INTRODUCTION GÉNÉRALE. XIX
représenterait un compromis entre les conceptions palestinienne
et syrienne du canon qu'avait établi Lucien, lequel comprenait
dans son N. T. trois seulement des sept épîtres catholiques, les
plus étendues : Jacques, 1 Pierre et r Jean. Mais peut-être
tenait-il compte aussi d’une ancienne tradition localisée à Antioche. En tout cas la décision de Lucien fut dès lors acceptée,
puisque la Pechitto contient ces trois épîtres.
Si Théodore de Mopsueste, vers la fin du 1v® siècle, rejetait en bloc les sept épîtres catholiques, son opposition resta isolée. L'Orient en général accueillit ces écrits sans difficulté. Jean Damascène (t avant 754) nommera celui de Jacques comme étant la première des sept épîtres de la série.
En Occident, les points de repère manquent jusque vers les environs de l’an 200. Le canon romain de Muratori mentionne alors et le premier notre épître. Certes, on relève auparavant diverses rencontres d'expressions ou d'idées entre elle et x Clément Rom. aux Corinth., Polycarpe et plus encore Hermas, mais aucune conclusion précise ne s’en dégage en ce qui concerne la canonicité de l’épître, comme on pourra le voir au cours de notre commentaire. Au ire siècle il semble bien qu'Hippolyte ait connu l’épître de Jacques. Ce doit être par mégarde qu'il écrit Jude au lieu de Jacques lorsque, à propos d’un texte de l’apocalypse johannique (7, 4-8), il se réfère à « la parole de Jude dans sa première lettre aux douze tribus dispersées dans le monde. » Peut-être déjà Irénée, le maître d’Hippolyte, fait-il quelque allusion à la même épître. Cf. par exemple IRÉNÉE, adv. hœr. 4, 16, 2 : « Credidit Deo et reputatum est ill ad justitiam et amicus Dei vocatus est. » (Jacq. 2, 23). 4, 34, 4 ; 5, x, 1. Mais rien n’établit s’il vise ainsi une « écriture sainte. » Ce qu’on peut présumer d’après ces deux textes, c'est que l'Asie Mineure, elle aussi, avait apparemment connu l’épître d'assez bonne heure.
Rien de significatif à discerner soit chez Tertullien, soit chez Cyprien. D'ailleurs, le seul texte latin antérieur à Jérôme qui contienne l’épître de Jacques, texte conservé par le codex Corbeiensis, ff, la place dans une série d'ouvrages non bibliques.
Elle ne fut définitivement acceptée que depuis Jérôme et Augustin. Jérôme encore déclare que certains de ses contemporains occidentaux ne sont pas disposés à l’admettre (de vr. illustr. 2) (x). En 382, le synode présidé par le pape Damase fixe la liste des écrits sacrés. Il y comprend l’épître de Jacques comme un ouvrage apostolique, maïs il la place après la seconde de Pierre. L'Église d'Afrique se rallia aux mêmes vues (synodes de 393, 397) ; Jacques et Jude occupent les deux derniers rangs parmi les sept épîtres catholiques.
(x) Unam tantum scripsit episiulam, que de sebtem catholicis est, quæ et ipsa ab alio quodam sub nomine ejus edita adseritur, licet paulatim tempore procedente obtinuerit auctoritatem.
Si l’on cherche à comprendre pourquoi la canonicité de l'épître de Jacques, spécialement en Occident, n’a ainsi prévalu que tardivement et non sans réserves, il semble que deux motifs surtout doivent être pris en considération. D'une part, l'entête, z, I, ne faisait pas expressément de l’auteur un apôtre ; ce ne fut qu'après avoir identifié cet écrivain à Jacques, frère du Seigneur, que la tradition parvint à imprimer à l’ouvrage qu'elle lui attribuait le caractère apostolique requis. D'autre part, on croyait trouver dans le chapitre 2 une opposition formelle à la doctrine paulinienne de la foi justifiante.
Ces hésitations se marquent d’une manière particulière lorsque l’on observe les fluctuations qu’a subies l’ordre dans lequel se trouvent disposées les épîtres catholiques (x).
Les meilleurs manuscrits, N, À, B, et le concile de Laodicée en 360, aussi bien qu'Eusèbe, placent Jacques en tête, suivi de ret 2 Pierre, 1, 2, 3 Jean et Jude. C’est l’ordre qui prévalut, influencé sans doute par l’énumération de Galates, 2, 9 : Jacques, Céphas et Jean.
Mais ailleurs, la primauté revient aux deux épîtres dites de Pierre, et celle de Jacques occupe la troisième place : catalogue de Clermont, décret de Gélase. Augustin et Cassiodore la repoussent même après toutes les autres : 1, 2 Pierre, x, 2, 3 Jean, Jude, Jacques. Le concile de Carthage en fait presque autant, puisque d’après lui Jude seul suit Jacques, qui obtient ainsi le numéro six. On sait que Luther, qui, d’après ses propos de table, tenait notre épître pour l’œuvre de quelque Juif ayant entendu parler du Christ sans se rallier à lui et mettant « tout pêle-mêle dans son écrit », lui assigne le rang antépénultième dans l’ensemble du N. T., puisqu'il place après les épîtres de Pierre et de Jean, l'épître aux Hébreux, Jacques, Jude et l’ Apocalypse. I1 allait se rencontrer avec une décision identique du Concile de Trente ! (Decretum de canonicis scripturis, 8 avril 1546).
Les destinées ultérieures de l’épître de Jacques n’ont pas à être étudiées ici. Elles fourniront à nos conclusions critiques divers éléments de discussion.