AIT
De même que 3, 18 venait en appendice au développement précédent, de même ici, après l’exhortation détaillée à la repentance, prend place une sorte de post-scriptum particulier, qui, même extérieurement, ne s’y rattache qu’à peine en continuant à employer le mode impératif. Mais cette fois le commentaire ou l'explication de la prohibition ainsi formulée : ne médisez pas, a pris des proportions prépondérantes. Il se peut bien, comme le suggère DIBELIUS, que nous y trouvions pour ainsi dire le prototype, sous une forme encore modeste, de certains développements parénétiques plus amples que cultiveront plusieurs écrivains chrétiens, spécialement HERMAS dans ses préceptes.
RopEs considère la xaræ\aAx comme un cas particulier des uayxar de 4, I ; cela ne serait pas impossible quant au fond, mais où apercevoir la transition ou le rappel de l’idée générale ? D'ailleurs, le style ardent, nourri d’indignation, a maintenant fait place au ton simplement didactique de l’homme qui raisonne posément. Déjà &ÿeAvot, que nous n’avions plus rencontré depuis 3, 12 et qui, par contre, va être répété deux fois au singulier dans l'argumentation du v. 11, tranche singulièrement sur duaprwnot et Gibuyor du v. 8.
11. Mn xaralaeitre &AAMAwV. Sous une forme abstraite, ceci ramène une pensée déjà apparue dans 1, 26 et largement développée au cours du tableau imagé de 3, 1-12; cf. surtout 3, 2, 10. La médisance, souvent condamnée dans la littérature juive : PÉOHMLONAON HP S0 "20 M01/ 5 Pro. 20, 13; Sas. del Sul: 1,11; Testam. d'Issak. 3, 4 ; de Gad 5, 4 ; Midrach Debarim rabba sur Deutéron. 24, 9 ; (cf. STRACK-BILLERBECK, I, p. 226 ss., 905), figure, au pluriel, dans plusieurs catalogues de vices : Romains 1, 30 ; 2 Corinth. 12, 20 ; 1 Pierre 2, 1, réoac xatahaddc, mis en relief au terme de la liste ; cf. (avec le verbe comme ici) x Pierre 2,12; 3, 16. 1 Clém. rom. 30, I, 3, y insiste aussi ; dans l’intervalle, v. 2, il cite Prov. 3, 34, cf. ci-dessus, v. 6. La &rA6rnc (cf. I, 5) qui fait l’objet d’un précepte entier d'HERMAS (préc. 2), consiste mp&rTov uév à « ne médire de personne », Préc. 2, 2; suit la description explicite des effets néfastes de la médisance, « démon turbulent » (2, 3), etc. Pour le verbe, non employé dans le N.T. en dehors d'ici et de 1 Pierre, cf. Sylloge 278, 6 (11e siècle avant J.-Ch.), {va und ëv toûroic Éyootv Qu narahxAeiv oi oùx à&md rod BeAriorou elwbétes &vaorpépecbar.
Sag. de Sal. x, 11 motivait son exhortation en insistant sur les fâcheuses et redoutables conséquences de la médisance : « car les propos clandestins ne demeurent pas sans effet, et la bouche menteuse tue l’Ââme. » Ici la culpabilité apparaît plus directement : quiconque médit d’un frère se permet de le juger, il commet une injustice et, par voie de conséquence, il ose soumettre la Loi (morale) elle-même à sa propre appréciation, il le prend de haut avec toute discipline ; cf. ŒCUMENIUS, xarwppoVEL.
xolvewv, juger (cf. 2, 12), comporte évidemment l'idée sinon de condamnation, du moins de jugement défavorable, cf. Maith. 7, 1; Luc 6, 37; Jean 7, 24; 8, 155, 26 ; Romains 2, 1; 3, 7, etc. Au contraire, dans Actes 15, 19, le sens de ce verbe s'atténuait ; il ne correspondait plus guère qu’à vouiGerv. Ces diverses nuances sont attestées un peu partout dans la xosv», sans parler du sens technique en procédure. Il y a incompatibilité entre la médisance outrecuidante de l'individu qui s’érige en juge et la simple fraternité que rappelle expressément &deApoÿ, rdv &ÜEADOY adTOD.
Le double outrage ainsi infligé au « frère » frappe du même coup la Loi qu’il brave. Cette répétition intentionnelle, xxruxhet vouov xat xpiver vouov, souligne la gravité de la faute. Il ne s'agit pas d’une désobéissance précise à l'égard de certain commandement ou article de la loi qui proscrirait nommément la médisance, mais c’est l'esprit même de la Loi que l'on méconnaît et méprise ; cf. v. 12, rùv rAnotov et Lévet. 19, 18, « tu aimeras ton prochain comme toi-même », loi « royale », Jacq. 2, 8. D'ailleurs nous rejoignons bien la pensée de 2, 9, car ce qui condamnait la reocwroamubia s'applique tout naturellement au cas de la médisance : « Vous commettez un péché; vous tombez, comme transgresseurs, sous le coup de la Loi. » Ah! vous faites fi de la Loi : croyez-vous donc qu’on lui échappe impunément ? Dans le Testam. de Gad 4, x, c'est la haine qui apparaît ainsi comme une ävoutav, avec allusion formelle au double commandement de l'amour du prochain et de Dieu.
Il n’y a envers la Loi qu'une attitude admissible : l’observer, Faccomplir, être nomrtis vouou (cf. I, 22). Après xpirhc, nous ne sous-entendrons pas véuov, car il en résulterait une tautologie (que la traduction ne peut guère éviter) : si tu juges la Loi, tu en es je juge. C’est d’une manière générale que le présomptueux personnage ici visé se pose en juge, v. 12 (cf. Romains 2, 1); ceci n'est pas donné à l’homme, cf. Matth. 7, 1.
On a proposé de voir dans xoiver véuov une allusion au gnosticisme de Marcion. Hypothèse sans consistance.
12. Dans sa ferme et impressive simplicité, le ton devient solennel. Après cette évocation de l’unique législateur et juge, quelle discussion ne serait close, quels sophismes réduits au silence ? eîc éoriv : on se rappelle aussitôt Marc 10, 18 = Luc 18, 19, oùdels dyalèc ei uh ets d Ocôc — Matth. 19, 17, els éorw 6 dyaéc. Cf. 4 Esdras 6, 6. vouoBérns nai pirhc, cf. Esaïe 33, 22. En Dieu, la séparation des pouvoirs, ce principe fondamental du droit constitutionnel moderne, n’a pas de raison d’être. vouobérns est classique, mais isolé dans la Bible ; les Septante ne l'emploient qu’une fois : Ps. 0, 21. Cf. 2 Esdras 7, 8, 9, JoSÈPHE et PHILON. Le verbe correspondant est attesté dans Hébr. AATTS 8, 6; 2 Macchab. 3, 15 ; 4 Macchab. 5, 25 ; PHILON, un papyrus, une nscriplion. Le juge, cf. ci-après, 5, 0. 1 Corinth. 3, 4 « celui
ARIZ 167
qui me juge, c’est le Seigneur. » — Variante : 6 vouobérne. — CALVIN, ad loc., dira : « Il n’y a que Dieu qui ait de droit les consciences sujettes à ses lois. »
Ô duvauevos oùocat (cf. I, 2I; 2, 14; 5, 20; — Hébr. 5, 7) xai &nohécar (cf. HERMAS, Préc. 12H02 Vimit, 0, 23, 4) vient, semble-t-il, en apposition (c'est) celui qui peut sauver et perdre. » 1 Mais on peut l'entendre aussi comme une proposition indépendante, juxtaposée à la précédente : « Celui-là peut sauver et perdre. » Dans le premier cas l’impression imposante se maintient peut-être mieux. De toute manière, la perspective ouverte par &nokéca doit provoquer une crainte salutaire, cf. Matth. 10, 28 ; Luc 12, 5, et déjà les textes de l’A. T. : c’est Dieu qui fait mourir et qui fait vivre, Deutéron. 32, 29 ; 1 Sam. 2, 6 ; 2 Rois 5, 7’; voir aussi Ps. 75, 8 ; Exode rabba 31 (9x c, 34).
Crainte — et profonde humilité : en regard du Maître souverain de toutes choses, où dë ris ei ; qui donc es-tu, toi? C'est ainsi qu'indirectement les v. 11-12 aboutissent à appuyer l'exhortation des v. 7-10, Ünotaynte. Tanevolnte évoriov Kuptov. L'apostrophe est commune à Jacques et à Paul Romains .I4, 4, Ô xpivov NÉ TpLov OXÉTNY ; 9, 20, Ô &VTaTroxptvÔpLevoc Tr et ; voir aussi & &vbpwnre rc 6 xpivov, Romains 2, 1; — yo Tis Quev, Actes 11, 17; cf. Exode 3, 11. Toi qui prétends juger le prochain, comprends enfin quelle usurpation aussi insensée que sacrilège tu allais tenter. Dans la diatribe, de même, plus d’un développement s'arrête sur une question (d'avance résolue), que, pour triompher, il suffit de poser à l'adversaire : ÉPICTÈTE 1, 21, 4 ; 20, 53 ; 2, 4, II ; 22, 30.