IO-II
voquer la casuistique infinitésimale que stigmatise Matt. 23; voir spécialement le v. 24. Cependant il s'agissait de réprimer, par delà les infractions effectives infligées à la Loi, les intentions et pensées également coupables, quel que soit le commandement précis qu'elles puissent transgresser.
D'autre part, on ne saurait omettre de rappeler ici la doctrine stoïcienne de la solidarité des vertus et des vices. L'homme est vertueux ou vicieux ; dans le premier cas, il ne commet pas une seule faute ; dans le second, il ne fait rien de bien. AUGUSTIN le premier a comparé ces vues à l'affirmation de notre v. ( Épître 167, à Jérôme). Il leur oppose également sa propre conception du péché. Mais l'influence possible du stoïcisme n’a pu s'exercer ici que par l’entremise du judaïsme hellénistique, assimilant la loi mosaïque à la notion de loi naturelle, familière à la philosophie.
Un texte paulinien vient corroborer à sa manière l’unité organique de tout l'édifice de la loi juive ; c’est Galates 5, 3 : tout circoncis ôperhérns éotiv 6Aov Toy véuoy rotfou; il est saisi par l’engrenage ; accepter de remplir une observance le contraint à se soumettre à toutes les autres. Gardez-vous donc bien de faire ce premier pas, qui vous serait fatal. La Loi invoquée ici possède la même cohésion, mais c’est la Loi de la liberté (x, 25) ; l’auteur ne craint pas qu’à s’y plier on aille verser dans le dédale des observances ritualistes. Il bénéficie apparemment du processus de simplification et d’élargissement du légalisme qui s'était accompli dans les milieux juifs de la diaspora. Cf. x, 25. Sa conception toute morale de la Loi se dégage sans conflit, ce qui pourrait faire supposer qu’il précédait le paulinisme, si, au contraire, il n’écrit pas à une époque où les luttes se sont décidément apaisées. Le morceau suivant 2, 14-26, permettra d’aborder de plus près ce problème.
11. À titre d'exemple, évidemment théorique, la transgression d’un des commandements du décalogue est indiquée comme entraînant violation de la Loi entière. On remarque aussitôt que l’auteur choisit des prescriptions d'ordre moral.
Les deux phrases sont rigoureusement parallèles.
Ô env. eimev xat. Celui qui, Dieu ; cf. I, 12 ; 2, 5.
.__ uh uoryevonc. L'usage de ce verbe (cf. motydouœ) dans la langue classique tardive et dans le judaïsme hellénistique est étudié par R. H. CHARLES, The Teaching of the N.T. on Divorce, London, 1921, p. 91 ss. On ne le trouve dans les papyrus qu'avec le mari pour sujet.
L'ordre des deux commandements proscrivant l’adultère et l’'homicide est contraire à celui que suit le texte massorétique : Exode 20, 13, tu ne tueras point ; 14, tu ne commettras point d’adultère. Cf. Deutéron. 5, 175. ; Job 24, 145. Mais il est conforme à celui de G pour Deutéron. 5 et de quelques minuscules pour Exode 20. L’adultère précède aussi le meurtre dans un papyrus hébreu édité par BURKITT (Jewish Quart. Review, 1903, p. 392 5.),
et chez PHILON, de decal, 51, 121, 168, 170 ; de spec. leg. 3, 8. Voir encore CLÉMENT d'ALEX., Styom. 6, 146, 3 ; 147, 2 ; Marc 10, 19, A, x, X, Il, etc.; Luc 18, 20 (tandis que Maïth. 10, 18; Marc 10, 19, N°, B, C, etc. suivent le texte hébreu) ; Romains 13, 9, et les énumérations de Barnabas 20, 1; JUSTIN, Dial. 93. Le ms. C a réintroduit ici l’ordre massorétique. I1 semble que les deux dispositions aient eu également cours.
ct JE où... dé, cf. 1, 23 BLASS-DEBRUNNER“, $ 428, 1. ei où devient äu un dans un papyrus du 112 ou 1x1 siècle, sous la plume d'un illettré ; cf. BLASS, Hermes, 24, p. 312. Pour où après ei, ci, Luc 1x, 8 Jean 10, 37.
yéyovac, état qui dure ; cf. yéyovev, v. 10. mapabxrnc vouou, Ci V0:
en reste à déduire par le lecteur (cf. x, 24); elle s'impose à lui : ainsi, celui qui se laisse aller à la xpocwro- AnuVix ne viole pas seulement le commandement de l’amour du prochain, mais il est du même coup rapaëarns véuou. Il en subira les conséquences ; cf. Romains 2, 23-25. Les v. 10-17 ont justifié la condamnation prononcée au v. 9. Si vous voulez qu’au contraire la Loi vous approuve, il faut adopter une ligne de conduite radicalement différente. De là l’exhortation finale :
12. Le double oÿros, comme abrn dans 1, 27, se rapporte non à ce qui précède mais à la phrase même ainsi commencée, Cette répétition a quelque chose d’oratoire et marque l'insistance. Cf. x, 19 ; 2, 6, 7. Parler et agir (cf. x, 19, 23-25, 26), se conduire en paroles et en. actes, n’est pas, semble-t-il, un sûr indice d’exhortations habituelles dans l’enseignement catéchétique, comme le pense DIBELIUS. Du moins, des expressions aussi usuelles et aussi générales pouvaient-elles prendre place aussi bien dans l’homélie ou dans le style proprement épistolaire qu’au milieu d'instructions purement didactiques. Cf. Actes 1, I ; 7, 22, ëv A6yotc xat Épyoic adrod; I Jean 3, 18; Testam. de Gad 6, 1.
&c, de telle sorte que, comme des gens qui; cf. 1 Corinth. 3, 15 ; 9, 26. Cette conjonction introduit comme ici une phrase dont le verbe est au participe dans 1 Corinth. 4, 18 ; 2 Corinth. 5, 20: H60T2.T3,2x7:
dx en vertu de la norme, cf. Romains 2, 12 ; 3, 27 ; 4, 13; OX Toù edwyyehlou, 1 Corinth. 15, 2; Ephés. 3, 6, etc. vouov éevbeptas a été expliqué à propos de 1, 25. L'absence d’article met en lumière cette « loi parfaite ».
uéMo, dans le N. T., ne précède pas moins de quatre-vingtquatre fois un infinitif présent ; cette tournure, qui exprime une certitude, un fait qui se réalisera, souvent comme ici conformément à une norme ou à un principe, est usuelle aussi dans les papyrus. En l'espèce, la nuance : proximité, imminence (Luc 7,2; Marc 13, 4; Luc 21, 7 ; Apoc. johan. 10, 4) n’est nullement sous-entendue, de sorte que l’attente eschatologique, visée dans Jacg. 5, 7, n’influence pas le moralisme de la pensée.