.

La prétention qu'avait ce personnage de me prendre pour commissionnaire m'a semblé un pen forte, et je lui ai demandé s'il se moqoait de moi.

Savez-vousce qu'il m'a répondu?

— Je ne le devine pas.

— Il m'a répondu le plus simplement du monde : Vous ne me comprenez pas. Il ne s'agit point d'un billet doux. J'apporte à cette demoiselle une nouvelle de la plus haute importance, et j'ai les raisons les plus graves pour ne pas lui remettre moi-même ce pli. Je l'ai reçu, il y a une heure, dans une lettre où un ami m'expliquait l'usage que je devais en faire. J'ai couru auBsitdl à la place Royale, où on m'a appris que H. de Saint-Hélier et sa fille étaient

Vous êtes libre de me refuser le service que je vous demande; maisjevouspréviensque votre refus serait peut-être la cause d'un grand malheur.

Si vous acceptez, je me Serai entièrement à votre loyauté. La seule chose que je vous demande, o'est de remettre la lettre vous-même, et, pour vous prouver que cette lettre ne vient pas d'un galant, sachez que rien ne s'oppose à ce que vous la remettiez en présence du père de M"* Octavie.

— De plus en plus extraordinaire. Et... vous allez TOUS acquitter de la commission?

— Mon Dieu I oui.

353 UÉPINGLB DOSE

— Hum ! c'est bien délicat.

— En quoi, délicat? Le chevalier est près de sa fille. Je ne me caciieral pas de lui pour déposer ce mystérieux message entre les belles mains de l'adorable personne k laquelle il est adressé. Tout se passera donc de la façon la plus convenable.

— C'est égal, i. votre place, moi je...

-^ Que feriez- vous, s'il vous plaît?

— Je m'abstiendrais.

— Il est trop tard. L'homme s'est éclipsé. Je ne peux donc plus lui rendre la lettre ; je ne peux pas non plus la déchirer; re serait un abus de confiance.

— Prenez garde. Saint-Hélier n'aurait qu'à se fAcherl "

— Cela, mon cher, m'est parfaitement indifférent. Mais vous vous trompez. Saint-Hélier ne se fâchera pas, 11 est d'un caractère 1res conciliant et' il laisse à M"° Octavie une très-grande liberté. Et, tenez 1 gageons que vous consentiriez, volontiers, à faire à ma place le service de facteur de la poste.

— Je ne m'y refuserais pas, mais ce serait unique» ment pour vous obliger.

— Merci. Je n'userai pas de vos bons offices, dit en riant Bernaville. 11 ne faut pas trop mettre à l'épreuve la discrétion des amoureux. Et vous êtes amoureux, mon bon des Loquetières.

— Oh I à mon âge I

LB UJUQUB DE TBLODRS 3S3

— L'&ge n'y fait non. Et la preuve que vous l'êtes, c'est qne voua donneriez gros pour savoir ce qu'a écrit sous ce pli le correspondant anonyme de la belle Octavie.

En parlant ainsi, le journaliste tournait et retournait entre Bes doigts la lettre qui n'avait pas, il faut le dire, l'apparence d'un poulet.

Elle était de dimensions respectables, peu propre par conséquent à être glissée en cachette dans une main féminine ou dans les plis d'un éventail.

Des Loquetières remarqua pourtant qu'elle ne portait pas le timbre de la poste, et cela s'expliquait, puisqu'elle avait été adressée à un intermédiaire.

Au fond, il était moins préoccupé de ce bizarre incident que ne le croyait Bernaville, d'abord parce qu'il avait un grand fonda de philosophie, ensuite et surtout parce qu'il pensait à la grande découverte qu'il venait défaire.

Les tonnes d'or ne lui sortaient pas de l'esprit.

Le rédacteur en chef du Drapeau blanc jugea qu'il s'était assez moqué de iui et reprit gaiement:

— Résignez- vous, cher ami, à ne pas connaître les secrets de M"* de Saint-Hélier. Elle n'en aur^ plus pour vous quand elle sera M"' des Loquetières.

Pn attendant l'heureux jour of| vous la condtiivc? Il jg-

3S4 L':ÂpiNtiLâ kà^

à raaiei, côJidaiBëz-i&oI dioé éà. lé^e. Je veux qne vous assistiez à la téoiisë dû mëSBagâ. Vûui Allez voir comme je tn'etJtends ailx amlnarades.

Cette proposition embàrfàfi^a Qtl pëù l'eepiOD. n aurait Meo voulu tester seul pour réfléchir ett- Gore à ses projets, maïB, -d'autre pati, ît était trèsdésireux dé voir la tnihe qu'allait faire bclavitî en recevant la lettre.

Il se décida doue & tUënëi- Bërtiavillè i U loge. AuBsi bien, la foule, profitant du nouvel entr'acte, se répandait dans le foyeret dans leâ couloirs. Le vicomte allait sans doute revenir t-6der ail premier étage, et des Loquetières aîiUalt Autant ne pas le rencontrer.

Par hasard, l'ouvreuse était à son poste et introduisit les déiix visiteurs.

L'étonnement de des Loquetlëre ne fut pas mince lorsqu'il vit OctaVie penchée sur l'appui de la loge et causant avec la femme an masque.

Bemaville fut moins surpris. IL se souvint que tout à rtieure, dans ie foyer, il avait conseillé en riant à M"* de SainlrHélier de lailçer Marcas à la conquête de l'héritière masquée, et il pensa que, s'intéressant & ce jeiiue secrétaire, elle lui préparait les voies.

— C'est encore moi, cher chevalier, dit-il au père qui s'occupait à lorgner la salle, probablement pour ne pas gêner sa Bile.

LE lUSQUE DE VELOURS 365

— ■ Soyez le biearetii], répondit avec empresse' ment k. ds Sftlat-Béliar. ie voi^ que vous nous ra-, menez l'ami des Loquetières. C'eBt fort heureuxi car il semble prendre à tâche de nous fuir.

— Veuillez m'excuser ; il fait si cbaud ici que j'ai été obligé d'aller respirer au foyer, se h&ta de dire le diplomate de l'école de Fouché.

— Je prends sa défense, ajouta fternaville. S'il D'est pas revenu plus ttt, c'est ma faute. Je l'ai rencontré dans le couloir et nous avons causé. J'espère que M"* de ëaint-HélJer me pardonnera de l'avoir retenu.

— Oh ! de grand côeiir, répondit dédaigneusement ta belle Octàvie.

Elle avtùt cessé de parier & l'Italienne qui â'étalt retirée dès qu'elle avait entendu la voix des nouveaux venus, mais elle paraissait peu disposée à Soutenir tine convëhatioà avec les amis de son père.

Elle coînptaii sans Bern avilie qoi prenait un tnalln plaisir à tourmenter les gens.

— Figurez-voUS, reprîtril, que ce pauvre des Loquetières sodâïe le ihartyi^, et cela è cause de vous, mademoiselle.

— Je ne comprends pas, dit avec hauteur la belle aux cheveux d'or.

— = t'est pourtant bien simple. Mon ami a un coeur et an cmur sensible, un cœur que vos charmes ont touché. Or, je viens de lui apprendre qu'un îaoODnu m'aWt chargé de vous remet^ une lettre.

— Monsieur, interrompit Octane, ces plaisanteries sont de fort mauvais goût et je vous prie de les cesser.

Je voue jure, mademoiselle, que je ne plaisante pas. Voici ta lettre.

L'irritation où les propos tant soit peu légers du journaliste avaient jeté M"' de Saint-Hélier, se changea en stupeur quand elle vit que réellement Bernaville lui présentait une lettre cachetée.

Cependant, elle la prit sans hésiter, regarda l'adresse et dit aussitôt.

— Port bien. Je sais ce que c'est.

Sa voix était calme, son visage n'avait pas changé de couleur. Seulement, Bernaville qui l'observait à la dérobée crut voir briller dans ses yeux un éclair qui s'éteignit aussitôt.

Le chevaliec paraissait beaucoup plus ému que sa fille, soit qu'il fût blessé dans sa dignité de père, •oit plutôt que, depuis certaine nuit passée au Cabinet noir dans l'exercice de ses fonctions, il se déûàt des correspondants d'Octavie.

Cependant, il ne disait mot, car elle l'avait accoutumé à ses façons indépendantes, et il ne rougissait pas vis à vis de ses amis de la laisser absolument maîtresse de ses actions.

Elle sentit du reste qu'un semblant d'explication devenait indispensable et elle ajouta :

— Cette lettre est d'un pauvre employé qui a perdu ^ pIftPQ çt f\a\ est d^ns la plus prof^ncle pii.1

sère. 11 a une femme... des enfants.., je l'ai déjà secoora et je le secourrai encore...

— J'en étais sfir, s'écria le rédacteur en chef du Drapeau blanc. Vous âtea, madenioiselle, aussi bonne que belle. Et je disais à des Lo(iaetiëres que ce correspondant inconnu devait être un malheureux qui B'adreasait k votre charité. Il faut qu'il soit malade, car il n'est pas venu luimême. Il a chargé de son message un ami fort bien vêtu, ma foi 1 et il faut aussi que le cas soit urgent, car cet ami zélé et cependant timide, puisqu'il n'a pas osé vous aborder, m'a dit que si la commission n'était pas fûte promptement, il arriverait un grand malheur.

Cette fois, Octavie pâlit légèrement et ce fut d'une Toix moins assurée qu'elle répondit :

— Ceux qui souffrent sont toujours pressés. Je m'occuperai dès demain de cet infortuné.

— Pourquoi pas ce soir? demanda malicieusement le journaliste. Je conçois, mademoiselle, que vous ne puissiez pas quitter le epectacle pour aller faire l'aumône à un pauvre diable. Mais je m'offre à vous remplacer, et je suis sûr que des Loquetières viendra avec moi lui porter de l'argent, si vous voulez bien noua apprendre son nom et son

Octavie dissimula très mal un mouvement d'impatience et ne se h&ta point de répondre.

— Et, j'y pense, reprit Bernaville en élevant la voix de telle sorte que la dame masquée devait cn-

3}8 (,'ËPINGLB TtOSS

tendre très-bien ce qn'il disait, n noas fnsioHs nite BOuscriptiOD entre nous poilr veair en aide à votre protégé? Ub employé deslitnd... ane femme... des enfants, cinq ou six peut-être... est-il rien de plus toscttant?... Moi qui ne suis pas ri«ke« ye donne deu£ louis^ et je taxe des Loqueti^es à trois... Quant & ee cher chevalier, je u'en rapporte à sa générosité.

— Vons êtes trop bon, en vérité, dit M"* de SsinL Hélier, p&le de colère.

— Et Je suis certain que si vous toaliez btea faire appel au bon coeur delà personne qui causait avec vous lorsque je suis entré, cette personne ne refuserait pas de joindre ses bienfaits aux vôtres.

Ce fut dit si haut, que Cécilta se crut obligée de ne pas garder le silence.

Elle avait échangé qoelqnes phrases de politesse avec H"* de Saint-Hélier, qui avait montré beaucoup d'empressement à lier conversation avec sa voisine de loge, et la merveilleuse beauté de la fille du chevalier t'avait vivement frappée.

Cecilia, en sa qualité d'Italienne, était née artiste, et cette splendide Octavie la charmait comme l'aurait charmée un tableau de Titien.

Elle se sentait attirée vers la fille du chevalier et elle saisit volontiers l'occasion de renouer on entretien ébauché.

— Je serais bien heurense, miumura-t-elle, de ' m'associera vous pour une bonne œuvte.

LE HAfiQDB DS VELOUBB

— Ah! auLdemoùeUe, s'écrie fieriiavillâ, ravi du succès de sa lœe, maù^ttenant ivous ne pouves plua reftiser de lire vite la UUre de ce malheureux et de mous af^readre ce q^a'd demaade.

Octavie étouffait de rage, mais die eutaeeoatenir et prendre iia parti,

T- Vous avez raison, monsieur, dit-elle froideioeQt, il ne faut pas faire attendre les puivres.

Ei /aie jOu vrilla lettre.

Pendant qu'elle la lisait, les trois hommes réunis dans la loge formaient un tableau iaUreseajot à regarda-

S^ÎBÏ-IIéli^.aasez ùiqstet, tAchwtde cooaeryer uo aîr«HJestueuse«eBtiii(UJB'ét«at.

Diks Ijoqt^ères, intrigué su point d'oublier nu)- MeBtaoéMe«t \e trésor de l'oubtieUs, ttudiaU eme beB«co«() d'atteatijo^ la physionomie de la liKinim

Sersaa'iUe riait &oub cape et feignait d'être ému, aion qu'il BA se sentait pas d'ai^, car cet ardent polémiste avait un peu le naturel du singe ; il adorait le» «étants tours.

Oct^jri* fie ebargea de Le décoacwrter,

— Je vous remercie, madame, au nom de ce pas ¥1» homm4, dil-«lJje à sa voisine d^ loge ; et vous aussi, monsieur. Je vous remerisie de vos oSt'es de ■erviee, tama je dois lee décliaer, ear eum l^i^gé m'anaoBce qu'il vient djs recueillir un potit héritage et qu'il sera replacé si une personne induenlA

I/ËPINGLB fiOSE

veut bien le recommander au ministre qui Va destitiié. Il me supplie d'écrire au plus vite & celte peraomie... au père d'une de mes amies de pension. C'est ce que je ferai demain.

Ayant dit, M"* de Saint-Hélier plia la lettre et la mit dans son corsage.

Le chevalier hocha la tête d'un ntr satisfait, quoi qu'il De crût pas un mot de ce que venait de dire sa fille ; des Loquetières baissa la tête sous cette averse de mensonges, et Bernaville se coateata de sourire. Il pensait :

— Elle est très-forte.

Oclavie était encore, plus forte qu'il ne le supposait ; la lettre, écrite par Marcasgétait ainsi conçue :

■ Vous m'avez dit de vaincre, j'ù vaincu.

J'ai forcé l'homme à se battre avec moi. Il ne vous gênera plus car, s'il n'est pas mort, il va mourir. Je l'ai laissé, la poitrine trouée d'un coup d'épée, couché sur le sol d'un jardin, an fond d'nne maisonnette isolée, dans un hameau ignoré. Le duel n'a eu qu'un témoin qui ne me dénoncera pas.

» Moi, je sois blessé, je souffre horriblement, mais je ne me plains pas. Tout mon sang est à TOUS.

u J'ai pu trouver un asile sûr, gr&ce à on brave docteur qui mepromet de me guérir. Il dit que ce sera long. II se trompe, car je suis fermement résolu à revenir à Paris, dès que je pourrai me tenir debout.

IB MASgUB DE TELOUBS 361

I) Avant le combat, l'homme a écrit une lettre t}ui a été mise à la poste, j'en aï la preuve. Celte lettre était adressée à sa cousine,

» Tous ne croirez plus qu'il vous aimait, n'est-ce pas?

» A Tivoli, le soir où je vous disais que je voudrais exterminer jusqu'au dernier cette race d'aristocrates, vous m'avez répondu : la plus jeune de cette race est une femme et votre épée ne peut rien contre elle. Les femmes ne meurent que d'amour.

M Antoinette de B... sait maintenant que Itené de B... est perdu. Croyez-voos qu'elle lui survive?

» Je vous écris par l'intermédiaire d'un ami, le seul à qui je me âe. 11 fera en sorte que ce message vous soit remis à vous-même, aussitôt qu'il lui parviendra.

M Je ne voua demande pas de me répondre. 11 faut prévoir le cas où ma lettre tomberait en d'autres mains que les vôtres. Tout arrive. Mieux vaut donc que vous ignoriez où je suis en ce moment.

Bientôt, vous me verrez. Mais je ne me montrerai pas chez votre père. Il me demanderait pourquoi je porte le bras en écharpe.

M Laissez ouverte, tous les soira, de dix heures à onze heures, la fenêtre de votre chambre qui donne sur la place Royale.

» Un soir, quelqu'un y lancera une clé enrouléâ dans un papier. Quand vous aurez lu les lignes tracées stlr ce papier, vous saurez ce qu'il faut faire 1 21

m ' L'éPlKOLB B08E

de la clé, et si Ghimène juge que j'ai mérité le prix, elld aéra à moi, comme je suis à elle. »

Ce billet, fort peu douï, n'était signé que d'uae initiale, un V. Mais Octavje n'avait pas besoin que le nom de l'auteur fût au bas pour reconaitre doqsenlement l'écriture, mais le style de Marcas.

Le Gascon s'y révélait à chaque ligne. Lui geai avait pu trouver ces phrases ambiguës et pourtant Bigniûcativea, affecter cette simplicité dans le récit de son exploit homicide, et pasticher avec celte outrecuidance le laconisme héroïque du grand Corneille.

Kt il fallait en vérité qu'Octavie fût de la m6me force que ce méridional & tout faire pour dissimuler aux yeux des trois hommes qui l'observaient l'émotion que venait de lui causer la lecture de l'épltre de Victorin.

Il est vrai qu'on cache plus aisément la Joie qui vous exalte que le chagrin qui vous abat.

Le message qu'elle attendait impatiemment depuis deux jours était plein de bonnes nouvelles.

René mort ou blessé mortellement ; le vainqueur retenu loin de Paris par un coup d'épée ; la certitude d'être débarrassée de deux amoureux incommodes ; c'en était assez pour que M'" de Saint- Hélier se réjouit, et le succès passait son espélance.

Mais le passage qui avait trait à la fille du général valait mieux que tout le reste de la lettre, car il

VtPlSaLi ROSE M8

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comblait les vœnx de l'ambltieiise flUe da chevalier.

-Àntotastta ds Bioiiaga It giaait, et «Ua com mm|ait & croire qu'an fraf^aat René, Uaroof avaittué Antoinette de Brouage.

El, pour que rien oe raanqalt & ton boahenr, Bemaville venait préoicément 4e lui «ppruidre qaa Madâni^ulle de Brouaga avait dùpam.

Où était-elle allée? Octavie le devinait «t h & sait avec an ^ssaillement d'orgueil :

— Morte on déshonorée, c'ait toui un. Le mar* qnU n'a plus de fille, £t il m'a suffi de vouloir poiu que cela fftt.

— Mes complimente bien nnetoi, mademoiaella, s'éeria Bemaville. Non contente d'aider da vos aumAaes les gens destituéaj vous leur tendes les places qa'U ont perdues. Si jamais on me retire 1« réda»» tion du Drapeau blanc, je me recommaiidnaî A vous.

Mais qu'avez-voQS donc, mon cher? ajouta l'impitoyable railleur en s'adressent i des Loquetiéras qui Msait assez piteuse mine. Vous voilà tout troublé. M'en voudrieZ'Voua par hasard de m'ètre chargé du message de ce pauvre diable 7

Un roulement de tambour, ponctué de qaelquea coups de grosse caisse, éclata dans l'orchestre, fort & propos pour éviter à l'élève de Pouché l'embarras de répoudre.

— Oh I oh ! dit le jouniaUste, on va commencer le troisième et dernier acte. C'est maintenant que

ViPISQLB ROSE

va s'engager la grande bataille. Il faut qae je sois à ~ mon pOBte... d'autant que lea libéraux me font l'effet d'être en majorité. Si on en vient aux conpD, j'en veux ma part.

Soul^z donc, chevalier, que je vous quitte, et TOUS, mademoiselle, permettez-moi de vous féliciter encore, avant de prendre congé de vous et de ces messieurs.

Voua êtes la charité en personne ; vous consoteK tous lesafdigés, ajouta Bemaville, en désignant du doigt la loge voisine.

Puis, baissant la voix et se penchant vers Octavict de façon à n'être entendu que par elle :

— Pour compléter vos bienfaits, vous n'avez plus qu'à trouver un mari à cette infortunée millionnaire. Quel beau parti pour un jeune secrétaire intime I Pensez donc k ce que je vou? ai dit au foyer.

L'avis était superflu. M"' de Saint-Hélier y pensait & cet avis donné au hasard par un journaliste gouailleur, car elle entrevoyait que bientôt Marcas serait une mauvaise carte dans son jeu, une carte qu'il faudrait écarter à tout prix.

— Voudra-t-il d'elle ? se demandait Octavie. Oui, si elle a vraiment des millions, car il est ambitieux. Mais voudra-t-elle de lui? Pourquoi pas 7 Je vois bien que je lui plais. Je n'aurai pas de peine à me lier avec elle et je tâcherai de l'amener à agréer Harcas. Si je payab de ce prix-là le coup d'épée qu'il vient de donner au comte de Brouage, il n'aurait pas à se plaindre de Chimèue.

Lfi MASQUE DE VELOURS 365

Bernaville ayant lâché ea dernière bordée de malices, s'eaquiva, et ceux qu'il venait de bombarder restèreut livrés à leurs réflexions.

Lea deux bommes n'étaient pas de très bonne bameur, mais M"* de Saint-Hélier éprouvait les mêmes sensations agréables qu'un joueur d'échecs qui vient de prendre la reine de son adversaire.

Laissant le chevalier et des Loquetières bouder tout & leur use, elle s'accouda sur l'appui de la loge, tout près de la cloison, afin d'être à même de renouer l'entretien avec la femme masquée.

Gécilia ne le fuyait pas cet entretien, et elle s'étût décidée depuis le dernier entr'acte à abaisser le grillage qui la dérobait à la vue des spectateurs.

Elle n'espérait plus voir Orso et elle cherchait à oublier, en causant avec la belle inconnue que le hasard avait placée à c6té d'elle, les paroles brûlantes qu'elle venait d'entendre delà bouche de Fabien.

Elle ne songeait pas que, du coin de l'orchestre, où il était venu se placer en la quittant, le vicomte la dévorait des yens et qu'il souffrait horriblement de voir qu'elle parlait à Oetavie.

11 se demanâiùt qnel charme cette magicienne aux cheveux d'or avait pu employer pour décider sa voisine à loi répondre, et dans quel but elle avùt engagé une conversation avec Stella Negroni.

Et en même temps il se jurait d'avertir l'impra-

366 L'KPIHOLB »OSB •

deute ItalieDoe do danger qu'elle courait en nouant des relations avec la fille d'un espion.

Pour le moment, il lui était impossible de bouger, car tous les spectateurs ayant repris leurs stalles, il se trouvait bloqué dans l'orcliestrei et la toile se levait.

Un murmure flatteur accueillit le décor qui apjiarut aux yeux d'un public p«u blasé sur les effets de mise en scène.

L'acte précédent s'était passé dans le palais du roi de Danemark, palais fort mal meublé et plus mal habité encore, car les seigneurs qui formaient , la cour de l'usurpateur Seward avaieiit l'air de descendre de la CourtUle.

Mais cette fois le théâtre représentait une gwge au bord de la Baltique, et les artistes qui avaient brossé ce tableau s'étaient évidemment proposé de montrer, rassemblés dans an espace de quelques pieds carrés, les sites les plus extraordinaires et les plus disparates.

On voyait tout à la fois la mer, une mer empourprée par les feux d'un volcan qu'on apercevait dans le lointain, un glacier suspendu au flanc d'une montagne escarpée, une forêt de sapins, un ravin avec l'inévitable pont du torrent, quelques pierres drui-, diques, et, au beau milieu de ce paysage compliqué) uii monument bizarre qui tenait de la pyramide at. du bastion, car il était pointu par le haut et massif à sa base.

Ia destination de ce gracieux édiûce était indiquée

par une iDscripUon tracée en lettres rouges sur ses portes de fer.

C'était le Temple de la mort, dont it avait été plus d'une fois question dans la pièce.

En ce tempa-Ià , qui fut l'âge d'or du mélodrame, les auteurs ne se piquaient pas de varier les situations et sacrifiaient volon liera la vraisemblance aux effets scéniquea. Les ingrédients de cette cuisine théâtrale étaient toujours les mêmes : un tyran barbare, un chef de brigands, une innocente persécutée, un amoureux naïf, un niais et un traître.

On s'en sert encore à présent, mais on les accommode à une autre sauce, pas beaucoup plus Ëne.

Quant au style, il n'a pas trop changé, et les tirades boursouffléea d'Ogier le Danois auraient encore un certain succès sur nos théâtres du boulevard.

11 rôdait ce brave Ogier, déguisé en ermite, autour de Temple de la mort ; il guettait Seward, et en attendant que ce scélérat parût, il se livrait à une violente sortie contre les fauteurs de révolutions, cachant leurs affreux projets sous une feinte douceur, et il leur prédisait un châtiment prochain et exemplaire.

— C'est ce qui vous pend au nez, messieurs les libéraux, dit assez haut pour être entendu des spectateurs du parterre un royaliste placé à l'orchestre.

Cette interruption maiséante, il faut en convenir, déchaîna l'orage, .

ses L'ËPINOLE ROSE

Des sifSeU éclatèrent sur tous les pointe de la ealle. Les applaudissements orthodoxes s'efforcèrent d'étouffer l'aigre bruit des clés forées, mais ils n'y parvinrent pas, et le perfide Seward fit son entrée au plus fort de la tempâte.

11 venait dans la louable intention de s'approprier les trésors qu'il supposait avoir été cachés par le clergé du pays dans les flancs d'une idoU placée au fond du temple, et il accosta aussitôt le faux ermite pour lui demander des renseignements que celui-ci s'empressa de lui fournir.

— Ne trouvez-vous pas que cette pièce est tnepteî dit Octavie à sa voisine masquée.

— Je suis étrangère... il m'est difficile de la juger, murmura Cécilia, mais elle ne m'intéresse pas et je me propose de ne pas l'entendre jusqu'au bout.

— Je n'attendrai pas non plus la fin pour partir, reprit M"* de Saint-Hélier qui avait formé le projet de sortir en même temps que le femme au masque.

Des Loquetières et le chevalier n'entendirent pas ce bref dialogue. Ils écoutaient vaguement la pièce depuis qne, sur la scène, on parlait de trésors, et les millions dn Temple de. la mort les faisaient songer aux millions de l'onbUette.

Chacun des deux amis ruminait en ce moment même an plan qu'il se serait bien gardé de communiquer à l'autre.

Seulement, le plan du chevalier était plus avancé

LE HASQUS DB VELOURS 3(i9

que celui de des Loqnetières, parce qu'il y avait plus longtemps qu'il y travaillait.

Ogier le Danois aussi avait un plan, et il savait bien ce qu'il faisait en révélant à Seward qu'il suffisait de presser un bouton caché dans la barbe de iBtStatue dévorante -pûar que cette statue, laquelle n'était, distùtrîl, qu'un coffre-fort, s'entr'ouvrlt et livrât tout l'or qu'elle contenirit au hardi chevalier qui oserait grimper sur ses genoux.

Seward le remercia et marcha droit au temple en g'écrianl :

« — Richesses soustraites par la rapacité des druides à la crédulité des peuples, vous allez donc enfin m'appartenir I

» Scélérat l murmura le preux Ogier, ce ne sont

pas les richesses accumulées parles pieux ministres de la religion qui vont l'appartenir, c'est toi qui vas appartenir k la mort. »

Cette réplique en aparté fit impression sur Boulardot qui dit assez haut à son épouse :

— La pièce est bien écrite, mais elle donne de pernicieux exemples. H n'est pas permis de pousser un homme dans un piège où il doit périr, surtout quand cette action indélicate n'a d'autre but que d'immobiliser les biens du clergé.

Cette sentence prudhommesque trouva de l'écho à la galerie ; un des voisins du caporal se mit à menacer du poing Ogier le Danois et à lui crier :

— Toi, tu n'es qu'un jésuite I

870 L'BPDfGLB ROBB

— A bas ieg jésuites I répétèrent en chœur les gens du parterre.

— N'y va pas, Melchior, vociféraient les gamins du paradis, «n appelant par son nom d'acteur Sevard qui s'acheminait vers le temple, n'y va pas, mon viens. La statue va te manger.

Alors commença un tumulte indescriptible qui ne permit pas aux gens paisibles d'admirer l'effet de l'ouverture des portes du Temple de la Mort, au fond duquel e'ëlevait la itatue dévorante.

Elle méritait son nom, car lorsque le traître se risqua dans ses bras, elle l'absorba si bien qu'il n'en resta plus vestige,

— Juste punition de la révolte et de l'impiété, dit Ogîer en levant les bras an ciel. Aitlsi périssent tous les ennemis du trône et de rdutéi 1

— Bravo 1 c'est le neuf thermidor I cria un officier de la garde.

— Vive Robespierre! riposta un Citoyen qui reçut aussitôt un violent soufflet.

Cent bras se levèrent à ta fois ; les spectateurs de l'orchestre se ruèrent sur ceux du parterre, et Cécilia, qui assistait d'en haut à cette bataille, pâlit en apercevant au plus foi-t de la mêlée le vicomte de Brouage entouré de gens qui le menaçaient.

Autrefois, quand Fabien la poursuivait de ses assiduités dans le salon de la baronne, elle ne se souciait guère de lui quoiqu'elle devin&t déjà qu'il l'aimait sérieusement.

Alore, elle appartenait tout «atiêre 4 Orso ; les

autres hommes n'esiataiect pas pour elle, et elle se préoccupait si peu de sonjeune adorateur qu'elle ne s'était point émue en apprenant qu'il allait être soumis à une épreuve où sa vie était en jeu.

Mais trois mois s'étdent écoulés, trois mois d'isolement et de souffrances indicibles.

Cécilia commençait k désespérer de revoir Orso, et à maudire la nuit Fatale où elle avait cru k ses serments de fidélité étemelle.

Dans cette kme exaltée, l'abattement succédait vite à l'enthousiasme, et ne pouvant pas se résigner à vivre sans amonr,ritalienne songeait à mourir.lorsqu'un hasard, doublé d'une déception cruelle, la mit face à face avec Fabien dans la grotte de Tivoli.

L'entrevne avait été courte, et Cécilia s'était si bien gardée de tout entraînement que Fabien était parti non pas découragé, mais désolé.

Et pourtant déjà Cécilia mentait à elle-même et à Fabien quand elle soutenait qu'Orso l'aimait toujours, quand elle jurait de n'être jamais qu'à lui.

Elle avait même plus d'une fois failli laisser éclater ses véritables sentiments, pendant que l'amoureux vicomte lui prouvait que le chef des carbonari la délaissait pour conspirer, qu'il la dédaignait depuis qu'elle s'était volontairement défigurée.

Et, après cette scène brûlante, lorsqu'elle s'était retrouvée seule dans la luiLueuse demeure qui lui tmtâX de prison, livrée sans défense à toutes 1<'9

312 I/ÉPINCLB R088

tentations que lui suggérait le désespoir, elle n'avait pas pu s'empêcher de comparer l'ardeur du vi. comte de Brouage à rindiSTérence du prince de Gatanïaro.

11 n'avait pas changé ce jeune Français qa'elle accusait naguère de légèreté ; l'absence n'avait fait qu'accroître son amour, et en apprenant que la beauté de CéciUa n'existait plus, il s'était écrié ; c'est vous que j'adore et non pas votre visage. Si TOUS doutez de ma sincérité, mettez-moi à l'épreuve.

Celte épreuve, pour rien au monde elle n'eût consenti à la lui imposer, et elle se disait que le seul parti qu'elle pût prendre, c'était de fuir, de se réfugier en Amérique, ou du moins Francesca Ranese viendrait la rejoindre.

Elle avait eu bien souvent la pensée d'enfreindre la défense d'Orso et de se présenter chez lui, au risque de le compromettre gravement.

La crainte d'être repoussée par cet ingrat la retînt. Elle aima mieux se condamner a l'exil que de s'exposer à ce mortel aËfront,

La tentative qu'elle faisait en venant au Panorama-dramatique devait être la demiôre. Elle avait arrêté dans son esprit de partir sous très peu de jours si elle n'y rencontrait pa? son inâdèle mari.

Et c'était Fabien qu'elle y avait rencontré,PabîeD, plus épris, plus enthousiaste, plus dévoué que jamais, Ftibien tout prêt à lui donner sa vie, Fabien

qui la suppliait de lui permettre de la suivre & l'étranger, Fabien qui lui offrait précisément d'emmener Francesca qu'elle souhaitait tant de re- Toir.

Cécilîa eu était à se demander si elle continuerait à lutter contre la destinée qui la poussait vers M. de Erouage, lorsque le tumulte éclata au parterre.

La toile venait de tomber, et les spectateurs des deux partis n'ayant plus rien à voir sur la scène, ne songeaient plus qu'à se ruer les uns sur les autres.

Ce dénouement était prévu, quoiqu'il ne figur&t pas sur les afSches qui aanonçslent que la Statue dévorante dévorerait le traître à la &n du troisième acte, et chacun se promettait d'assommer un ou deux adversaires politiques.

Le souvenir de la première représentation de certaine tragédie de M. Arnault Était encore assez récent pour que les royalistes qui avaient eu le dessous au Thé&tre-Français se proposassent de prendre leur revanche au Panorama- Dramatique.

Le soufflet donné par un officier à un admirateur du régicide Seward donna le signal de la bataille.

En un clin-d'œil, d'innombrables horions furent échangés, et beaucoup de combattants roulèrent sous les banquettes ; mais, grâce à la sage interdiction d'entrer au théâtre avec des cannes, les poings furent d'abord la seule arme dont on se servit, et OD pouvait espérer qu'il n'y aurait pas trop de sang répandu.

Malh«ur«uieitieat, quelquei viettx grognard*

37i . L'ÉPINGLE ROSE ___

avaient eu l'idée de cacher, aous les longues capotes dont ils s'afTublaient, marne au mois de jubi, des gourdins noueux qu'ils appelaient des Germanieus, depuis la mémorable soirée théâtrale où ils avaient donné tant de coups de trique.

Ils s'élancèrent du fond du parterre pour tomber sur les royalistes de l'orchestre, ce que voyant, les militaires qui s'y trouvaient en uniforme dégainèrent sans plus tarder.

Fabien allait sortir pour t&cher de rejoindre à la sortie Celle qu'il appelait encore Stella Negroni, lorsqu'il fut emporté malgré lui vers le milieu de Is salle par un flot d'assaillants.

Force lui fut de prendre part h l'affaire, qnoiqu'U n'en eût aucune envie, et sa mauvaise étoile l'amena au milieu d'un groupe d'ofSciers qui venaient de mettre le sabre à la main pour se défendre.

Presque aussitôt un coup de pointe qui ne Itii était probablement pas adressé lui efQeura la poitrine en trouant son habit.

C'en fut assez pout- qu'il oubliât en un instddt tous ses projets de sagesse.

Saisissant l'épée d'un garde du corps qui n'avait pas encore eu le temps de la tirer du fourreau, il sauta sur une banquette et il se mit aussitôt' à iif-railler contre tout venant.

U eut bientôt deux ou trois adversaires et U 4ut la chance d'en toucher un qui tomba.

Alors, commenfa une mêlée indescrïiiiible, et

- Cj.l:™b,GOOgIC

LE MASQUE DE VBLOUaS 375

l'imprudent vicomte devint, pour ainsi dire, le pivot de la bataille.

Cécilia le vit ie feràla main, ies cheveux en désordre, les vêtements déchirés, assailli, entouré, pressé de tous les calés ; elle entendit les cris, les vociférations, les menaces qu'un lui adressait; et elle se rejeta dans le fond de sa loge en disant à Térésa :

— Sainte Vierge, protégez-le. Ils vont le tuer. M'" de Saint-Hélier avait l'oreille fine, et elle

savait assez d'italien pour comprendre le sens de cette courte phrase, prononcée dans la langue du Tasse.

Elle aussi, elle avait aperçu M. de Brouage s'escrimant avec rage, et elle l'avait très-bien reconnu, car, au premier entr'acle, il s'était montré un instant au foyer, et Bemaville l'avait nommé devant le chevalier et sa fille.

— C'est au frère de René qu'elle s'intéresse tant, pensa aussitôt Octavie. Est-ce que par hasard elle l'aimerait ? Ce serait une coïncidence singulière et qui pourrait me servir.

Des Loquetières savait maintenant à quoi s'en tenir sar les liens qui unissaient le vicomte à la femme masquée, et il se proposait aussi de tirer parti de sa découverte, mais pour le moment il songeait à se rendre dans le cabinet du commissaire de service au théâtre.

Des Loquetières avait un rapport à faire au préfet «t ce n'était pas le otontent de aiani)uer à son devoU'

376 L'ÉPINGLE ROSB

professionnel, car il allait avoir un congé & demander à ses chef^, et dans les circonstances politiques d'alors, un congé était pour un espion de haut vol une faveur assez difBcil^ à obtenir.

— Cette bagarre me parait prendre des proportions inquiétantes, dit-il. Je vais aller voir ce qui se passe, car je crains que nous n'ayons de la peine à sortir du théâtre.

— Oui, dit ironiquement Octavie, allez voir ce qui se passe et ne craignez rien pour moi, mon père sufGra à me protéger.

Des Loquetières ne se le fit pas dire dens fois. En d'autres temps, il aurait eu honte d'abandonner ainsi l'ami Saint-HéUer et sa charmante fille, mats maintenant il était absorbé par une idée "fixe.

Il ne voyait ni Octavie, ni la femme au masque, ni Fabien de Brouage : il voyait des tonnes d'or.

Il s'esquiva donc Su promettant de revenir, quoi-' qu'il fût bien décidé à ne plus s'occuper, ce soir-là, que de son service.

A peine eut-il quitté la loge que M"* de Saint- Hélier dit à son père :

— Nous'ne pouvons pas laisser celte jeune femme partir seule. Je vais lui offrir de l'aider à traverser la foule et de la ramener chez elle dans notre voiture.

— Diable 1 mais c'est que j'aurai déjà fort à faire avec toi, murmura le chevalier. Je suis sûr qu'on s'étouffe dans les escaliers.

— N'importe. Il te faut, répondit Octavie d'un ton décidé.

Et ouvrant la porte de la loge, elle sortit pour aller chercher son intéressante voiaine.

Elle n'eut pas la peine de frapper à la loge ([n'occupait la femme masquée. Térésa effrayée avait ouvert anssi et pressait sa maîtresse de la suivi-e.

Mais Cécilia restait immobile, et regardait avec effroi la bat^Ue acharnée qui se livrait au-dessous d'eUe.

Les combattants étaient devenus à peu près invisibles, car leurs trépignements avaient aoulové d'épais nuages de poussière et presque tous les quinquets de la rampe étaient déjà éteints, les verres ayant été briHés par les pix>jectiles variés que lançaient au hasard les polissons perchés aux étages supérieurs.

Les paisibles spectateurs des premières galeries et des loges avaient quitté précipitamment leurs places et se h&taienl vers les sorties du théâtre.

Ils obstruaient déjà les couloirs, à tel point que la circulation y était très difTicile.

— Venez, madame, fit Octavie en posant sa main finement gantée sur le beau bras de Cécilia. Seule avec votre femme de chambre, vous ne parviendriez pas à. vous tirer de la foule. Mon père nous fera faire place, mais nous n'avons pas un instant à perdre.

Cécilia était si troublée qu'elle se laissa entraîner sons répondre un seul mot.

Fabien avait disparu dans la mêlée, et elle se disait qu'il devait être tombé sous les coups de ses adversaires.

m VÈPWOÎX H06B

— Ah ! mormura-t-eUe, il était seul à m'aimer encore : s'il est mort, je n'ai pins qu'à moarir.

Et elle Boivit M'" de Soinl-Hélierqui avcdt conservé tout son sang-froid et qui dit aussitôt à ioa père de se placer devant elles et de leur frayer le cbemin.

Le bon chevalier n'était pas taillé en briseur cl'obâlacles, mais il avait encore une certaine vigueur, et il sentait la nécessité d'agir en toute hâte.

Il prit donc le poste que lui assignait Octavié et il poussa de son mieux pour ouvrir un passage & lui et aux trois femmes qui le suivaient.

Le couloir des premières n'était pas trop enconibré, et tout alla assez bien jusqu'à l'escalier.

Là, on rencontra les spectateurs qui descendaient des secondes, et la cohue devint plus épaisse.

Tous ces gens effarés se bousculaient à qui tnieilx mieux, et ils avaient si bien perdu la tête que nul ne fit attention à la femme masquée.

Cependant, M. de Saint-Hélier et ses protégées arrivèrent sans accident au bas des degrés tournants qu'ils aviùent eu tant de peine à descendre, et ils purent croire un instant que tout danger était passé.

Malheureusement, les architectes qui àvaletll construit le thé&tre du Panorama avaient Uëgligô de ménager des issuesd'une largeur suRisante.

La double porte qui donnait sur lë boulet&rd était beaucoup trop étroite poiii* lâiâàer pasâér IS flot des spectateurs, qui se pressaient pàar êtAlJf.

LE MABQUE DS VEU>DRS î'.i

Il se prodniait alors ube confusion effroyable, et le danger devint Eérieax.

Le chevalier, surexcité par le péril, faisait des efforts inouïs pour avancer, et n'y parvenait pas.

Gécilia, Octavie et Térésa ne faiblissaient point, mais les autres femmes qui se trouvaient dans la feule poussaient des cris affreux et s'accrochaient au hasard à leurs voisins.

Et parmi les hommes, il y en avait aussi que la peur talonnait) et qui poussaient violemment, sans s'inquiéter d'écraser les faibles •

6ient6t, ce fbt encore pis.

Un détachement de soldais arriva pour remettre l'ordre dans ta salle« et l'officier qui commandait eut la fàchense idée d'entrer par la porte qu'obstruait la fhale.

Et, par surcroît de thâlheUf, les combattants de l'orchestre et Aa parterre ert^ahltetlt au mSme instant le couloir du rez-de-chaussée, car la bataille avait pris Ûa sans qu'il ^ éât tll VClltiqueurS tii vaincus.

Les b&tofls s'étaient roihptis, leâ ëfiées s'étaient brisées ; las de frapper et de ferrailler, royalistes et libéraux abandonnaient le terrain eii y laissant qqelqlies blessés, et âë hàtaisht d'évacuer la salle, pour évitet- d'être eltt-ètés par la garde.

Entre ces deux courants contraires, — les soldats qui voùlalâilt étirer et leà tàpagetirs qui voulaient tbtÛt, — Sb troilVStëht pm, avèâ bleh d'auUes

?,m L'ËPINOLE DOSE

Rpectaleurs et spectatricee paisibles, H. de Saînt- Ilélier, sa fille et les deux Italienaea.

Pour le coup, le chevalier se crut perdu, et Octavie eut peur.

Gécîlia éleva son &me h Dieu et se prépara à mon-

11 7 eut alors comme un déchirement daas le groupe qui les étreïgnail tous. U se disloqua brusquement, et ses fractions furent poussées dans des directions opposées.

Saint-Hëlier, sa fille et Térésa, entraînés par une force irrésistible, se trouvèrent sur le boulevard sans savoir comment ils y avaient été portés.

Gécilia, violemment séparée d'eux, fut jetée dans le corridor circulaire qui entourait le parterre.

Là, l'obscurité était profonde, l'air manquait, et le flot humain resserré entre deux murailles trèsl'approchées roulait comme un torrent.

La jeune femme jeta un cri, un seul, et perdit connaissance.

Si la masse humaine qui l'entourait eût été moins compacte, Cécilia serait tombée et elle eût été infailliblement broyée sous les pieds des gens qui se sauvaient.

Mais elle se trouvait serrée comme dans un étau, portée, pour ainsi dire, par ce flot de fuyards, et elle resta debout quoiqu'elle fût privée de sentiment et de force.

Le hasard aurait pn laire qu'elle fût rejetée hors du thé&tre, mais le courant qui poussait du dehors

aa dedans refoula le couraot qui venait en sens inverse, et en un clin d'œil, la jeune femme évanouie fut entraînée au fond du couloir, barré à son extrémité par une porte fermée.

Cette porte était destinée à mettre en communication la salle et la scène, et elle ne s'ouvrait que pour les spectateurs privilégiés qui avfûent leurs entrées dans les coulisses ; maia elle n'était pas & l'épreuve d'une vigoureuse poussée et elle craqna bientdt souB'la formidable pression de la foale.

Quelques coups de talons de botte achevèrent de l'enfoncer et dix hommes franchissant ses débris se précipitèrent à la fois dans l'étroit escalier qn'elle protégeait.

Cécilia roola sur la première marche, et c'en était fait d'elle, si, par miracle, un sauveur ne se fût trouvé là pour l'arracher à une mort affreuse.

Ce sauveur, envoyé par Dieu qui protège les faibles, c'était Fabien de Brouage, Fabien, échappé lui aussi par miracle aux épées tirées contre lui, Fabien, poudreux, déchiré, blessé au visage et au bras.

Après avoir mis hors de combat deux de ses adversaires, il avait été entraîné par des amis inconnus, des frères de ^Epingle, sans doute, qui voulaient soustraire à la colère des royalistes un » vaillant champion.

in yflPWQLE Sp9B

11 n'avait pas anblié Stella Negronl, et U tenait essentiellement à la retrouver ; il ne demandait dofic pas mieux que de sortir et il se laissa volontairement emporter du chanip de bataille.

Ses défenseurs se heurtèrent d&nB Ifi couloir au reflux produit par l'entrée des soldats ; ils furent obligés de reculer, et le hasard lança Stella précisément derrière Fabien qui faillit être entraîné danf sa chute, au moment où la porte des coulisses céda brusquement.

La voir étendue sur les degrés de l'espèce d'échelle qu'il fallait grimper pour gagner le plaachef de la scène, la reconnaître à son masque de velours noir et l'enlever dans ses bras, ce fut pour l'amoureux et alerte vicomte l'afiTaire de quelques secondes.

Il eut. l'adresse et le bonheur d'esécuter avec , succès celte manœuvre difTicile et bien lui en prit| car, s'il l'eût manquée, il serait mort écrasé avec Stella Negroni.

Dès que l'escalier futfranchi, il se trouva hors de danger, car la scène était vaste et abondamment pourvue de dégagements.

Les fuj'ards l'eurent bientôt envahie et quelquesuns se cachèrent dans la forêt druidique ou dans la gorge au bord de la mer. D'autres furent conduits dans les desious du théâtre par l'acteur qui faisait Seward le régicide et qui était bien dans l'esprit de

LU UASUUE PE VELOtTRS

son râle, car il profesBait des opinions trèa-avaii' céea.

Fabien n'eut besoîn de personne pour gagner la sortie. Guidé par son instinct et servi par sa vigueur juvénile, il traversa le dédale des coulisses, sut troa< ver la sortie des artistes et arriva, sans accident et sans abandonner son précieux fardeau, dans la petite rue sombre qui longeait alors la façade postérieure de tous les théâtres du boulevard du crime.

Les acteum, les Qgnranta et les employés du PanoramO'Dramatigue étaient tous en émoi et personne n« lui demanda d'explication s, personne ne s'inquiéta de savoir pourquoi il enlevait une femme masquée, quoiqu'il eût véritablement l'air d'un traître de mélodrame se sauvant avec ta jeune pre> mière.

8nr le pavé du roi, comme on disait jadis, M. de Brouage serait resté dans l'embarras, si un fiacre qui . attendait l'ingénue de la pièce ne se fût rencontré là tout à point.

Fabien y courut, ouvrit la portière, déposa Stella sur les coussins peu moelleux de ce cliar numéroté, leva les scrupules du cocher en lui glissant une pièce d£! vingt francs dans la main et lui commanda d'aller rue de Vaugirard.

Peut-être eût-il été moins audacieux, c'est-à-dire moins prompt à donner l'adrcsdc de la maison qu'il babitait, si Cëcilia eût été en état de rentcn* dre.

384 UâPINÛLB KOSE

Mais elle n'avfùt pas repris ses sens, et pour ud homme violemment épris c'était le cas od jamais de dénouer par un enlèvement une situation presque inextricable.

Depuis l'entretien qu'il venait d'avoir avec Stella dans sa loge, le vicomte avait pris la résolution d'en finir avec l'incertitude ou avec la vie, de quitter la France avec Stella Negroni ou de se tuer à ses pieds.

Que lui faisaient maintenant les carbonari, les millions des frères de VEpingie ? Que lui importait ce chef auquel naguère encore il se croyait tenu d'obéir aveuglément?

Il était prêt à renoncer pour un baiser de Stellaà tontes les chimères qu'il poursuivait avec tant d'ardeur avant qu'il ne l'aimàt.

Plein de joie et d'espoir, il se jeta dans le fiacre qui partit aussitôt et il releva la jeune femme.

Il lui prit les mains ; elles étaient froides. ]I la serra contre sa poitrine, et il sentit qne son cœur battait à peiné.

Il l'appela par son nom ; elle ne répondit pas.

— Elle étouffe, murmura-t-il ; c'est cet horrible masque...

Et il chercha à le dénouer, comme il avait déjà essayé de le dénouer dans la grotte du sorcier de Tivoli.

Mais l'appareil était savamment construit, lea

liens qui rattachaient étaient lulidea. Les doigts de Fabien ne parvinrent pas k les briser.

Et cependant il fallait à tout prix que Stella eAt de l'air.

11 se souvint tout à coup qu'il avait dans sa poche - un poignard dont il s'était muni, ce soir-là, avant de venir au thé&tre.

Fabien était parfaitement décidé à ne jamais se laisser arrêter par des estaflers de police, et il s'armait toujours lorsqu'il prévoyait qu'il pourrait avoir maille à partir avec eux.

La lame de ce poignard était très aiguë et très tranchante, comme il convient à une lame destinée à défendre la liberté et la vie de celui qui la porte.

Le jeune conspirateur n'avait qu'un mouvement à faire pour trancher d'un seul coup tous les cordons du masque, mais sa main s'arrêta.

Une image hideuse venait de se présenter à sa pensée, l'image de Stella défigurée.

— Si j'allais reculer d'horreur, murmura-t-il, si j'allais cesser de l'aimer...

Et un frisson passa dans sa chair.

— Non, reprît-il avec exaltation, non, je ne reculerai pas... si je l'abandonnais, je serais un lâche...

Le fer ht son ofTice, et le masque tomba.

Hais au moment d'affronter ta vue de ces traits

MA vèpmQiM ^{»a

qu'il 8VÛI sdoréi (A 4ont U p'ftIUit pli» retrouver

peut-être qae d'tl4)Tit)les vertiges, Fabien hésita

«oeore.

La tête de Stella l'eposait sur son épaule, et )^s cheveux dénoués d? la pauvre jeune femme lui cachaient ce visage qu'il i-edoutalt de revoir.

Elle n'était pas encore revenue à elle-mëiue, mais elle respirait déjà plus facilement, elle venait de pousser un long soupir, et elle n'allait pas tarder à rouvrir ses beaux yeuï.

Fabien, d'une n^ain mal assurée, écarta doucement les longues tresses et osa la regarder.

Le flacre avait traversé le boulevard, et roulait en ce moment dans la rue du Temple, qui était fort mal éclrirée.

Les boutiques, fermées pour la plupart, ne fournissaient aucune clarté ; les réverbères suspendus à quinze pieds du pavé et fort espacés d'ailleurs ne donnaient que des lueurs in lermit tentes, fugitives et douteuses.

Il ne faisait pas tout à fait nuit dans la voiture, mais il n'y faisait pas clair non plus.

Aux yeux de Fabien qui cherchaient à percer cette demi-obscurité, apparut la douce figure de Stella, p&le, d'une pUeur de fantâine, indistincte comme les vapeurs qui s'élèvent au crépuscule et s'effacent à l'aurore.

Par instants, il croyait la voir telle qu'il l'avait

vue aalrefoia, et dans ce clair-obscûr, favorable A l'illusion, son îtnaginatlDn la lui montrait totijburs belle, d'une beauté plus frappante et plus touchante eticora.

Par instants aussi, il lili séitiblâit Qu'elle ët«lt itiorte et qu'^ iie tenait dahs ses bras qu'an cadavre.

Puis, un reflet presque aussitôt éteint se gliesait dans le Ûacre qui passait sous un revârbère, et l'image de Stella, vivante et splendide« reparaissait pour s'évanouir encore.

Fascine par ce décevant mirage, tremblant de crainte et ivre d'espérance, Fabien se pencha sur la jeune femme pour surprendre enfin, en la regardant de plus près, le secret que l'obscurité lui dérobait.

t)ans ce corps souple que ses bras enlaçaient, commençaient à renaître les palpitations de \à -vie.

Fabien se pencha encore ; il respirait l'haleine de Stella ; et leurs lèvres se touchaient presque lorsqu'un jet de lumière entra par la portière du âacre qui rasait de trè»-prës en ce moment la boutique eiicôré éclairée d'un pharmacien.

Ce ne fut qu'un éclair, niais cet éclair réveilla Cécîiia d'Ascoli.

Elle ouvrit les yeux ; elle poussa un cri ; elle se redressa et, s'arrachant des bras de Fabien, elle tldftS âés lËâlni à son vliàge.

ses L'ËPINGLB B06B

ElU ftvaîl reconoQ le vicomte de Brouage.

— Ah 1 mnnnura-t-elle, je suis perdue. Il ne pourra plus m'aimer.

Soa cœur l'avait trahie.' C'était ua avea qu'elle venait de laisser échapper.

Elle voulut le reprendre ; elle dit d'une voix étouffte:

-— Que me voulez-vous? Que s'est-il donc passé? Gomment suis-je ici... avec vous 7

— Vous alliez périr... écrasée par la foule... Diea a permis que je fusse là.

— Et c'est à vous que je dois de vivre. Ah I pourquoi m'avez-vous sauvée?

Fabien était déjà i ses pieds.

— Pour vous consacrer ma vie, dit-il avec tea, pour vous servir, pour vous adorer à genoux. Vous ne me repousserez plus... vous ne voudrez pas me

— Je vous avais supplié de m'épargner un indigne affront... j'avais juré de toujours garder ce masque.

— Si je l'ai arraché, c'est que vous alliez mourir... vous êtes libre de le remettre, et, masquée ou non, vous serez tonjours pour moi Stella Negroni...

— Vous m'avez vue et vous m'aimez encore I s'éoriala jeune femme.

— Plu que je ne vous ai jamais aimée, dît Fabiea

en couvrant de baisers une de ses mains qu'elle lui abandonna.

Le l'antre, Cécilia avait ramené snr son visage le capuchon de la mante que Térésa avaiteule temps de lui jeter sur les épaules avant de sortir de la loge.

Elle était redevenue complètement invisible et, à l'abri de ce voile, elle reprit quelque sangfroid.

— Où me condniBez>Tons ? demanda-t-elle d'une voix niieuz assurée.

Chez moi, et de 14 i Brouage, où nous nous

embarquerons pour l'Angleterre.

— Chez vons 1 Non... non, je ne veux pas.

VouB ne voulez pasi... vous voulez vous aépa-

rer de moi, alors qu'un miiacle vient de noas réunir... Ah 1 j'espérais que mon amour vous avait enfin touchée... que vous ne refuseriez pins d'être à moi pour toujours...

— Ecoutez-moi, dît Gécilia aveo une émotion qu'elle ne chercha point à cacher. Je mentirais si je disais que je n'ai pour vous que de l'indifférence.. Je vous dois la vie... je vous dois la seule joie que j'aie goûtée depuis la fatale nuit où je me suis sacrifiée... je puis presque espérerimalntenar.l que je ue vous fais pas horreur... soyez béni, vous qui ne me fiiyez pas, après 'm'avoit rntre- Tue, vous qui, j'en suis sûre, allez écouter ma prière...

Il ir

S« L'ËPINOUi ROSB

— Parlez t quoi que tous me demandiez, je todb obéirai.

— Je TOUS demande de me ramener chez moi et de me promettre de ne pas chercher & me revoir d'ici à dix jours.

— Et dans dix jours 1

— Dans dix jours, je tous recevraïf j'en fus le germent, et si tos sentiments n'ont pa» cbangâ, TOUS me trouverez prête k vous Buivre à l'étranger.

— Une épreuve I Vous doatei donc eneore de moi.

— Non, mais je tous prie en grâce d'accepter la condition que je tous impose, et de ne pas exiger que je toub expUque pourquoi il faut qu'il eu soit ainsi.

— J'ai juré dé tous obéir, répondit le Tloomtfi de Brouage, qui comprit que la résolution prise par la jeune femme était irréTOcable.

Et, se relevant pour se pencher & la portière, il donna au cocher l'ordre de changer de direction el d'aller au faubourg du Houle.

— Merci, lui dit simplement Cécilia. HaintenanI, j'ai foi en vous.

Fabien se tut. 11 était trop troublé pour parler.

Les Tisions fevendletit. deus ImagM lui apparaissaient à la fois, celle de Stella, telle qu'il avait cru la voirwrï instant, pâle, mata iQwiours belle, el !'«•

LB UASQUB ÛB VELOURS S91

tre, celle du visage livide et ravagé qu'une lueur fugitive lai avait montré an moment où la jeune femme rouvrait les yeox.

Et il se demandait laquelle des deux étal réelle.

Pendaat que CéctliK d'AscoU conrait cette aventure, M"* de SaÎDt-Hélier et son père avaient eu l'heurettse chance d'être rejetëe sur le boulevard, et de se tirer sans accident de la'bagarre.

Violemment séparée de sa maftresse par un remous du torrent humain qni roulait sous le péristyle du théâtre, Térésa était restée sous la garde du chevalier qui eût été pour elle un protecteur assez tiède, si sa fille ne se fût troavée là* pour stimuler son zèle.

Mais Octavle, ayant formé le dessein de se pousser dans l'intimité de la femme m masque, n'eut garde de manquer une si belle occasion de l'obliger dans ta personne de sa femme de chambre.

Elle fit BUBsitât ses offres de service à la fidèle camériste qui se lamentait en italien.

M. da SaÎDt-Hélier M envoyé i la décoaverle i

et, pendant que sa filte et Téréaa l'attendaient dans l'équipage qu'il avait loué pour la soirée, il courut de tous les côtés sans découvrir ce que l'étrangèra était devenue.

Personne ne put lui fournir le moindre renseignement ; personne, pas même le commissaire de police, qu'il trouva verbalisant avec ardeur sur cette grave échauffourée.

Ce magistrat savait déjà par le mena le nombre des royalistes ëcloppés et les noms des principaux meneurs du tapage.

Des gens écrasés ou étouffés, il n'avait nulle nouvelle, et il paraissait se soucier médiocrement d'en avoir.

Le cbevalier revint bredouille et Octavie Jugea que le mieux était de reconduire la suivante désolée au faubourg du Roule.

La belle aux cheveux d'or pensait avec raison que c'était le cas ou jamais de s'introduire dans l'hAtel habité par la millionnaire masquée, et même d'y conquérir pour toujours ses grandes entrées, si, comme elle l'espérait bien, cette intéressante béritiëre reparaissait.

Elle supposait qu'il se trouverùt quelqu'un pour la recueillir. Une femme ne se perd jamais à Paris, quand elle est jolie, ou quand elle est riche, et l'étrangère possédait au moins la seconde de ces deux qualités.

Profondément troublée par la disparition de sa chère maîtresse et connaissant à peine Paria, car

aei L'ÉPINGLE ItOSB

elle Borlait rarement, Tërésa so laissa ramener au .subourg.

M'" de Saint-Hélier essaya de la faire parlet, chemia faisant) et n'en {>ut presqlië rien tirer.

L'Italienne) qni était d'une discrétion à toute épreuve, feighit, pour ee dispenser de répondre^ d'entendre et de parler le français avec beaucoup de difficulté!

Si OctdTie iti fltessa de qUeatiotis, ce n'eitUl pas qu'elle soupçonn&t l'inconnue de conspirer, Hi qu'elle tint à savoit ai cette inconnue âvtiit des &ccnintânces atec teâ c&rboUarl.

Octavie ne se mêlait pas des affaires de l'État ; toute sa politique consistait à êtPe belle et à subjuguer les hooimeS pâ.t sa beatité ; S quoi, du resté, elle réussissait admirablement.

Mais il tuî importait dé connaître la véritable situation de fortune de la mystérieuse étrangère.

ïdarcas annonçait son retour très prochain, Marcaa allait tomber au milieu de ses traities, comme un obus an milieu d'une embuscade, et cela au moment où de nouvelles perspectives s'ouvraient devant eUe.

Octavie s'était mis en tête d'être Pairesse. Elle j travaillait avec ardeur et, depuis que le comte René avait été renié par son oncle, ce n'était plus René qu'elle voulait épouser , c'était le marquis de Ërouage.

Le marquis venait d'être abandonné par sa fille

unfque, Is marquis râstaiï seul ai) monde et devait êtrç fort irrité pontre tous les siens.

Elle rêvait de le séduire, d'acttsv^r cette CRtiquéta déjà ébauchée dans une premiËre entrevue et, aaae avoir ses coudées franches, il liii fallait absolument tenir Marc as à distance.

Elle espérait que la dame aux millions la débarrasserait de ce dangereux galant qui allait venir bientôt réclamer le prix de ses heureux coups d'épée.

Et. m ipterrogeant Térësa, elle cherchait déjà k tendre les premiers fils d'une intrigue qu'elle comptat^ mener à bonne &n.

Une surprise attendait à la fin du yoysge l'ambitieuse fille dy chevalier.

Son équipage venait de s'arrêter devant la porta de l'hôtel de Cécilia, et elle essayait de décider la c^mériete à la laisser entrer avec "elle dans cette qiaison, (ju'elle tenait beaucoup à visiter.

A ce roomenL, arriva au petit trot de ses de[jx rosses le fiacre qui ramenait Céciiia el Fabien.

Octavie vit descendre d'abord le vicomte de Brouage, qu'elle reconnut sur-le-champ. Elle reconnaissait toujours ses ennemis, et le vicomte était déjà un ennemi.

Puis, l'étrangère mit pied à. terre aidé^ par son sauveur et se montra tenant son masque d'une main et ramenant de l'autre sur son visage les plis du capuchon de sa mante.

S96 L'ÉPINGLE BOSË

M'" de Saint-Hélier devina à peu près ce qui s'était paBSé, mais elle ne pouvait pas deviner que le ttère de René connaissait depuis longtemps la femme à la tète de mort.

Elle en eut cependant le soupçon, et elle aurait payé cher pourvoir, du fond de sa voiture et sans être vue, ce que ce gentilhomme allait faire.

Par malheur, Térésa aperçut aussi sa maîtresse et se précipita hors de l'équipage pour courir à elle.

N'espérant plus garder l'incognito, Octavie crut devoir descendre aussi, et l'excellent chevalier en Qt autant.

L'apparition du père et de la fille interrompit les adieux de Fabien à Cécilia.

Stupéfait et irrité de retrouver eu faubourg du Roule des gens qui semblaient poursuivre celle qu'il aimait et qu'il redoutait tant de compromettre, il prit brusquement congé d'elle, et il remonta en fiacre, emportant de douces espérances et aussi le regret de n'avoir pas songé & prévenir l'Italienne de se défier de M-, et surtout de mademoiselle de Saint-Hélîer.

Cécilia le laissa partir en le remerciant & haute voix.comme elle aurait remercié un inconnu pour un grand service rendu, car elle pressentait le danger qu'il y a#jftit à laisser paraître le secret de ses anciennes relations avec M. de Brouage.

Elle n'avait pas les mêmes raisons pour cacher la joie qu'elle éprouvait à revoir Térésa, et elle ne

LE UASQCB OB TBLODRS 397

ménagea pas les expressions de sa gratitude à ceux qui avaient protégé sa âdële suivante. Elle ne se dispensa pas non plus de lui raconter le plus simplement qu'elle put l'histoire de son sauvetage par un généreux cavalier, et elle prit plaisir à la féliciter d'avoir échappé aux périlleuses étreintes delà foule.

Aux instances d'Octavie, qui lui demandait la permission de venir en personne prendre de ses nouvelles, elle répondit poliment , sans toutefois s'engager à la recevoir, et Octavie sentant qu'il serait imprudent de forcer la note, se décida & battre en retraite.

Elle serra, à l'anglaise, et très-affectoeosemeat, les deux mains de Cécilia, lui dit : au revoir, et remonta en voiture avec le chevalier, qui s'était moDti-é courtois pour l'étrangère.

La place Royale était fort éloignée de la barrière du Roule, et, pendant le tri^jet, le père et la fille avaient le tempe de se dire bien des choses.

Aussi ne se pressèrent -ils pas de parle^ Ils avaient tous les deux d'ailleurs à méditer sur de graves sujets.

Octavie révdii a l'inGif^nt fort lnat|^ndu qui venait de clore cette soirée accidentée et svxlemandait ce qu'il fïdlait en penser. Elle inclinait & croire que M. de Brouage avait des vues matri^^Ues sur l'héritière masquée, elle savait que l'^^pire était fort bien disposée pour le vicomte, mais elle se disait que Harca» était bien homme à se défaire tl 2$

da ee riml, comme il s'ôl«U défait 4e Bené et, C9iu naiuant & Eoad l'étudiant, aile allût jusqu'à penser «[u'an^obitftide & vaioiire serait pour lui un attrait de plus.

H. de Baiat^^n «oagaait à. tout aub-« cboM.

Les exc«atniàtés ie sa fille le teiwluiiBt pan. U y était accoutumé, et tout récemment encore, il avait en à lui adresser dé sévères observations qu'elle avait aaeez mal accueillifs. Sans lui montrer l'original de sa lettre à Marcas, — il ne voulait pas lui avouer qu'il dirigeait le Cabinet noir, — il lui avait reproché de se compromettre avec son secrétaire. A quoi Octavifl avait répondu que Marcas lui était complètement indifférent et (Ju'êlle n'était pas fille & se compromettre.

Eh disant cela, elle ne mentait pas lotit à &1t. Pour dire ia vraie vérité, elle aurait dû Supprimer de la première partie de sa réponse !'adveri)e : complètement, et ajoater & la seconde l'adverbe : inutilement.

Stà père à demi rassuré par cette diclaradon, s'en était tenn là. Il savait bien qu'elle n'agissaàt jamais à l'étourdie, et U ne craignait pas qae sofi oceui' l'entF^lfi&t trop loin. U sa déQait davantage dee erreito.'Ofi elle pouvait tomber par exeôa d'ambition. Les hautes visées qu'elle lui iaisBait quelquefois cnUfluii' l'effrayant et, faute de pouvcàr la retenii^^piulait du moioB lui signaler certains dangers.

J^e moment était donc lues d^oisî pour lai faire

LE HUQUB M VSLOURS Ul

fpi^uM KaoBUundatiAiia Mgtt, oar lui atiBH, il dlait traTfùU^' i âdifler la fitrtoat «te son audaeieuBe béritière, et eus la mettre duii Im is»ifideoce de son grand projet, il fallait bien lui dive qu'il allaii testai' ^lutlijua oboat.

J)u reste, la femme masquée et Fabiaa ne l'iotéressaieiït p«B du tout, oar il n'avait oui soupçon des liens cachés qui les rattachaient à cette biateire c!l' lïiillions eofouis qu'une indteorétioa profeesionncllc '.i'\ u^iûl révélée et doDtil comj>tait tirer siboo parti.

L'idée ne lui était même pas venue d'âtablir un rapprochement entre le nom de Pabio, qui était celui du destinataire de la lettre décachetée et le nom de Fabien porté par le vicomte de

De même, les événements de la soirée l'avaient médiocrement ému. Le caquetage de Bernaville l'amusait, mais il n'attachait aucune importance k ses propos. Il ne prenait souci ni de la maltresse, ni de la servante qu'il avait eues pour voisines de loge et il ne s'était mêlé de leurs affaires que de peur de désobliger Octavie. Les allures agitées de des Loquetières l'avaient frappé davantage, mais il attribuait ses allées et venues à des nécessités de service.

Le seul fait qui le préoccupât, c'était la remise de la lettre confiée par un inconnu au rédacteur du Drapeau blanc et apportée par ce malicieux journaliste.

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Le chevalier se dontait bien de qui était cetle lettre mystérieuse, car il n'était pas dupe des contes improvisés par Octavie, en guise d'explications.

Ce fut par ce point qu'il commença son sermon pateroel, au moment où son équipage, qui suivait les Iwulevards, arrivait à la hauteur de la Porte Saint-Martin.

— Ha chère, dit-U, ex-abrupto, tu devrais prier tes correspondants de mieux choisir leurs messagers. Bemaville est très bavard et il racontera partout qu'on t'envoie des billets doux et que tu les lis sans les montrer a ton père.

— Que m'importe ? répondit froidement Oclavie.

— C'est Marcas qui fa écrit î

H"' de Saint-Bélier hésita une seconde et dit sans . se troubler :

— Oui, cette lettre est de votre secrétaire intime que je vous avais prié de chasser.

— Et que tu m'as prié ensuite de garder. Je ne sais pas où il est en ce moment, et je ne veux pas le savoir, mais je dois te prévenir quo mon intention n'est pas de le reprendre quand il reviecdra. ,

— Vous ferez fort bien de lui fermer votre porte.

— Je n'y manquerai pas, et je compte que tu lui signifieras d'avoir à cesser une correspondance inconvenante.

LB HA8QUB DE VELOURS tOt

— 11 la cessera sans que j'aie besoin de le lui signifier. Cette lettre est U dernière que je recevrai de loi". Vous pouvez me croire,

— Et je te crois. Tu es ma fille. Bon sang ne peut mentir. Je compte donc sur ta sagesse, et je te laisse absolument libre j^e tes actions. Il faut pourtant que je te donne on conBeilet que je t'apprenne nne nouvelle. «

— Je suivrai le conseil et j'attends la nouvelle.

^ — L'un se rattache & l'autre. Je sais à quoi tu viseâ. Tu ne m'en as pas fait mystère et je ne te désapprouverais pas d'aspirer à devenir marquise, si je croyais que tu eusses la moindre chance d'y réussir. Je ne m'oppose même pas à ce que tu essayes, parce que je suis sbr que tu n'iras pas trop loin avec le général. Seulement, je te conseille, ou plutAt je te demande de ne rien faire dans ce but, d'icW à une ou deux semaines. v

— PourqAi ce délai ?

— Paree que... j'arrive à la nouvelle... parce que je vais m'ahsenter pour huit ou quinze jours, pas moins de huit, pas plus de quinze.

— C'est la première fois qu'il vous arrive de quitter Paris depuis que nous l'habitons, dit Octavie plus étonnée qa'émae.

— Et ce sera probablement la dernière, car si je rénssifl, je n'aurai plus besoin de courir après la fortooe. Si je pars, ma chère enfoot, à je me dé-

c.i.™.,Googlc .

40t VÉFimLB no8B

clde h l« Iiiisser seule, pour un» buitaifM o& pour une qoÎDZtÙM, c'est qilfl j'ai la presque eerïtiudfl que ce voyage noua fertt pIil^Mn foie millionnaires.

— Ne pDFg-je (tonc laroir rieo àa phis?

— Maintenant, non. Plu^^ard... bi8nU>l,tii ssuras tout. Kttu urM licbç... ^WB ridie qkfl lœ plu gfands seigneurs, entends-tu ?... et tu ne songeras plus, j'eipère, à épousor ud vious gtoéral parce qu'il a cent ou deux cent mille livres de reotfl'" Qu'en dift-tu ? Cet espoir ne vaut-il pas que lu t'abstiennes, jusqu'à mon retour, de toute démarcbe cooa* promettante? Ne vaut-il pas que tu tiemiee rigourensement à distance tous ceux qui se permettent de te faire la couf... y compris des Iioquetiè-

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