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COMTE ALFRED BOULAY DE LA MEUItTHfi
APRfL 1927
PREFACE
Mon Cher Ami
Vous me demandez une préface pour PEpiscopat sous le joug! Vous me mettez dans un cruel embarras. J'ai tâté de tout dans ma longue vie d'homme public — de tout, excepté de la préface. J'ai tâté de la proclamation politique, du journalisme, voire même de la police correctionnelle; j'ignore totalement l'art de la préface.
J'ai lu quelque part une définition qui
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n'est pas faite pour v m'encourager : « La préface, a-t-on-dit, est l'œuvre d'un pontife de la critique. »
Or, j'ai horreur de pontifier, et horreur de critiquer.
Mais enfin, il faut que je m'exécute.
Quand vous êtes venu me lire VEpiscopat sous le joug, je l'ai applaudi dans l'intimité silencieuse de mon cabinet de travail, vous promettant de le faire applaudir par le public.
Il ne fallait pas songer à faire représenter votre belle pièce sur une scène théâtrale.
J'ai vécu cinq ans avec dame censure, avec laquelle j'ai divorcé depuis tantôl huit ans. Je vous ai persuadé que c'était une vilaine compagne, acariâtre, nerveuse et intraitable pour les jeunes auteurs, qui ont le mauvais goût do ne pas penser comme elle, que
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tout est pour le mieux dans la meilleure des civilisations.
Vous avez eu recours alors à la publicité de la brochure. Les penseurs qui n'ont pas besoin des décors et des costumes d'un théâtre pour se représenter une œuvre vivante par elle-même, vous liront. Vous n'aurez pas les applaudissements qui grisent, mais vous susciterez les méditations qui consolent. C'est un peu ce que vous cherchez dans toutes vos œuvres : dans le Triomphe de Lourdes , le Triomphe du Christ et aujourd'hui dans ÏEpiscopat sous le joug.
La première méditation qui se présente à mon esprit en vous lisant est celle-ci :
Comment se fait-il que dans un pays séculairement catholique, dans la France de Clovis, de Charlemagne, de Saint Louis, de Jeanne d'Arc; des millions de chrétiens ne
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puissent pas secouer le joug d'une poignée de francs-maçons et de juifs?
Ah ! votre pauvre évêque comme il est à plaindre! Que le catholique qui est sans péchés lui jette la première pierre. Comme Ton comprend, en vous lisant, la parole d'un membre influent du clergé : « Je préférerais être garde champêtre qu'évêque d'un diocèse français! »
En effet, est-ce bien la faute de votre évêque, s'il a obéi pendant longtemps aux caprices d'un député juif? Ne faut-il pas faire remonter la responsabilité de cet état humiliant jusques à ceux qui avaient reçu de Dieu et du pays la garde sainte de nos libertés catholiques?
Oui, comment a-t-il pu se faire qu'avec toutes les libertés reconquises, toutes les possibilités de se défendre, tous les moyens
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d'attaque qu'il avait à sa disposition le parti catholique en soit tombé où il en est?
Je l'ai dit ailleurs : « Jamais il n'y a eu dans nos Chambres un parti catholique. J'ai eu l'honneur de faire partie de l'Assemblée nationale et de siéger à la Chambre des députés jusques en 1889. Dans aucune de ces assemblées, je n'ai constaté l'existence du parti catholique. »
Il y avait dans ces assemblées beaucoup de catholiques ; mais ces catholiques étaient divisés en partis politiques, bien plus soucieux de faire prédominer leurs opinions que de défendre l'autel et la patrie.
Quand je me reporte à vingt ans en arrière; quand, par la pensée, je rentre à l'Assemblée nationale, j'y vois des légitimistes, des orléanistes, des bonapartistes, des républicains et, parmi tous ces repré-
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sentants du peuple, beaucoup de catholiques et des meilleurs ; mais je n'y trouve pas une majorité de catholiques avant tout.
Si, au contraire, je regarde la partie non catholique de la France, je trouve des juifs avant tout, des protestants avant tout, des francs-maçons avant tout. Chacune de ces fractions subordonne tout à ses idées religieuses ou irréligieuses, et toutes s'entendent quand il s'agit de faire la guerre aux catholiques.
De leur côté, ceux qui se sont à tort appelés des conservateurs (à tort puisqu'ils ne songeaient qu'à renverser) ne consentent jamais à un acte d'abnégation qui pourrait faire triompher la religion sans profit pour le système* politique qui a leur préférence. Ils semblent convaincus d'ailleurs qu'il n'y a pas de catholiques sincères en dehors de