RÉGIS ROY
(Droits de reproduction réservés)
Éditeur :
GÉRARD MALCHELOSSE MONTREAL
Pour égayer leur vie active et rude,
Nos “habitants” trouvent quelques moments À consacrer aux divertissements,
Par-ci, par-là. Jeux simples, d'habitude, Mais d’un entrain franc et de bon aloi.
Citons-en un, celui de “l’épluchette”,
Où, dépouillant de sa longue jaquette
L’épi nouveau, l’on cherche avec émoi Pour le maïs de teinte rubescente.
Il faut parfois, assez longtemps chercher.
A ce jeu donc, triant sans relâcher,
Les épis vont en pile grossissante.
Depuis longtemps j'ai souvent entendu
Des contes gais venus de la campagne; Mais chez les uns trop de sel accompagne L'esprit rural; chez d’autres, c’est rendu Avec des mots qui sentent trop la terre.
Il fallait donc, pour vous, ami lecteur, Accomplissant un amusant labeur,
A notre tour, une épluchette faire,
Nous ignorons si nous avons atteint
Notre seul but, mais si notre humble plume En composant l’épluchette en volume
A pu vous plaire, eh bien! c’est son destin!
à PCA RS
Toujours le même
Nous avons un nouveau curé.
Désirant connaître son monde
Il partit pour faire une ronde,
Par notre bedeau voituré.
Ce dernier, le long de la route
Le renseignait sur tous les gens.
Arrivés chez Gros-Jean Deschamps Le bon prêtre connaissait toute L'histoire de ces gens-là :
“ C'était du bon monde, mais l’homme, “ Ça jurait et ça buvait comme
“Le sable qui boit l’eaul... Voilà!...
“La femme était bien travaillante,
“ Mais de façon et d’esprit bornés.
“Et les enfants échelonnés...
“On en comptait près de trente,
“ Mal élevés, des polissons;
“Le fruit de deux unions.”
Qrelque temps avant l’arrivée
Des hôtes qu’on n’attendaient pas,
La marmaille s’était livrée
A ses habituels ébats.
En voyant les hommes d'église,
Point n’est besoin qu’on le dise
Le tapage cessa presto
Parmi la bruyante jeunesse, Pour annoncer aussitôt
Monsieur le curé nouveau.
Déférente alors, s’empresse
La digne épouse de Gros-Jean, Auprès de notre Révérend.
Il s’informe de la famille, D’elle et de Gros-Jean son époux; De la marmaille qui fourmille, Et lesquels sont, entre eux tous, Du premier lit et du deuxième.
—Excusez, qu’elle répondit,
On n’a pas eu d’deuxième lit, M'sieu l’curé; ça toujours ’té l’même !
Pour le mariage de Michel
Michel abandonnant la campagne tranquille, Vint trouver un emploi dans une grande ville. Il fut bientôt séduit par tous les points charmants Et pourtant variés de ses amusements.
Souvent il demandait permission d’absence
Que donnait le patron au cœur plein d’indulgence Envers le campagnard si loin de ses parents.
Michel en profitait, mais les cas apparents
Et trop souvent refaits pour motiver l’absence,
A la fin, du patron lassent la patience.
Il se dit que Michel cherche trop à sortir
Et que ce temps passé rien qu’à se divertir
Ne l’avancera point; sans compter qu’il dépense Son salaire et son temps. Voilà donc ve qu’il pense Quand le jeune homme encor veut avoir un congé Pour le surlendemain. —“Michel, as-tu songé,
Dit le maître obligeant, que je ne puis permettre Que tu sortes autant? Je ne voudrais pas être Pour toi trop rigoureux, mais tu comprends qu'ici L'ouvrage doit se faire et que chômer ainsi
Nous foit tort à chacun; il faut que cela cesse! Mais, dis-moi, voyons! est-ce de quoi qui presse? Est-ce bien important? absolument? —Ben, v'là! Dit Michel, j'me marie et... j’voudrais ben êtr’ là.
Pas tous à la fois
Gros-Jean pressé vint en ville à cheval Pour vaquer à des affaires Qui lui causaient bien des misères.
Après s’être donné du mal Il er! gain de cause,
Et, pour célébrer ce succès, Fallait bien prendre ‘“quéque chose”.
Mais... il en prit à l'excès
Et quand sonna l'heure
De retourner à sa demeure, Il ne put monter son coursier Malgré plusieurs tentatives.
Pour avoir de l’aplomb, que moins lourd soit son nied, Bacchus reçoit ses récidives.
Gros-Jean moins ferme que jamais
N’en peut mais, Perdant patience, il s’écrie :
—Aidez-moi, sainte Marie !
Il essaie encor Mais n’est pas plus fort.
De fait sa jambe est moins raide.
Alors, à son aide, Il appelle son patron : —Bon saint Jean, aidez-moi don’ !
L'ÉPLUCHETTE A ee en =
Il veut sauter en selle, Trébuche et chancelle ; Il n'en peut guère, il n'en peut plus!
—Secourez-moi, mon Jésus !
Par un dernier effort, hop ! il pique une tête Pardessus la bête.
Il se relève un peu meurtri Et remarque, marri :
—Saint-Jean, Jésus et Marie, Pas tous à la fois, j’vous en prie!
Alu fond du puits
Gros-Jean Deschamps, le père de Simplice, Certain matin, s'était au petit jour
Levé sans bruit, puis, de la basse-cour
Aux bâtiments, comme une ombre il se glisse Pour accomplir son “train” de tous les jours. Et, cela fait,.il erre à l’aventure, Examinant champs, prés et leur verdure, Sans remarquer que Phébus en son cours S’est avancé. Tout à coup, il y pense;
Il en devient inquiet, excité,
Car, trop longtemps dehors il est resté.
Ah! quel émoi doit créer son absence!
A la maison on a dû le chercher
Beaucoup, partout, hors à la bonne place !
Alors il part, vivement se retrace,
Puis c’est bientôt... une course au clocher.
Pendant ce temps sa famille éplorée
Le cherche en vain. Michel, l’un des enfants, Robuste gars qui compte dix-neuf ans, Visite à neuf telle place explorée
Déjà vingt fois. Il passe près du puits;
Il y regarde, assis sur la margelle,
Mais l’onde en bas paraît froide et cruelle Et ne dit rien. Il est perplexe, puis,
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Subitement, il saisit la brimballe
Et la descend dans le puits jusqu’au fond:
—Si t'es là, p’pa, dit-il, attrape don’
Et quiens toi ben, que je te hâle!
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