‹ L'épluchette; contes joyeux des champsChapitre 5 sur 6 · Partie au séjour des élus · texte numérisé non relu

Partie au séjour des élus

Depuis bientôt une semaine I

Gros-Jean avait beaucoup de peine.

Or, il rencontre le curé,

Sur le chemin de blanc poudré;

On se salue et l'on s'arrête.

Sur la perte qu'il avait faite

Le curé console Gros-Jean,

Une par une énumérant

Les qualités de la pauvre âme.

C'était une bien bonne femme !

Et Gros-Jean acquiesce en tout.

Puis, changeant de ton, tout à coup,

Le digne prêtre alors ajoute :

— Elle était bien bonne, sans doute,

Et sauvée aussi, je le crois*

Mais bien peu vont au ciel tout droit.

Aurait-elle eû ce privilège

Pour lequel faut blanc comme neige?

Hum! il est permis d'en douter.

On peut penser sans hésiter

Qu'elle doit être au purgatoire.

Un lieu, vous savez, qu'est notoire

i/ÉPLUCHETTE

Pour être rempli de tourments; Où des âmes souffrent longtemps.

Il vous faudrait prier sans cesse, Faire souvent dire la messe Afin de raccourcir son temps . . .

— Vous ne connaisez pas ma vieille, La défunte a pas sa pareille :

Elle aurait, dix, vingt ou trente ans, Dit Jean, mais elle est ordilleuse Et si tellement scrupuleuse Qu'a voudra faire tout son temps!

Une vache supérieure

Gros-Jean était en renom,

Partout dans le canton,

Comme heureux propriétaire

De fort beaux animaux :

Cochons, bœufs, vaches, veaux . . .

C'était l'orgueil de sa terre !

Au couvent du bourg voisin,

Voilà qu'un jour on eut besoin

D'une vache laitière

De qualité première.

On s'adressa donc à Gros-Jean.

Il arrive conduisant

En laisse une belle bête,

Dont il vante les qualités,

Le verbe hâté, plein la tête.

La sœur enfin arrête

Ce flot de mots précipités,

Et clairement expose

A Gros-Jean ce qu'il leur faut.

— Ben! dit l'homme, après une pause,

Ma vache est sans défaut.

Pour en trouver de meilleure,

Vous en trouverez pas souvent,

Pour parler comme au couvent :

C'est une supérieure!

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