LETTRE DE L'ABBÉ D'ÉBREUIL
h Af. DE LA PORTEE
Cette lettre est jointe à la précédente. L*abbë d*Ébreail aurait TOiila que
Masisillon Tenvoyàt sans son nom.
Monsieur,
J'avais eu l'honneur de vous informer que Dom Feularde, religieux d'Ébreuil, malgré l'ordre du Roi, que vous eûtes la bonté de lui faire signifier par une lettre de cachet qui lui défend de recevoir aucun nouveau religieux dans sa maison, a eu la témérité d'y agréger publiquement un moine inconnu, en lui faisant obtenir de Rome des provisions pour un office claustral de ce monastère.
J'étais persuadé, supposé que la Cour continue à souhaiter l'union de la mense monacale de cette maison à mon séminaire, qu'un mépris si formel et si public des ordres du Roi ne demeurerait pas impuni. Je n'ai pris la liberté de m'en plaindre qu'à vous seul, Monsieur, dé qui l'ordre du Roi était émané, et dont rinfraction blessait également, et l'autorité de Sa Majesté, et le respect dû à son ministre.
Si l'impunité d'une démarche si insolente dénote que la cour cesse de souhaiter que je continue de procéder à cette union, au premier avis que vous me
1 Éditée par M. Attaix. Y. Chabrol. Goût. IV, 238.
356 CORRESPONDANCE INEDITE
ferez Thonneur de m^en donner, ou sur votre simple conseil de me désister, je vous réponds que dans le moment, je cesse toute poursuite : votre conseil sera pour moi un ordre absolu.
Mais si la cour persiste à souhaiter que je termine cette union, qui ne tardera pas, depuis que j^ai*levé tous les obstacles qui par les chicanes des moines l'avaient retardée, voici les inconvénients qui suivront de rimpunité où on laisserait la désobéissance de Dom Feularde et du moine Vemay, son intrus, aux ordres du Roi :
1* Je ne parle pas de l'indécence qu'il y aurait de tolérer un mépris si public de l'autorité du Roi, et de l'audacç qu'un tel succès inspirerait aux moines de tout oser.
2* Le monastère d'Ébreuil n'est composé que de cinq religieux : cette petite communauté n'est unie à aucune congrégation; elle est soumise immédiatement à l'évêque, et aucun religieux, ni novice, ni profès n'y peut être reçu sans sa permission : ainsi l'intrusion du moine Vernay viole autant les lois de l'Église que celles de l'État.
3' Si l'on tolère que les moines introduisent de nouveaux religieux dans leur maison, au mépris des ordres du Roi et des droits de leur évéque ; ils ne s'en tiendront pas à un seul; au lieu d'un seul brouillon, il s'en formera beaucoup d'autres, et l'union deviendra plus difficile.
4* Outre l'office claustral, que le moine Vernay a dévoluté, il y a encore d'autres places vacantes dans ce monastère ; l'abbé seul avait droit de nommer, et à l'office claustral de Vernay, et aux autres places va-
cantes; il s'en est abstenu, par soumission aux ordres du Roi qui lui défendaient d'y mettre de nouveaux religieux; il serait triste pour l'abbé d'Ébreuil de ne s'être départi de ses droits par respect pour Sa Majesté que pour laisser remplir ce monastère de moines vagabonds et dévolutaires.
De toutes ces réflexions vous jugerez vous-même, Monsieur, que, si le moine Vernay ne reçoit pas un ordre du Roi pour retourner à son monastère et y rester jusqu'à nouvel ordre, avec injonction à son prieur d'envoyer à la cour un certificat de sa résidence, et si Dom Feularde, brouillon de profession, et qui a agrégé et entretient dans le monastère d'Ébreuil le moine Vernay malgré les défenses du Roi et sans la permission de son évêque, auquel il est soumis, demeure tranquille et triomphant à Èbreuil, et ne reçoit pas un ordre de se retirer à la maison de l'hermitage des Prêtres missionnaires de mon diocèse et d'y rester jusqu'à nouvel ordre; l'union si utile, si nécessaire à ce grand diocèse, qui laisse les moines d'Ëbreuil dans la jouissance de tous leurs revenus leur vie durant, qui par là ne leur porte aiicun préjudice, et à laquelle ils ne s'opposent que par un pur entêtement de vanité, cette union, dis-je, pratiquée par les ordres de la cour dans plus de vingt diocèses du royaume à l'égard de ces petits monastères isolés qui ne sont agrégés à aucune congrégation régulière ; cette union deviendrait impraticable, si vous n'avez pas la bonté de m'aider de votre autorité et d'envoyer à M. Rossignol les ordres du Roi qui me paraissent ici absolument nécessaires; je les attends de la protection dont vous m'avez toujours
honoré et du respect infini avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
à M, DE LA PORTE, intendant à Moulins\ (Sur l'autographe, archives du Puy-de-Dôme.)
(Fin de) Juillet 1742.
Monsieur-^
11 y a peu de mois que j'ai eu l'honneur de vous écrire pour me plaindre que contre l'ordre du Roi du 30 mars 1736 qui fait défense aux religieux d'Ébreuil de recevoir aucun novice, ni aucun religieux profès pour les incorporer dans leur monastère, et qui leur enjoint même de renvoyer ceux qu'ils avaient reçus sans ma permission depuis le décès de leur dernier abbé, ces religieux n'avaient pas laissé de recevoir et d'agréger à leur maison un certain religieux nommé Vernay, sous prétexte qu'il avait obtenu en cour de Rome un des offices claustraux vacants; et que sur mon refus de lui donner un visa, il avait obtenu sur requête un arrêt du Parlement qui lui a permis de prendre possession de ce bénéfice; et comme cette entreprise était non-seulement une désobéissance for-
* Déjà publiée par M. Attaik.
melle aux ordres du Roi, mais qu'elle avait encore pour objet d'embarrasser l'union de la mense conventuelle de ce monastère à mon grand séminaire, je vous supplie, Monsieur, de ne point dissimuler une contravention aussi hardie aux ordres de Sa Majesté. J'espérais, Monsieur, que vous m'honoreriez au moins d'une réponse sur une plainte aussi importante; mais comme je n'en reçois aucune, permettez-moi de vous représenter que je n'ai entrepris cette union à mon séminaire que parce qu'elle m'a été inspirée par le cardinal deFleury, qui, par la lettre même parlaquelle il eut la bonté de m'apprendre que le Roi avait nommé mon neveu à l'abbaye d'Ëbreuil, me conseilla de travailler à l'union de la mense conventuelle et des offices claustraux de cette abbaye à mon séminaire qu'il savait n'avoir point de revenus, et à qui il faut que mon clergé paye une pension pour aider à la subsistance des directeurs.
J'ai regardé cette lettre comme un témoignage que l'intention du Roi était que je ne négligeasse rien pour parvenir à cette union. En conséquence, j'ai employé d'aboixi toutes les voies de douceur pour engager le petit nombre de religieux qu'il y a dans cette abbaye, d'y donner leur consentement; et pour l'obtenir, je lui ai même fait les propositions les plus avantageuses et les plus convenables. Mais un esprit inquiet et brouillon qu'il y a parmi eux les a tous révoltés : ce qui m'obligea d'en rendre compte à M. le Cardinal, qui, en attendant que mon neveu eût obtenu les bulles de son abbaye, jusques auquel temps je ne pourrais pas commencer cette union, eut la bonté de me faire envoyer la lettre de cachet qui contient les^
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observer que le procédé des religieux a cependant paru si peu raisonnable au conseil, et Sa Majesté a regardé cette union si favorable, que par provision elle a par un arrêt de son Conseil ordonné le séquestre des deux places monacales vacantes et des offices claustraux qui ne seraient pas remplis.
C'est dans ces circonstances que celui des religieux d'Ëbreuil qui a excité les oppositions de ses confrères se trouvant à Paris, a engagé Vernay à demander, en cour de Rome, un des offices claustraux vacants. II me fit demander ensuite son visa que je ne pouvais pas lui accorder sans contrevenir moi-même à Tordre du Roi, et ce fut aussi le motif que je donnai de mon refus qui était même d'autant plus juste que cet office claustral n'avait demeuré vacant que parce que Tabbé commendataire, à qui appartient le droit de collation, n'avait pas cru pouvoir y nommer, au préjudice des défenses du Roi d'introduire aucun religieux dans le monastère de son abbaye.
Quoi qu'il en soit, l'arrêt du Parlement pouvait tout au plus donner à Vernay un droit provisoire aux revenus particuliers de cet office claustral pour en jouir dans toute autre communauté que dans celle d'Ébreuil, mais il n'a pu autoriser les religieux d'Ébreuil à l'agréger et à l'incorporer à leur monastère pour en augmenter le nombre des religieux, contre les défenses expresses que le Roi en avait faites, et sans en obtenir même ma permission, puisque je suis leur supérieur immédiat.
C'est dans ces circonstances, Monsieur, que j'ai cru vous donner avis de l'intrusion de ce nouveau religieux pour obtenir un ordre qui l'oblige de se retirer;
et j*ai d'autant plus lieu d'insister sur cet ordre que, d*uncôté, un religieux qui cherche une pareil le place, par une telle voie, dans une maison uniquement soumise à réyêque, et sans son agrément, ne prévient pas en sa faveur, et que d'ailleurs il n'a pas encore su justifier de ses lettres de prêtrise, ni des lettres testimoniales de sa vie et mœurs, et qu'il ne laisse pas cependant de célébrer la messe au préjudice des défenses que lui en a faites mon grand vicaire jusqu'à ce qu'il aurait représenté ses lettres; et que d'un autre côté, c'est directement anéantir l'ordre du Roi qui fait défense de recevoir de nouveaux religieux, et l'arrêt du conseil qui a ordonné le séquestre des places monacales vacantes, si on tolère que les religieux d'Ëbreuil emploient ces ' sortes de voies pour les remplir.
Dans cet état, je ne puis, Monsieur, qu'avoir encore recours à vous pour faire cesser ce désordre, et je suis persuadé que vous ne le dissimulerez pas davantage, à moins que l'intention du Roi n'eût changé sur l'objet de cette union, et qu'elle ne lui fût plus agréable ; auquel cas je vous supplie de me le faire savoir, parce que je serais fâché de continuer mes procédures pour l'union, si je savais qu'elle fût contraire à la volonté du Roi; et en ce cas il ne me resterait qu'à écrire à M. le cardinal de Fleury pour lui rendre compte des motifs qui m'obligeraient d'y renoncer '.
* Oa peut supposer que cette leKrc a été rédigée par l'abbé d'Ébreuili
a DANCHETy de V Académie française K (Sur raulographe.)
Ce 27 aoAt.
Dans le moment même. Monsieur, qu'on m*a rendu la lettre que vous me faites Thonneur de m*ëcrire, j'ai ordonné qu'on écrivit de ma part au curé du Champ pour le porter à un accommodement avec la personne pour qui vous vous intéressez.
Je vous prie d'être bien persuadé que vous me ferez toujours un plaisir très-sensible, quand vous voudrez m'ofiFrir des occasions où je pourrai vous donner des marques de mon estime et de mon zèle pour tout ce qui peut vous intéresser. Un évéque est trop heureux de pouvoir être bon à quelque chose à un diocésain de votre réputation et de votre mérite.
Je suis presque honteux d'avoir part aux libéralités qu'on fait à l'Académie, sans en avoir jamais eu aucune à ses travaux et à sa gloire. Je sens comme je le dois la bonté que vous avez eue de vous charger du nouveau plan de Paris qui m'est destiné, et de l'avoir remis à M. Meulan ' qui doit arriver ici incessamment.
* L'écriture, qui e«t d*une main tremblante et défaillante, montre que cette lettre appartient aux derniers temps de l'évéque de Clermont. Le grand orateur rendit son ftme à Dieu le 28 septembre 1742, à dis heures du soir.
* Receveur général des finances d'Auvergne, çrand-père de madame Giiizot (Pauline de Meulan).
A l'égard de la nouvelle édition de notre dictionnaire, quand elle paraîtra, je vous serais très-obligé si vous vouliez bien la faire remettre au Frère Bernard, de rOratoire, rue Saint-Honoré. C'est lui qui acbète pour moi tous les livres nouveaux qui paraissent et m'en envoie des ballots par les voituriers de Gannat.
Je ne puis. Monsieur, en finissant cette lettre, que vous renouveler les sentiments d'estime et de reconnaissance avec lesquels je serai toute ma vie. Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.