AUX NÉGOCIANTS PRÉSOMPTUEUX
184 vous maintenant, qui dites : « Aujourd'hui ou demain, nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous trafiquerons et nous gagnerons de l'argent. » Et vous ne savez pas ce qu’il en sera de demain ! Qu'est-ce que votre vie ? Vous êtes une vapeur, qui paraît un instant et puis se dissipe. 5Que ne dites-vous, au contraire : « Si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela. » 17Mais vous préférez étaler votre orgueil dans vos paroles présomptueuses. Toute gloriole de ce genre est coupable.
1607, quiconque connaît le bien à faire et ne le fait pas, commet un péché.
Le brusque passage à un nouveau propos se marque ici avec encore plus d’évidence peut-être que dans les différents cas précédents. L'auteur apostrophe des personnages nettement déterminés — et d'emblée censurés — par le langage même qu'il leur fait tenir. Il ne s’agit donc plus d’exhortations adressées posément à des interlocuteurs avec qui l’on argumente à proprement parler, comme dans les v. 11-12.
Néanmoins, si la forme marque le point de départ d’un morceau qui se suffirait à lui-même, on discerne, par, rapport à ce qui se lit juste auparavant, un certain lien logique dans la pensée. Car l’admonestation nouvelle vise des gens qui, d’une manière définie au v. 13 b et appréciée au v. 16, s’adonnent aveuglément à l’« amour du monde » (4, 4), et auxquels s’appliquerait sans difficulté la philosophie judicieusement modeste du v. 12 d : « Qui es-tu, toi ? » Rappelle-toi donc quelles étroites limites sont celles de l’humaïne nature, et agis en conséquence.
13. « À vous, maintenant » (cf. 5, 1) ; quoiqu'il y ait pluralité de sujets, oi Aéyovtec, l'impératif qui les apostrophe est au singulier, &ye. (Il ne se trouve dans aucun autre livre du N.T.). Pratiquement, &ye vdv équivaut dès lors à une locution adverbiale, ou même à une interjection : à votre tour, allons ! Cf. XÉNOPHON, Apol. 14, äye Sn dxoboure. ÉPICTÈTE, passim. Comme ie, qu'on rencontre aussi avec vüv, Matth. 26, 65, {9e vov fxoboure, c'est un de ces termes de valeur intensifiante qui donnent à
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l’élocution en général couleur, nerf, vivacité et renforcent encore ces qualités lorsque, comme ici, le style direct tend déjà à les favoriser ; cf. Luc 20, 13. On se rappelle les interpellations fréquentes dans la littérature prophétique de l'A. T.; voir en particulier Esaïe 57, 3, we’attèm girbou-henné, « mais vous, approchez, ici ! » Pas d’échappatoire. La meilleure traduction de &ye (proprement : « va ! ») serait en somme la particule désuète mais qui à elle seule en dit long : «4 Sus ! »
où 14yovrec (sous-entendu : en vous-mêmes ; cf. Esaïe 14, 13; Jacgq. x, 13 ; 2, 14). Vous qui projetez, combinez, dressez mentafn vos plans, veuillez plutôt écouter (cf. 1, 19; 2, 5), car
Ye « C’est à vous, s’il vous plaît, que ce discours s'adresse. » (MoLiÈRE, Le Misanthrope, acte 1, scène 2).
Donc, vous étés bien en train de former et d'arrêter vos projets. Ils comprennent trois éléments, étroitement coordonnés : 1° un déplacement, ofuzpoy 7 abproy ropeucbueba eic rhvde Tv rhhw, telle ville, bien déterminée, celle-là, non une autre, cf. +rñèe, Luc 190, 39, et l'expression r4ôe 2éyes, Apoc. johan. 2, x, 8, 12, 18; 3, I, 7, I4. 29 la durée de ce séjour, roroouey Exet éviauroy (Evæ). Faire (un séjour de), avec accusatif de temps, cf. Prov. 13, 23; Actes 15, 33 ; 18, 23 ; 20, 3. Cette tournure n’est pas inconnue des écrivains classiques, mais elle devient plus fréquente dans la xoivñ. Exemple : Papyr. de Paris 47, 21 (vers 152-151 avant J.-Ch.), Ô00 nu£pas rot y ty Avvbtelor rivoy. Etc. Avec ou sans évx (qui manque dans B, X, P, Vulg., etc., et ce texte semble être primitif, parce que l’abréviation ressortit plutôt au langage vulgaire, que l’auteur, tout naturellement, voire même par expérience, aura attribué à ceux qu'il fait ici parler), évavr6v désigne un laps de temps délimité, une année. Cf. de multiples exemples dans les papyrus. 3° l'emploi de ce temps, xai éuropeuchucha vai zzpônooucv. Négoce et profits. Pour le premier de ces deux verbes, cf. Genèse 34, 10 ; 42, 34; JOSÈPHE ; THU- CYDIDE, 7, 13, et une question posée à l’oracle de Zeus à Dodone, Sylloge 800 (111€ siècle avant J.-Ch. ?), ñ ruygévouu xx uropebouevoc #. t. À. Dans 2 Pierre 2, 3, seul autre texte du N. T. où nous retrouvons le même mot, il comporte un sens nettement péjoratif : exploiter (des dupes). S'il n’y avait pas déplacement en vue du trafic, on emploierait plutôt, semble-t-il le verbe éuropéo. Quant à xepôaive intransitif, il n’est pas attesté dans les Septante, maïs il apparaît dans la version d’AQUILA, et longtemps auparavant HÉRODOTE l’employait déjà, comme ici, avec la signification : réaliser un bénéfice. Cf. Papyr. d'Oxyr. 12, 1477, 10 (111€ ou 1v® siècle après J.-Ch.), ei xepdaivo drd To rpdywarloc ; voir aussi Aristée 270, éravéyovor révra npôc T0 xepdaive, Pour le sens actif : faire l’épargne de, cf. Actes 27, 21. En grec classique, le futur serait : xepdava.
Variantes : À, K, L, P donnent : ofuepov xai aüprov. C'est
peut-être sous l'influence de Luc 13, 32 s. que xai aura été substitué à 4, mieux attesté et plus satisfaisant. Mais surtout le remaniement doit trahir le désir de donner la plus grande précision possible au langage des personnages représentés. à
Peut-être s’expliquera-t-on de la même manière la substitution du subjonctif au futur de l'indicatif pour les quatre verbes dans K, L, P, Y, 81.
14. Rien, semble-t-il, n’a été plus raisonnablement conçu, préparé, disposé, que les affaires envisagées au v. 13. Mais en réalité tout cela s'effondre, miné à la base. Ah ! vous prenez les mesures les plus minutieuses pour que vos trafics vous rapportent de sûrs et palpables avantages : comment donc, dans ces conditions, n’oubliez-vous que le facteur principal, l’inévitable imprévu ? L'avenir vous appartiendrait-il ?
— Non, l'avenir n’est à personne, Sire, l'avenir est à Dieu !
(Victor HuGo, Muil huit cent onze).
Cf. Luc 12, 16-21. Ici revient, avec une sorte de brusquerie saisissante, le thème déjà esquissé à propos du riche dans 1, 10 b-11 : fragilité de l’existence humaine. Tout projet qui n’en tient aucun compte est échafaudé sur le sable.
otruvec rattache le v. au précédent sans rigueur grammaticale, presque comme 1, 8 à 1, 7, mais le pronom ne s'applique pas moins clairement aux Aéyovrec. Vous dites : (v. 13), alors que, de nature, vous ignorez (v. 14). Cf. Actes 7, 53 (apostrophe finale du discours d’EÉtienne) ; 17, 10, etc. "Oox,-dans ses différentes acceptions, est relativement rare aux temps hellénistiques ; les papyrus aussi bien que le N. T. ne l’emploient guère, sauf au nominatif. Par contre, le verbe ériotaua s’y rencontre très fréquemment. juépx est sous-entendu après aüpuov, cf. Matth. 6, 34 ; Actes 4, 3; dans les papyrus on trouve tantôt la formule complète, tantôt l’abréviation.
L'incertitude du lendemain est presque un lieu commun déjà dans la morale juive : Ps. 40, 12 s.; Prov. 27, 1; Hénoch 97, 8; Sirac. II, 19, Sag. de Sal. 5, 9-14; ps. Phocylide, 1165. ; PHILON, de leg. all, 3, 226 s., &puotov obv tr Oeû mentoreuvxévor a Uh daatpéot Aoytouoïs xl Taic dGebaious sixaotauc. Cf. SÉNÈQUE, ep. 101, 4, quam Stulium est, œlatwm disponere ne crastini quidem deminium. Dans la collection des eclogæ de STOBÉE, on lit ce titre de paragraphe (4; 41) : dr &6é8aros h Tüv &vBporov ebrpaËl. Voir aussi la littérature rabbinique ; dans Deutéron. rabba 9 (205 c), Achmedaï rit d’un homme qui s’est commandé une provision de bottes pour sept ans et qui n’a plus sept jours à vivre.
L'image qui appuie cette vérité évidente : vous ignorez ce que sera demain, ne vise pas plus à l'originalité que la question elle-même, plus exclamative que réellement interrogative roi (de quelle nature) ÿ Con buüv; (on a parfois compris par
roi l'herbe, cf. I, 10 s. ; en ce cas il n’y aurait qu'une simple affirmation parallèle aux suivantes). druls yée otre, une fumée, une vapeur, un souffle inconsistant. Chez les classiques, äruis désigne surtout la vapeur, la nuée humide (cf. 1 Clém. vom. 17, 6, citant un apocryphe indéterminé). Le sens : fumée apparaît chez les Septante et parfois dans les papyrus. Cf. Genèse 19, 28 ; Lévit. 16, 13 ; Osée 13, 3 ; Ézéch. 8, 11 ; Joël 2, 30 (Actes 2, 19). AQUILA rend par &ruis la fameuse vanitas (häbél) de l'Ecclésiaste (x, 2; 12, 8). Même comparaison, &s Tyvn vepéAnc, dans Sug. de Sal. 2, 4 ; fumée, Ps, 102, 4 ; Apoc. syr. de Baruch 82, 6 ; souffle, Job 7, 7 ; Ps. 30, 6, 12 ; 144, 4 ; Sirac. 24, 15 ; Apoc. syr. de Baruch 14, 10 s.; cf. poussière, Ps. 103, 14; Job 4, 19. — De leur côté, SÉNÈQUE, MARC-AURÈLE et certainement plus d’un philosophe populaire de l’époque tirent de cette image (xarvés, ut calidis fumus ab 1gnibus varescit.….) diverses considérations sur le néant de l’homme. C’est donc de plusieurs côtés qu’elle put s'offrir à notre auteur.
Ainsi vous êtes une apparition fugitive, éphémère, ñ mods ÔAYov parvouévn, äperçue un court instant ; mpds èAlyov, cf. I Timot. 4, 8, pourrait aussi marquer la faible intensité, le peu d'éclat, ad modicum, cf. Papyr. d'Oxyr. x, 67, 14. Elle disparaît aussitôt après. L’allitération oœvouévn... &paw£ouévn correspond à celle de Matth. 6, 16, &pavitououwv.…. pavüauv. (Cf. Matth. 6, 19s., &paviler). Dans un fragment d’évangile gnostique du commencement du 1ve siècle (Papyr. d'Oxyr. 8, 1081, 25 ss.), les disciples demandent au Maître : « Comment pourrons-nous trouver la foi ? » Réponse : dueA0o[doiv ëx T@v] dpavv xalt eic] rù [p@]s Tüv patvo[ué]væv.
Ëneurx xœi a parfois (minuscules) été corrigé et expliqué par un Ô intercalé entre ces deux termes.
15. Littéralement : « au lieu de dire ». On trouve de même ävri suivi de l’infinitif mis au génitif dans THUCYDIDE 1, 60. L’ellipse ne provoque aucune obscurité ; avec elle s’affirme une fois encore le ton de la conversation, bien propre à mettre en relief la vivacité de la pensée et l'énergie de la conviction qu'exprime ici l’auteur. Vous dites : (v. 13). Or, les projets qu’ainsi vous formulez et combinez se trouvent radicalement viciés ; pourquoi ? faute par vous de les subordonner à une condition primordiale (v. 14). Donc, le langage qu'il vous faudrait tenir s’inspirerait de la fragilité de l’existence humaine ; il placerait expressément vos désirs sous la dépendance du bon vouloir du « Seigneur » Dieu, seul Maître souverain de toutes choses, deo volente.
La tradition attachera le nom de conditio Jacobea à cette prudente formule, que pourtant notre auteur n’a pas inventée. « S'il plaît à Dieu » ou « Dieu voulant » est devenu trop souvent, pourrait-on dire, une simple clause de style, dans le langage familier de nos jours encore à une certaine piété à la fois candide
et instinctivement encline à s’afficher ; il est de bon ton d'insérer, sans réflexion mais au fond non sans quelque désinvolture, un rapide « D. V. » dans des convocations, par exemple. Voir à ce propos les judicieuses remarques de P. RICHARDOT, Évangile et Liberté, 13 août 1930, La Pensée protestante.
Le judaïsme, pour sa part, donnait à cette pensée sa pleine rigueur. Cf. STRACK-BILLERBECK, 3, p. 758. D’après les rabbins cités là, aucun homme n’est autorisé à dire qu'il fera quoi que ce soit, si ce n’est en exécution du conseil de Dieu cf. Prov. T9, 21. Ceci nous fait immédiätement évoquer la prière de Jésus à Gethsémané : « S'il est possible, mais que ta volonté soit faite. » Cf. également Math. 6, 10; Actes 21, 14; Martyre de Polyc. 7, 1. La conditio rencontre des analogies marquées chez ÉPICTÈTE : 3, 21, 12; 22,2; I, I, 17, @c &v 6 Oedc GEAn, et chez PLATON, Alcib. 1, 31, ëdv BoDAn où, & Zoxpates. — où xaA&G Aéyeuc, à ’AhxBladn. — AA mc yph Ave ; — bre av Pedc &0éan. Voir aussi STOBÉE, Fragm. 3, 13, 31. Les papyrus nous présentent également les formules : Geüv OeAévrov (Papyr. d'Amherst, 2, 131, 5, commencement du 11e siècle après J.-Ch.) ; — 66 Ô Beds HOernv (Berlin. Gr. Urk. x, 27, II, 11 ou 11e siècle après J.-Ch.). JusTiN MARTYR clôt sa 1re Apologie (68) par les mots : « que ce qui plaît à Dieu arrive! » Etc. D'après l’Octavius de MINUCIUS FELIX, 18, 11, si deus dederit est une des expressions qu’on peut désigner comme ressortissant au vulgi naturalis sermo. Les textes du N. T. à noter ici, Actes 18, 21; Romains 1, 10; 15, 32; 1 Corinth. 4, 19; 16, 7; Hébr. 6, 3 (ces deux derniers avec értrpére) ; Coloss. I, 27, ne sont donc pas isolés, il s’en faut. IGNACE aux Éphés. 20, 1, dira à son tour : ëdav…. xat DéAnuax (de Jésus-Christ) ÿ, x. +. À. Cf. IGNACE aux Romains 1, 1. PAUL comprend parfois la même pensée parmi celles qu'exprime pour lui la formule si féconde et si caractéristique de sa vie intérieure : ëv Kuptow, cf. Philipp. 2, 19, 24. DEISSMANN, Laicht v. Osteni, p. 175, en rapproche d’autre part ces mots : oùv Os rapayevéuevos is ’AXecEdvdperav (Papyr. d'Amherst, 1, 3 a, 14 S., entre 264 (265) et 282 (281) après J.-Ch.) ; — et ceux-ci : ürav E0n oùv Oe& (Greek Papyri, ed. GRENFELL AND HUNT, Oxford, 1897, 73, 16; commencement du 1ve siècle après J.-Ch.). Voir encore DEISSMANN, Neue Bibelstud., p. 80. DIBELIVS, p. 215, n. 2. Etc. L’arabe moderne dit : 2nshallah, si Dieu veut.
Les anciennes versions font dépendre encore le verbe suivant, xai Cnoouev, de ëdv (car cette conjonction peut s’employer avec le futur, cf. Luc 19, 40) : « et-si nous vivons » ; Vulg. : si dominus voluerit et (variante : elsi) vixerimus, faciemus hoc aut illud. De même syr!, sah., boh. Par suite, ces témoins du texte ne traduisent pas le xai qui précède ronoousv. Il convient, selon toute vraisemblance, de maintenir, avec les meilleurs mss., la juxtaposition entre les deux derniers membres de phrase :
« nous serons en vie, et (alors) nous ferons (pourrons faire) ceci ou cela. » Nulle part aïlleurs la condition absolue : « si Dieu le veut » n’en admet une autre, quelle qu’elle soit, en parallèle avec elle. De plus, il y a changement de mode : futur de l’indicatif pour les deux derniers verbes, subjonctif pour le précédent (cf. v. 13). Enfin, le parallélisme avec ce même v. 13, xa.…. xal…., on dirait presque l’analogie de rythme, associant chaque fois deux par deux les verbes également au futur d’après le texte le mieux établi, milite en faveur de notre interprétation. Ii est clair, au surplus, que l’auteur attribue une égale importance aux deux effets possibles de la volonté divine qu'il mentionne à côté l’un de l’autre. Si Dieu le veut, d’une part nous vivrons ; — d’autre part nous ferons ceci ou cela. Néanmoins, on s’expliquera bien l’origine des variantes signalées si l'on observe que logiquement l’ordre des deux dernières propositions ne saurait se renverser ; si le maintien de l'existence dépend du bon plaisir divin, tout comme la faculté d'orienter à notre gré notre activité, encore est-il évident que pour agir il faut vivre. Le parallélisme de la forme qui rapproche le v. 15 du v. 13 reste donc approximatif ; ce qu’il conviendrait de dire, V. 15, ne s'oppose que partiellement à ce qu’à tort on a dit, v. 13. Car, précisément avant de pouvoir mettre sur pied une combinaison ou un projet quelconque, il importe de les suspendre à ce postulat sine qua non : « si nous sommes encore vivants » ; cf. de nouveau Luc 12, 20. Alors seulement la résolution : rotoouev ToÙto Ÿ éxetvo se présentera comme parfaitement légitime, puisqu'elle tiendra compte des facteurs dont nécessairement elle dépend. Les deux démonstratifs sont pris ici dans leur sens respectif le mieux défini : ceci ou cela, telle chose ou telle autre. Cf. Luc 18, 14 et plusieurs textes des Sepiante. Ailleurs au contraire, la distinction, qui n’a pas d’équivalent en hébreu, tend à s’effacer dans la xowvn ; cf. Acées 3, 13 ; 7, 19, par exemple. Faire « ceci ou cela » pourrait donc consister à se rendre dans telle ou telle ville, trafiquer, réaliser des bénéfices. Car l’auteur . n'entend certainement pas blâmer ces activités en elles-mêmes. L'esprit de piété envers Dieu défini dans notre v. sanctifierait toutes les démarches de la vie professionnelle et sociale. Il y a peut-être quelque affinité entre ces conséquences implicites de la ligne de conduite ici proposée à ceux qui s’en écartent et le texte formel de 1 Timot. 4, 8, « la piété a la promesse de la vie présente. » Rappelons-nous aussi l’homme qui trouvera le bonheur dans son activité conforme à la «loi parfaite » (Jacq. x, 25). 16. La réalité prend le contre-pied de la sage et modeste soumission à Dieu dont la constante nécessité vient d'être mise en pleine lumière. vdv Sé marque cette opposition, cf. Luc 19, 42 ; 1 Corinth. 5, 11 ; 14, 6 ; c’est à peu près comme un deuxième d&vri après celui du v. 15 qui introduisait l’énoncé du principe ; de là, une rapide volte-face nous remet en présence de la conduite
qu’en fait mènent les individus auxquels l’auteur s'adresse. Cette conduite n’est que folle présomption. Non seulement on s'y livre sans hésitation (v. 13), mais, tout comme ceux qui s’imaginent être sages en ne tenant aucun compte de l'avertissement de 3, 14, on va jusqu’à s’en enorgueillir.
zavyäole ëv raie &haCovious bu&v. À propos de quoi un fidèle serait-il fondé à se glorifier ? L'auteur l’a dit dans 1, 9, à propos uniquement des dispensations divines qui déterminent le cours de sa vie, les vicissitudes dont on nous donnait là des exemples frappants : élévation du pauvre, abaissement du riche. Mais se prévaloir de ses propres forces, capacités, avantages serait contraire à la fois à la vérité et à la piété. Cf. Jérém. 9, 22; Ézéch. 28, 2, 6 ; Ps. 10, 3 ; 75, 3 s. Avec une impitoyable rigueur, notre avisé moraliste perce à jour le vice rédhibitoire qui, estime-t-il, entache ainsi les combinaisons de plans élaborées en dehors de toute soumission à Dieu : vous vous enorgueillissez de ce dont vous ne disposez pas ; votre vantardise ne repose absolument sur rien ; elle n’est que vaine présomption, &A«Covie. Le N. T. n’emploie ce mot que deux fois, ici et dans 1 Jean 2, 16, h &AaCovio roù flou, le vain orgueil de la richesse. Il ne se rencontre pas chez les Septante. Pour l'adjectif, &\dCov, mis en parallèle avec breopavos, cf. Romains 1, 30 ; 2 Timot. 3,2; — Habac. 2,5 ; Prov. 21, 24 ; Job 28,8 ; 2 Macchab. 0, 8 ; Testam. de Dan 1,6 ; de Joseph 17, 8, xaù oùy ÜVoox Épavrdv ëv droits v &haovelx dix Thv xooutxhv nou d6Eav. Le nom et le verbe reviennent fréquemment dans 1 Clém. rom. : 2, I; 13, I; 16,2 (opposés à raneivoppovéw) ; 21, 5; 35, 5 (dnepnpaviav Te uw &AaCovetav ; même parallélisme chez HERMAS, Préc. 6, 2, 5); 38, 2 ; cf. Didaché 5, 1 ; HERMAS, Préc. 8, 5, xevoIoËla, &haGovela. Les Shaulôves étaient déjà décrits et caractérisés par ARISTOTE, Eth. à Nicom. 2, 7, 12 ; 4, 7, 2, et par XÉNOPHON, Cyr0p. 2, 2, 12. À propos de Romains 1, 30, THÉODORET dira : dAaQôvas xahet toc oùdeuiav pèv Éyovrac rpépaow els ppoviuartos dYxov, LéTnv ÔÈ Uotouuévouc.
Nous retrouvons bien dans cette censure à la fois l’impla- . cable adversaire de toute fausseté et l’âme pieusement consciente des étroites limites départies à la nature humaine. Il ne s’agit nullement de nuancer les responsabilités encourues ou de distinguer des cas d’espèce ; le verdict est formel. Appliqué à la mentalité que l’auteur caractérise, il a la valeur d’une loi générale : räcax xadynois rouxdbrn rovnpt éoriv. Il ne serait donc pas encore suffisant de dire avec PAUL (Romains 3, 27) : rod oÙv n xabynouc ; Ééexheioôn, car ce ne sont pas seulement des erreurs de raisonnement qui disqualifient la gloriole ici condamnée ; c'est moralement qu’elle est coupable, rovmpt, cf. 2, 4. En dehors de ce texte, xxbynou ne se retrouve dans le N, T. que chez PAUL, mais là à dix reprises. rotxbrn marque de nouveau, et cette fois expressément, que toute xabynow en elle-même
n'entraîne pas réprobation ; cf. 1, 0. Il s’agit uniquement de celle qu’étalent les personnagés apostrophés et censurés depuis le v. 13. Qu'ils se vantent ainsi de leur habileté commerciale, de l'importance de leurs entreprises, de leurs profits, pareille xavynou d'usurpateurs qui, pratiquement, passent Dieu sous silence pour se faire un mérite personnel de ce que seul il peut permettre, pareille outrecuidance est chose intolérable. L'auteur il faut le souligner une fois de plus, est vraiment passé maître dans l'emploi des termes les plus simples ; rovnp& éotiv, rappelle où yon de 3, 10 b. Plus sobrement il formule sa conclusion : « c'est mauvais », plus l'impression produite oblige le lecteur à réfléchir, pour ne tomber d’accord avec lui qu’une fois son affirmation catégorique reconnue pleinement fondée.
DIBELIUS, ici encore, estime que rien ne permet de préciser dans quelle mesure 4, 13-16 vise des cas concrets de chrétiens se livrant au négoce dans un esprit exclusivement profane. Comparé à certains développements d'HERMAS (Préc. 3, 3; Simil. 6, 3; Vis. 2, 3, 1), ce morceau excellerait à faire saisir en quoi la parénèse générale se. distingue de l’emploi parénétique de faits d'expérience personnelle. Ce que Jacques censure en principe et voudrait conjurer alla en fait sévissant de plus en plus dans l'intervalle qui put s’écouler entre l’époque où il écrivait et celle (milieu du 11 siècle) où, à Rome tout au moins, la mondanisation l’emporte, au grand scandale des héritiers de son esprit.
Cette interprétation nous semble manquer un peu de psychologie. Assurément, la vigueur du style ne suffit pas pour établir que, parmi les destinataires de l’épître, sévissait déjà spécialement une tendance très prononcée à se laisser accaparer par « les affaires », au détriment de la piété mise en oubli. Néanmoins, en l’espèce comme précédemment, nous ne nous représentons pas bien notre vibrant moraliste raisonnant avec cette spontanéité chaleureuse sur des possibilités théoriques ou de pures généralités. Si « vous qui dites » ne désigne pas tels ou tels individus auxquels il penserait personnellement, c’est pourtant parce qu'il aura saisi sur le vif et pu apprécier dans la pratique les attitudes et procédés en question qu'il se sent tenu de les condamner sans réserve, en vue d’en obtenir l’amendement et de mettre en garde les Âmes simples, susceptibles d’en subir la pernicieuse contagion. On ne se ralliera donc sur ce point aux considérations de DIBELIUS que dans la mesure où elles appuient l’antériorité de l'épitre de Jacques par rapport au Pasteur d'HERMAS.
17. En apparence seulement, le développement s'achève par une conclusion élargissant encore la portée de la condamnation formulée au v. 16 ; äuapriæ (cf. 2, 9) correspond à novnpa. En réalité, la liaison reste problématique. D'abord, on ne parle plus à la deuxième personne du pluriel, mais à la troisième du
singulier, cf. 2, 12 s. En outre et surtout, le ton ardent de l’apostrophe prophétique a fait place à une affirmation très calme et toute didactique : « savoir faire le bien et s’en abstenir est un péché. » L’aphorisme se suffirait parfaitement à lui-même. On ne voit pas comment il serait nécessairement venu se placer ici, plutôt par exemple qu'après 1, 25, ou même après I, 27, Ou encore après 2, 26. D'autre part, comment déterminer si cette sentence est seulement énoncée à l’appui de 4, 13-16, ou si elle veut former transition entre ce morceau et le suivant, 5, 1-6, qui s’attaquera, à son tour par &ye vüv (5, 1), à une autre catégorie de coupables ? La pensée est si générale que les riches sans cœur aussi bien que les trafiquants présomptueux pourraient assurément se l'appliquer, mais on en dirait autant des gens visés avant 4, 13-16 (chapitre 4 en entier). En outre, des deux côtés, il s’agit d'actes mauvais beaucoup plus clairement que de péchés par omission ; ce dernier grief ne s’observe qu'à titre subsidiaire : que ne dites-vous, etc., 4, 15 ; — vous avez thésaurisé (paresseusement, au lieu d’agir comme il aurait fallu), 5, 3. Enfin, l'emploi de oùv n’a certainement ici rien de plus rigoureux que, par exemple, dans Luc 3, 18 ; 23, 16, 22, etc., ou dans beaucoup de papyrus : c’est quelque chose comme notre « eh bien », voire même l'équivalent d’un simple xat, qui, d'aventure, peut suffire à demander que l'attention de l'interlocuteur ou auditeur se maintienne pour écouter ce qu’on veut lui dire encore, sans lien plus caractérisé.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que nous rencontrons dans l’épitre une brève sentence placée à la fin d’un développement sans s’y rattacher organiquement ou lui servir de véritable résumé. Tel était déjà le cas pour 2, 13 et 3, 18, en quelque mesure aussi pour 1, 18. Ce qui précède chacun de ces v. s'’achèverait un peu brusquement s'ils ne venaient arrondir l’ensemble à leur manière. Ici le besoin s’en fait moins sentir, mais il reste plausible, suivant l'hypothèse de RoPEs, que l’auteur ait pensé : vous n'êtes pas encore complètement avertis. De là, son addition du v. 17, qui le satisferait lui-même à cet égard, comme renforçant la vertu persuasive de 13-16. On pourrait même admettre qu’il introduit ainsi une formule devenue proverbiale et sous-entend : À vous s'applique bien la maxime : « Quiconque connaît etc. » Telle est l’interprétation de HAUCK, entre autres. Elle aurait, en tout cas, l'avantage de la simplicité, si on la comparait à celle de von HOoFMANN (1876), d’après laquelle il s'agirait de réfuter par une vérité axiomatique une objection possible après le v. 16 : pour avoir effectivement formé les projets que vous incriminez parce qu’on n’y incorporait pas la condition : « Dieu voulant », en quoi manifestait-on que l’on avait oublié la vérité fondamentale ainsi exprimée ? — Vous connaissiez, vous admettiez ce principe de toute vie morale ? riposterait Jacques ; eh bien, vous avez péché en vous
abstenant de le mettre en pratique. — L'auteur ne nous a pas contraints, jusqu’à maintenant, à reconstituer aussi laborieusement les démarches intimes de sa pensée. Ce n’est pas l’acuité investigatrice de l'esprit qu'il s'applique à stimuler chez ses lecteurs, c’est leur conscience morale qu’il ne cesse d’éclairer ‘pour l’action bonne.
En l'espèce, la tournure employée, ce choix de datifs mis en relief, eidôtt, nouobvrr, adr&, cette concision sentencieuse qui défie toute traduction littérale, adresse un appel direct à « quiconque » et rend plus solennelle encore l’austère déclaration finale, äuæprix (cf. 2, 9). L'emploi d’un pronom complément, parfois explétif comme ici, sous la dépendance d’un ou deux participes proleptiques, pourrait être d’origine populaire (MOULTON), et coïncider avec le même usage établi dans les langues sémitiques sans en avoir vraiment subi l'influence déterminante. En tout cas, on le rencontre plusieurs fois dans le NPC Marc7,) 25; Mallh "4/16; 5/40 Luc.x7, 7feanxs, 2; Apoc. johan. 2, 7, mais ailleurs aussi, cf. PAUSANIAS, 8, 38, 6.
Quant à l'opposition même entre se borner à savoir et ce qu'on sait, le faire passer dans ses actes, eidôrt — un motobvr, elle revient avec diverses nuances dans Luc 12, 47s. ; Jean 9, 41; 13, 17 ; 15, 22 ; Romains 2, 175$. ; Barnabas 5, 4 ; HERMAS, Préc. 4, 1,5; Simnl. 0, 18, 2 ; 10, 4, 3 ; JUSTIN, Dialog. 82, 3. Cf. Job 11, 6; 31, 16-18; PHILON, in Flacc. 7, r& uèv Ypo &yvoix Tod HpetTrovoc, dLauaprävoure ovyyvour didotar d à ÈË ÉmioTnuns adLx&V arohoyiav oùx Eye. Voir aussi la question (alternative) de Jésus dans Marc 3, 4 — Luc 6, 9, et une sentence rabbinique, Lévit. rabba, 25 (123 a), citée par STRACK-BILLERBECK, 2, p. 541, 2, à propos de Galates 3, 10. Il y a certainement, chez notre auteur, affinité entre cette vue et l’importance capitale qu’il attribue aux « œuvres » ; Cf. 2, 14, etc., et rapprocher de rouodvrr le month de 1, 23. Par xœ%ov il faut comprendre très généralement ce qui est moralement bon ; cf. 3, 13 (la conduite) ; 1 Thessal. 5, 21 ; Galates 6, 0.
L'expression : « il y a (aura) péché à (en) toi » était une des caractéristiques du style deutéronomique ; cf. Deutéron. 15, 9; 23, 22; 24, 15, wehây@ bekâ héte’, G : &uaprix ëv oo («dt ) Écriv. — 1 Clém. rom. 44, 4, duaptix Yäp où puxpXk uiv ÉoTa, x. Tr. À.