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L'ÉPLUCHETTE 15 nn HN
Place aux dames
C'était la leçon de grammaire.
L'institutrice proposa
Une correction à faire
Dans ia phrase qu’elle exposa.
—Le cheval et la vache osa
Sortir de l’étable ouverte !”
D'abord, personne ne dit mot,
Mais voilà que bientôt
Une fraîche voix, vive, alerte,
(Celle de Nicole Deschamps) Chanta comme un grillon des champs Du bout de l’un des bancs d’arrière :
—La dame passe la première !
La visite de Monseigneur
Quand monseigneur l’évêque une deuxième fois Fit sa visite pastorale A la paroisse des Grands-Bois, Gros-Jean venait d’être le choix Pour la charge magistrale.
De maire de l’endroit. A ce titre il devait Lire à l’évêque une adresse, Mais comme lire il ne savait Qu’en ânonnant, pour celer sa détresse Il enrôla son Michel, beau lecteur, Dont le débit, tel un vapeur, Qui devant rien ne recule, Vogue tout droit pardessus point, virgule, Deux-points, point d'exclamation Et tous les points de ponctuation.
L’évêque, ce prince de l’Eglise, Est-il besoin qu’on le dise?
Fut affable, charmant.
Causant de l'affaire, Michel, la mine fière, Avouait ingénument Son aise, son contentement D’avoir fait la connaissance De Sa Grandeur.
—I1 n'est pas fier, monseigneur, Disait-il, avec comple' sance, Et quand j'aurai la chance D'aller en ville faire un tour, J'irai, ben sûr, lui dir’ bonjour !
La défunte vache de Gros-Jean
Gros-Jean croise en chemin Monsieur le médecin Qui, la semaine précédente À perdu sa tante.
Jean veut sympathiser, Commisérer, Et voici comment il s’en tire :
—M'sieu l’docteur, j'voudrais vous dire Mes sentiments de regrets Au sujet du décès De vot’ défunt’ tante qu'est morte!
C’est ben dûr, j'le sais, C'te croix que l’Bon Dieu nous apporte, Mais quoi! faut l’accepter !
C'est comme moi c't’été :
J'ai perdu... —Hein! pas que je sache?
—Eh, oui! not’ vieille vache !
————— mt, mn qe
A telle enseigne
Un étranger arrête chez Gros-Jean Et demande à voir le maître.
Fanfan se penche à la fenêtre Et dit: —Il est au bout du champ Là-bas, il travaille Dans la soute aux gôrets.
Vous le reconnaîtrez sans frais; C’est lui qui porte un chapeau d'pai'i»!
Rien des anges
Simplice, une fois, à l’église Emmena le jeune Moïse
Son petit frère de quatre ans,
Pour soulager maman Deschamps ; Moïse faisait du tapage,
Car à quatre ans on est peu sage.
On ne l’est pas même des fois Quand des ans nous sentons le poids.
Simplice à Moïse dut faire
L'ordre bien strict de se taire
En pénétrant dans le lieu saint,
Lui confiant dans ce dessein
Qu'il verrait tout à l’heure un ange. A ces mots Moïse s'arrange
Pour être bon petit garçon.
Simplice entreprend oraison, Récite litanie et prière.
Ce pendant que son petit frère d Commence à se lasser enfin
Et tarde bien d’en voir la fin,
Mais Simplice songe alors à faire Le chemin sacré du Calvaire
Et l'enfant de grogner tout bas :
—Ousqu’il est l’ange? J’en vois pas!
J'veux l’voir moé !— Voyons, Moïse!
On va faire l’tour de l’église,
Dit Simplice, et tu le verras Après. L'enfant traîne le pas
A demi satisfait derrière
Sa sœur tout à sa prière.
Finalement il n’en peut plus,
Les anges ne sont pas venus.
Très haut à sa sœur qu'il dérange, Il lance :—Ousqu’il est l’ange, dis?
Elle fait:—Chut!... cesse ces cris!
—Ben, j'en vois pas un yâbe d’ange!
Un tonique merveilleux
Un monsieur de la ville, Valétudinaire, débile, Chez Gros-Jean vint chercher, confiant, Un air plus vivifiant.
Le pauvre, il ne valait guère !
Sur son incessante prière, Son médecin compatissant Lui fit un tonique Merveilleux, magique, D'un caractère puissant A réveiller un trépassant.
C'était une poudre D'un effet prompt comme la foudre.
Il fallait en jeter Une cuillérée à thé Sur les aliments à frire.
En remettant A l'épouse de Gros-Jean Le tonique, il dut lui dire Aussi le mode d'emploi.
Le lendemain matin, quoi !
(Dans la campagne tranquille On dort tellement mieux qu’en ville) A table il parut tard.
Il y jette un regard :
Rien ! tandis qu’une faim canine Le traverse de part en part.
Il gagne la cuisine D'où vient un crépitement long, Indiquant que dans un poëêlon Rissole quelque chose.
Madame est là toute rose, Le teint empourpré sous l’ardeur Du poële. Elle a mauvaise humeur ; Elle bougonne de colère.
Le nouveau pensionnaire Dit: —Eh bien! ce déjeûner, Quand allez-vous me le donner?
La faim, une faim nouvelle Me talonne et se fait cruelle!
—Mon cher monsieur, ah! oui bien!
Je n’y comprends plus rien!
Dit la femme d’ire embrasée; Je vous préparais, là !
D'la saucisse, mais v’là Qu’a veut pas cuire, all est emmorphosée !
D’puis qu’jai mis vot’ poudr’, don’!
A fait qu'danser l’rigaudon!
Du tac au tac
Depuis plusieurs jours l’atmosphère embrasée Brûlait tout dans les champs. La campagne rasée Par un soleil ardent, présentait un aspect Désolant, et, pour peu que cet état suspect
Fit mine de durer, c'était la ruine sûre
Pour beaucoup de ces gens dont la vie était dûre Déjà, suffisamment. Dans cette intensité
De brasier suffoquant, l'air même était hanté Par un cri régulier, perçant et monotone, Poussé par le grillen, à qui seul ce feu donne Aise et contentement. Sur le chemin du roi, Cahotant, défoncé, qui s’allonge tout droit
Et qui passe devant la blanche maisonneite
De notre ami Gros-Jean, une vieille charrette S’en allait lentement; le cheval était las,
Rien ne pressait d’ailleurs, et même de ce pas On arriverait bien. Sur la simple banquette L'homme qui conduisait d'une main fort distraite Se sentait alourdir et tentait vainement
De réagir. Soudain, sur un caillou heurtant— Tel un écueil obscur que le pilote ignore—
La voiture arrêta, d'un choc brusque et sonore; Le voyageur surpris faillit rouler en bas Et sr casser la tête ou pour le moins un bras.
Il en est étourdi mais se remet bien vite.
Il grimpe sur son siège et le fouet qu’il agite Au-dessus du cheval l’arrache à sa torpeur.
Les claquements suivis aussitôt lui font peur;
Il veut fuir mais la main sûre et ferme du maître
Le maintient. C’est alors que l’homme voit paraître Au bout de l’horizon où le firmament bleu S’abaisse vers la terre, un gros point noir où le feu Projette des éclats: un orage est en route
Et s’en vient à grands pas. Sa facture sans doute Sera forte à l’excès et pour s’en préserver
Il faut avoir recours au toit qu’on peut trouver, Sous un arbre, un hangar, remise ou remisette; Plus heureux qui rencontre une humble maisonnette. Notre voyageur donc, du regard examine
La contrée adjacente et bientôt détermine
À guère plus d’un mille, au coin d’un frais bosquet La maison de Gros-Jean; c’est tout blanc et coquet. Ho donc! fouette, cocher! augmente ton allure Pour trouver un abri, pour toi, pour ta voiture
Et ton cheval, avant que l’écluse du ciel
Ne déverse sur vous son jet torrentiel!
Gros-Jean était chez lui. L’étranger, va sans dire, Fut reçu, n’est-ce pas, avec un franc sourire
Et des mots gracieux? Ca. nos bons campagnards Sont très hospitaliers, déférants, pleins d’égards. Jean prêta la main et, bientôt sous la remise
La grossière voiture en sûreté fut mise;
Le cheval épuisé, devant un ratelier
Bien plein, à l’étable avait été convié.
Une minute après arrivait la tempête,
\ Mais avec un couvert au-dessus de sa tête, K Le voyageur pouvait narguer tout ce fracas, î in rire, s’en moquer, en faire peu de cas!
ë Ab! combien différent s'il n’eût eu cet asile? ( Nargucr les éléments eût été moins facile!
L'étranger dit son nom: Jean-Baptiste MAUGRAS. Il était voyageur et faisait dans les draps; Mais dans le moment jouissant de vacance, Maugras était venu renouer connaissance
Avec un vieil ami dans ce coin du pays.
Dans une promenade il manqua d’être pris Par l'orage. Voilà! Jean parla de sa terre;
Qu'’avait-il autre à dire? et l’on but de la bière
Blonde comme succin, vidant mainte santé
A la dame céans, Gros-Jean, sa parenté,
A l'hôte aussi. Dehors, pendant ce temps, l'orage
Cessait, puis aussitôt reprenait avec rage.
Sur ce, l'habitant dit: —Vous ne pouvez partir
“ Par un sembiable temps. Faites-nous le plaisir
“ De rester cette nuit” On tomba d'accord vite;
à Maugras ayant encor pour rentrer à son gîte
FA Long trajet à franchir. De propos à propos ; S'écoula la veillée et, l’heure du repos
Ayant enfin sonné au cartel en vieux cuivre,
A son hôte, Gros-Jean fit signe de le suivre.
Dans la chambre assignée à Maugras se trouvait
Un berceau dans lequel un jeune enfant rêvait.
“ Vous m'excuserez bien s’il ne m’est pas possible.”
Dit Jean, “de faire mieux, mais Nicole est paisible