‹ L'épingle roseChapitre 10 sur 10 · I .1 .. .; I-, COOl^l · texte numérisé non relu

I .1 .. .; I-, COOl^l

340 L'ÉPIHOLE B08B

digne de moi. Je suis trop Sère pour attendre le bon plaisir d'un autre et pour me plier aux convenances du monde. Je veux être aimée hardiment, au grand jour. Je vaux bien, je crois, qu'on méprise les préjugés et qu'on brave l'opinion.

Le jour où le comte m'a avoué qu'il n'était pas maître de ses actions, qu'il ne se sentait pas le courage de ae faire libre et qu'il lui fallait du temps pour s'enhardir, ce.jour-là, monsieur le marquis, je me suis juré à moi-même qae je ne lui appartiendrais jamais.

Et j'aurais tenu mon serment, alors même que vous auriez autorisé M. de Brouage à m'épouaer.

Le général commençait à passer d& l'étonnement à l'admiration. 11 se disait :

— Décidément, le père de cette splendide créature doit être geotilhomme.Pour penser comme elle pense, i) faut avoir du sang uoble dans les veines. Quel orgueil I qael feu 1 quel dédain I Et comme el le a supérieurement joué mon René I Je n'aurais jamais cru qu'il fût assez sot pour se laisser berner de la sorte. Kt sa déconvenue est complète, car je gagerais que la beUe a un autre amoureux.

— J'espère, monsieur le marquis, reprit Octavie déjà calmée, j'espère que vous ne redoutez plus les suites d'une rencontre que votre neveu oubliera vite ; j'espère aussi que vous ne garderez pas de moi uh mauvais souvenir.

— Non, certes, s'écria 1« général; je rends jiutice

C3.l;«i;,G00gle

LE HA8QDB DB TBLOnitS SU

à votre franchise et j'admire votre force de Yolonté. ReDoncer aioai à un premier amoar...

— Je n'aime pas le comte de Brouage, je ne i'ai jamais aimé, dit vivement Octavie.

— Alors, mademoiselle... excusez un vieux soldat qoi ne cache jamais ce qu'il pense... alors, c'est que TOUS en aimez an autre.

M"* de Saint-Hélier baissa les yeux et ne répondit pas.

Une de ses mains se posa sur son cceur, l'autre se mit à jouer distraitement avec son éventail, placé à sa portée sur une table chargée de livres et de gravures.

Le général, poussé par un sentiment dont il ne se rendait peut-être pas compte, reprit en affectant de Bonrire :

— Ce jeune homme qui était ici,quand je suis entré.serait-U l'heureux rival de mon neveu?

Pour qu'U adressât à une jeune Hlle une question si indiscrète, pour qu'il oubliât à ce point, même avec M"* de Saint-Hélier, ses habitudes courtoises, il fallait que le père d'Antoinette de Brouage se trouv&t dans une situatioji d'esprit toute particulière.

Octavie releva la tête, le regarda fixement, et, sans rougir, sans balbutier, elle lui dit :

— Je croyais que vous me jugiez mieux. Ce jeune homme m'aime éperdument et tout à l'heure il a osé me le dire. Je l'ai traité avec tout le mépris qu'il mérite.

r'„|...;l;,COOt^l>;

— Je a'en doute pas et je vous en Télicite, mademoiselle, dit le marquis, ('e garçon a une Sgure fort déplaisante. N'esi-ce pas le secrétaire de M. de Saint-Hélier?

— Oui, mon père a consenti à le prendre chez lui pour obliger un député de ses amis, mais je lui dirai ce qui s'est passé et M. Marcas ne restera pas un jour de plus dans cette maison.

— Marcas I répéta le général; ces méridionaux ont tous des noms ridicules... car il doit être du Midi, cet avorton basané. A quoi M. de Saint-Hélier peut-il bien l'employer?

— Mon père s'occupe d'arts, de littérature. Il entretient de nombreuses correspondances avec les écrivains de la province et de l'étranger.

— Pardon, mademoiselle, dit le général qui venait de faire un retour sur lui-même, et se sentait un peu confus de s'être laissé aller à interroger une jolie femme, presque comme des Loquetières aurait interrogé un carbonaro. J'abuse en vérité de votre patience, et j'oublie qu'il me reste à vous remercier avant de prendre congé de vous,

— Ne me remerciez pt^, monsieur le marquis, dit Ootavie de sa voix chaude et pénétrante. Je n'ai aucun mérite à. renoncer au comte de Brouage, car, vous le savez, je ne l'aime pas, je ne puis pas l'aimer...

Et tournant vers le général ses yeux brillants et humides, elle continua lentement :

— Non, je ne puis pas l'aimer. L'homme que j'ai-

[;:,.ifKi:,'G00t^l>J

merai ne lai ressemblera pas. 11 sera fort contre les difficultés de la vie, il sera brave, il anra conquis par son énergie une haute situation dans ce monde oùie pouvoir appartient de droit aux vaillants... il De dépendra de personne...

— Alors, dit railleusement M. de Brouage, il aura cinquante ans, à tout le moins.

— Et que m'importe qu'il aoit jeune?

— Diable! mais cela importe beaucoup. Il y a des jours où je regrette de n'être plus sous-lieutenant... il y en a même beaucoup...

L'air et l'attitude du général exprimaient assez qu'il était dans un de ces jours-là.

— C'est étrange, murmura M"° de Saint-Hélier, les hommes ne nous connaissent pas.

— Il faut les excuser. Vous êtes indéchiffrables.

— Non, noua sommes sincères, mais personne ne croit à notre sincérité. Nous sommes nées faibles, la ruse est notre arme naturelle et vous vous imaginez que nous rusons toujours. Vous nous Jugez biea mat. Si vous pouviez lire dans notre cœur, vous y verriez qu'il bat au gré de nos pasaions et que nous ne discutons jamais avec lui. Là où il nous dit d'aller, nous allons.

Les bivouacs n'avaient point laissé au ci-devant colonel du 9° dragons le temps de quintessencier la physiologie de l'amour, et il n'entendait pas grand'chose à ces subtilités.

Mais il y avait dans les protestations d'Octavie un

344 L'âPINOLB AMB

point que, sans se l'avoser à luî-niéme, il tenait déjà beaacoup à élucider.

— Mademoiselle, dit-il nettement, je ne suis qu'un vieux soldat, mais j'ai lu l'Ecole det feirmuM de Molière, et je sais qu'Agnès n'a aucun goût pour Arnolphe. Elle préfère Horace, etellea bien raison.

— Vous ne me faites pas, je suppose, l'injure de m'assimiler à Agnès qui n'est qu'une niaise,, dn même qu'Amolphe n'est qu'un barbon ridicule. Je l'ai lue aussi celte pièce où Molière prétend peindre nos véritables sentiments, et je la trouve fausse. Horace me laisse froide. 11 est jeune. Le beau mérite ! et qu'Agnès sera bien plantée quand elle sui a épousé ce godelureau qui la trompera et qui finira avec le temps par devenir Arnolphe !

— En vérité, mademoiselle, vous plaidez trop bien ia cause des hommes de mon âge pour que j'essaie de vous contredire.

— Votre âge I répéta la fille du chevalier, je n'y ai jamfûs songé.

Puis, confuse d'avoir laissé échapper une exclamation trop signiScative, elle rougit et se remit & jouer pour se donner une contenance avec les estampes étalées sur la table où elle avait posé son éventail.

Une de ces estampes glissa sous ses doigts efBlés et tomba sur le parquet.

Le général se baissa pour la ramasser. Octavie le laissa faire.

Une bourgeoise n'aurait pas manqué de se bais-

MF aussi pour éviter au marquis la peine de se déranger, mais la fille du chevalier' avait des façons de princease, et les priaceeses ménagent leurs niouvements.

Elle se contenta d'esquisser no geste suffisamment expressif, et elle se renversa sur l'ottomane en se doQDant une contenance plus expressive encore.

Ses joues pâlirent, ses yeux se fermèrent k demi, ses lèvres s'^entr'onvrirent.son corps languissammeat 6t«adu tressaillit, son pied, ce pied charmant qui donnait des distractions au général, disparut sons les longs plis de sa robe.

H. de Brouage oe remarqua pas trop ce manège. 11 était tout occupé à examiner la Eeuille qu'il tenait, une feuille sur laquelle la lithographie' avait fait des

L'art, alors tout nouveau, de reproduire un desnn tracé sur une pierre tendre, était encore dans son enfance et ne donnait que des résultats trèsimparfaits.

Mais une gravure signée par un maître eût impressionné moins vivement le général que ce produit assez informe de l'invenlion célébrée depuis un an par les vaudevillistes de l'époque.

Sur ce papier d'un grain grossier, à marges non rognées, figurait, au milieu d'un paysage vaguement indiqué, an cavalier monté sur un cheval fougueux, un cavalier casqué, botté, brandissant un grand sabre et chargeant, à fond de train, des fantassins qui croissent la baïonnette assez mollement

C3.lf«i:,'G00t^l>J

pour laisser deviner qu'ils n'allaient pas tenir devant un si redoutable assaillant.

Dans un coin, un sapin se dressait pour caractériser le lieu de la Bcëne, que l'artiste avait d'ailleurs pris tioin de désigner plus clairement.

Au bas de cette lithographie, éditée par Gthaut, et signée du nom, alors inconnu, de Traviès, s'étalait cette légende :

a Le colonel du 9* dragons enfonçant an carré d'infanterie russe à la bataille de la Bérézina. »

Si c'était le hasard qni avait mis cette image entre les mains du personnage qu'elle représentait, ce hasard était singulièrement heureux, car l'action de guerre qu'elle rappelait était le plusJirillant fait d'armes de la vie militaire du général de Brooage.

Peut-être ne se serait-il pas reconnu, ce vaillantsabreur passé pair de France, mais ayant lu la légende, il ne pouvait pas s'y 'romper.

C'était bien lui qui était le héros dont an dessinateur patriote avait voulu retracer les traite ; c'était bien son portrait que M"* de Saiot-Hélier possédfût et qu'elle devait regarder souvent, puisqu'elle l'avait placé en évidence.

Cette découverte inattendue ti'oubla un homme qui ne se troublait pas facilement.

Il resta coi pendant quelques instants, regardant tour à tour le papier et Octavie, et se demandant ce que cela voulait dire.

C3.lf«i:,'G00t^l>J

LE MASQUE DE TELOUfiS

Il pensait :

— Où prélend-elle en venir avec ses discours sur l'École des Femmes ? Et cette lithographie qui s'envole tout à point pour me prouver qu'elle pensait à moi avant de me connaître I En vérité, c'est à croire qu'elle a voulu me faire une déclaralion. Pauvre René ! si j'avais seulement quinze ans de moins, je lui rendrais le service de le désabuser en lui soufflant sa belle. Mais je crois que je ferais là une sottise. Quand on se laisse prendre aux pièges de cette voleuse de cœurs, on doit s'en tirer difficilement, même lorsqu'on est de ma force. Je vais lui ftùre comprendre que je l'ai devinée et que je ne serai jamais sa dupe.

Il remit la lithographie sur la table, et il dit froidement :

— L'intention est bonne ; le 9' dragons était un beau et brave régiment, l'artiste a eu raison de lui dédier son œuvre, et je suis ravi que vous l'ayez achetée; cela prouve que vou3 aimez tout ce qui rappelle les glorieuses campagnes de notre armée... car l'œuvre en elle-même n'a pas une grande valeur.

— Que m'importe l'œuvre? murmura M'" de Saint-Hélier. Elle est médiocre, mais elle me rappelle un souvenir qui m'est cher.

— Un souvenirî répéta le général fort intrigué.

— Oui... j'étais alors en Angleterre, à Hartwell, près (le mon père qui y avait suivi le comte de Provence... j'avais à peine treize ans et je me passion-

C3.l;«i;,G00gle

348 L'ËPINOLE ROSE

nais déjà pour l'héroïsme de nos soldats... je lisais STidevent les journaux qui racontaient nos triomphes et nos revers. Les victoires que remportait l'empereur auraient dû me désoler, puisqu'elles fermaient aux exilés royalistes le chemin de' la France... elles m'enthousiasmaient... j'étais fière des succès de nos généraux, je savais leurs noms, je rêvais de les voir, je les aimais... et quand vinrent les sinistres jours de la retraite de Russie, je pleurai sur les revers de ces hraves, je soufTrig de leurs souffrances...

Octavie était superhe en parlant ainsi, M. de Brouage la dévorait des yeux. Sa voix passionnée lui remuait le cœur, et ses paroles ardentes, réveillaient en lui les br&lanta souvenirs de ses bellea années.

— Cn jour, reprit-elle en s'animant de plus en plus, vint ce fatal bulletin... le 29°... qui racontait au monde le désastre de la Bérézina... puis des récits envoyés aux gazettes de Londres par un officier anglais attaché à l'armée russe... il racontait, cet ennemi de la France, une action dont il avait été témoin... l'attaque d'une division toute entière par quelques cavaliers d'un régiment de dragons... il louait leur chef, un gentilhomme français qui, en chargeant à leur tête, avait sauvé les débris de notre armée refoulée vers les ponts... ce chef, il disait son nom que des prisonniers lui avaient appris... un nom que je n'ai jamais oublié...

Le marquis tressaillit et dit, pour cacher une

C3.l;«i;,G00gle

LE HÂSQnE DE VBLODRS S4B

émotion qui n'était pu causée peut-être par cette évocation de son passé militaire :

— Oui, ce fat une terrible journée que celle du 39 novembre 1812... Nous étions trois cents quand je menai le 9* dragons à cette dernière cbarge... Le soir, nous n'étions pas cinquante...

— Et voua qui commandiez ces héros, vous aviez reçn trois blessures...

— Vous savez cela aussi 1

— Je sais toute votre vie, car votre nom a'est pins sorti de ma mémoire. Je vous ai suivi par la pensée en Allemagne, à Lutzen, à Dresde, à Leipâg, et pendant cette sanglante campagne de France oii vous avez combattu jusqu'à la dernière heure. Votre image remplissait mon imagination d'enfant. Je ne vous avais jamais vu, je n'espérais pas vous voir jamais, et pourtant je vous connaissais, comme je connaissais les béros des romans de chevalerie que mon père me permettait de lire. '

— Vous devez trouver maintenant que je leur ressemble bien peu, dit M. de Brouage en eherchAnt à sourire pour se donner une contenance.

Octavie ne releva pas cette interruption, mais ses yeux dirent clairement qu'elle préférait le général à Halek-Adhel.

— Trois ans s'écoulèrent, repriUelle avec feu. Notre exil avait pris fin. Nous habitions Paris et, gr&ce aux bienfaits du roi, mon père avait pu acheter cet bAtel. J'étais devenue une jeune fille et on smigeait déjà à me marier. Mais je voulais rester

ao

350 UËPINGLB R06B

libre. Je vivais toajonrs dans les rêves de mon enfance. Je m'étais forgé un idéal que ne réalisait aucun des prétendus qu'on me proposait. Mon bonheur consistait à aller aux revues, à voir passer cea illustres cbefe qui ont v^cu l'Europe...

Et un jour, ajouta en baissant la voix H'" de Saiot'Hélier, au Carrousel, mon père me montra un offîcier général qui passait, calme et fier, à la téta des escadrons qu'il avait tant de fois menés an feu, et il me dit : C'est lui, c'est le héros qui commandait cette fameuse charge à la Bérézina.

Cette fois, Octavie avait touché si juste que le marquis frappé au point sensible, rougjt de plaisir et se redressa comme s'il eût défilé sous les yeux de Sa Majesté.

Il avait ses faiblesses ; il aimait beaucoup à s'entendre dire qu'il était superbe en uniforme et à cheval, ce qui était vrai d'ailleurs, car les campagnes et les blessures ne lui avaient rien fait perdre de sa m&le prestance, et il passait encore ajuste titre pour un des plus beaux officiers de l'armée.

Mais aussi il était trop homme du monde et il avait trop vécu pour ne pas s'étonner du singulier accueil que lui faisait la ravissante fille du chevalier.

Sa beauté l'enivrait, son langage le charmait. Il était fort content qu'elle renonç&t au neveu et pas mécontent du tout qu'elle admirât l'oncle.

Cependant, il se défiait un peu de la sincérité des sentiments qu'elle exprimait et il trouvait qu'elle s'enflammait bien vite.

Par malheur, il n'était plus assez maître de lui ponr apprécier la situation à sa valeur exacte et il avait à peu près perdu de vue le point de départ de l'entretien, voir même la reocontre déplaisante de l'étudiaut MarcKs et les renseignements ambigus donnés sur le père d'Octavie par le directeur général de la police du royaume.

L'expérience ne préserve pas toujours de l'entraînement et, en dépit de eon ige, le général marquis de Bronage aurait peut-être été plus loin qu'il ne l'aurait voulu sur le chemin oii Octavie l'avait amené.

Heuren sèment pour lui, la porte s'ouvrit, etM.de Saint- Hélier entra.

C'était un charmant vieillard que ce chevalier d'un douteux aloi.

Il était vêtu avec on soin remarquable, bien coiffé i l'ancienne mode qui admettait encore les ailes de pigeon et nn œil de poudre sur les «heveux, cravaté de blanc et chaussé de fias souliers à boucles d'or.

Sa figure reposée inspirait à première vne la sympathie ; elle respirait l'intelligence et même la bonté. II avait dû être beau dans sa jeunesse et, en le voyant, on ne s'étonnait pas qu'il fût le père d'une si merveilleuse fille.

Il salua assez bas, mais pas tiop bas, M. de Brouage qui était déjà debout, et qui ne put s'empêcher de lui trouver fort bon air.

— C'est un grand honneur que Sa Seigneurie fait

[;;.i;Ki;,G00gle

SS3 L-ÉPINâLS ROSB

à m* raalBon ea dûgoant y venir, commença le chevalier sans laisser percer le moindre embarras, et je regrette infiniment de ne pas m'étre trouvé chez mol pour recevoir H. le marquis de Bronage.

— Monsieur, dit le géoéral qui avait hâte de cooper court aUz compliments et peut-être aussi de se soustraire au feu des yeux d'O^^tavie, mademoi- ■alle votre fille a bien voulu me recevoir. Je lui ai expliqué le motif de ma visite. Souffrez donc que je . prenne congé d'elle et de vous.

Et, aprde s'être incliné devant H"* de Saint-Hélier, M. de Brouage octroya à son père un salut assez court et sortit brusquement, mais pas assez vite pour éviter un regard d'Octavie, un regard qu'il lui rendit et qui le remua de fond en comble.

Le chevalier accompagna le noble visiteur jusqu'au seuil de son appartement, mais il eut le bon goût de ne pu lui adresser de questions.

Le chevatieP&vait trop d'usage et trop de finesse pour être indiscret, et d'ailleurs, il lui tardait d'interroger sa fille.

— Que se passe-t-U donc, ma chère? demanda-t-il à Octavie en rentrant dans le cabinet.

— Le marquis venait vous signifier qu'il a défendu à son neveu de m'épooser. J'étais prévenue par une lettre du comte Eené. J'ai donné l'ordre de recevoir le marquis et je l'ai reçu.

M. de Saint-HéUer ne témoigna aucune surprise à ce discours clair et concis.

Les relations entre le père et la fiUe n'étaient pas

[;;.i;Ki;,G00gle

LE HàSQDB DB VELOURS SSS

contonnes A la routine habitaelle. La ft^nchtse y présidait et ]e respect n'y gênait pas la franchiBe.

— Que s'est-il passé entre vons? demanda eïmpiemeat le père.

— Avant de vons raconter le résultat de notre entrevue, j'ai à vons prier de chasser votre secrétaire qoi s'est permis de rester ici, malgré ma défense, qni s'y trouvait encore lorsque le marquis est entré et qnc j'ai dû mettre à la porte.

— Le chasser I diable ! c'est difficile. 11 m'est recommandé par un député très-inQuent. Le drôle se permet donc d'être amoureux de toi?

— Oui. J'y ai mis ordre, mais je veux qu'il parte. Ceci dit, il est bon que vous sachiez que j'ai déclaré tout d'abord au marquis que je n'aimais pas son neven et que je ne songeais nuÛemeat à l'épouser.

— Et il a cru cela ?

— Pourquoi ne l'anrait-il pas cru, puisque c'est la vérité.

— Comment I tu renonces à devenir comtesse?

— Oui. Comtesse sans argent et sans pairie, à quoi bon ? Le général m'a déclaré que jamais René ne lui succéderait à la Chambre haute. Pour avoir un héritier direct, il est décidé à se remarier.

— Te serai&-tu par hasard mis en tête de devenir pairesse et marquise? demanda le chevalier qni connaissait bien sa fille.

— Pourquoi pas? répondit- Oclavie sans souT' cOler.

— Ma chère enfant, reprit amicalement M. de

[;,;.i;Ki;,G00gle

SS« L^PINGLB BOSB

Saint-HéUer, tu as de la volonté et de l'intelligeDCe ; tu n'as P&9 le sentïment delà situation.

— Bon Ije devine ce que voua allez me dire. Vous allez me parler des fonctions secrètes que vous remplissez, et qui sont de nature à empocher un seigneur de devenir votre gendre. Ces fonctions, je ne les connais pas et ne veux pas les connaître. Cela me gênerait. Il me suffit de savoir qu'elles sont secrètes, et que vous y renoncerez quand j'aarai atteint mon but.

— Mais ce but, tu ne l'attelndraii jamais. Tu useras ta jeunesse i poursuivre une chimère. Je travaille à t'amasser une belle dot, et en ce moment même je suis sur la piste de deux ou trois aflaires qui peuvent m'enricbir d'un seul eonp. Au lieu de rêver des grandeurs impossibles, tu ferfds beaucoup mieux d'épouser des Loqnetièrea, qui, lui aussi, est à la veille d'arriver à la fortune-

— Mon père, je voua ai prié de ne jamais mepai^ 1er de cet homme. Je mourrai telle que je suis, où je aérai pairesse.

— Du fait de M. de Brouageî mais c'est Insensé. Fût-it assez fou pour s'éprendre de toi, U n'oserait jamais te donner son nom. Tu te Qattes de cette es* përance, parce qull a perdu son fils unique. Tu oublies qu'il a une fille, et qu'il ne peut pas donner Octavie de Saint-Hélier pour belle-mère à Antoinette de Brouage,

— Une fille I C'est vrai, je n'avais pas songé qu'il a une fille, murmura Octavie,

C3.lf«i:,'G00t^l>J

Et ella tomba dans une rêverie profonde que son père ne troubla point.

Pqls tontà coup, relevant la tête :

— J'ai changé d'avis, dil-elle. Je vous prie de ne pas renvoyer ce Marcas.

ta DU FRSmBR TOLIMB

C3.l;«i;,G00gle

C3.l;«i;,G00gle

C3.lf«i:,'G00t^l>J

C3.l;«i;,G00gle

C3.l;«i;,G00gle

Page 1