VIE DE LÉON XIII
Voici un évêque qui n'a été sous le joug de personne. Ne dépendant que de Dieu et de sa conscience, l'évêque des évêques, Léon XIII, a montré partout et à tous l'énergie indomptable d'une âme qui sait ce qu'elle veut et qui sait où elle va.
•C'est à Carpineto, d'Agnani, dans les Etats Pontificaux, que naquit, le 2 mars 1810, celui qui est aujourd'hui le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et le Père commun des fidèles. Il reçut au
saint baptême les noms de Vincent et de Joachim. La famille Pecci, dont il est issu, appartient à une antique noblesse originaire de Sienne, d'où elle vint au xv e siècle se fixer dans les Etats de l'Eglise.
Carpineto, rendu célèbre par l'avènement au Saint-Siège de Léon XIII, est une bourgade d'environ cinq mille habitants.
Elle est bâtie sur une hauteur et flanquée de ravins escarpés. La vue dont on y jouit est magnifique, quoique un peu sauvage.
Presque toutes les maisons y sont petites et pauvres, construites en pierres et adossées au roc. Le palais qu'y habite la famille Pecci est ancien. L'appartement de Léon XIII, situé au premier étage, est meublé dans le vieux style avec une certaine richesse, mais sans confort. Dans l'antichambre se trouvent le portrait de Pie VI et quelques estampes. Au salon est celui du nouveau Pape, en costume de
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cardinal. Sa figure est jeune, souriante et d'une beauté frappante. En vieillissant, les traits se sont accentués, mais ils ont gardé cet air aimable qui rend le Pontife si sympathique à tous ceux qui le connaissent. Le père du Pape est là aussi, en uniforme de colonel français ad honorera, ainsi que sa mère, née Prosperi, qui a une belle figure de patricienne. Dans la chambre à coucher, il y a un modeste lit de fer simplement garni, à la tête duquel est un crucifix en argent sur fond rouge.
Tout à côté se trouve une petite chapelle de famille, comme il y en a beaucoup dans les nobles maisons italiennes. Le cardinal Pecci y a dit la messe pendant le séjour qu'il y fit au moment de son élévation au cardinalat.
C'est dans l'église des Capucins que sont les tombeaux des Pecci. Leurs armes se composent d'un peuplier, d'une barre,
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de deux lys, de six roses et d'une comète sur champ d'azur.
Dès la plus tendre enfance, le jeune Pecci laissa soupçonner ce qu'il serait dans la suite.
Ses historiens racontent quil fut maladif depuis sa naissance.
A l'âge de huit ans, on dut pour enrayer un mal terrible lui appliquer un vésicàtoire. L'enfant avait beaucoup souffert, aussi supplia-t-il sa mère de ne plus lui en poser, malgré l'avis contraire des médecins. La mère savait comment elle devait vaincre les résistances de son fils:
« Joachim, lui dit-elle, si tu ne te laisses pas poser ton vésicatoire, tu n'es pas un homme. »
Le futur Pape regarda sa mère avec étonnement : « Eh bien, dit-il, après un moment de silence^ pour te prouver que je suis un homme, tu m'en poseras deux,
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et je ne pousseraipas un cri. » Ce qui avait été promis fut tenu.
En 1818, alors que le jeune Joachim Pecci avait huit ans, son père le mit en pension avec son frère aine, Joseph, chez les Jésuites, dans leur collège de Viterbe.
Ses professeurs se montraient fort injustes pour un jeune Italien qui avait une situation fort délicate. D'une famille pauvre, sa pension était payée par les parents du futur pape.
Le pauvre enfant était injustement chargé des peccadilles de tous les collégiens. Un jour les lampes de la classe sont éteintes par un enfant en l'absence du professeur. Ne pouvant découvrir le coupable, le professeur punît le protégé de la famille Pecci.
Joachim, qui connaissait l'auteur de cette faute, se lève.
4 € Le coupable n'est pas celui que vous
accusez, dit-il, et ce serait une injustice de le punir. »
Et comme l'écolier coupable ne disait rien. « Celui qui a éteint la lampe c'est moi. »
Le professeur fut contraint de donner au jeune Pecci une punition, mais il fut assez maladroit pour lui en donner Une plus faible que celle administrée au souffre-douleur du collège.
« Non, non, répliqua le futur Pape, je veux la punition de mon ami, puisque la faute est la même.»
Le professeur comprit la verte leçon que venait de lui donner cet enfant de douze ans.
Le jeune Pecci soutint dans la suite d'une manière brillante deux actes publics ou examens dans le Collège romain et dans l'Université romaine des études, connue sous le nom de Sapience, et il re-
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cueillit de chaleureux applaudissements.
Veut- on un portrait du Pape à l'âge de vingt ans?
Nous allons le trouver sous la plume d'une charmante poète française, qui, ayant rencontré le comte Pecci dans le monde,. lui demanda à quelle carrière il se destinait. « Je veux être prêtre, répondit-il. »
Certains prétendent que la jeune poète, qui était la fille d un ambassadeur connu, éprouva une certaine désillusion devant cet aveu.
Le jeune comte lui ayant adressé des vers latins, la jeune fille y répondit par ces délicieux vers français :