‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 57 sur 81 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SALUTATION (i, 1)

^ Dans l'antiquité, les lettres commençaient ordinairement par une salutation. Les auteurs du N. T. se sont conformés a cet usage, sauf dans I Jo. et Hébr.

'Ià-/.co6oç,= ipî?'' nom hébreu d'un usage fréquent chez les Juifs au temps de Notre-Seigneur, Il s'agît ici de Jacques évêque de Jérusalem, 0£oî3 désigne Dieu le Père : c'est ainsi que l'avait compris le minuscule 69 qui ajoute nàxpo?. Ici, comme dans I Tim. i, 2; II Tim. i, 2, Tite, i, 4; II Pet. i, 1, le nom du Sauveur accompagne celui de Dieu le Père. Le terme de xuptoç qui signifie « possesseur » et« maître » (cf. Mt. xx, 8; Mc.xii, 9;xin, 35), servait aussi chez les Grecs à désigner les dieux et les empereurs divinisés ; il se plaçait avant le nom : xw xupfw SspdtjtiSt (cf. Lagraivge, Saint Luc,/p. 75). Dans les LXX le titre de xuptoç est donné à Dieu et sert à traduire le nom divin n'^n'^. De bonne heure les chrétiens appelèrent Jésus « le Seigneur » ; ce titre, fréquent chez saint Paul, n'est pas un emprunt fait à l'hellénisme (contre Bousset, Kyrios Christos, Gottingen, 1913; cf. Gerfaux, Le titre de Kyrios et la dignité royale de Jésus, dans Revue des sciences phil. et théol, 1922, p. 40-71; 1923, p. 125-153). Il est intéressant de le retrouver employé par le chef de l'église de Jérusalem. Cette église, au dire de certains critiques, aurait considéré Jésus seulement comme le Messie, ensuite la foi des gentils aurait ^levé ce Messie à un rang divin. En fait Jacques place lui-même Jésus sur ce rang (cf. RB. 1926, p, 606-607), sans que nous puissions savoir jusqu'à quel point il approfondit la notion du Messie Seigneur.

'iTjaoû XpiuTou — 'lïjCToîjç vient de y^itt?'', forme récente (depuis la captivité) dé

ytiJin") « laho a sauvé » ; nom porté par plusieurs hommes illustres dans l'histoire juive, notamment par Josué successeur de Moïse, et révélé par l'ange à Marie, lors de l'Annonciation (Le. i, 31). — Xpiaxdç (nilTD) désigne l'oint de lahvé; cette épithète est souvent appliquée aux rois (I Sam. xii, 3, 5 ;

: EniSTOAH IAKQBOY

I *IAKQBOS 0£olî xal Kuptou 'I^joroîS Xpiatou SouXoç xaïç âwSexa fuXaïç xaïq âv tîJ Staaxopa ^(atpstv.

XVI, 6; XXIV, 6, H;xxvi,9, 11; Ps. xviii, 51 ; xx, 7;Lam. iv, 20;etc), et désigne aussi l'élu de Dieu par excellence, le Messie (I Sam. ji, 10; cf. Dhorme, Les livres de Samuel, 1. c). De Jjonne heure, l'expression « Jésus-Christ » est usitée pour désigner le Sauveur ; nous la retrouvons au début de l'Évangile de saint Marc (i, 1) , dans I Thés, i, 1 ; II Thés, i, 1, 2 ; ii, 1 ; Gai. j, 1. Saint Paul préfère généralement la formule « Christ Jésus » où le mot Christ garde son sens appellatif : le Messie Jésus (cf. Lagrange, Épître aux Romains, p. 2). Ici l'absence de l'article devant Xptatou montre que Jacques n'insiste pas sur le caractère messianique de Jésus et emploie les mots Jésus-Christ comme un simple nom propre se composant de deux parties. On s'attendrait à ce que la mentalité juive de notre auteur et la nationalité de ses correspondants lui fassent mettre davantage en relief la messianité de Jésus, mais cette vérité était suffisamment connue. Il n'y a pas de raison pour admettre que les mots/.a\ Kupt'ou 'Itjo-oo XpicTTow soient une interpolation (cf. Introd., p. lxxix et s.). — SouXo?, Jacques s'intitule serviteur ou esclave du Christ. Saint Paul fait usage plusieurs fois de cette épithète, mais quand il l'emploie pour lui-même, indépendamment d'un de ses disciples comme Phil. i, 1, il la fait toujours suivre d'une autre : 8ouXoç... xXïj-cô; iTOu-coXo; (Rom. i, 1), SouXoç ©sou, aTto'aToXoç 8s 'lr)<joî5 XpiaTou (Tite i, 1) ; saint Pierre se nomme àreocrroXos (I Pet. i, 1) et SouXoç xal àndoToXoç (II Pet. i, 1); saint Jean s'appelle ô rpeaSiSTepoç (II Jo. i, 1); seuls Jacques et Jude se nomment simplement BouXoç (Jude v. 1). C'est à tort que quelques critiques tirent argument de ce fait pour dire que ni l'un ni l'autre n'étaient au nombre des Apôtres. Dans les LXX, BouXoç est la traduction de ^)lî? (Ps. xxxin (hébr. xxxiv), 23) et SoGXsuw celle de 135?; le verbe Tay signifie aussi bien servir Dieu que lui rendre un culte (I Rois, ix, 6) ; l'Israélite pieux était considéré comme le serviteur ou l'esclave de lahvé (II Sam. III, 18; I Rois, viii, 53; Am. m, 7, etc.) ; d'ailleurs, en tant que membre du peuple élu, tout Hébreu était serviteur de Dieu (Deut. xxxii, 36). L'idée que ce religieux service met en relief n'est pas l'humilité de ceux qui l'accomplissent, Tmais le souverain domaine de celui qui en est l'objet. Dieu est le maître, tout lui appartient, son culte est un service car il est l'expression d'une appartenance. Il y a là une idée très profonde. Des LXX, le terme houkoz a passé dans le grec des Juifs et dans le N. T. au sens sémitique de l'ZV. Chez les Grecs, SouXo? n'a pas une signification religieuse, il désigne

l'esclave au sens social; il y avait bien les esclaves des dieux, mais c'étaient des hiérodules, domestiques ou parfois prostitués des deux sexes attachés au service des temples, comme de nos jours les bayadères de l'Inde (Dict. Daremberg et Saglio, HieroduU, Paris, 1904). « Chez les Grecs, la différence entre un esclave et un homme libre était essentielle ; on ne disait pas servir (SoûXeuto) pour rendre un culte » (Lagrange, Épître aux Romains, p. 2). Jacques

1 Jacques serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus qui sont dans la dispersion, joie.

est serviteur du Christ, comme il est serviteur de Dieu; il a les mêmes relations avec l'un et l'autre, les unissant dans la même foi parce qu'il les unit dans le même culte.

Les douze tribus de la diaspora désignent ici les chrétiens d'origine juive dispersés à travers le monde (cf. Introd., p. lxxxiv et ss.); Siaajcopi signifie tantôt l'état de dispersion, tantôt l'acte ; ici il s'agit de l'état, avec l'article; peut-être pour insister sur l'idée (sans article : I Pet. i, 1 ; Jér. xv, 7). Ce mot ne traduit pas spécialement un terme hébreu, il n'est jamais employé pour nSia rendu généralement par àîcotxia dans le sens ordinaire d'exil (Jér. XXIX, (LXX, xxxvi) 1, 4, 22, 31; Esd. iv, 1), et quelquefois par xapotxia dans le sens analogue de séjour en pays étranger (Esd. viii, 35).

Après la mention de l'expéditeur et des destinataires de l'Épître, vient la salutation. — Xs^ef est sous-entendu. La même formule de salut se retrouve souvent chez les auteurs classiques, dans les papyrus (Dziatzko, Brief, dans Pauly Wissowa, Real-Encyclopadie ; Deissmann, Bibelst. p. 209-216), dans les LXX sous le calame de Juifs hellénistes (I Mac. x, 25 ; xii, 6 ; II Mac. i, 1) et deux autres fois dans le N. T. (Act. xv, 23 ; xxin, 26). Saint Paul use de toutes autres expressions où les mots « joie et paix » x°'P'5 î*»^ ^^9'^^'n, expriment le souhait habituel (Rom. i, 7; I Cor, i, 3; II Cor. i, 2; Gai. i, 3; etc.); de même saint Pierre (I Pet. i, 2 ; n Pet. i, 2) . On a remarqué depuis longtemps que la formule du salut fait connaître la mentalité d'un peuple, l'idéal qu'il souhaite ; l'arabe exposé à la razzia et aux aventures du désert souhaite la paix .^JvJLc ^bJUJî (cf. Jaussen, Coutumes des Arabes au pays de Moah, Paris^

1908, p. 279) ; l'hébreu dont les ancêtres étaient nomades la souhaite aussi : aibtt? (Gen. XLin, 23; lettre de rabbi Gamaliel conservée dans la Mischna, Jer.

Sanh. 18; documents araméens cités dans Esd. ly, 17; v, 7 et Dan. vi, 26). Le grec à qui la nature sourit souhaite la joie : -^ai^Biv; et le latin, pratique, souhaite la santé : salve. Les auteurs du N. T. qui désirent pour leurs correspondants la paix et la joie semblent donc avoir uni les coutumes grecque et orientale, comme déjà l'auteur de II Mac. i, 1. Ropes voit plutôt l'origine de cet usage dans les formules de bénédictions rapportées au livre des Nombres (vi, 24-26). Quoiqu'il en soit, Jao., à part les deux billets conservés dans les Actes (xv, 23 ; xxiii, 26), est le seul auteur biblique qui emploie la formule du salut classique chez les Grecs. C'est, sans doute, pour se conformer à la coutume orientale que la Peschitta traduit ici le mot de joie par celui de paix, ^a^p^'V par yài,^.

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