INTRODUCTION
On aime généralement de nos jours, dans les études théologiques, à se reporter aux premiers temps du christianisme. Cette époque est sans doute importante à étudier, particulièrement sous le rapport de l’histoire de la formation des dogmes. Mais pour la bien connaître, il faut puiser directement dans les monuments mêmes qui en sont le produit. L’analyse de leur contenu dogmatique sera le moyen le plus sûr pour apprendre de quelle manière on concevait alors la doctrine du Christ.
Parmi ces monuments anciens il en est un qui nous a frappé, dès la première lecture, par son originalité, et auquel, non sans raison, tous les théologiens attribuent une haute valeur: c’est l’épître à Diognète. En effet, cette épiître se distingue non-seulement par Part admirable qui préside partout à sa rédaction, mais encore par la nature de ses idées, par tout son contenu théologique. Son point de vue apologétique, son esprit indépendant, sa méthode rationnelle et son spiritualisme élevé la séparent complétement des autres monu-
ments de son époque et en font un écrit à part, qui
rappelle en plus d’un endroit les conceptions du protestantisme moderne. Tandis que les Pères apostoliques et Justin restent fortement attachés à la tradition et au judaïsme; tandis qu'ils puisent leurs arguments à la fois dans l’Ancien Testament et dans les auteurs profanes, on trouve ici une indépendance complète; l’auteur ne s'adresse qu'à la conscience et à la raison, et ne cherche ses arguments que dans ces deux facultés. Par cela même il est plus universel, il s'adresse aux paiens et, surtout, aux chrétiens de toutes les époques!. En faisant connaître son épitre et ses doctrines théologiques, nous espérons aider quelque peu l'étude de cette époque primitive et contribuer en même temps à l'édification de plus d’un chrétien sincèrement pieux.
Quoique les questions de critique n'entrent pas dans le but de ce travail, il en est une cependant dont nous devons parler ici avant d'aller plus loin. Quand et par qui l'épitre à Diognète a-t-elle été rédigée ? Lorsque le célèbre imprimeur Henri Étienne en publia le texte, en 1592, se fondant sans doute sur la suscription de son manuscrit, il l’attribua à Justin Mariyr; et depuis elle a été reçue dans presque toutes les œuvres de ce Père: Mais plusieurs savants ont reconnu plus tard que notre épitre diffère trop, sous tous les rapports, des autres écrits de Justin, pour être de cet auteur. Cette opinion est aujourd'hui celle de tous les théologiens, et l'écrit d'Otto, de epistola ud Diognetum?, qui a défendu la
1 CF. Dorner. Die Person Christi , 1, 178.
*Semisch (Monographie über Justin d. Mürt., 1, 172 ss.) avait exposé de nombreux arguments contre l'authenticité de l’épitre à Diognète. Ce sont ces arguments qu'Otto (Epist. ad D. Justini nomen
première avec beaucoup d’érudition et d’habileté, n’a