AU COMTE PECCI
Le respect que l'on doit avoir Pour une Éminence future M'empêche peut-être de voir Les défauts de votre nature.
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Mais tout respect mis de côté Et la main sur la conscience, Je vais avec sincérité Dire de vous ce que je pense.
Vous avez un bon caractère, Des plus gais, des plus complaisants, Et jamais nulle humeur n'altère La gaieté de vos vingt ans.
Il est vrai, vous aimez à rire, La malice est votre élément, Mais je n'y trouve rien à dire Vous le faites si gentiment.
Guidé par votre excellent cœur, Vous marchez dans les voies parfaites.
En résumé, cher Monseigneur, Vous êtes bien comme vous êtes.
On le voit, M lle de X... était non seulement poète, mais prophétesse.
Le futur Léon XIII étudia le droit et la diplomatie à l'Académie des Nobles ecclésiastiques. Il s'y fit remarquer par son dévouement, son zèle et une intelligence
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tels que Grégoire XVI, qui se connaissait en hommes, résolut de se l'attacher, et Sa Sainteté le nomma, le 26 mars 1836, Prélat de sa maison et Référendaire à la signature. Mgr.Pecci n'avait alors que vingt-six ans, mais il montrait tant de qualités et une si grande capacité que le Saint-Père n'hésita pas à lui confier des charges d'une grande importance.
Il fut nommé délégat dans les provinces de Bénévent, où il était nécessaire de rétablir l'ordre.
Le brigandage et les contrebandiers désolaient à ce point la province, que les familles les plus puissantes se voyaient obligées, pour éviter les rançons et les assassinats, de pactiser avec les brigands.
Les populations étaient terrifiées, et l'œuvre de la justice rencontrait à chaque pas des entraves. Une fois la force publique réorganisée, le corps des douaniers
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reformé et le roi de Naples vigoureuse répression, Mg aux brigands une telle cl faisant attaquer jusque dan où ils trouvaient un refuge arrêter les familles qui leui des vivres et des mun quatorze mois la province ment purgée de bandits.
Il restait cependant ui vingt-huit brigands, des p et des plus célèbres. Un quis, riche potentat de 1 protecteur de ces scélérats Mgr Pecci et lui dit :
— Je pars pour Rome, 01 cher Tordre de votre expu province, et, si cela ne suf ferai enlever.
— Cest fort bien, répor mais, avant de partir pou
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mettez-moi de vous confier aux carabiniers que voici, auxquels je donne ordre de vous garder en prison pendant trois mois au pain et à l'eau.
Tandis que le marquis était prisonnier, Mgr Pecci faisait, la nuit même, donner l'assaut à son château, où tous les vingthuit brigands furent tués ou arrêtés.
Cette fermeté était unie à un grand amour de la justice et à une affabilité de manières qui gagnait tous les cœurs.
Grégoire XVI loua hautement le délégat du succès qu'il avait obtenu; le roi de Naples Ferdinand II l'en félicita publiquement, et l'on vit combien Mgr Pecci avait su s'attirer l'affection de tous, à la douleur générale qui se manifesta lorsqu'il fut atteint d'une grave maladie, dont l'issue pouvait être mortelle. Peuple et clergé montrèrent les mêmes alarmes, et Ton fit dans Bénévent des processions de
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pénitents, les pieds rius, la tête couverte d'un voile, pour obtenir du ciel la guérison du délégat.
Mgr Pecci fut ensuite envoyé avec le même titre dans une province plus importante, celle de Pérouse, dont le gouvernement a toujours présenté de grandes difficultés. Le jeune délégat n'y réussit pas moins qu'à Bénévent. Lorsqu'il arriva à Pérouse, qui compte une population d'environ vingt mille habitants, les quatre prisons de la ville regorgeaient de prévenus : cinq mois plus tard, il n'y avait plus un seul détenu dans ces prisons, et l'ordre le plus parfait régnait dans la ville.
Nommé délégat à Spolète, Mgr Pecci n'eut pas le temps de se rendre à ce poste : Grégoire XVI, qui le voyait de plus en plus justifier les espérances qu'il avait conçues de lui, le préconisa, le
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27 janvier 1843, archevêque de Damiette in partions, quoiqu'il n'eût encore que trente-trois ans, et l'envoya, en qualité de nonce apostolique à Bruxelles, auprès du roi Léopold I er . Il occupa trois ans ce poste, et l'on se souvient encore, chez les Belges, de la grande influence qu'il avait su conquérir à la cour, du patronage efficace que trouvaient auprès de lui toutes les œuvres catholiques et de la perspicacité des jugements qu'il portait, dès lors, sur les événements qui, de loin, préparaient la révolution européenne.
Léopold ainsi que la famille royale l'avait en haute estime.
Un arrêté du 5 mai 1846 le nommait grand cordon de l'ordre de Léopold.
Mgr Pecci ne put supporter longtemps le climat un peu froid de la Belgique, et sa santé le força de quitter Bruxelles, après trois ans de séjour.
Le roi Léopold lui avait remis une dépêche pour le Saint-Père. Quand Grégoire XVI en eut pris connaissance :
« Le roi des Belges, dit-il à Mgr Pecci, me demande pour vous la pourpre ; mais depuis quelques jours une.députation des habitants de Péroiise est venue me supplier de vous remettre à la tête de cette province. Il faut que vous acceptiez. »Et Mgr Pecci devint le chef spirituel d'un diocèse dont il avait eu déjà le gouvernement civil.
Préconisé évêque de Pérouse dans le Consistoire du 19 janvier 1846, il se rendit immédiatement à son poste. Il y retrouvait en grande partie les œuvres qu'il avait commencées trois ans plus tôt. Il n'eut désormais d'autre souci que de s'appliquer à les grandir encore, et à en fonder de nouvelles selon les besoins du moment.
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En 1870, à l'époque du Concile, MgrPecci, alors cardinal, accomplit une touchante cérémonie dans l'église du Séminaire français. 11 y reçut l'abjuration d'une famille juive de Bologne, et il administra aux convertis le baptême et la sainte communion. Les évêques français qui assistaient à la cérémonie, au nombre de quatorze ou quinze, furent tellement frappés de la majesté du célébrant, qu'ils ne purent s'empêcher de dire ensuite :
Quel beau Pape ce serait !
Pendant les trente-deux ans de son épiscopat, il se montra constamment doux et bienveillant, mais austère et ferme. Il n'admettait aucune composition sur les questions de principe.
Dans le Consistoire du 21 septembre 1877, Sa Sainteté Pie IX appelait à Rome le cardinal Pecci comme Camerlingue.
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Le mot Camerlingue signifie Maître de la Chambre, Intendant ou Trésorier, Il vient des deux mots : Caméra et lingua :
droit de parler, de commander dans le palais. On distingue à Rome deux Cardinaux-Camerlingues : l'un pour le Sacré- Collège, l'autre pour le Pape et le Saint- Siège.
Le Camerlingue du Sacré-Collège est nommé tous les ans, et a pour fonction de percevoir les revenus des biens qui appartiennent au Sacré-Collège, et d'en faire la distribution aux cardinaux.
Le camerlingue du Pape est nommé à vie par le Souverain-Pontife. Il est chargé de l'administration des Palais pontificaux et a la direction des domaines du Saint- Siège. Ce seul énoncé indique que la dignité de Cardinal-Camerlingue est une des plus importantes du Sacré-Collège. A la mort du Pape, le Cardinal-Camerlingue
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prend en main le gouvernement de Rome et de TÉtat pontifical. La garde suisse se transporte du Vatican à son Palais; il peut battre monnaie à ses armes et est autorisé à prendre toutes les mesures qu'il jugé nécessaires à la sécurité du Conclave, à la paix et au bon ordre de la ville . C'est en un mot le souverain pendant l'interrègne. Il partage toutefois cette autorité d'abord avec les trois Cardinaux chefs-d'ordre, le doyen des Cardinaux- Evêques, le doyen des Prêtres et le doyen des Diacres, puis, successivement, avec trois Cardinaux appartenant à chacun des trois ordres.
Dès que le Pape avait rendu le dernier soupir, un voile blanc était jeté sur le visage de l'auguste défunt. Aussitôt, un maître des cérémonies se hâtait de prévenir le Cardinal-Camerlingue de la sainte Eglise, s'il ne se trouvait pas là en ce mo-
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ment. Celui-ci faisait à son tour avertir les Prélats et les clercs de la Chambre apostolique, et se rendait avec eux au Palais pontifical. Il était Vêtu de violet, qui est la couleur de deuil des Cardinaux.
Parvenus dans la chambre mortuaire, tous faisaient la génuflexion devant le défunt, par respect pour l'auguste dignité dont il était revêtu. Le Cardinal s'approchait du lit et l'aspergeait d'eau bénite, tandis que les Prélats de service lui présentaient un marteau d'argent et qu'ils découvraient le visage du Pontife.
S 'inclinant alors profondément, le Camerlingue frappait par trois fois le front du défunt, et l'appelait à haute voix par son nom. Cette cérémonie accomplie, il se tournait vers les assistants et leur annonçait officiellement que le Pape était décédé, par cette formule : Il Papa è realmente morto (le Pape est réellement mort).
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En même temps, le Camerlingue recevait d'un prélat le sceau du défunt, connu sous le nom d'Anneau du Pêcheur, puis il expédiait au Sénateur de Rome et au Cardinal-Vicaire un courrier, chargé de notifier à l'un et à l'autre la mort du Pontife.
Immédiatement, le Sénateur ordonnait de sonner la cloche, dite majeure, du Capitole. A ce glas funèbre venait aussitôt s'unir celui de toutes les cloches de la ville. Cette immense et lugubre sonnerie annonçait la mort de son souverain et du chef universel de l'Eglise.
Quand le Pape était mort au Quirinal, on devait rapporter son corps au Vatican.
C'était le soir du troisième jour, après la mort du Pontife, que cette translation avait lieu. Le cortège suivait les rues qui forment ce qu'on appelle à Rome la Strada Papale, voie papale. Telle en était, d'après Manavit, la disposition.
En avant, deux dragons à cheval, suivis de six autres marchant de front; douze massiers portant des torches ; deux piqueurs; un détachement de dragons avec leurs trompettes; un second détachement de gardes nobles également précédés de leurs trompettes ; une compagnie de gardes suisses, leur, drapeau plié.
A quelque distance des troupes, un maître des cérémonies à cheval ; puis la grande litière pontificale traînée par des mules blanches, caparaçonnées de deuil.
Sur la litière, le corps du Pape défunt, revêtu de ses habits pontificaux. Tout autour, des valets de pied et des porteurs ou Sedariiy tenant des torches, et douze Pénitenciers de Saint-Pierre récitant l'office, tous, également des torches à la main. Comme escorte, des gardes nobles et des Suisses sur deux rangs.
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Derrière ces divers groupes, un nouveau détachement de gardes nobles avec leurs officiers supérieurs.
Enfin, pour terminer le cortège, des domestiques portant des torches, puis une compagnie de carabiniers, musique en tête, et un train d'artillerie, composé de sept pièces de canon.
Des Pénitenciers de Saint-Pierre, groupés au pied de l'escalier du Vatican, attendaient respectueusement le corps, et le transportaient à la chapelle Sixtine, où, toute la nuit, devait se poursuivre l'office de Requiem.
La sépulture du Pape défunt avait lieu, le soir du troisième jour desNovendiali, ou neuvaine d'offices funèbres, commençant quatre jours après le décès, et successivement célébrés par les Cardinaux et par le Chapitre de Saint-Pierre.
Pendant les trois premières journées des
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Novendiali ou Novendiales, les restes mortels du Pontife avaient été exposés à la vénération des fidèles dans la Basilique Vaticane, au milieu de nombreuses lumières, sur une estrade richement décorée de draperies de couleur- violette, aux armes de l'illustre défunt.
A l'heure indiquée, en présence du Camerlingue, des Cardinaux et du Chapitre, le corps était transporté, avec escorte des gardes suisses et des gardes nobles, dans la chapelle du chœur; là se trouvait préparé un cercueil de cyprès. Le Chanoine-Évêque du Chapitre faisait une dernière absoute, puis bénissait le cercueil dans lequel les chapelains déposaient le corps, tandis que le chœur chantait le psaume : Quemadmodum desiderat.
Le Cardinal neveu, s'il s'en trouvait un, ou tout autre parent du Pape, à leur défaut, l'un des Camériers s'approchait
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alors, et couvrait la figure et les mains du défunt d'un grand voile blanc, tandis que le majordome du palais déposait dans le cercueil trois bourses de velours cramoisi, renfermant des médailles à l'effigie du Pontife et frappées sous son règne.
Enfin le plus ancien des Cardinaux, créés par le défunt, venait étendre sur tout le corps, une étoffe de soie rouge, frangée d'or, et plaçait aux pieds un cylindre de métal, contenant un parchemin, sur lequel étaient relatés les principaux événements du pontificat. Ces diverses formalités accomplies, le cercueil de cyprès était fermé avec des vis, scellé et remis par les Cardinaux au Chapitre, après que l'acte, constatant cette remise, avait été dressé par les notaires du chapitre et ceux du Camerlingue et du Palais apostolique. Un second cercueil de plomb recevait alors le premier, et celui-ci était p\acé
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dans un troisième cercueil de bois, sur lequel le Camerlingue, le Majordome et le Chapitre apposaient leur sceau.
La cérémonie se terminait par la lugubre procession dans laquelle on portait le corps à la place réservée traditionnellement au dernier des Papes décédés. Il y demeurait jusqu'à ce qu'un autre Pontife vînt l'occuper à son tour. Presque tout l'ancien cérémonial, concernant les obsèques et la sépulture des Papes, s'observe encore aujourd'hui.
Léon XIII a connu toutes les grandioses cérémonies que nous venons de décrire.
A la mort de Pie IX, le 7 février 1878, il est Cardinal-Camerlingu^.
C'est lui qui plaça dans le tombeau de Pie IX les trois bourses de velours contenant les pièces de monnaie frappées pendant son règne, et le parchemin sur lequel sont retracés les traits de sa vie.
C'est lui qui fut chargé d'ordonner toutes les dispositions à prendre pour l'organisation du Conclave, et il déploya dans cette délicate mission la plus grande sagesse.
Le 18 février, vers trois heures de l'après-midi, après les dernières cérémonies solennelles des funérailles de Pie IX, eut lieu l'entrée des Cardinaux au Conclave.
Il sera intéressant, au moment où tout le monde parle d'un prochain Conclave, que Dieu dans sa bonté retardera longtemps encore, de décrire le cérémonial usité.
Comme le fait remarquer le savant abbé Dumax (1) :
« Dans les premiers siècles de l'Église, tout le clergé était admis à choisir les
1. L'Histoire d'un conclave, par l'abbé Dumax. (René Haton, éditeur, 35, rue Bonaparte, Paris.).
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Souverains-Pontifes. Sous le pape Nicolas II, en Tan 1059, le droit d'élection fut concédé aux Cardinaux, toutefois avec un certain concours de la part du clergé.
Depuis le ni concile de Latran (xi c œcuménique), tenu en 1179, l'honneur et la responsabilité d'élire les Souverains-Pontifes furent réservés exclusivement aux Cardinaux. L'assemblée ou réunion dans laquelle ils procèdent à ce choix est nommé Conclave, d'un mot latin qui signifie sous la clef, parce que, pendant tout le temps que durent les opérations de l'élection, les Cardinaux sont maintenus dans une véritable retraite. Quelle a été l'origine de l'Institution du Conclave? De sérieux auteurs l'attribuent à un événement qui eut lieu après le Pontificat de Clément IV. Le Pontife était mort à Viterbe, le 29 novembre 1268.
Pendant plus de deux ans et demi, les
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Cardinaux assemblés dans cette ville, pour lui donner un successeur, ne purent s'entendre entre eux. Regardant tout accord comme impossible, ils se disposaient à quitter le Palais où ils s'étaient réunis et à sortir de la ville, sans avoir fait d'élection. Désolés de cette résolution et poussés par les conseils de saint Bonaventure, les habitants fermèrent les portes et emprisonnèrent les Cardinaux dans le Palais, en leur faisant savoir qu'ils n'en sortiraient pas avant que l'élection eût été consommée. Quelques jours après, le 1 er septembre 1271, les suffrages du Sacré-Collège se réunirent sur l'archidiacre Théald ou Théobald, qui prit le nom de Grégoire X.
Quoi qu'il en soit de l'influence de ce fait sur l'origine de l'institution des Conclaves, cette longue vacance du Saint- Siège, à la mort de Clément IV, porta tout
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naturellement l'attention du nouveau Pape sur les moyens à prendre pour obvier à une semblable et si regrettable éventualité. Après avoir gravement étudié cette question, il publia une constitution apostolique touchant l'élection des souverains pontifes, et en fit donner lecture à l'une des sessions du xiv e concile général, tenu à Lyon en 1274. L'un des principaux articles de cette constitution, qui reçut la solennelle approbation des Pères du Concile, ordonne aux Cardinaux, lorsqu'ils ont à procéder à l'élection d'un nouveau Pape, de se réunir dans un lieu convenable. — Grégoire X le désigne sous le nom de Conclave, — et d'y rester tous enfermés, jusqu'à ce qu'ils aient achevé l'élection.
Il va sans dire que la réunion des Cardinaux, pour l'élection d'un Pape, peut être convoquée en tout lieu. Primitive-
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ment, elle se tenait dans l'endroit même où était décédé le Pontife, auquel on devait choisir un successeur. C'est ainsi qu'en 1628, les Cardinaux se réunirent à Viterbe.
Du reste, comme la plupart des Souverains-Pontifes sont morts à Rome, c'est aussi dans cette capitale du monde chrétien que se sont tenus le plus souvent les Conclaves. Le Palais du Latran ou celui du Vatican furent ordinairement choisis pour ces solennelles assemblées. Mais depuis près d'un siècle le Quirinal a été préféré.
Le Quirinal est le palais d'été des Papes.
C'est un imposant et grandiose édifice.
Commencé par Grégoire XIII, en 1574, terminé par Clément XIII, vers 1760, après vingt-deux règnes de Pontifes, il a pris son nom de la colline sur le plateau de laquelle il est construit. Cette colline
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s'appelle aussi Monte Cavallo, parce qu'elle est ornée de deux groupes antiques représentant des chevaux. Un long bâtiment, indépendant du palais, mais •qui s'y relie, est spécialement affecté aux Conclaves. — Aujourd'hui, au su du monde entier, ce palais aussi bien que les dépendances ont été envahis par le roi Victor-Emmanuel. Au moment de l'entrée des troupes piémontaises à Rome, le 20 septembre 1870, les scellés furent apposés à toutes les portes du Quirinal.
Le 8 novembre suivant, le notaire Frattochi les faisait lever, d'après Tordre, et, pour ainsi dire, sous les regards du général La Marmora, et l'on commençait à préparer le palais pour le nouveau roi d'Italie.
Pour qu'un Conclave puisse s'assembler légitimement, il n est pas nécessaire que tous les membres du Sacré-Collège soient présents. D'impérieux motifs, par exem-
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pie, la maladie, le plus souvent Péloignement, en obligent plusieurs à manquer à l'appel. Toutefois, tous doivent avoir été préalablement convoqués, et comme la plus grande partie d'entre eux réside ordinairement en Italie, on est toujours assuré de les voir se réunir en nombre suffisant.
On ne *peut ni fixer ni indiquer à l'avance le temps que doit durer un Conclave. Il peut être terminé en un seul jour, comme il peut se prolonger des mois, des années même. En moyenne, la durée des Conclaves a presque toujours dépassé un mois. Le dernier que l'histoire a enregistré n'a été, il est vrai, que de quarantehuit heures ; mais en remontant d'élection en élection, il est facile de se convaincre que celle-ci fut une des plus promptes et des plus extraordinaires, comme aussi une de celles où se mani-
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festa plus visiblement l'assistance du Saint-Esprit.* Grégoire XVI, prédécesseur de Pie IX, fut élu après soixante-quatre jours de vacance et cinquante jours de Conclave; — Pie VIII, prédécesseur de Grégoire XVI, après quarante-neuf jours de vacance et trente-cinq jours de Conclave; — Léon XII, prédécesseur de Pie VIII, après quarante jours tle vacance et vingt-six jours de Conclave. Quel n'est pas le caractère de majesté et de grandeur de cette réunion des princes de l'Eglise, assemblés pour donner au monde un chef spirituel, un successeur au premier des apôtres, un nouveau vicaire au Fils de Dieu ! On ne peut rien supposer de plus imposant, de plus sublime. C'est une grande chose pour ceux-là mêmes qui n'appartiennent pas à l'Eglise catholique.
Ils sont obligés d'avouer qu'il y a ici plus que le conseil d'un Etat particulier; c'est
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bien vraiment le congrès de toutes les nations répandues sur la surface du globe.
Tel était le jugement que portait, il y a un demi-siècle, un illustre ambassadeur de France à Rome, M. de Chateaubriand.
Il adressait aux Cardinaux, sur le point d'entrer au Conclave, ces paroles remarquables :
« Vous êtes, révérendissimes Seigneurs, les augustes mandataires de l'immense famille chrétienne, pour un moment orpheline; des hommes qui ne vous ont jamais vus, qui ne vous verront jamais, qui ne savent pas vos noms, qui ne parlent pas votre langue, qui habitent loin de vous, sous un autre soleil, par delà les mers, aux extrémités de la terre, se soumettront à vos décisions que rien, en ap- Sarence, ne les oblige à suivre; ils obéiont à votre loi qu'aucune force matérielle n'impose; ils accepteront de vous
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un père spirituel avec respect et gratitude. » — Anciennement c'était, pour ainsi dire, sur le cercueil du Pape défunt que son successeur était élu. Boniface III ordonna, en 607, qu'on ne procéderait à l'élection d'un nouveau Pape, que trois jours après la mort de celui dont le règne venait de finir. Plus tard, dans les constitutions apostoliques dont il a été question plus haut, Grégoire X décida qu'on célébrerait, pendant neuf jours, dans la capitale du monde chrétien et dans les villes principales des Etats de l'Eglise, les funérailles du Pontife défunt, et que pendant tout ce temps, les Cardinaux, de résidence à Rome, attendraient leurs confrères absents, avant de se réunir en Conclave. Aujourd'hui les cérémonies funèbres établies par Grégoire X ne commencent que le quatrième jour après celui de la mort du Pape. Ainsi, entre le der-
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nier soupir d'un Souverain-Pontife et l'ouverture du Conclave destiné à lui donner un successeur, treize jours doivent s'écouler. Durant ces treize jours, le Sacré-Collège doit tenir dix congrégations. Dans la première, on lit les Constitutions des différents Papes, qui tracent les règles à observer et les usages à suivre dans les circonstances présentes. Le Camerlingue présente ensuite Y Anneau du Pêcheur (1), qui est brisé en présence de tous les Car-
i . L'Anneau du Pêcheur est moins, à proprement parler, un anneau qu'un sceau dont on revêt les Brefs ou diplômes émanés de la Secrétairerie apostolique, par lesquels le Saint-Père accorde quelque grâce ou faveur particulière. A cet effet, les Brefs se terminent par ces mots : Datum Romœ, sub annulo piscatoris (donné à Rome, sous Y Anneau du Pécheur). — Cet anneau est ainsi nommé, parce que le sceau de bronze ou d'or, qui en forme comme le chaton, représente sain t Pierre dans une barque retirant ses filets de l'eau. Au-dessus de cette image, se trouve le nom du Pontife régnant. Ainsi l'Anneau du Pêcheur, dont l'emblème principal reste toujours le même, participe à toutes les phases de la Papauté.
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dinaux et ceux-ci reçoivent, du Secrétaire des Brefs et de celui de la Daterie, les cassettes dans lesquelles ils ont placé les Suppliques ou Mémoriaux.
Dans la deuxième congrégation, le Sacré-Collège confirme ou révoque les fonctionnaires de la ville et des Etats romains. Toutes les autres congrégations sont exclusivement consacrées à préparer le Conclave.
Le matin du quatorzième jour depuis la mort du Pape, une messe du Saint-Esprit est chantée pontificalement par le Cardinal-Doyen, dans la basilique de Saint-Pierre ou dans la chapelle Sixtine.
Après la messe, un Prélat prononce, en présence des Cardinaux, un discours dans lequel il les exhorte, au nom de tous les fidèles de la chrétienté, à faire une prompte et sainte élection, à désigner celui d'entre eux qu'ils jugent le plus
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digne d'être revêtu de l'auguste et sublime dignité de Vicaire de Jésus-Christ.
Le Souverain-Pontife peut être pris dans tous les rangs de la hiérarchie ecclésiastique. — L'histoire des Papes nous montre même un laïque élevé à la Papauté, en la personne de Jean XIX, en 1024. Célestin V n'était aussi qu'un modeste ermite. — Toutefois, depuis bien des siècles, il est d'usage de choisir le Souverain-Pontife parmi les Cardinaux.
Le plus souvent, l'élu est revêtu du caractère épiscopal. 11 n'existe néanmoins aucune constitution en vertu de laquelle les Cardinaux qui ne sont que prêtres ou diacres seraient exclus. Dans ces derniers temps, on peut citer Clément XIV, Pie VI et Grégoire XVI qui, bien que Cardinaux, n'étaient que simples prêtres au moment de leur promotion à la Papauté. Il n'y a non plus aucune constitution qui exclut
du Souverain-Pontificat les Cardinaux qui ne seraient point Italiens d'origine ; c'est, toutefois, un usage depuis le concile de Constance, de n'élire que des Italiens.
Dans l'après-midi, les membres du Sacré-Collège se réunissent dans la petite église de Saint-Sylvestre, située sur le Quirinal. De là, ils se rendent au Palais apostolique. Ils sont revêtus de la soutane et du manteau violet et marchent en procession, suivant le rang hiérarchique de leur dignité.
Le soir de leur entrée au Quirinal, les Cardinaux sont convoqués dans la chapelle du Palais; on la désigne sous le nom de chapelle Pauline du souvenir de Paul V, qui la fit construire. Ils y prêtent serment d'observer les constitutions touchant le Conclave, dont la lecture leur a été faite à la première congrégation, et dont le Cardinal-Doyen répète les plus importantes.
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Après cette cérémonie, les Cardinaux se retirent dans leurs cellules, où ils reçoivent la visite du corps diplomatique, de la prélature et de la noblesse romaine.
Peu d'instants sont consacrés à ces réceptions. Bientôt après, un triple coup de cloche se fait entendre, et un maître des cérémonies vient prononcer à haute voix ces deux mots devant chaque cellule :
Extra omnes (que tous s'éloignent). C'est le signal du départ pour les étrangers et le moment de la clôture. D'après une antique coutume, toutes les issues qui pourraient permettre quelque communication avec l'extérieur sont soigneusement scellées ou murées. Le Cardinal-Camerlingue, les trois Cardinaux chefs d'ordre, le Maréchal du Conclave, le Majordome et le Commissaire font* eux-mêmes la clôture ou président aux travaux qu'elle peut exiger. Pendant toute la durée du
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Conclave, trois Cardinaux, désignés à l'avance, doivent surveiller si elle est sévèrement maintenue. Les membres du Sacré-Collège se trouvent ainsi séparés du monde extérieur par un obstacle matériel.
Quelques détails des prescriptions de la clôture en indiquent toute la rigueur.
Les rues qui longent le Palais sont gardées par les troupes papales : il n'est pas permis de s'y arrêter. — Sur la façade du Palais regardant la place du Quirinal (ou Monte Cavallo), est une vaste Loggia :
elle est ornée d'un large balcon, couronné à son sommet par les emblèmes de l'Eglise et de la Papauté : les clefs et la tiare.
C'est là que le nouveau Pape devra être présenté au peuple. — Dès l'ouverture du Conclave, un mur en maçonnerie est élevé devant la fenêtre de la Loggia. Cette maçonnerie ne sera abattue qu'après
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l'élection du Pontife. Le roi Victor-Emmanuel, durant ses courts séjours à Rome, s'est plusieurs fois montré à cette Loggia.
C'est aussi à cette Loggia que, le 19 janvier 1878, dix jours après la mort de Victor-Emmanuel, le nouveau roi Humbert I er , après la prestation du serment constitutionnel, s'est montré au peuple romain .et lui a présenté son jeune fils.
Une fois entrés au Conclave, les Cardinaux ne sont pas seulement soustraits au monde extérieur : bien qu'ils aient toute facilité de communiquer entre eux, ces rapports sont limités à certaines heures.
Pour mieux favoriser leur solitude, des appartements, entièrement séparés les uns des autres et tous semblables, ont été construits le long d'une immense galerie, dans le bâtiment contigu au Palais dont il a été question plus haut. On désigne
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ces appartements sous le nom de cellules.
Dans cette retraite, chaque Cardinal ne peut avoir avec lui que deux personnes de sa maison, l'un à titre de C amener ou valet de chambre, l'autre en qualité d'aumônier : on les nomme Conclavistes. — Inutile de dire pourquoi l'Église a limité ainsi en cette occasion le nombre des serviteurs des Cardinaux :
c'est toujours dans la pensée de les soustraire le plus possible aux influences du dehors. Du reste, dans les Congrégations qui précèdent le Conclave, on pourvoit à tout ce qui peut intéresser la santé des membres du Sacré-Collège ; des médecins habiles, des infirmiers expérimentés, sont désignés à l'avance pour donner leurs soins aux malades et aux infirmes.
La chapelle Pauline réunit les Eminences, deux fois chaque jour. La pre-
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mière séance a lieu à neuf heures et se prolonge jusqu'à onze heures. La seconde commence à cinq heures et demie du soir.
Toutes deux sont destinées aux opérations de l'élection. Dans celle du matin; les Cardinaux assistent d'abord à la Sainte Messe.
Trois coups de cloche, à une demiheure d'intervalle chacun , avertissent les membres du Conclave qu'ils doivent se disposer à quitter leurs cellules. Immédiatement après le dernier coup, un maître de cérémonies prononce à haute voix ces mots, en passant devant les cellules : Ad Capellam, Domini! A la Chapelle, mes Seigneurs!
Ou distingue trois modes différents d'élection pour les Souverains Pontifes :
V Inspiration ou Y Acclamation, le Compromis, enfin le Scrutin et Y Accession.
L'élection par Inspiration ou Acclamait
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tion est rarement usitée : l'histoire de l'Eglise n'en cite que peu d'exemples. Elle se réalise, comme son nom l'indique, lorsque les Cardinaux, entraînés par une force irrésistible, donnent unanimement leurs suffrages à l'élu de Dieu. On ne peut connaître à l'avance les circonstances qui font prévaloir ce mode d'élection sur les autres; aussi est-il en dehors des prévisions et de la volonté des Cardinaux eux-mêmes. Du reste, les prescriptions de Grégoire XV exigent qu'il ne soit précédé d'aucun traité ou convention particulière, et que tous les membres présents du Sacré-Collège y concourent. C'est àcette seule condition qu'il est légitime.
Ainsi que le précédent, le mode d'élection par Compromis a peu d'application. Il se pratique, lorsque de graves difficultés s'opposent à l'élection: par exemple, dans le cas où le nom d'aucun candidat ne peut
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atteindre la majorité prescrite. Les membres du Sacré-Collège sont autorisés alors à s'en rapporter au choix de quelques-uns d'entre eux qui seuls désigneront le Pape.
Pour que le Compromis soit légitime, il est nécessaire que tous les Cardinaux présents y consentent, — l'opposition d'un seul l'annulerait, — et, que d'un commun accord, ils aient réglé et signé les conditions du redoutable mandat qu'ils délèguent. Ils doivent, par exemple, exprimer si ceux auxquels ils donnent leur confiance feront la nomination, sans rien révéler de leurs intentions à leurs collègues; pu bien si, avant d'arrêter leur choix, ils le feront connaître à quelquesuns d'entre eux ; si la majorité des voix des Cardinaux désignés pour faire l'élection sera suffisante, ou si l'unanimité sera exigible; enfin, telles autres conditions qui seraient jugées utiles.
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Le mode d'élection par voie de Scrutin et d'Accession est le plus naturel et le plus simple ; c'est celui qui se pratique ordinairement. Aussi l'Eglise Ta-t-elle entouré des plus sages comme des plus utiles précautions.
Pénétrons maintenant dans la chapelle du Conclave.
La chapelle forme un carré long. Des deux côtés, sont disposés les sièges des Cardinaux. Au-dessus de chacun des sièges se dresse un petit baldaquin semblable à celui qui surmonte ordinairement le trône du Pape. Tous les Cardinaux présents, étant susceptibles d'être élus au Souverain-Pontificat, sont tous traités avec le même honneur. Ces baldaquins, l'un des symboles de la Papauté, sont retenus par un simple cordon, afin de pouvoir être facilement abaissés, aussitôt que le Souverain-Pontife sera
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élu : seul alors, il conservera le sien.
Au milieu de la chapelle, est une table à pupitre. C'est à cette table que chaque Cardinal doit venir écrire son vote. Elle est placée de telle sorte que l'électeur est vu de tous, mais que personne ne peut lire ce qu'il écrit.
Deux autres tables sont à peu de distance. Sur Tune, se trouvent des bassins d'argent contenant les billets de scrutin et d'accession, une bourse pleine de petites sphères de bois, sur lesquelles sont inscrits les noms des membres du Sacré- Collège, un coffret également de bois, et divers autres objets. Un simple tapis couvre la seconde table. Les Cardinaux scrutateurs devront s'y tenir au moment du dépouillement des votes.
Au fond de la chapelle, du côté de la place du Quirinal est l'autel. Au milieu de l'autel brille un grand calice d'argent
sur le pied duquel est gravée l'image du Saint-Esprit avec les armes du Saint-Siège vacant; une large patène recouvre le calice.
Enfin, derrière l'autel est un petit poêle destiné à recevoir les bulletins des votes, dans le cas où ils n'auraient pas atteint la majorité requise : elle est des deux tiers des votants. On appelle bulletins ou cédules de scrutin et d'accession les feuilles de papiers qui doivent recevoir les votes des cardinaux.
Ces bulletins sont imprimés et disposés selon les formules fixées par les constitutions de plusieurs Souverains-Pontifes.
Leur longueur est d'environ vingt centimètres sur douze de largeur. Ils sont divisés par des raies transversales, en cinq compartiments. Dans le premier doit se trouver le nom du Cardinal votant. Dans le troisième, celui du milieu, on inscrit le
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nom du Pape élu. Le nom de l'élu est précédé de ces mots dans les bulletins du scrutin : Eligo summum Pontificem reverendissimum dominum meum iV*** cardinalem (Je choisis pour Souverain-Pontife le révérendissime cardinal N***). Dans les bulletins d'accession, il est précédé de cette autre formule : Accedo reverendissimo meo cardinali iV*** (J'accède au révérendissime cardinal N***).
Au bas de la cédule, dans le cinquième compartiment, le votant doit écrire un numéro et quelques paroles de l'Ecriture- Sainte, qui servent de signes propres à faire reconnaître le bulletin. Enfin, et pour le même motif, le Cardinal électeur doit apposer un cachet aux deux extrémités des second et quatrième compartiments, à une place indiquée dans l'imprimé.
Le verso de tous ces bulletins est orné
de vignettes placées plus spécialement derrière le nom du votant et ses sceaux, afin qu'il ne' soit pas possible, à l'aide de la transparence du papier, de découvrir le nom de l'électeur. On sauvegarde ainsi le secret dans cette élection si grave, si sainte. Pour donner son vote, chaque Cardinal vient, selon son rang hiérarchique, s'asseoir devant la table placée au milieu de la chapelle. Après avoir pris une cédule dans un des bassins, il y inscrit son nom, le nom de celui qu'il veut élire, la sentence de l'Ecriture-Sainte et son numéro ; puis, il y appose son cachet aux endroits précités, et plie le bulletin de telle façon que son nom et la sentence soient couverts et cachés, par les vignettes imprimées sur le verso.
L'électeur prend alors le bulletin; et, élevant la main de manière à être vu de tous les membres du Sacré-Collège il se
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dirige vers l'autel, sur lequel est placé le calice d'argent, dont il a été parlé précédemment. En arrivant au pi#d de l'autel le Cardinal s'agenouille, fait une courte prière; puis il se relève et prononce à haute voix ces paroles :
« Je prends à témoin Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui doit me juger, que j'ai élu celui que je crois, devant Dieu, devoir élire. »
Après ce serment solennel, l'électeur met son bulletin sur la patène, et le fait glisser dans le calice. Puis il salue profondément la croix de l'autel et revient à sa place. S'il se trouve dans l'assemblée quelque Cardinal impotent qui ne peut venir voter, l'un des Cardinaux scrutateurs lui porte un bulletin; le Cardinal écrit son vote, et après avoir prêté le serment dans les formalités prescrites, il remet le bulletin au scrutateur qui le
dépose avec les autres dans le calice.
Quant aux membres du Sacré-Collège qui seraient retenus dans leur cellule par leurs infirmités ou la maladie, voici comment ils votent. Les Cardinaux infirmiers prennent le coffret en bois que nous avons vu sur une des tables , ils l'ouvrent devant l'assemblée pour faire voir qu'il est vide, le referment et en déposent la clef sur l'autel . Puis, plaçant sur un plat d'argent autant de bulletins qu'il y a de Cardinaux malades, ils se rendent dans les cellules. Si le malade peut écrire, il fait lui-même son vote secrètement; et après avoir rempli les formalités prescrites, il l'introduit dans le coffret, par une ouverture qui y est pratiquée. Si le malade est dans l'impossibilité d'écrire lui-même son vote, il désigne un ,de ses collègues pour le remplacer. Le délégué se rend auprès du malade et écrit le bul-
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letin, après avoir prêté le serment d'en garder le plus inviolable secret. Lorsque les Cardinaux infirmiers sont de retour à la chapelle, le coffret est remis à l'un des scrutateurs, qui l'ouvre et va déposer les bulletins dans le calice. Dans l'élection par voie de suffrages écrits, les constitutions des Souverains-Pontifes, et, en particulier, celles de Grégoire XV, ont fixé que, si un premier scrutin ne donne pas le nombre de voix voulu, c'est-à-dire les deux tiers des Cardinaux présents, le Sacré-Collège doit procéder à un second scrutin. Ce second scrutin sert de complémentau premier, et on le nomme Accession, parce que, au lieu de choisir directement, l'électeur accède au choix qui a été fait de tel ou tel Cardinal. Du reste, dans ce second scrutin, on observe les mêmes formalités que dans le premier, à la seule exception qu'on ne prête pas un nouveau
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serment, le premier portant sur les deux actes, comme l'indiquent les dernières paroles que nous avons omises tout à l'heure à dessein : qnod idem in accessu prœstabo (j'atteste que je ferai de même dans l'accession), ce qui veut dire : « J'at- « teste que si j'abandonne le Cardinal « que jeviens.de nommer, pour accéder « à celui qui aura été nommé par les « autres, je ne me déterminerai à ce chan- « gement que parce que je croirai en « conscience devoir le faire. » Après la récitation de l'hymne : Veni Creator Spiritus, le premier Cardinal-Diacre, au moyen des petites boules de bois dont il a été parlé précédemment, procède à l'élection des trois scrutateurs, et à celle des deux ou trois Cardinaux, qui devront remplir l'office d'infirmiçrs en allant recueillir le vote des malades à leurs cellules.
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Cette première opération terminée, tout aussitôt commencent les votes pour le scrutin. Le Doyen du Sacré-Collège est appelé le premier, puis le Sous-Doyen, puis les trois Généraux d'Ordre, les Cardinaux-Évêques, les Cardinaux-Prêtres et les Cardinaux-Diacres.
Lorsque tous les bulletins du scrutin sont recueillis, tant ceux des Cardinaux présents à la réunion que ceux des malades, le premier scrutateur les mêle, et le dernier les compte avec soin, en les retirant un à un du calice où ils avaient été déposés d'abord, pour les mettre dans un autre calice.
Si le nombre des bulletins ne concorde pas avec cslui des Cardinaux qui ont dû voter, ils sont à l'instant brûlés, et on recommence l'opération ; si, au contraire, il est égal, les trois scrutateurs, debout devant la table sur laquelle sont déposés'
les votes, procèdent ainsi au dépouillement.
Chaque bulletin passe successivement sous leurs yeux et dans leurs mains. Le premier scrutateur le tire du calice et Tentr'ouvre pour lire le nom du candidat élu, en respectant le nom de l'électeur. 11 le passe ensuite au second scrutateur qui fait de même; le troisième publie à haute voix le nom de l'élu. A mesure que les noms sont proclamés, les' Cardinaux les inscrivent sur une liste disposée à cet effet; et dès que le dépouillement est terminé, chacun additionne le nombre de votes obtenus. Pendant ce temps, le dernier scrutateur prend une à une les cédules, et, à l'aide d une forte aiguille, il les pique au mot Eligo et les fait passer sur un fil de soie dont il noue les deux extrémités ensemble. Le tout est déposé sur la table pour servir au suffrage
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d'accession, s'il y a lieu. Je dis s'il y a lieu; car si, dans la répartition des votes, l'un des Cardinaux a obtenu les deux tiers des voix, d'après les constitutions de Grégoire XV, le conclave est terminé et le Pape canoniquement élu.
Mais dans le cas où le scrutin n'a pas fourni le nombre voulu de suffrages pour l'élection, on procède immédiatement à l'accession.
Lorsque ce second vote est terminé, on proclame les voix nouvelles données à chacun des élus, et l'on réunit en une somme totale les votes obtenus, par chaque Cardinal, dans le scrutin et dans l'accession .
Si aucun Cardinal n'a atteint le nombre suffisant, la séance est levée. Mais, avant que le Sacré-Collège se sépare, les cédules ou bulletins sont brûlés dans le poêle placé derrière l'autel. Il en résulte
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une fumée qui s'échappe par un tuyau de cheminée qu'on aperçoit de la place du Quirinal. Ce signe indique la fin de la séance.
11 ne faut pas croire qu'un Conclave passe inaperçu à Rome. Pendant toute la durée des Conclaves, la foule se porte au Monte-Cavallo, au moment où Ton sait que les séances doivent commencer; chacun veut en connaître l'issue. Tous les regards sont attentivement fixés sur la cheminée dont il a été question ci-dessus. S'il en sort de la fumée, comme c'est le signe de l'invalidité du scrutin, chacun s'en retourne consterné; si, au contraire, aucune fumée ne s'échappe, une joyeuse rumeur s'élève du milieu de la foule ; et Ton attend avec impatience la proclamation du Souverain- Pontife,
Si, au contraire, après le dépouillement
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de l'accession, un Cardinal est parvenu au chiffre voulu, les scrutateurs vérifient les derniers bulletins ; et s'ils sont reconnus valides, le Pape est canoniquement élu ; il ne reste plus qu'à obtenir son assentiment. C'est ici le lieu de relater un épisode de YHistoire d'un Conclave, qui se passe en dehors des opérations des Cardinaux, mais n'en a pas moins un caractère de vraie grandeur.
Tous les jours, le matin, un grand nombre de membres du clergé romain, c'est-à-dire des religieux et des prêtres séculiers, se rendent processionnellement de l'église des Saints-Apôtres au palais du Quirinal, avec les insignes de leur ordre, et les bannières de leur basilique ou église. Ils y sont reçus par les auditeurs de Rote dans une des chapelles du Palais.
Un des doyens du clergé adresse aux auditeurs cette question : Habemus-ne
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Pontifîcem ? (Avons-nous un Pontife?) — Si la réponse est négative, la grande procession s'en retourne en chantant le Vent Creator y et atteste ainsi que les Cardinaux ont encore besoin des lumières de l'Esprit- Saint. Si, au contraire, la réponse est affirmative, le Te Deum est entonné, et la procession va se ranger en face de la Loggia du Palais, pour assister à la proclamation publique du Souverain-Pontife, Dès que le Pape a été élu, le Cardinal- Doyen agite une sonnette. Ce signal avertit les maîtres des cérémonie d'entrer dans la chapelle ; le secrétaire du Sacré-Collège entre avec eux. Ils viennent tous se placer auprès du Doyen. Celui-ci, escorté par eux, et entouré des Cardinaux, chefs d'ordre, s'approche du Pape élu, et lui demande en ces termes s'il donne son consentement au choix qui vient d'être fait :
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Acceptas-ne electionem de te canonice factam in Summum Pontificem? (Acceptezvous l'élection qui vient d'être canoni-.
quement faite de vous au Souverain-»
Pontificat?) :
Aussitôt que l'élu a donné son assentiment, et pendant que le Secrétaire du Sacré-Collège en dresse l'acte public, et y inscrit le nom qu'il a déclaré prendre, tous les baldaquins placés au-dessus des> sièges des Cardinaux s'abaissent; seul, celui du nouveau Pape reste en place, et»
les deux Cardinaux, ses plus proches voisins, s'écartent de sa personne, par.
respect pour sa nouvelle et éminente> dignité. — Admirable détail de ces cérémonies saintes ! Il exprime que le « haut jury de l'Église abdique entre les mains du Pape. » Lorsque l'acte de nomination; a été dressé, les deux premiers Cardinaux-Diacres accompagnent l'élu derrière
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l'autel de la chapelle, où des camériers (ou aides de chambre) le dépouillent de ses insignes cardinalices pour le couvrir des vêtements sacrés qu'il deyra désormais porter.
Le costume ordinaire du Pape, sitôt son élection, consiste en une soutane de laine ou de soie blanche, simplement de serge, si le Pontife a appartenu à quelque ordre monastique ; ceinture à glands d'or ; bas blancs, souliers en étoffe de velours ou de soie rouge sur lesquels une croix d'or est brodée (c'est ce qu'on nomme les mules du Pape) ; calotte blanche ; rochet de dentelle, mosette de soie ou de velours rouge bordée d'hermine; enfin l'étole.
Le Pontife, sous son nouveau costume, retourne à l'autel, sur les degrés duquel un riche fauteuil a été placé. 11 s'y asseoit, et, après que le Cardinal-Camerlingue lui a mis au doigt Y Anneau du
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pêcheur, il reçoit la première adoration du Sacré-Collège. — Tout le monde sait que Ton nomme ainsi l'hommage que les Cardinaux rendent au Pape après son élection. L'on sait aussi que cette expression ne doit pas être prise au pied de la lettre, mais bien dans le sens figuré. Elle signifie la plus haute vénération, le respect le plus profond, que Ton puisse accorder à un homme ; et comme ce n'est qu'en qualité de représentant de Dieu que ces hommages sont rendus au Pape, on a jugé bon d'employer le même mot par lequel on désigne le suprême hommage rendu à Dieu.
L'élection du Pape est suivie de trois adorations. Voici comment elles ont lieu.
Les Cardinaux à genoux baisent le pied et la main du nouvel élu ; et, en se relevant, ils reçoivent du Pape le baiser de paix.
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A peine la première adoration estelle terminée, que le premier Cardinal- Diacre, précédé d'un maître des cérémonies, portant la croix, se rend à la Loggia du Palais, murée depuis l'ouverture du Conclave. Des ouvriers ont été immédiar tement chargés d'abattre la maçonnerie.
Dès que le passage est praticable, le Cardinal annonce en ces termes au peuple impatient l'élection du nouveau Pape :
Annuntio vobis gaudium magnum : Papam habemus eminentmimum ac reverendissimum Dominum N. 9 qui sibi imposuit nomen N. , ut in posterum vocetur.
Je vous annonce une heureuse nouvelle :
Nous avons pour Pape le très éminent et très révérend Seigneur N**% qui a pris le nom de N***, par lequel il sera désigné à l'avenir.
Après la proclamation du Pontife, tous
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les Cardinaux paraissent tour à tour sur le balcon : le nouveau Pape vient en dernier et donne sa bénédiction au peuple.
Aussitôt toutes les portes du Conclave sont ouvertes et le Pape se rend au palais du Vatican, suivi des Cardinaux; les deux principaux membres du Sacré-Col- Collège sont dans sa voiture.
Lorsque le cortège passe sur le pont Saint-Ange, l'artillerie du château, sur lequel flottent deux grands étendards, aux armes du nouveau Pape, salue le Pontife.
A la porte du Palais apostolique, il reçoit des mains du Cardinal-Camerlingue les clefs de 1 -appartement pontifical.
C'est le jour même, ou le lendemain, selon sa volonté, que se fait la seconde adoration dans la chapelle Sixtine. Le Pape reçoit cette seconde adoration, assis sur un siège placé au centre de l'autel.
De même que dans les grandes circons-
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tances, les Cardinaux sont revêtus de la soutane et du manteau rouges. Les armes du nouveau Pape apparaissent sur le dais de velours cramoisi à franges d'or de l'autel et du trône. La troisième adoration, qui est la plus solennelle, doit suivre immédiatement la seconde; c'est dans' la Basilique de Saint-Pierre qu'elle a lieu.
Le Pape s'y rend porté sur la sedia, et accompagné de toute la cour pontificale.
Dans le parcours, les musiciens chantent en latin ces paroles ;
« Peuples, recevez ce Pontife Souverain dont la vie et les œuvres ont attiré les regards de Dieu. Aussi le Seigneur l'a-t-il élevé. Il l'a établi le dispensateur des bénédictions qu'il veut répandre sur la terre entière, et dépose en ses mains les promesses qu'il a faites à son Église, »
Lorsque la procession est arrivée sous ' le portique, on entonne le fameux verset :
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Tu es Petrus et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam. Ainsi salué, le nouveau Pape fait son entrée dans la Basilique et en prend possession. On le conduit jusqu'à l'autel de la Chaire de saint Pierre. C'est là, au pied même de la Chaire du Prince des apôtres, qu'il reçoit des Cardinaux la dernière adoration. Pendant qu'elle se poursuit, on chante le Te Deum que le Cardinal-Doyen entonne auprès du Pape. La cérémonie se termine par la bénédiction solennelle du Pontife. Le couronnement du Pape, nouvellement élu, a lieu peu de jours après son élection et son exaltation.
L'usage de couronner les Pontifes romains remonte à des temps fort reculés.
Selon plusieurs graves auteurs, c'est à l'époque de Constantin qu'il faut en placer l'origine.
Ce fut d'abord à Saint-Jean- de-Latran
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que la cérémonie se célébra. Plus tard, elle se fit, soit sur le vaste parvis de la basilique Vaticane, soit dans la basilique elle-même. Depuis Marcel II, en 1555, on la célèbre ordinairement dans la Loggia qui se trouve au-dessus de la porte principale de Saint-Pierre. Cette cérémonie consiste dans l'imposition de la tiare qui est le diadème ou la couronne des Papes.
Plusieurs écrivains Font confondue avec la mitre. C'est à tort : ces deux insignes sont tout à fait distincts l'un de l'autre par leur forme, et leur signification est bien différente. La mitre désigne, pour le Pape, comme pour les Évêques, la plénitude du pouvoir sacerdotal; la tiare désigne la suprême autorité du gouvernement.
Tout le monde sait quelle est la forme d'une mitre d'évêque. — Il n'y a aucune différence entre les mitres du Pape et
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celle des Evêques. La tiare est une espèce de cône, en soie blanche, en velours ou en drap d'argent, le plus souvent enrichi de pierreries, et entouré de trois couronnes d'or; au sommet de ce cône esi la figure du globe surmonté d'une petite croix. De même qu'à la mitre, deux pendants ou fanons tombent par derrière.
Aujourd'hui ce diadème est entouré de trois couronnes. 11 n'en avait d'abord qu'une seule, et on le nommait simplement alors la couronne, en latin corona.
D'après les auteurs qui font remonter au temps de Constantin l'usage de couronner les Papes, ce serait le Pape saint Sylvestre qui, le premier,, aurait porté cet insigne. Plusieurs de ces auteurs supposent qu'il lui aurait été donné par Constantin même, après que ce prince eut embrassé le christianisme.
Dans un sermon du pape Innocent III
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sur la fête du pape saint Sylvestre, on lit ces mots : Romanus Pontifex in signum imperii utitur regno^ et in signum Pontificatus utitur mitra. » Et dans un autre sermon, le même Pape dit en parlant de lui-même :
« L'Eglise m'a donné la mitre comme « signe des choses spirituelles, et la cou- « ronne comme signe des choses tem- « porelles; la mitre pour le sacerdoce, la « couronne pour la royauté. »
Sous le Pontificat de Nicolas II, au xi 6 siècle, selon les uns; sous celui de Boniface VIII, au xm e siècle, selon d'autres; ou tout au moins, sous celui de Clément V, ou de Jean XXII ou de Benoît XII, dans la première moitié du xiv e siècle, une seconde couronne fut ajoutée à la première, et Ton donna à ce diadème le nom de regnum. Enfin, vers la fin du xiv e siècle, se fit l'addition de la
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troisième couronne. On n'est pas d'accord si ce fut sous le Pontificat d'Urbain V ou de Boniface IX. Toujours est-il certain que, depuis cette époque, le diadème des Papes est appelé trirègne ou tiare, en latin triregnum ou tiara.
D'après l'abbé Dumax, le symbole des deux couronnes que les Papes portèrent au moyen âge, signifiait l'association du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ; celui des trois couronnes est plus délicat encore. Les trois couronnes qui constituent le trirègne ou la tiare, dit un ancien auteur, sont l'emblème du pouvoir sacerdotal, impérial et royal réuni sur un même front; d'autres disent qu'elles représentent la triple puissance de Pontife, de Prince et de Père (le sacerdoce, la royauté et la paternité), qui réside en la personne du successeur de saint Pierre.
D'autres encore ont cru que le Pape,
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représentant Jésus-Christ dans sa gloire, devait porter la triple couronne, par allusion à ce que saint Jean, dans l'Apocalypse, dit du Sauveur ressuscité et glorieux : qu' « il est couronné de plusieurs diadèmes »; ou encore pour signifier que, semblable au nom de Jésus-Christ, le nom du Pape est puissant au ciel, sur la terre et dans les enfers; ou encore parce que le pouvoir du Vicaire de Jésus-Christ s'étend sur l'Eglise militante, dont il est le chef et le guide, sur l'Eglise souffrante. qu'il soulage par la dispensation des indulgences, et sur l'Eglise triomphante, par le privilège inhérent à sa dignité, de décerner le culte public aux serviteurs de Dieu, qui ont mérité d'être honorés comme saints.
La cérémonie du couronnement est entourée d'une grande pompe; mais, comme le remarque le chevalier Moroni,
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les Souverains-Pontifes, en réglant euxmêmes ce cérémonial, n'ont point voulu élever aux yeux des hommes leur dignité souveraine : ils n'ont eu d'autre pensée que de contribuer à la plus grande exaltation de Jésus-Christ et de son Eglise.
La veille du couronnement du Pontife, l'Aumônerie apostolique distribue, dans une des cours du Vatican, des secours à tous les pauvres qui se présentent.
Cette distribution se renouvelle chaque année au jour anniversaire du couronnement du Pontife régnant. Autrefois, le jour de leur couronnement, les Papes avaient coutume de jeter au peuple de fortes sommes d'argent. Cet usage, qui remontait au pape Valentin, en 827, exprimait une belle pensée : l'inépuisable largesse que doit avoir le cœur d'un Pape pour répandre sur le monde entier les trésors des grâces et les munificences de la cha-
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rite. 11 fut abrogé sous le pontificat de Paul H, en 1464, en raison des graves abus qu'il entraînait; et les sommes, ordinairement consacrées à ces largesses, furent employées aux œuvres de bienfaisance.
C'est dans la basilique de Saint-Pierre que se passe la première partie de la cérémonie. Entre les rites sacrés qui s'y accomplissent, et dont rien n'égale la religieuse poésie et le touchant symbolisme, il en est un plus touchant peut-être par son symbolisme et sa poésie.
Au moment, où, pour la première fois, le Pape s'asseoit sur son trône, le Maître des cérémonies s'avance aux pieds du Pontife, et met le feu à un paquet d'étoupes fixé à l'extrémité d'un bâton d'argent, pendant que le chœur chante ces austères paroles : Pater sancte, sic transit gloria mundi! (Saint-Père, ainsi passe la gloire du monde !) Chrétienne
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expression d'un rite que le paganisme avait inventé. Il l'employait dans la pompe des triomphes quïl décernait à ses héros, pour modérer les excès de leur ambition et les écarts de leur orgueil. Pendant que le triomphateur, traîné sur son char, la couronne de laurier sur la tête, s'avançait vers leCapitole, des esclaves, de distance en distance, lui répétaient : « Souvienstoi que tu es mortel ! »
Anciennement, on plaçait devant le nouveau Pape, au moment où il prenait possession de son trône, une colonne surmontée d'un coq de bronze. Ce symbole, en lui rappelant la faute de saint Pierre, le premier des Pontifes, devait aussi lui rappeler la fragilité humaine et l'exhorter à être indulgent, miséricordieux, à compatir aux misères du peuple chrétien. Il serait difficile de dire quel est celui des deux rites dont le
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sens est plus religieux et plus touchant.
Selon certains auteurs, pendant que ce souvenir de la chute de saint Pierre était présenté au nouveau Pape, un prélat, debout au pied du Trône pontifical, adressait au successeur de l'apôtre, ces paroles : Non videbis annos Pétri (Votre règne n'atteindra pas la durée de celui de Pierre), comme s'il n'était pas possible que le règne d'un Pape atteignît la durée de celui de l'Apôtre, et qu'il ce pût rester sur le trône au delà de vingt-cinq ans.
Cette assertion est toute gratuite et inexacte, ainsi que le fait remarquer l'auteur de V Histoire dun Conclave. Dieu s'est réservé le secret de la vie de ses Pontifes comme de celle des autres hommes ; et bien que jusqu'en 1 846, aucun Pape n'ait eu un aussi long pontificat que saint Pierre, l'Eglise ne s'est jamais permis d'en conclure que le rèçne des successeurs
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du grand apôtrç dût être moins long que le sien. Le pontificat de Pie IX, qui a duré près de trente-deux ans, vient d'ailleurs faire une glorieuse exception à cette prétendue loi sur la durée de la vie des Papes.
Un rite non moins beau ni moins imposant est connu sous le non de Litanies du couronnement : il s'accomplit pendant la messe.
Dès que le Pontife a récité les oraisons, le premier des Cardinaux-Diacres, précédé d'un maître des cérémonies et suivi de plusieurs prélats de la cour pontificale, descend au tombeau des apôtres saint Pierre et saint Paul, sous l'autel de la Confession.
Arrivé dans la chapelle souterraine, il chante trois fois ces paroles : Exaudi, Christe /Jésus-Christ, exaucez nos prières !
et tous les assistants répondent en répé-
tant également trois fois : Vive Notre Seigneur et Maître iV***, par tordre de Dieu, suprême Pontife et Pape universel !
Le Cardinal poursuit les prières ; il invoque tour à tour la sainte Vierge, les esprits bienheureux, le Précurseur du Sauveur, les deux grands Apôtres Pierre et Paul, quelques martyrs, quelques saints solitaires, quelques-uns des premiers Papes, enfin sainte Agnès, sainte Cécile et Sainte Lucie, ces vierges martyres, si chère à l'Église romaine, qu'elle rappelle tous les jours leurs noms dans les prières du saint sacrifice.
A chacune des invocations, le chœur répond par cette exclamation : Venez en aide à notre Pontife : Tu, illum adjuvà!
Pendant qu'on chante les Litanies, le Pape, la tête couverte de la mitre, demeure assis sur son trône ; tous les assistants sont à genoux.
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Dès que la messe est achevée et ,que tous les rites, dont nous venons de parler, sont accomplisse Pape, porté sur la seiia, la mitre sur la tête, est conduit processionnellement à la Loggia. Un trône y a été dressé pour recevoir le Pontife : il s'y asseoit, les membres du Sacré-Collège, les Prélats et tous les dignitaires de la cour pontificale se rangent autour de lui.
Un des Prélats porte la tiare et se tient près du Cardinal-Camerlingue.
Cependant le chœur des musiciens entonne le célèbre motet, dans lequel Palestrina a su revêtir de la plus mélodieuse harmonie le chant de triomphe que les élus, au rapport de saint Jean, font retentir dans le ciel, en exaltant les louanges et la gloire du Sauveur : « Une couronne d'or a été placé sur sa tête, Corona aurea super caput ejus. »
Après la récitation du Pater et d'au-
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très prières que le Cardinal-Camerlingue échange avec les assistants, il récite à voix basse, auprès du Pontife, l'oraison suivante :
« Dieu tout-puissant et éternel, vous qui donnez au sacerdoce sa gloire et sa dignité, et qui êtes le principe de toute royauté, accordez à votre serviteur N***, noire Pontife, de régir votre Eglise avec sagesse; et faites que sous le règne de celui que vous avez établi vous-même Père des rois et Chef de tous les fidèles, et qui va recevoir le gage de votre élection dans son Couronnement, toutes choses soient conduites d'après les influences salutaires de votre providence. »
Pendant que le chœur répond : Amen, l'un des Cardinaux-Diacres vient enlever la mitre du Pontife, et le Camerlingue,
L Episcqpat sous le joug 279
recevant la tiare des mains du Prélat qui la porte, la dépose sur la tête du nouveau Pape en disant :
« Recevez la tiare aux trois couronnes, et souvenez-vous que vous êtes le Père des princes et le Guide des rois sur la terre, le Vicaire de notre Sauveur Jésus- Christ, à qui appartiennent l'honneur et la gloire dans les siècles des siècles.
La cérémonie du couronnement est terminée. Le Pontife lui imprime un dernier caractère de splendeur, en répandant sur la foule, qui se presse à ses pieds, le trésor des indulgences et sa bénédiction apostolique.
Portéde nouveau sur la Sedia, il s'avance plus avant sur le balcon. Après avoir récité les magnifiques prières préparatoires, il se lève, et, le front ceint de la triple couronne qu'il vient de recevoir, il bénit par trois fois Rome et le monde. Les clo-
280 L Ephcopat sous le joug
ches de la basilique et le canon du château Saint-Ange annoncent à la ville et à l'univers la bénédiction du nouveau Pape.
C'est pendant que se célébrait la fête de saint Léon, évêque de Catane, que le cardinal Pecci a été désigné comme' l'Elu du ciel et l'Evêque des évêques.
Le nombre des électeurs sacrés était de 62, Son Em. le cardinal Moraes Cardoso, patriarche de Lisbonne, ayant pu être admis la veille dans le Conclave. La majorité des deux tiers au moins, exigée pour l'élection, se trouvait donc fixée à 42 voix. Le Cardinal -Camerlingue en réunit 44 au scrutin du mercredi. L'élection était consommée au milieu des acclamations du Sacré-Collège et des larmes de celui qui en était l'objet.
Il ne manquait plus que son consentement. La porte de la chapelle Sixtine s'ouvrit alors et laissa entrer les Maîtres des
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Lfcpiscopat sous le joug 281
cérémonies et le Secrétaire du Conclave, Mgr Lasagni qui, s'unissant aux trois Cardinaux-Chefs d'Ordres, allèrent le demander à l'Elu. Son Em. le cardinal di Pietro, doyen, lui adressa la demande en ces termes :
Acceptas-ne electionem in summum Pontificem?
« Acceptez-vous l'élection pour le souverain Pontificat?
Après une courte prière, l'Elu répondit qu'il se croyait indigne d'une telle élévation, mais qu'en présence du choix de tous, il s'en remettait à la volonté de Dieu.
Le Cardinal-Doyen adressa alors au Pontife cette autre question :
Quomodo vis vocari ?« Comment voulezvous être appelé? » Et le Saint-Père répondit qu'il voulait se nommer Léon XIII, en souvenir de Léon XII, pour lequel il
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avait toujours eu une grande vénération, et en mémoire du saint Evêque du même nom dont on célébrait ce jour-là la fête.
De nouvelles acclamations retentirent au sein de l'auguste assemblée, et les princes de l'Eglise souhaitèrent au nouveau Pontife de succéder pour de longs jours au grand Pape des tribulations, de même que Léon XII avait succédé à Pie VII.
L'auteur anonyme d'une Vie de Léon XIII 9 parue à la librairie Haton, remarque que dans les annales de la papauté, on ne connaît pas de plus beau nom que celui de Léon, Saint Léon le Grand arrête Attila, saint Léon III couronne Charlemagne, saint Léon IV sauve Rome des Sarrasins, saintLéonlX, subjugue, par son énergie, son courage et ses vertus, plus encore que par son autorité, les ennemis acharnés de l'Eglise ; tous les Léon,
V Ep'iscopat sous le joug 283
véritables lions, semblent particulièrement prédestinés à représenter le lion .
vainqueur de la tribu de Juda.
Mgr Martinucci, en sa qualité de protonotaire apostolique, dressa l'acte d'acceptation du Pontificat suprême, ayant pour témoins Mgr Lasagni, secrétaire du Sacré-Collège et Mgr Marinelli, évêque de Porphyre. Puis, les trois Chefs d'Ordres s'étant retirés, Mgr Martinucci appela deux Cardinaux-Diacres, les Eminences Mertel et Consolini, qui conduisirent le nouvel élu à la sacristie, où il fut revêtu des habits du Pape.
Le Pontife paraissait profondément ému. En rentrant dans la chapelle, il donna sur son chemin la bénédiction papale à tous les Cardinaux, et s'étant assis sur la Sedia gestatoria, déjà placée sur l'estrade de l'autel, il reçut les premiers hommages des Cardinaux, qui lui baisè-
284 L'ICpiscopat sons U jourj
rent la main et furent admis à l'accolade, C'est ce que nous appelons l'adoration.
Ensuite le cardinal Schwarzenberg, Pro-Camerlingue, luimit au doigt l'anneau du Pêcheur. Cela fait, tous les autres conclavistes furent admis* au baisement du pied.
Sa Sainteté ayant donné de nouveau sa bénédiction au Sacré-Collège, quitta la chapelle Six Une pour rentrer dans sa cellule, où elle devait rester jusqu'à la grande bénédiction.
Ces préliminaires avaient pris quelque temps. Tout à coup, une croisée du Vatican s'ouvre. La croix apparaît, précédant un Cardinal vêtu de noir, c'est le premier de l'Ordre des Diacres, le cardinal Caterini, qui, malgré son grand âge et ses infirmités, se présente entouré de prélats. « Je vous annonce, dit-il au peuple, une grande joie; nous avons pour
Pape l'éminentissime et révérendissime Seigneur Joachim Pecci, qui a pris le nom de Léon XIII. »
Aussitôt les cloches de Saint-Pierre sonnent à toute volée, elles retentissent jusqu'aux extrémités de la ville. Elles annoncent ainsi le Gaudium magnum (la grande joie) ; quelques minutes s'écoulent, puis toutes les cloches de la ville répondent. Personne ne s'y trompe; tout le inonde répète : « Nous avons un Pape!
Nous avons un Pape î »
Mais on ignore ce qui va se passer. On craint que le Saint-Père ne veuille point affronter hors du Vatican, son palais ou sa prison, la puissance qui, depuis 1870, réduit la papauté à ces humbles limites.
Une foule immense remplit les nefs de Saint-Pierre: beaucoup sont agenouillés au tombeau des saints Apôtres ; d'autres baisent pieusement le pied de la statue en
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bronze de saint Pierre. Tout le monde est dans l'attente et dans la joie... Chacun — Romains ou étrangers, patriciens ou gens du peuple, prêtres ou laïques, confondus dans une même pensée — célèbrent l'élection du successeur de Pierre. L'heure de l'attente, même de l'incertitude, est longue. Le Pape viendra-t-il? Le verronsnous? Telles sont les questions que chacun s'adresse... Le nom de Léon XIII est dans toutes les bouches. Tous les Romains le connaissent. Les prêtres et les évêques, les religieux dont beaucoup sont venus assister à la grande solennité de la bénédiction apostolique, racontent son dévouement à l'Eglise, les services qu'il a rendus, ses vertus, sa haute science, sa piété, sa bonté. E buono Papa, disent les habitants de la campagne romaine « C'est un bon pape! » Personne ne doute que Léon XIII, malgré sa grande douceur,
L Ephcopat sous le joug 287
n'ait une politique énergique et forte.
Déjà les Romains lui ont appliqué la devise : Ego nominor Léo. C'est-à-dire, « je me nomme Lion. »
Une nouvelle émotion se produit. Les immenses portes de bronze de la Basilique, ces portes qui ne s'ouvrent qu'aux jours solennels et qui depuis si longtemps sont fermées à la foule, ces portes s'ouvrent à deux battants.
A quatre heures environ, l'immense place de Saint-Pierre est littéralement couverte de monde. Mais comment calculer la foule qui remplit la Basilique?
Tous les regards se tournent au même moment vers les fenêtres de la loge intérieure, qui viennent de s'ouvrir. Sur la corniche de pierre, on voit les cérémoniers placer un voile de pourpre et audessus un coussin de même couleur. Plus de doute, le Pape s'approche ; voici
288 VEpiscopat sous le joug
Mgr Cataldi, maître des cérémonies pontificales, précédant la Croix.., enfin le nouvel Elu, Léon XIII, apparaît dans l'embrasure de la Loggia, suivi du cortège des Cardinaux.
A ce moment, un long frémissement s'élève; les applaudissements éclatent, unanimes et puissants comme un vrai tonnerre. C'est l'acclamation du peuple chrétien. Peu h peu cependant il se fait une sorte de silence. Le Pape est à genoux. D'une voix qui retentit dans toute la basilique, il récite les prières ordonnées par le rituel; puis il lève la main pour bénir la foule : Sit nomen Domini Benedictum! Et le peuple agenouillé répond d'une seule voix : Qui fecit cœlum et terrant.
Léon XIII, grand, majestueux par la taille et par le visage, est vêtu de blanc; il porte le camail et l'étole rouge ; d'une voix haute, claire, émue, il fait descendre
sur son peuple, au milieu des larmes de l'assistance prosternée, la première de ses bénédictions. L'émotion ne se peut plus contenir. De nouveaux applaudissements, des cris de Vive le Pape ! Vive Léon XIII !
partent à la fois de mille et mille poitrines, éveillant sous les voûtes de la Basilique un écho formidable. Rien ne saurait rendre la grandeur et la beauté d'un tel spectacle. Ceux qui furent assez heureux pour le voir ne le peuvent redire ; mais dans leurs âmes quel profond, quel ineffaçable souvenir!
Pendant ce temps, toutes les cloches de Rome continuèrent à sonner à grandes volées, faisant écho à la joie du peuple; et, à la suite de la foule revenant du Vatican, on entendait un long murmure qui témoignait de l'allégresse générale.
Le premier acte de Léon XIII est la confirmation des protestations de Pie IX
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contre l'usurpation piémontaise. Le Pape refusa de paraître à la loge d'où Ton donne la bénédiction au peuple réuni sur la place Saint-Pierre ; il ne descendit pas non plus dans la Basilique ; c'est du haut de la loge intérieure qu'il bénit les mil-* liers de fidèles qui remplissaient Saint- Pierre.
Ce fait prouve que Léon XIII voulait être, comme Pie IX, le prisonnier du Vatican. En sortant du Conclave, le cardinal Pecci avait donc sacrifié à l'Eglise sa liberté.
La vie d'un Pape n'est pas une vie de calme et de repos : jugez-en par le court mais fidèle horaire de la vie actuelle d'un vieillard de quatre-vingt-cinq ans.
Centra, le fidèle valet de chambre de Léon XIII, entre dans l'appartement du Pape le matin, à §ix heures. Si la nuit a été bonne. Léon XIII se lève aussitôt :
dans le cas contraire, le Pape reste encore couché quelque peu, mais à sept heures il est toujours sur pied. La première chose qu'il fait, c'est de passer dans sa petite chapelle privée pour y prier ou pour y dire la messe, suivant sa disposition. Après un léger déjeuner qui consiste généralement en un peu de bouillon, il reçoit à neuf heures son secrétaire particulier, Mgr Angeli, qui lui apporte la correspondance. Les lettres qui,, sur l'enveloppe, ne portent pas d'indication spéciale, c'est-à-dire celles qui ne sont pas réservées, Mgr Angeli est autorisé à les ouvrir et à ne les communiquer au Pape que s'il le croit nécessaire. Les lettres importantes sont lues au Pape et annotées pour la réponse.
A dix heures, le cardinal Rampolla, Secrétaire d'Etat, succède à Mgr Angeli et ne reste jamais moins d'une heure ou
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d'une heure et demie auprès de Sa Sainteté.
Les jours où le Cardinal-Secrétaire d'Etat reçoit le corps diplomatique, c'est le substitut Mgr Rinaldini qui se rend chez le Pape ou bien le Secrétaire de la Congrégation des affaires ecclésiastiques qui est également une dépendance de la Secrétairerie d'Etat;
Après cette audience ont lieu les autres réceptions de Cardinaux-Chefs de congrégation ou d'autres personnages. Ces audiences ont lieu quelquefois en forme officielle, c'est-à dire avec des détachements des divers .corps militaires du Palais rangés dans les premières antichambres, les camériers secrets, ecclésiastiques et laïques, dans les secondes, et le Maître de chambre qui introduit le visiteur dans les appartements particuliers du Pape. Quand les audiences ont lieu avec ces formalités,
L'Fpiscopat sous le joug 293
on dit en langage de cour qu'il y a « antichambre ».
Les autres jours, les visiteurs sont introduits auprès du Pape par un camérier secret participant.
A une heure de l'après-midi, les audiences sont toujours terminées et, peu de temps après, le dîner est servi.
Léon XIII dîne toujours seul. Il est très rare qu'un de ses intimes lui tienne compagnie. Jusqu'à ces temps derniers le commandeur Slerbini, un intime de la famille Pecci, et qui exerçait les fonctions honorifiques de grand échanson, assistait quelquefois aux repas du Saint-Père, mais le commandeur est tombé en disgrâce depuis cinq ans, c'est-à-dire depuis l'époque où le denier de Saint-Pierre a subi de fortes pertes.., et on ne le voit plus que rarement au Vatican.
J'ai dit que le Pape mange toujours
seul : cependant tant qu'a vécu Pie IX, il était d'usage que le dîner fût servi pour douze. Le reste était destiné aux domestiques. Léon XIII, dès les premiers jours de son pontificat, abolit cet usage qu'il considérait comme un gaspillage et aujourd'hui les plats sont réduits aux modestes proportions d'un dîner de curé de campagne.
Le menu se compose de pâtes bouillies qui tiennent lieu de potage, de viandes également bouillies ou rôties, de quelques légumes et de fromage du pays fabriqué avec le lait de chèvre.
Pie IX dîna quelquefois avec sa cour, et surtout quand il allait faire quelque excursion hors de Rome. Dans ce cas les tables étaient disposées en fer à cheval et celle destinée au Pape était isolée et servie à part : elle était au centre et un peu plus élevée que les autres.
L Fpiscopat sovs le joug 295
Un détail curieux : dans l'appartement du Pape, il n'y a pas de salle à manger; il n'y en avait pas du temps de Pie IX; il n'y en a pas sous Léon XIII. Pie IX mangeait toujours au même endroit, sur un bureau, dans la salle qui précédait sa bibliothèque privée. Léon XIII, lui, n'a pas de poste fixe. Il mange tantôt dans son cabinet, tantôt dans sa chambre à coucher, tantôt dans sa bibliothèque, suivant sa fantaisie et suivant les saisons. Pendant ses repas, qui ne durent jamais plus de vingt minutes, il adresse souvent la parole à son valet de chambre, Pio Centra, et s'entretient avec lui de ce qui se passe dans la ville.
Le repas fini, Léon XIII s'étend sur son lit pendant une heure, après quoi il se met à son bureau jusqu'au moment de la promenade. En été, la promenade a lieu de cinq à sept heures; en hiver, de trois à quatre.
A huit heures, ri se rend dans sa chapelle privée où il récite le rosaire avec les personnes de sa cour qui sont de service. Vers neuf heures et demie, il soupe et à onze heures il se couche. Jusqu'à ces temps derniers, il lui arrivait de travailler jusqu'à une heure très avancée de la nuit, et quelquefois de s'endormir sur son bureau. Mais maintenant il obéit aux prescriptions de son médecin, M. Lapponi, qui veut qu'il n'aille jamais se coucher après onze heures et qu'il passe au lit au moin^sept heures. Avant de s'endormir il lit les journaux.
Léon XIII, comme toutes les personnes chez lesquelles le système nerveux a une prépondérance, souffre souvent d'insomnies ; il a donc recours à de légers soporifiques. Ces insomnies se produisent surtout quand le Saint-Père a quelque travail important sur le métier, comme
île*
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une encyclique par exemple. Dans ce cas, il lui arrive quelquefois de se lever et d'aller à son bureau pour noter sur le papier quelque idée nouvelle qui lui est venue à l'esprit. Plusieurs de ses rhumes ont été causés par cette habitude.
La villégiature, dans les jardins du Vatican, ne change en rien ce système de vie : tout ce qu'il fait, de neuf heures du matin à sept heures du soir dans son appartement du Palais apostolique, il le fait dans la tour de Léon IV, où il se réfugie Tété.
Cette tour, par sa position et par l'épaisseur de ses murs, est très fraîche; je dois même ajouter qu'elle est trop fraîche.
Le correspondant romain du Temps, dans sa chronique du 29 juillet, remarquait que le 20 juillet, tandis que dans le jardin le thermomètre marquait 31°,
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298 L'Episnopal sous le joug
dans la tour il n'en marquait que 16, de sorte qu'on fut obligé d'allumer le feu dans la cheminée que le docteur Lapponi, très sagement, y a fait construire.
Les personnes qui approchent le plus fréquemment le Pape sont Mgr Angeli, son secrétaire intime, et Mgr Marzolini, qui est son homme de confiance. Tous deux sont de Pérouse et sont âgés d'une quarantaine d'années.
Mgr Angeli est petit, maigre, délicat.
De caractère nerveux et facilement excitable, le contact continuel de Léon XIII a développé encore davantage ces dispositions naturelles. Ah! ce n'est pas chose très enviable que d'être toujours aux côtés, je dirais presque sous la main de Léon XIII. Nerveux et infatigable, Léon XIII exige que tous ceux qui sont autour de lui soient infatigables comme lui. De même que Léon XIII, qu'il soit à
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table ou couché, se lève pour courir à son bureau et y noter une idée qui lui est venue à l'esprit ou un vers latin qui a frappé sa fantaisie, de même il veut que les siens soient toujours sur la brèche, quel que soit le moment de la journée et quelquefois de la nuit. Pour Mgr Angeli il n'y a ni heures de déjeuner ni heures de sommeil. Tout dépend de lavolonté du Pape. Ce mode de vie a fini par aigrir un peu le caractère naturellement courtois de Mgr Angeli. Aussi quand on se rend chez lui, on court le risque d'être reçu assez brusquement, surtout si ce jour-là le Pape est de mauvaise humeur.
La mauvaise humeur de Léon XIII se reflète sur son secrétaire. Mais, si on sait le prendre, si on ne lui demande pas trop, peu à peu il se calme et petit à petit il reprend son caractère dont le fond est la bonté et la courtoisie. Du reste, Léon XIII
300 L Episeopat sous le joug
a, en la personne de Mgr Angeli, un serviteur excellent. Actif, intelligent, fidèle, sans ambition aucune, nullement intéressé, Mgr Angeli n'a pas profité de sa situation, puisqu'il n'a obtenu qu'un poste de clerc bénéficier à Saint-Pierre. Combien de prélats, qui n'ont pas la centième partie de la valeur de Mgr Angeli, ont fait un chemin plus brillant !
Au physique, Mgr Marzolini est l'antithèse de Mgr Angeli. Ce dernier est petit, maigre, chauve, délicat, nerveux; l'autre est gras, fort, robuste, d'un calme solennel.
Le Pape a confié à une commission de Cardinaux l'administration des biens du Saint-Siège; mais la majeure partie des capitaux sont administrés directement par le Pape, et c'est Mgr Marzolini qui est son homme d'affaires. C'est lui qui s'occupe de l'administration des maisons que
U Episcopal sous le joug SOI
Léon XIII a achetées, telles que le palais Altemps et le palais du Banco de Rome :
c'est lui qui pense à les louer. C'est lui qui s'occupe de changer l'or ou le papier étranger quand il arrive au Pape de fortes sommes pour le Denier de Saint-Pierre. Mgr Marzolini est peut-être le seul qui sache combien de valeurs renferme le coffre-fort que le Pape a fait placer dans sa chambre à coucher. De caractère doux, il est poli, serviable et a sur Mgr Angeli le grand avantage de n'être pas nerveux.
Malgré cela, Mgr Marzolini a beaucoup d'ennemis. On n'envie pas la position de Mgr Angeli auprès du Pape, mais on envie celle de Mgr Marzolini. Aussi les calomnies ne l'épargnent pas. On dit que, s'il sait faire les affaires du Pape, il sait faire aussi les siennes et avec cette seule phrase on veut dire bien des choses !
302 L Kpiscopat sous le joug
La vérité est que Mgr Marzolini est un brave et fidèle serviteur. Lorsque Léon XIII mourra, on devra recourir à lui pour savoir beaucoup de choses et avoir l'explication de bien des secrets.
Ceux qui connaissent Léon XIII s'étonnent avec raison de le voir mener cette vie active, malgré son grand âge et la faiblesse de sa constitution. Pendant le pontificat de Pie IX, Fra Antonio Marchi, mort en odeur de sainteté, le 23 mai 1891 , avait annoncé que ce Pontife occuperait pendant plus de trente ans le trône de Saint-Pierre et il répétait dans la suite à tous ceux qui voulaient l'entendre : « Ne craignez rien, Léon XIII vivra et sera Pape vingt ans. »
Il est certain que cette dernière prédiction qui, humainement parlant, eût paru invraisemblable à tous ceux qui connaissent le successeur de Pie IX, et à
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Léon XIII lui-même, est en train de se réaliser.
Et que d'œuvres fécondes pendant ce glorieux pontificat — œuvres achevées, œuvres ébauchées.
Aussi comme je le disais dans mon Triomphe du Christ (1) :
« Est-ce avec un tressaillement sans précédent dans les siècles passées, que le monde se lève pour fêter les jubilés de ce mourant qui courbe sous sa main débile les fronts et les cœurs des vivants?
C'est d'abord le chevalier de fer. Tindomptable Bismarck, rêvant de faire l'hécatombe des âmes, après avoir si bien réussi dans celle des corps.
Les évêques allemands sont en prison,
1. Le Triomphe de Lourdes et le Triomphe du Christ de Guy de Pierrefeu à la librairie Havard, 168, boulevard Saint-Germain.
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304 L Epxscopat sous le joug
les églises sont fermées, les catholiques dépossédés.
Le Kulturkampf, comme un aigle puissant, a pris dans ses serres le pauvre oisillon qui figure la catholicité allemande, il Ta élevé dans les hauteurs vertigineuses et a résolu de le laisser tomber, pour briser ses faibles ailes contre le roc impérissable de l'empire vainqueur. Brisé par les serres meurtrières, l'Église allemande a voltigé et, au lieu de se briser contre le roc, elle a poussé le cri plaintif d'un oiseau blessé.
Léon XIII entend ce cri, il se lève. Mais que fait au chancelier qui joue avec la couronne de l'empire français, que lui fait la tiare de ce vieillard débile qui n'a, pour le protéger, que la lance inoffensive d'un garde noble ou le goupillon d'un prélat romain?
prodige sans précédent dans les an-
nales du monde et dans les fastes des victoires, sans une menace, sans un coup de feu, sans un filet de sang, l'homme qui a vaincu la France courbe son front de huguenot haineux, sous la main bienveillante du vieillard de Rome, et le monde étonné apprit un matin que Bismarck s'était soumis ; c'est-à-dire que, nouveau Sicambre, il avait juré de brûler son Kulturkampf, sur le bûcher allumé par l'immortel génie de Léon XIU.
Nous voyons alors le jeune empereur d'Allemagne se rendre au Vatican pour s'incliner devant le Pontife romain. 11 lui envoie pour son jubilé une mitre, c'est-àdire l'emblème de sa primauté spirituelle, et dans un conflit sanglant avec l'Espagne, lui, empereur protestant, choisit le Pape de Rome comme arbitre.
L'Europe stupéfaite vit alors se lever le Vicaire de Jésus-Christ, réunissant les
nations ennemies dans une étreinte fraternelle et éteignant, du faible souffle de ses lèvres, le brasier des haines et des discordes populaires.
« Attendez un peu, disait un Polonais illustre au Czar lui-même, dans dix ans, vous enverrez un ambassadeur auprès de Léon XIII. »
« Jamais, répondit rempereur,jamais. »
Le prince polonais baissa la tête, sachant que le Czar ne revenait jamais sur sa parole.
Le fait est que rien ne combat en Russie pour le Vicaire de Jésus-Christ.
En Allemagne, les catholiques disciplinés ont formé un parti puissant, grâce à Tindomptable énergie de ce petit cordonnier qui est devenu le plus grand homme de son siècle: Winstdort; mais en Russie rien de semblable. La Pologne est pauvre, comme les gens trop long-
U Episcopal sous le joug 307
temps malheureux, elle se tait. Elle garde sa foi, mais elle a perdu l'espoir.
Qui va donc rendre à l'Eglise catholique la gloire des temps passés?
Car, enfin, le Czar avait dit : Jamais, jamais je n'enverrai un ambassadeur auprès de Léon X11I, et cet ambassadeur est à Rome avec le titre de ministre résident auprès du Saint-Siège. Le Czar reconnaît Fautorité qu'il méprisait sous Pie IX. Il a un envoyé qui s'incline en son nom devant le Pape.
Qui donc a fait ce miracle?
Léon XIII.
Écoutez! Au bruit de la tempête a succédé le calme et la paix, et le pilote éternel de la barque de Pierre vogue dans une mer apaisée, voyant et évitant d'un regard sûr les écueils de l'avenir.
Il'peut parler avec autorité aux empereurs qui l'écoutent et aux démocraties
qui l'acclament, du sort injuste fait à la classe ouvrière par une ploutocratie sans entrailles. Il dicte, dans des pages immortelles, le droit et le devoir de l'ouvrier.
Malgré la triple alliance, Léon XIII tendit la main à la France isolée dans l'Europe monarchique, comme ces malades que l'on fuit et que l'on parque, afin d'éviter la contagion de leur mal.
Le Pape vit de suite la plaie dominante de notre corps malade. Ce qui nous manque, ce n'est pas la merveilleuse éclosion des œuvres de génie. Nos littérateurs, nos peintres, nos musiciens font bonne figure par le monde. Ce c'est pas la beauté des sites de nos rivages enchanteurs ou de nos montagnes verdoyantes; ce qui nous manque, c'est l'union. Nous nous déchirons entre nous, comme des fauves dans un désert.
Quelle est l'autorité morale assez
puissante pour nous réunir? Je n'en vois qu'une, Celle du représentant de Jésus- Christ.
Il va tenter cette œuvre grandiose, en écrivant son Encyclique Immortale Dei si discutée et si mal interprétée.
Qui est-ce qui parle de cette Encyclique?
Tout le monde.
Qui est-ce qui l'a lue ?
Presque personne.
Le Pape a outrepassé son droit, nous dit-on, en s'appuyant sur un document que Ton ignore.
Léon XIH, dans son Encyclique, nous a instruit de ce que nous devons penser et de ce que nous devons faire, pour que les sociétés se rapprochent de l'Eglise, au lieu de la traiter avec indifférence comme une étrangère, avec jalousie comme une rivale, et parfois avec violence comme une ennemie.
310 L'Epticopat sous le joug
Léon XIII, qui a vaincu le chevalier de fer et le Czar tout-puissant a vu son œuvre menacée en France, par les récriminations de quelques hobereaux de province, qui ne connaissent l'Encyclique que par les commentaires de politiciens grincheux.
L'œuvre se fera malgré eux et contre eux.
Quant à l'œuvre ébauchée, elle a pour but de faire cesser le schisme d'Orient qui, depuis Photius (858), désole l'Eglise et la partage en deux branches. L'Eglise grecque schismatique, à laquelle appartient le clergé russe, a pris le nom d'Eglise orthodoxe ; on lui a laissé ce nom dans le langage usuel, mais, à Rome, on dit simplement : « Les Églises schismatiques d'Orient. >
Comme Ta fait remarquer M. Jean Régnier dans le Gaulois :
Les protestants constituent, eux, une Eglise hérétique au point de vue catholique. Il n'en est pas de même de l'Eglise grecque. Photius, élu patriarche de Constantinople, à la place d'Ignace, que l'empereur Michel avait relégué dans une île, trouva, il est vrai, une question de dogme à discuter, et il prétendit que le Saint-Esprit ne pouvait pas procéder du Père et du Fils, comme le disait l'Eglise romaine ; mais la question était si peu importante, que là n'a jamais été le point sensible. Le schisme, la séparation autrement dit, n'a eu lieu que parce que le clergé d'Orient ne voulait pas admettre la suprématie de l'évêque de Rome, du Pape.
Et, depuis lors, cette question est toujours restée insoluble.
Si, demain, l'Eglise grecque reconnaissait l'autorité du Pape, il n'y aurait rien
312 VEpiscopat sous le joug
à changer dans son organisation. Ses évoques resteraient évêques ; ses prêtres resteraient mariés et pasteurs incontestés, ses rites seraient respectés; rien ne serait changé.
Le Pape Ta déclaré: il respectera toutes les traditions, tous les rites. Le clergé russe dit la messe en vieux slave, le clergé grec en grec, le clergé arménien en arménien. Le seul point important pour Léon XIII est de réaliser la parole de l'Evangile: « Unus pastor et unum ovile. »
Mais là aussi est la grande difficulté.
Les Grecs schismatiques sont gouvernés spirituellement par le patriarche orthodoxe de Constantinople, et l'Eglise russe, qui n'a pas de patriarche, est régie par le Saint-Synode de Saint-Pétersbourg.
Détail curieux : l'Eglise orthodoxe reconnaît le Pape comme le successeur de saint Pierre et la plus haute personnalité
de Fépiscopal chrétien, mais ce n'est pour elle que le primus inter pares , le premier entre ses pairs, et non l'autorité infaillible, qui ne peut résider que dans le Concile. Or, ne pouvant réunir un Concile œcuménique sans les évêques catholiques, l'Eglise orthodoxe s'est abstenue de rien change faux rites depuis la séparation.
Du côté des catholiques, les Papes ont fait les plus grands efforts pour ramener à eux les Eglises dissidentes, et quand Pie IX convoqua les évêques du monde entier au concile du Vatican, il y convoqua aussi les évêques russes et grecs de l'Eglise orthodoxe. Ses lettres restèrent sans réponse.
Pour obtenir un meilleur résultat, Léon XIII veut s'entourer des lumières de toutes les Eglises d'Orient restées fidèles à l'Eglise romaine, et il va convo-
quer à Rome les patriarches de toutes ces Eglises.
* 11 y a, en effet, une Eglise grecque unie, avec un patriarche résidant à Constantinople, une Eglise arménienne, une Eglise syrienne, une Eglise maronite, une Eglise copte, une Eglise melckite et d'autres encore, ayant chacune un patriarche qui est élu par la communauté religieuse et demande au Pape la sanction suprême de son élection.
Chacun de ces patriarches a une autorité disciplinaire sur les évêques et le clergé de sa communauté. 11 est, aux yeux de cette communauté religieuse, le successeur direct d'un apôtre.
Ce sont ces patriarches unis à l'Eglise romaine que le Pape va convoquer, pour les réunir en commission chargée d'étudier les meilleurs moyens d'amener la réunion des Eglises dissidentes.
LÈpiscopat sous le joug 315
Léon XIII avait laissé percer cette intention dans sa dernière encyclique, et Ton avait beaucoup remarqué que, par un sentiment de conciliation qu'on devinait, il avait employé ce terme d'Eglises dissidentes, au lieu d'employer le terme schismatiques comme ses prédécesseurs.
Espérons que cette œuvre si grande et si belle aura un plein succès. Mais c'est une œuvre assurément de longue durée.
On tremble en écrivant ce mot longue durée ! Léon XIII a quatre-vingt-cinq ans !
Tout le monde a vu au Salon le beau buste de mon ami Marquet de Vasselot. Un prélat romain qui l'admirait avec moi me disait en frappant le marbre : « Léon XIII est aussi solide que son buste. »
Que Dieu le veuille.
Et maintenant, évêques, faites lever dans le beau champ de l'Église de France l'abondante moisson que l'Évêque des
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évêques a semée d'une main si libérale.
Et si le sinistre Conclave ouvrait ses portes devant vous, Eminentissimes Seigneurs de France, donnez-nous un autre Léon X11I. Que le Ciel nous préserve de voir jamais un pape sous le joug de la triple alliance.
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