LA JUSTICE PAR LA PAIX ET POUR LA PAIX
18Le fruit de la justice se sème dans la paix par les ouvriers de paix.
Il n’est plus ici question de sagesse. Malgré le dé (or), en fait explétif, le lien qui semblerait rattacher aux v. précédents cette petite sentence isolée, sorte de post-scriptum, est tout extérieur : xxprxoc. Un seul des éléments que l’auteur distinguait dans l’idée de sagesse, sa valeur pacifique, reparaît avec ëv sipnvn. Semée par des pacifiques, la justice est destinée aux pacifiques ; elle ne se sème et ne se moissonne que dans la paix. On peut assurément trouver ici encore une condamnation implicite des dissensions et querelles (v. 14), ainsi que de leurs conséquences néfastes (v. 16), mais le développement était achevé au v. 17.
xaprès duxauoobvns est une expression fréquente dans les Septante : Amos 6, 12 ; Esaïe 32, 17 ; Prov. 11, 30, etc. ; cf. Apoc. de Bar. 32, 1 ; 4 Esdras 8, 6 ; PHILON, de poster. Caïini, 118, p. 248. PAUL l’incorpore à ses espérances eschatologiques, Philipp. x, 11. Autres exemples de l'usage qui, comme en français assimile fruit à résultat : xapnds copluc, Sirac. I, 16 ; xaprdc nveluaroc, Galates 5, 22; xapndc portés, Éphés. 5,9; xaprèc Épyou, Philipp. x, 22. Ce que l’on sème n’est pas exactement un fruit, mais une graine, extraite du fruit d’abord récolté. Les mots ëv eipñvn (cf. 2, 16) nous rappellent Le xaprèv sionvxév de l’épître aux Hébr. 12, 11, quoique ce fruit-là ne soit pas une semence. Voir de même HERMAS, Simil. 9, 19, 2. Par Sxatoovns on n’entendra pas la justice que Dieu décernerait, tel un fruit magnifique, lors du
jugement final, à ceux qui ont mené en paix une conduite moralement bonne. Le génitif définit la nature et le contenu de la semence. Il est impossible de faire naître et de cultiver la vie pieuse et droite, sinon dans la paix et pour la paix ; cf. Ps. 85, 11. L'accent repose essentiellement sur l’idée de paix, placée au point de départ et au terme du processus de la fécondité. L'image des semailles est traditionnelle : Prov. 11, 21 (justice) ; PHILON, de agric. 9 (bonnes actions) ; de spec. leg. 2, 20 (vertus) ; Testam. de Lévi, 13 (&ya0d) ; Matth. 13, 3; Galates 6, 7 (6 yo ëdv); 1 Corinth. 9, II (nvevuarixé), etc. Le datif (ethicus, cf. BLASs- DEBRUNNER"#, I9I, 4), roïc morodouv eiphynv (cf. Coloss. I, 20 ; Matth. 5, 9) ne peut pas signifier : par ceux qui pratiquent la paix, comme s’il remplaçait la tournure équivalente avec ôxé : après ëv eipñvn cela donnerait une tautologie. C'est la destination de l’œuvre accomplie qui apparaît maintenant : pour qui la semence de la justice a-t-elle été semée ; qui en moissonnera le produit ? Ceux-là mêmes qui, comme les semeurs, manifestent un esprit pacifique, font œuvre d'artisans de la paix. Le circuit est achevé.
L’aphorisme se suffit donc bien à lui-même, tout en gardant une réelle parenté d'inspiration avec les v. 13-17 et plus généralement avec l’ensemble des thèmes développés de 3, 13 à 4, 12. Mais on donne, croyons-nous, au v. 18 une portée que le texte ne justifie pas, lorsqu'on assimile (HAUCK) les ouvriers de la paix aux sages, eux-mêmes identiques aux docteurs de 3, 1. Il sera plus opportun d’indiquer seulement une certaine correspondance entre les deux rapprochements de oopix avec rpaütns au v. 13 et de dixatoobvn avec eionvn au v. 18.
CRIMES CAUSÉS PAR LES PASSIONS L'HOMME EN GUERRE CONTRE DIEU L'HUMILIATION NÉCESSAIRE. REVENEZ A DIEU !
41D'où viennent les guerres, d’où, les rivalités parmi vous ? N'est-ce pas de vos passions, guerroyant dans vos membres ? 2Vous convoitez, et vous ne possédez pas. Vous ‘ êtes envieux” et jaloux, sans pouvoir rien obtenir ; vous luttez el vous combattez, et vous ne possédez pas, parce que vous ne savez pas demander. SVous demandez, mais vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, afin de satisfaire vos passions. 4 Adultères ! Ne savez-vous pas que l'amour du monde, c'est la haine de Dieu ? Celui donc qui veut être l'ami du monde se constitue l'ennemi de Dieu. 5Vous imagineriez-vous que l'Écriture a dit en vain : « Dieu réclame jalousement l'esprit qu'il a mis en nous ? » — $Maïs il nous accorde une grâce plus grande. C’est pourquoi il est dit : Dieu résiste aux orgueilleux ; mais:il accorde sa grâce aux humbles, 7Sowmetiez-
vous donc à Dieu, vésistez au diable, et il fuira loin de vous. 8Approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous. Purifiez vos mains, pécheurs ! Sanctifiez vos cœurs, hommes partagés ! * Prenez conscience de votre misère, menez deuil, pleurez ! Que votre rire se change en lamentations et votre gaîté en abattement ! WHumiliezvous devant le Seigneur, et il vous élèvera.
Le ton a changé ; il se fait incisif, pressant, de plus en plus sévère. Il ne s’agit plus simplement de dissensions ou de désordres incompatibles avec une sagesse digne de ce nom; l’auteur maintenant parle de guerres et de luttes, et il s’attaque à leurs causes profondes, les passions. C’est donc bien un nouveau développement qui se greffe sur le contexte antérieur.
1. D'emblée la rigueur en éclate : médev, r66ev, questions (cf. 2, 4-7, 14-16, 19-21 ; 3, 11-13) répétées, harcelantes, et dont la réponse impitoyable va prévenir toute échappatoire : oùx ëvred0ev. Cf. 1 Clém. rom. 46, 5 s., lvarr Epers nat Ovyot x. 7. À. "H oùyl... — Quelques témoins secondaires ont affaibli le texte en laissant tomber le deuxième mé@ev. On remarquera, cette fois, l'absence d’édekpot (cf. 4, 13; 5, 1), qui tempérerait le réquisitoire. Dans 3, 13 il ny avait comme ici que ëv oôuiv, mais &dshgot uov se lit une ligne plus haut, à la fin du morceau précédent. mékeuor et uxyai vont être précisés par les descriptions du v. 2. L'auteur ne vise évidemment pas des conflits armés entre nations ou cités, mais de violentes inimitiés individuelles. « Sans s'arrêter aux incidents qui ont provoqué, au sein des communautés auxquelles il s'adresse, des luttes qui, pour n'être pas sanglantes, sont néanmoins désastreuses ; sans s'appliquer à distribuer équitablement les responsabilités entre ceux qui y sont engagés (ce n’est pas son affaire), il va droit aux origines de tous les conflits, armés ou non. » LÉoPoz» MonoD, Les causes ultimes, I. Pendant la guerre, sermons, n° 56).
Pour rékepot, ci. Testam. de Gad, 5 ; de Siméon, 4 (avec èpYfy) ; 1 Clém. rom. 3, 8 ; 46,5 ; IGNACE aux Éphés. 13, 2 ; ÉPICTÈTE, 1, 22, 14; 3, 20, 18 ; uayou (r1b, mâdôn) peut désigner des « hostilités aiguës et chroniques » (ROPES) ; partout ailleurs dans le N.T., ce mot revêt un sens un peu moins fort : querelles, 2 Corinth. 7, 5 ; 2 Timot. 2, 23 ; Tite 3, O (PLATON, Timée 88 a, pdyac èv AGyoic roteiodo), mais cf. Esaïe 58, 4 (avec xploeic) ; Prov. 15, 18; 17, 2, 19 (avec ottoic) ; Testam. de Benjamin, 6 (avec Aotdoptav) ; EPICTÈTE, 4, 5, contre les uayiuous xai Onoudeus ; dans certains papyrus, les uayiuor sont des troupes armées indigènes, ou encore les gardes militaires de personnages officiels : Papyr. de Tebtunis I, 112, 81 (112 avant J.-Ch.).
évreü0ev (cf. THUCYDIDE, I, 5) : ne cherchez pas bien loin la cause de ces violences ; elle est en vous-mêmes. Tout cela jaillit x T@v Hovéy uv. hovh, plaisir, pourrait n’avoir rien de répréhensible (Prov. 17, 1 ; Sag. de Sal. 16, 20, etc.). L’acception
péjorative est très nette dans Luc 8, 14, par exemple; cf. 4 Macchab. 1, 22; 2 Pierre 2, 13. Ici les #dovai, dont le siège est le corps, ëv rois péAeouv budv (cf. 3, 6 ; — Romains 7, 23; 1 Pierre 2, 11; Apoc. d'Elie 22, 10, 14), équivalent à ëmbuuia (ci. Tite 3, 3 ; épitre à Diognète 9, x) ; cela aussi s’illustrera au v. suivant : la convoitise n’est pas la jouissance. Cf. PHILON, spec. leg. 3, 8 ; de decal. 143, p. 204, xa%eïrou Sè rourt rù réoc adrhs Nov. Ces passions, déjà à l’état de devenir, suscitent des combats intérieurs ; quoi d'étonnant si elles se déchaînent ensuite entre les individus ? 1 Clém. rom. 37, 1 emploie orpuretzoûar en bonne part.
En dernière analyse, toute guerre provient donc du péché. Inutile de souligner que le temps des « guerres de Yahvé » se perd dans un lointain passé.
Depuis PLATON (cf. Phédon 66 c, nai Ykp mokéuous xat ordoeuc Hat uayas oùdèv &ARO TapÉyEr À Td cœuX Kai ai Tobrou émbuuia), cette explication des conflits divers par le choc des passions s'était répandue dans la tradition philosophique, particulièrement lorsqu'elle s’inspirait de conceptions dualistes. PHILON et la diatribe l’attestent à plusieurs reprises. Cf. DIBELIUS, P. 199, n. 1; HAUCK, p. 180, n. 50. Le judaïsme rabbinique développera les mêmes vues {yéser hära‘). PAUL, dans Romains 7, 23, systématise cette théorie anthropologique à l’aide de sa notion de « la loi du péché » : celle-ci combat « dans mes membres » la loi du vos ; elle garde l’avantage et subjugue le vaincu ; voir aussi 1 Pierre 2, 11 ; il n’y a pas, comme ici, rivalité entre les passions elles-mêmes, provoquant divisions et violences en actes.
2-3. Comment les passions « guerroiïent-elles dans vos mem- -bres » ? En vous précipitant dans toutes sortes de méfaits qui aussitôt vous déçoivent.
On remarque immédiatement un balancement très net dans l’énumération de ces désordres. À chaque série de verbes affrmatifs (chefs d'accusation) fait suite une négation qui marque le résultat nul ou impossible :
ériOvueire Xat oùx ÉYeTE
qovebere Ha CnAodte xai où dUvaole Ériruyetv
uayeofe xai monsueite xt oùx Eyere diù Td un airetoar duc aiTeite. . al où AauGdvete, DLOTL x. T. À.
2. émvueiv, comme tout ce qui suit, ne peut qu’avoir une portée péjorative, cf. 1 Corinth. 10, 6. Toute convoitise mauvaise (hSovh, v. 1) aboutit à un échec. TÉLÈS (éd. HENSE), p. 35, déclare de même : émfuuores oùdeydc yévovra.
movebere xat Cnrodte serait une gradation descendante du meurtre on reviendrait à la simple envie, sauf à traduire ensuite, une fois de plus, les passions en actes : luttes et querelles. Logiquement il faudrait : Cnnodre, udyeoe, noheueire, ovetere. Cf. T'estam. de Gad, 4, la haine et l'envie conduisent au meurtre. N'y a-t-il ici qu'une maladresse ? Elle serait surprenante chez
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un écrivain aussi soigneux ; cf. 5, 6, où il se fût gardé de placer ëpoveboure avant xaredixäoare. Supposer, d'autre part qu'il donne dans l’énumération un sens atténué au verbe « tuer », quelque chose comme : haïr (cf. I Jean 3, 15 Matth. 5, 21 S.), tuer son âme (ŒCUMENIUS ; — voir encore S1rac. 31, 22) est d’autant moins acceptable que l'expression revient deux fois dans l'épître avec sa pleine valeur : 2, 11 (Exode 20, 13) ; 5, 6. Modifiât-on la ponctuation : povebere. xat CmAodre, xai où Sbvaoe ërurvyetv, le premier verbe n’en garderait pas moins sa place et son sens, trop fort avant uayeode x. t. À.
Dans ces conditions, ÉKASME semble avoir proposé la seule hypothèse vraiment plausible : povebere serait une faute ancienne de copie pour oveïre (cf. Galates 5, 26), parallèle tout naturel de Emodre (cf. Actes 7, 9 ; Galates 4, 17; papyrus; inscriptions ; Choc, Jacqg. 3, 14). p06vos et os sont associés dans 1 Macchab. 8, 16 ; Testam. de Siméon‘4, 5 (cf. 2, 7, nvedua toù ÉrAov ; 4, 7, nvedua tou pBévou) ; 1 Clém. rom. 3, 2; 4, 7, 13; 5, 2. CALVIN se ralliait déjà à cette correction, qu'ont adoptée la grande majorité des critiques modernes. Il reste seulement un peu étrange qu'aucun témoin du texte ne s’en soit avisé. Graphiquement la méprise s'explique aisément ; cf. 1 Pierre 2, 1, B : povouc pour æ0évous. Dans Galates 5, 21, pévor, qui manque dans les meilleurs mss. après p06vor, a pu tomber par suite d’une confusion semblable. Voir aussi homél. ps. Clement. 2, 11, @@6vou pour povov, et peut-être Testam. de Benjamin 7, 2, où CHARLES propose de lire p6vos pour ®06voc.
où Oüvaole émiruyeiv équivaut bien à oùx Éyere, tout en le renforçant expressément. ériruyeiv, c'est proprement : atteindre, spécialement : avoir du succès (papyrus, etc.), d’où : obtenir.
uayeoe wat roheusire. Ceci ramène les rékeuor et uéyou du v. I. Pour le premier verbe, cf. Actes 7, 26 ; au figuré, Jean 6, 52 ; 2 Timot. 2, 24; papyrus. Le second n’est employé dans le N. T. qu'ici et cinq fois par l'apocalypse johannique. On le retrouve, appliqué à des querelles privées, dans PREISIGKE, Sammelbuch Griech. Urkunden aus Ægypten, 4317, 12 (vers 200 avant J.-Ch.), noheuet ue dit elmov oo eic üWiv. Les mss. N, Y, P, etc. et plusieurs versions mettent un xai devant oùx éyete Six td x. r. À. Cette conjonction a pu tomber parce qu’on croyait trouver là une nouvelle suite d'idées gravitant autour de uh aireiolar — aireire. Elle suffit à rétablir le parallélisme bien conforme à la charpente du contexte.
À l'appui oùx Éyere vient cette fois un motif péremptoire. Vous n'obtenez rien, parce que vous ne demandez pas. Pour le complément à l’infinitif précédé d’une préposition, cf. XÉNo- PHON, Cyrop.1,4,0 ; Matth. 13,5 ; Actes 4, 2 ; 8, 11 ; Jean 2, 24: Hébr..7, 23. Berlin. Griech. Urk. 448, 14, dià rdv orpariic ue yeyovévar. POLYBE use fréquemment de cette tournure. aireïofar est au moyen comme dans le v. 3, xaxûc aitetolle, cf.. Jean 16,
26. La pensée rejoint certainement celle de 1, 5, Dieu donne à quiconque demande (avec foi) ; elle va être aussitôt précisée. 3. Comme si l’auteur prévoyait une objection : « pardon, nous demandons », il revient en quelque mesure sur ce qu'il y avait d'absolu dans dix rù uh airetolar buäc, et concède (pour la répétition du verbe, cf. I, 15) : œireire (même sens que le moyen; Cf. Matth. 7,7 ; 1 Jeans, 15 ; Jean 16, 24, 26 : HERMAS, Vis. 3, 10, 7 ; Préc. 9, 7), vous demandez, soit, mais attention : xai où AxuGdvete, je maintiens que vous n’obtenez rien (cf. Ps. 18, 42 ; Sirac 11, 10 ; 4 Esdras 5, 10-12), et ceci ne contredit pas la règle : qui demande reçoit. (Voir ci-dessus, 1, 5). Pourquoi ? Parce que (diért est mis pour dix todro ëôm, cf. Actes 22, 18; 1 Paerre x, 24 ; dans 1 Corinth. x, 25, etc., le sens de cette contraction est plus faible : car) vous demandez mal, xaxüic (cf. Matth. 21, 41, Jean 18, 23; HERMAS, Simil. 9, 26, 2; les Juifs aussi condamnent les mauvaises prières : Berak. 0, 3; Sanh. 10,6 b. Etc. Ps. 66, 18 les déclare condamnées à rester inexaucées). L'objet de vos demandes n’est autre que la satisfaction de vos coupables désirs, #dovat, v. I ; vous revendiquez la possibilité de les gaspiller, éparpiller, proprement : dépenser, daravñonte (Luc 15, 14; papyrus) ; avec ëv comme ici : Berlin. Griech. Urk. x, 149, 5 (19 ou 1r1e siècle après J.-Ch.), xai ëv tupé xar” Eros daravära Tx Üroyeye (auuéva). Une prière aussi indigne d’obtenir les puissants effets réservés à la prière du juste (5, 16), une prière conditionnée par des convoitises multiples et débridées est une abominable profanation ; à cette seule pensée, l'irritation éclate :
4. Yahvé est l'époux d'Israël (ou de Sion, Esaïe 54, 5; 62, 4, etc.) ; donc, la terre sainte ou le peuple de Yahvé est traditionnellement appelé son épouse. Cette image remonte au prophète Osée (1-3). Epouse infidèle, adultère, répètent maintes fois les autres prophètes, cf. Esaïe x, 21; Jérém. 3, I s., 20; Esaïe 57, 3. De là aussi les allégories d’Ézéch. 16 et 23. On retrouve encore la même figure à la base de 2 Corinth. 11, 2. De la collectivité elle put facilement passer aux individus. Cf. PHILON, de cherub. 50, p. 148. Voir aussi Romains 7, 1-3 ; homél. ps. Clément. 3, 27 s. L'’accusation d’adultère frappe parfois chacun des membres du peuple ou certains groupes parmi eux, traités d'enfants illégitimes, Esaïe 57, 3; Sag. de Sal. 3, 16. Ainsi s'explique l'expression : yevek morya%ic, Marc 8, 38 ; Matth. 12, 39; 16, 4, voisine de moryaAides (cf. au sens propre T'estam. de Lévi 14, 6), dont cette tradition explique suffisamment la forme féminine (corrigée dans N°, P, etc. : mozyol xai moryæNdec). Æ
L'apostrophe, aussi impitoyable que brusque, est ici plus que jamais motivée (cf. 2, 18 ; 4, 13 ; 5, 1) ; la suite du v. la développe avec une logique irrésistible. Entre Dieu et le monde, alternative absolue que vous-mêmes n'ignorez certes pas (oùx olJare, cf. I Corinth. 3, 16 ; 6, 9, 19 ; Romaïns 6, 16, et le oùx cidessus, 4, 1), vous avez choisi ce que réclament vos passions.
Il n'y a pas dualisme métaphysique ou eschatologique, comme par exemple dans 1 Corinth. 1, 20 ss. (voir aussi 2 Clém. rom. 6, 3, 5), mais c’est une fois de plus le point de vue moral qui prévaut ; cf. 1 Jean 2, 15-17. Déjà dans Jacq. 1, 27, les « souillures du monde » apparaissaient comme l'obstacle spécifique à « la religion pure et sans tache »; ici, plus radicalement encore, on nous présente l’antagonisme, l’incompatibilité formelle : quiconque aime le monde s’érige en ennemi de Dieu (et inversement ; cf. 2, 23). 1 Jean 2, 15 déclarera : « si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n’est point en lui. » 2 Timot. 3, 4 statue à peu près la même opposition : puAfdovor uäAhov À o1À60eo. Notre auteur l’affirme sous deux formes, abstraite et concrète, s'appuyant l’une sur l’autre ; la seconde donne presque l'impression de commenter la première, qui pourrait être un lieu commun de la parénèse chrétienne, greffé ou non sur le principe énoncé dans Matth. 6, 24; Luc 16, 13. Voir aussi Luc 6, 26. Pour qua, hapax du N. T., amitié ordinairement réciproque, cf. Prov. 5, 19 ; 27, 5 ; Sag. de Sal. 7, 14. Ey@pox (contre Dieu, cf. Romains 8, 7) et ëy0o6c s'entendent certainement au sens actif ; tout le contexte le réclame. Même opposition entre ous et éy0ox dans plusieurs papyrus (11° siècle avant J.-Ch.) et chez PHILON. é&v au lieu de &v après le pronom relatif s'emploie souvent dans la xouwñ. Cf. MARC-AURÈLE, 9, 23.#BovAr0ÿ appuie sur le choix dont on porte la responsabilité ; xadiorarar (cf. 3,6) en est bien le corrélatif : se constitue lui-même, s’érige de propos délibéré.
5. L’argumentation continue, #. L’attitude condamnée non seulement ne tient aucun compte de l'impossibilité de tout compromis entre le monde et Dieu, mais. méprise aussi une certaine déclaration de « l’Écriture » (cf. 2, 8, 23), que l’auteur considère comme appropriée à dissiper en l’espèce toute équivoque. Joxeire, cf. I, 26. xevüc, hapax; cf. Papyr. de Londres, 908, 28 (139 après J.-Ch.), xevüc nai [éjvwperüc. Ephés. 5, 6, xevoic A0youc. Si7ac. 31, I. h Yoxpÿ RÉEL, CÊ. 2, 13.
Ici commencent les difficultés qui valent depuis longtemps à ce texte, plus encore qu’au fameux raisonnement de 2, 18 ss., la réputation d’une véritable crux interpretationis. Cf. Revue de Théol. et de Plulos. (Lausanne), 1806, p. 216 ss. Revue biblique, 1915, P. 35 ss.
19 Ÿ a-t-il réellement citation ? Qu'il nous suffise d’enregistrer l’insuccès des tentatives d'interprétation répondant par la négative.
29 Où commence la citation ? Tout naturellement, semblet-il, aussitôt après Aéye.. A la rigueur, il ne serait pas impossible de comprendre encore les mots rpèc #06vov dans la question qui introduit le texte allégué, mais en fait on n'obtient de la sorte aucun résultat satisfaisant : l’Écriture à propos de l'envie, un texte de l'Écriture traitant de l'envie, intitulé : modc pfévov, SPITTA, Etc.
3° D'où vient donc la citation ? Question insoluble, En vain les exégètes ont exploré l’innombrable série des textes de l'A. T. (cf. DIBELIUS, p. 203, n. 2) qui, depuis l’observation adressée par Dieu à Caïn dans Genèse 4, 7, traitent soit de la jalousie divine, soit des désirs et convoitises des hommes ; aucun indice plausible n'y apparaît qui puisse justifier ici l'hypothèse d’une réminiscence même lointaine. Reste donc la seule éventualité de l'emprunt fait à un texte actuellement disparu, que l’auteur connaît comme appartenant à « l’Écriture », et que sans doute il cite de mémoire. Ce cas d’une citation non identifiable n’est pas isolé. Cf. Matth. 2, 23 (rù Én0ëv dià rôv rpopnrv) ; Jean 7, 38 (xax0c sirev à Yoxph) ; 1 Corinth. 2, 9 ; 1 Clém. rom. 17, 6; 46,2 (yeyodrro) ; Éphés. 5, 14 (Bid Réyer) ; 1 Clém. rom. 23, 3 (yexvt) — 11, 2 (rpopnrixdc Aéyoc). Cf. STRACK-BILLERBECK, 3, P. 290, 321, 608. La littérature réputée plus tard « apocryphe » était assez abondante pour que l’on ait cité ceux de ses ouvrages dont nous ne connaissons plus que le titre (SPITTA pense ici au «livre d'Eldad et de Modad », que cite HERMAS, Vis. 2,3, 4),ou d’autres encore dont plus tard rien ne devait subsister.
4° Dans l’impossibilité de recourir à la source, l’interprétation du texte cité lui-même demeure fort délicate : mpds pBôvoy Émmodet rd nvebuax Ô xaroxioev àv uiv. Si le sens des mots se détermine en général avec une certitude suffisante, leur rapport exact n’est pas clair. mods w06vov, locution adverbiale équivalant à dovepc, précise émmobet ; cf. mpèc n0ovhv ÉxaoTo, JOSÈPHE, Antig. 12, 308 ; moùc Piav, PHILON, de spec. leg. 3, 3, p. 300. Etc. xooc suivi de l’accusatif peut avoir un sens temporel : en approchant de, ou : selon, proportionnellement à, 2 Corinth. 5, 10; Galates 2, 14. xaroxioev, hapax, hô$ib, cf. Aristée, 13, xatoxioev Ëv Tois opoupious. On retrouve dans HER- MAS, Préc. 3, 1 : rù nvedua 0 6 Oedc xaroxioev v Th oœpxi TaÛTN CÉPrRÉL IS 2 SX, 2,08, Heñmas, dit ARN. MEYER, fut le premier exégète de Jacq. 4, 5. »). Ces textes, relevés dans un livre dont la parenté fréquente avec les parénèses de notre épiître nous a déjà valu plus d’une suggestive référence, présentent un nvedux originairement pur mais susceptible de s’obscurcir ; cf. Préc. 5, 1, 2 ; 3, 2, « les menteurs... ont reçu du Seigneur un esprit pur de tout mensonge ; s’ils le lui rendent menteur, ils violent son commandement », etc. Puisqu’il semble établi que le ton menaçant du v. 4 s’est maintenu ici, on pourra admettre que la citation, pénétrée assurément d’anthropomorphisme, ce qui n’a rien d’insolite dans les écrits juifs, voulait exprimer quelque chose comme les droits exclusifs de Dieu sur la direction imprimée par l’homme à l'esprit que (cf. 1 Thessal. 4, 8) Dieu lui a donné : « Dieu réclame jalousement l'esprit qu'il a mis en nous. » Faire fi de cette exigence divine, c’est tomber dans l'amour du monde, accepter un partage impie et se livrer à tous les tumultueux désordres des passions ennemies de Dieu, c'est commettre
l'atroce infidélité des uomyæAec. Cette interprétation, que DIBE- LIUS nous paraît avoir judicieusement présentée, reste encore conjecturale, mais elle comporte une suite d'idées plus satisfaisante que si l'on fait de vd nveïux le sujet d'érurobet (CHAINE, etc.). Puisque, de toute manière, on est obligé de sousentendre « Dieu » avant xarüxicev, pourquoi ne s’appliquerait-il pas d’abord à émmoûet ? De son côté, l'exhortation du v. 7 : « soumettez-vous donc à Dieu » apparaîtra ainsi mieux préparée que si le v. 5 décrivait à l’aide de sa citation les tendances toutes contraires de l'esprit humain.
6. Momentanément le ton sévère s’adoucit et l’auteur rouvre la voie à l'espérance, S. A cet effet, il se sert d’une deuxième citation (id Aéya, sous-entendu : yoaxpñ, cf. Éphés. 4, 8; 5, 14; Romains 5, 10 ; 2 Corinth. 6, 2; Galates 3, 16) : Pro. 3, 34, G (6 @eés au lieu de xptoc, cf. le même texte cité dans 1 Pierre 5, 5 ; 1 Clém. rom. 30, 2; IGNACE aux Éphés. 5, 3; — Aristée, 263), en accentuant l'étendue de la grâce promise à ceux qui, humblement, se conformeront à la volonté divine. Ceci ressort de la transition, 6 a, uei£ova de Didooiv y&piv (nâtan hén, cf. 1 Jean 3, 1), par laquelle c’est essentiellement la deuxième partie de Prov. 3, 34 qui se trouve soulignée ; Dieu n'abandonne pas les âmes infidèles. La grâce qu’il donne (cf. Æphés. 4, 7; I Pierre 3, 7), et qui permet de maîtriser l’orgueil (ainsi, apparemment, que toutes les passions), l'emporte encore sur l'aspect redoutable de la revendication : Dieu réclame jalousement notre esprit ; ou, peut-être, cette grâce, « bonté surabondante » (CHAINE, p. 103), est d’autant plus forte que la revendication est plus absolue ; elle offre à l’homme le moyen d'accéder décidément à la qrix rod Oeod (v. 4).
ävrurdooeror, CF. 5, 6 ; Actes 18, 6; Romains 13, 2. Sens juridique : partie adverse, Grundzüge und Chrestomathe der Papyvuskunde, IT, éd. L. MITTEIS, 1912, p. 78 (milieu du 11e siècle après J.-Ch.), rc dvrirerayuévns &otiws ApouoiAlac. — Üneospavors, proprement : arrogants (cf. Prov. 3, 34, lé$im, moqueurs, impies), est l’exact contraire de ramervoic, cf. 1, 9; 4, 10. Rien n'indique que l’auteur pense spécialement ici aux riches et aux pauvres.
Mentionnons, uniquement pour mémoire, l'hypothèse simpliste (VAN MANEN, Conjecturalkritiek, 1880, p. 335) qui consiste à supprimer 5b-6a, ce qui rattache 6 Oedc Üdnepepévois x. +. À. au premier }éye. On passerait ainsi subitement des rigueurs du v. 4 à la perspective apaisée de la grâce. Mais encore faudraitil trouver quelque appui dans l’histoire du texte, et même alors, aurait-on résolu toutes les difficultés ? Faire de 5b-6a une parenthèse ou une sorte de paraphrase préparant la citation de 60 n'est pas moins arbitraire. WiNDisCæ? incline à juxtaposer les deux citations en laissant tomber 64. Aucun de ces remaniements ne saurait s'imposer.
7. Dans 1 Pierre 5, 5, la citation de Prov. 3, 34 vient appuyer l'invitation priant les vewrepor de se soumettre, Üüror&ynre, aux rpecbbrtepor, et tous les chrétiens de se manifester entre eux Ty Tarewvoppoobvnv. Puis une exhortation analogue à la première revient encore (v. 6) : raneivoünte oùv Ürd Tv xparaudv yetox To Oeod, et à peine quatre lignes plus bas (v. 8, 0), il est fait allusion au « diable, votre adversaire », auquel il s’agit de résister & ävricrnre. En dépit de ces ressemblances frappantes avec Jacq. 4, 6-7, une dépendance littéraire de part ou d'autre demeure incertaine. 1 Pierre fait du diable l’auteur de persécutions dont il n’est nullement question ici. De plus, cette épître veut essentiellement définir les sentiments dont doit s’inspirer la vie des chrétiens dans leurs relations entre eux, tandis que Jacques à seulement en vue ici les rapports des hommes avec Dieu. Chacun des deux écrivains aura donc pu utiliser la même citation d’une manière particulière, comme de son côté le fit apparemment l’auteur de 1 Clém. rom. 30, 2, qui insère Prov. 3, 34 entre un catalogue de vices et une exhortation à l'humilité, deux thèmes également traditionnels dans la littérature chrétienne parénétique ; on remarque de part et d'autre la mention de la médisance que nous allons voir spécialement stigmatiser dans Jacgq. 4, 11. Il est donc permis de supposer que la citation était d'usage courant ; peut-être notre auteur se sera-t-il inspiré pour sa part de quelque amplification exhortative à laquelle elle avait donné lieu avant lui.
Sa griffe personnelle (cf. JEAN MONNIER, La première épître de l’apôtre Pierre, p. 237) ne se reconnaît pas moins dans cette série de petites phrases impératives, nerveuses et catégoriques, qui va persister jusqu'au v. IO.
L'idée exprimée dans Üroréoow dérive directement de ramreivot, V. 6. La soumission à Dieu (cf. Hébr. 12,9; — ÉPICTÈTE, 3, 24, 65, &c to Arc duaxovov Éder, Guax uèv xnd6uevoc, äux d 6 T@ eg dnorerayuévoc) est faite avant tout d’humilité. Le grec classique n’emploie pas l’aoriste second de réoow et de ses composés. Cf. Luc 17, 0 ; 1 Corinth. 15, 28 ; Romains 8, 20 10,3; 1 Pierre 2, 13. Corollaire antithétique : &vriornre dë (variantes : xai, où om. dÈ) To dLab6Aw. &vrioravar est peut-être encore plus absolu qu'évriréooewv employé dans la citation, v. 6. Cf. Berlin. Griech. Urk. 3, 747, II, 10, évixyod Où nai ToAuüotv dvrioracbat (lire : &v0-). Etc. A propos du diable, cf. 1 Pierre 5, 5, 8 s.; HER- MAS, Préc. 12, 4, 7; 5, 15ss.; 6, 1 ss. Résister aux convoitises : 1bidem, 12, 2, 3 ; 6 Git6ooc désigne Satan (l’accusateur de Job t; Zachar, 3, x s.) dans les Septante, puis dans le N. T.; cf. par exemple Éphés. 4, 27 ; 6, II, et voir ci-dessus, 2, 19, dauôvia. Le succès de cette résistance est assuré, xat (comme aux v. 8 a, 10 ; cf. I, 5) pebtéerar &p” bu&v, idée familière aux Testaments des douze patriarches : Testam. de Siméon 3, 5 ; d'Issakar 7, 7; de Dan 5, 1 ; 6,15. ; de Nephtali 8, 4 ; de Benjamin 5, 2. Cf. HER-
Ji MARTY 11
MAS, Préc. 12, 4, 6: 3, 2; ce dernier texte, en marquant plus explicitement la faiblesse du diable ainsi « vaincu », rappelle beaucoup notre v. : édv oùv évriorafire «dr (r@ SLabéAE ) vixnbeic pebéeror &p dbuüv xarnoyvuuévoc. Voir aussi 12, 4, 7. Maith. 4, 11 est moins énergique : äœrhouv adrév. Mais cf. Matth. 12, 28 = Luc II, 20.
8 a, phrase construire symétriquement à la précédente, mais en employant deux fois le même verbe, éyyioure T& Oeb, xai yyicer dutv. Cf. de nouveau Testam. de Dan 6, 2, éyyioute tü Oeû xal ro àyyélo To rapaurovuévo duäc. Testam. de Ruben, 4. L'attitude de Dieu se conforme à la démarche de l’homme; cf. Zachar. x, 3; Malach. 3, 7, « revenez à moi, et je reviendrai à vous »; 2 Chron. 15, 2; Lament. 3, 57. Etc. ëÿyioe (variante : &yyuet, adoptée par VON SODEN et DiBELIUS, forme de futur fréquente dans les Septante; cf. Apoc. johan. 22, 5, purtet; Hébr. 10, 37, yoowet) s'oppose à pebéero et pourrait faire encore quelque allusion à Howoiv yhpiv, v. 6 (CHAINE). Les papyrus emploient &yyito surtout avec le génitif; cf. 1 Macchab. 11,4; 13,23; Poyse. Les Septante ont le datif comme ici et dans Luc 7, 12, ou ro6c avec l’accusatif. Comment le sûr résultat ainsi défini serat-il obtenu ? En s’approchant de Dieu dans son sanctuaire ? Par la prière (Ps. 145, 18) ? Par l’espérance (Hébr. 7, 19 ; cf. 4, 16) ?.. La question ne se pose pas ici. Ce qui importe, c’est la conséquence infaillible (Esaïe 55, 6 ne la garantissait que pour un temps) : approchez-vous de Dieu ; lui-même n'attend que cela pour s'approcher de vous. Cf. PHILON, de migr. Abr. 59, p. 445, oÙros 6 6pos Êort rod ueydAov Aeû, Tù To De ouveyyibeuv À & Oedc ouveyyiCer (Deutéron. 4, 7). Voir aussi 2 Chron. 15, 2 b£.
L'initiative de la rencontre entre Dieu et l’homme doit donc être prise par ce dernier. Ceci confirme la tendance nettement moralisante de notre épître. Esaïe 65, I s. représentait un point de vue plus profond : Dieu cherche ceux-là mêmes qui ne le cherchent pas ; c’est lui qui, le premier, s'approche d’eux. La théologie spéculative attribuerait sans doute à Jacques une pensée anthropocentrique, sinon l’idée d’un Dieu en dernière analyse immanent. Disons plutôt qu’il admet une providentielle concordance entre la sollicitude divine et les éternels élans de l’âme humaine. Cf. F. MÉNÉGoOZ, La Prière, 1932, passim.
8 b. Ne peuvent s'approcher du Dieu saint que ceux dont les mains et le cœur sont moralement irréprochables, purifiés, sanctifiés. La première image et le verbe xafaopito avaient d’abord un sens cultuel, Exode 30, 10-21 ; Lévit. 16, 4, etc. ; Sylloge, 653, 37 (03 ou 91 avant J.-Ch.), évaypagdvro SE xat &e” &v Get xaOaopllerv xat & uh de Éyovrac eionopebecdar, etc. Évidemment ici on requiert la pureté de l’Ââme et de la conduite ; cf. Esaïe 7, 16 ; Jérém. 4, 14 ; Sirac. 38, 10; 1 Clém. rom. 29, 1, T00GËÀ- Üœouev obv adré Ev dcuérnr Vuyñc, Gyvas «al aulavroc yeionc apovres mpèc œbrév, introduction d’une parénèse très générale.
Voir encore 1 Timot. 2, 8. Mains et cœurs sont déjà associés dans Ps. 24, 4. &yvilw (cf. &yvh, 3, 17) appartenait souvent aussi au langage liturgique, Exode 10, 10 ; Jean 11,55 ; Papyrus magica (de Leyde), éd. DIETERICH, 6, 36, rornouc BéBpov ëri yviouéve rénw. Dans Hébr. "12, 14; 1 Pierre 1, 22; Barnabas 5, 1; 8, 3, comme ici, la notion en est devenue toute morale. Il y a plus de mysticisme dans 1 Jean 3, 3.
Sibuyou, placé en parallèle avec duwprowot (pour cette première interpellation, cf. 5, 20 ; — Hénoch 96, 4 ; 100, 9 ; 101, 7: 102, 7 ; 103, 5, etc. ; c'est le contraire de dixator, 97, I, etc.), doit être plus fort que dans 1, 8, où ce mot qualifie l’homme qui apporte même dans la prière un esprit hésitant, non affranchi du doute ; cette fois il y a radicalement partage du cœur entre le monde et Dieu, cf. v. 3. De même Syrac. 2, 12 maudit « le pécheur qui marche sur deux chemins ». Voir aussi HERMAS, Préc. 9, 7, xaÜdpioov rhv xapdlav oov dnd ris Sibuyiac. Vis. 3, 2, 2. La sévérité de ces appels atteint presque celle de l’apostrophe aux uouyaAdec, V. 4.
9. L'accent devient de plus en plus rigoureux et rappelle la prédication des anciens prophètes. Cf. Esaïe 32, 11 s.; Maichée 2, À ; Jérém. 4, 135. ; Joël x, 8, 13 ; Zachar. 11, 25. Il n’y aura de salut que dans une repentance qui implique d’abord la plus sombre tristesse, « tristesse selon Dieu », dirait PAUL (2 Corinth. 7, 10). Trois impératifs inflexibles renchérissent en ce sens, et la suite vient encore les appuyer en marquant l'étendue de la révolution nécessaire.
rahourwpetv, hapax (cf. Taainwolu, 5, I ; TaAairwpoc, Romains 7, 24), être malheureux, souffrir, $4dad. Ce verbe, usuel dans les Septante, fut interprété par ERASME, GROTIUS et plus récemment MAYOR comme exhortant à pratiquer un ascétisme ou des mortifications volontaires. Cf. Jérém. 4, 8. Mais la forme intransitive s’applique évidemment à des sentiments éprouvés, non à des actes à accomplir. xai mevÜnoute xai xAaboaure précisent les manifestations de cette tristesse intérieure, non sans une certaine gradation : montrer sa souffrance, gémir, mener deuil, — pleurer (à chaudes larmes). Les deux verbes sont souvent associés : 2 Sam. 10, I ; Néhém. 8, 9; [Marc 16, 10]; Luc 6, 25; Apoc. johan. 18, 11, 15, 10 ; Papyr. d'Oxyr. 3, 538, 9 (11° siècle après J.-Ch.), yivéoxeuwv de Dédo de” de ElxlËTA0ES dr” Euod révÜoc Myodunv vuxrds xAe(— ai)ov, Quépas dE mevÜG <v >.
Ô yYÉAoG Dudv sic névloc peraorpaphro. Cf. 5, 1; Luc 6, 27, 25. yYÉOS, hapax, paraît désigner dans un papyr. de Giessen, T, 3, 8 ss. (ordre de célébrer l’avènement de l’empereur Hadrien) la roux habituelle en pareille circonstance. mév0oc, murmure désolé, lamentation, n’est attesté au sein du N. T. qu'ici et quatre fois dans l'apocalypse synoptique. Cf. Papyr. de Tebtumis, 2, 332, 11 (176 après J.-Ch.), rév0oc dvdpès uyatpéc pou Evexa. Pour ueraotpéow, cf. Actes 2, 20; Galates 1, 7; Deuiéron. 23, 5;
Sirac. 11, 31 (33) ; 4 Macchab. 6, 5 ; 7, 12 ; Papyr. de Paris, 574 2625 (1ve siècle après J.-Ch.), ueraotpépovros cou Tôv A6Yov 6 dv OéAnc. Variante : uerarparnre, B, P, etc., mot poétique que Winpiscr? préfère au terme usuel mieux attesté (N, 4, etc.).
val h xap sis xarpeiav, phrase parallèle à la précédente. 124 est l’exact contraire non pas de mévfoc mais de Ar, cb Jean 16, 20. xarhpztxv, hapax de la Bible entière, exprime la tristesse (ou parfois la honte) par les regards baissés (ailleurs indice d'humilité, Job 22, 29; Luc 18, 13), suivant la définition de PLUTARQUE, Moral. 528, thv xarnperav dpilovrau AdTnv xaTw Bréreuw norodoav. Cf. PHILON, de spec. leg. 3, 193, p. 331. Papyr. d'Oxyr. 3, 471, 92 (11e siècle après J.-Ch.), ti oùv 6 xarnps où xai Ünepab[o]rnpos oùx ÉxWAVES ;
La joie ici condamnée n’est qu’une gaîté de mauvais aloi ; elle n’a rien de commun avec la joie de haute portée spirituelle qui se découvre dans la patience avec laquelle on supporte les épreuves (1, 2). C’est toute une vie profane que l’auteur veut caractériser par yéAws et yapa.
10. Cette dernière et brève exhortation résume bien le riche contenu des v. 7-0, et même raxeivwÜnre ramène avec précision la note première, ôroréæynre. Cf. Sirac. 2, 17; x Pierre 5, 6; Sylloge, 816, 10 ss. (prière juive de vengeance), &t räox Vuyh ëv Th onuepoy Muéoat Tanetvodra|r] e0” ixetelxc (Lévit. 23, 29). évortov, Üphné. xvoiov ne peut désigner que Dieu, cf. v. 7, 8 L'énergie de cet appel ne saurait être exagérée ; il faut une humiliation pleine et entière, comme celle qui s’exprimait, par exemple, dans l’ample prière de Daniel 9, 5-19, aux accents d'une si chaude ferveur.
xai, Cf. v. 7, 8 a. Quiconque s’abaisse sera élevé, Matth. 18, 4; 23, 12), LUC LE, 14 218, TA CT ME SECRET 24 PONS RAS ae 3, 18. C'était déjà la pensée de Jacg. I, 9 ; cf. 2, 5. Aïnsi s'achève sur une perspective finale de réparation glorieuse l’austère exploration du monde détraqué par le mal. Le dernier mot appartient à Dieu. Rien n’est plus impressif que la mâle confiance en l’avenir transformé, qui transparaît à travers l’intime sobriété du langage. CENT Prerre SO: