HESITATIONS DE ROMAIN ARGYROS
marié! <*n n'ignorai! point que sa femme, qu'il avait épousée dès sa jeunesse el qui le chérissait, était naturellement fort hostile à cette combinaison inouïe qui minait si inopinément son pauvre bonheur à elle. Une comédie fut, en conséquence, organisée pour hâter un dénouement nécessaire en terrifiant Romain. Le vieux basileus expirant, feignant une vive colère, le lil saisir ainsi que sa femme par ses gardes. Puis, se le faisant amener, il donna an inaiheurrii\ é|ioii\ anlé le choix ou de divorcer sur
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MINIATURE BYZANTINE d'un très précieux manuscrit de ^'Histoire de SkylitzèSj de la Bibliothèque Nationale de Madrid. - ■ Mariage de Zoé et de Romain Argyros. — (Millet, Bf-Études, C. 1221.)
l'heure d'avec son épouse légitime et de se marier immédiatement après avec sa Bile, la Porphyrogénète Zoé, héritière présomptive du trône, en prenant le titre de césar, puis, à sa mort à lui, de devenir basileus aux côtés de sa nouvelle épouse, ou, au contraire, d'avoir aussitôt les veux
crevés (1).
On donna à Romain jusqu'à la lin du jour pour répondre. Le pauvre homme, qui adorait sa femme, hésitait affreusement. La cour, anxieuse de
il) Yahia va jusqu'à i i i i< - qin- Constantin lit viulilant il'i'Uv persuadé que 11- malheureux Romain avait trempé dans un complot pour se faire proclamer basileus à sa place, même que la conspiration était déjà commencée, ce pourquoi il l'exila de la capitale. Mais il le rappela le quatrième jour pour lui offrir le pouvoir et la main de sa tille, lui disant qu'à cause de l'illustration de sa famille, il l'estimait plus digne de régner que les autres candidats ses concurrents. Ce récit de l'élévation de Romain au trône, dans Yahia. diffère fort de ci lui des livzantins.
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ce drame qui se jouait auprès de ce lit de mort, assista alors à un spectacle presque sublime. L'épouse d'Argyros, ne se doutant pas un moment qu'il ne s'agissait là que d'une pure comédie, ne voulant pas que son mari endurât à cause d'elle ce cruel supplice, se sacrifia noblement. Fondant en larmes, vêtue de noir, elle se fit couper les cheveux en sa présence, annonçant ainsi sa volonté arrêtée de renoncer à lui el d'embrasser la vie monastique pour sauver ces chers yeux qu'elle ne devait plus voir. Puis elle se laissa docilement emmener au fond du couvent qui lui avait été assigné pour demeure! Elle y vécut plusieurs années encore et mourut en 1032.
En même temps, à la joie de tous, Argyros était conduit triomphalement au Palais où il fut sur le champ proclamé césar et héritier de l'Empire en présence de son auguste fiancée Zoé, âgée pour lors déjà de quarante-huit ans bien sonnés. Constantin avait naturellement d'abord songé à le marier à sa seconde fille Théodora, plus jeune, et qui pouvait peut-être encore espérer avoir un héritier. C'était celle des trois Porphyrogénètes qui avait certainement le plus de qualités, qui était la mieux faite pour régner et à laquelle son père avait constamment en secret destiné l'Empire après lui. .Mais elle refusa obstinément d'épouser Romain, peut-être, disent les chroniqueurs, par scrupules religieux pour la parenté qui les unissait, ou bien plutôt parce qu'il était marié à une femme encore vivante et qu'elle ne voulait pas s'unir à un homme aussi irrégulièrement divorcé. Zoé, au contraire, plus belle, mais aussi plus ambitieuse, moins timorée surtout, brûlant, à près de cinquante ans, des feux inassouvis de sa chaste, longue et déjà lointaine jeunesse, ne se fit pas prier et, au refus de sa sœur, accepta avec entrain ce mari fort inattendu mais déjà, lui aussi, terriblement mûr (1).
La question de parenté — les pères des deux fiancés étaient cousins par leurs mères (2) — était une grosse difficulté. Elle fut naturellement
(1) Zonaras est seul à nous parler des intentions de Constantin à l'égard de Théodora et du refus de celle-ci. Psellos, lui, ne parle qui' de Zoé.
(2j C'est Yahia qui indique le plus clairement les difficultés provenant de cette parenté et le véritable degré de cousinage des drus époux, cousinage qui, s'il fut un écueil momentané, fut aussi l'une des raisons principales du choix fait par le basileus moribond. Constantin Porphyrogénète, en effet, grand-père de Constantin VIII, et i'arrière-grand-père d'Argyros, Komain Argyropoulos, étaient beaux-frères, ayant épousé deux sœurs, filles de Romain Léca-
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invoquée par ceux qui, au Palais, voyant cette union de mauvais œil, voulaient à toul prix s'y opposer, mais elle fut presque au— -ilôt, définitivement écartée. L'Eglise, par la bouche docile du patriarche Alexis, très favorable à ce mariage, ayant levé toutes les barrières, proclama qu'il n'y avait à cette union aucun empêchement canonique sérieux. Aussitôt donc, sans le moindre délai. Zoé l'ut solennellement unie à Argyros, probablement dans la chapelle du Palais. Yahia affirme 411e si le patriarche se prêta si facilement à rompre le premier mariage de Romain et à lui en laisser contracter aussitôt après un second malgré les difficultés d'ordre si grave, ce fut dans l'intérêt de l'État, afin d'éviter toute lutte pour le pouvoir après la mort maintenant imminente du basileus Constantin.
Le troisième jour après le début de cette maladie si violente et aussi de cette crise politique intérieure, le 11 novembre de l'an 1028 l), le liasilt'iis Constantin, qui avait ainsi pu assister aux premières heures de l'existence commune de la nouvelle basilissa et de son époux si rapidement improvisé, expira, laissant l'Empire à son nouveau gendre. Il mourail à soixante-dix ans 1 . Presque toute sa vie s'était passée sur le trône aux côtés de son frère Basile. Il avait régné seul trois ans moins quelques jours [3 .
« Constantin, nous dit Yahia t , fut enseveli dans le très beau tombeau de marbre, de couleurs harmonieuses et de dessin varié', primitivement préparé par son frère Basile pour lui-même aux Saints-Apôtres, tombeau délaissé plus tard par ce prince pour celui de la petite église de Saint-Jean-1'Evangéliste o . »
On attribue, sans preuves trè< sérieuses à l'appui, au court règne solitaire de Constantin après la mort de son frère, quelques monnaies
pêne : Hélène, épousée par Constantin Porphyrogénète en 919, et Agathe, la si condi . épousée par Romain Argyropoulos trois ans après, lorsque Lécapène était déjà basileus.
1 La veille de la St-Martin, 'lit la Chronique du protospathaire Lupus. Probablement-dans la nuit du 10 au il. Voy. Murait, op. cit., I, p. 602, par. 3.
(2) Soixante-huit. < 1 i t Lebeau.
(3) Le copiste qui a transcrit le texte •!>■ Cédrénus a ajouté cette glose curieuse yoy Cédrénus, éd. Bonn, II, p. 874) : s-j l-'Ar^-x:, Kmvœtovtïve, r«x«rta ÊÇ KvDpiôirwv y£vô|ievoî.
I Op. cit.. p. 71.
3) Voy. Épopée, II, p. 622.
LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA
d'or et de cuivre sur lesquelles ce prince, déjà très âgé à cette époque, figure avec une longue barbe très fournie, vêtu de la robe de cérémonie à grands carreaux. Il existe de ces sous d'or des exemplaires à flan épais, de module moindre, et d'autres de plus grand module, à flan mince. Au droit on lit la légende, en caractères grecs : Constantin, basileus des Romains. Au revers, sur les sous d'or, figure la vieille devise latine : Jhesus Chrtstus rex regnantium, environnant le beau buste du Rédempteur sur la croix des monnaies byzantines de celte époque. Sur les pièces de cuivre on lit au revers la légende grecque en quatre lignes : Constantin, [fidèle) en Dieu, basileus des Romains I .
On connaît une seule Novelle de ce basileus durant les trois années de son règne solitaire. Elle est datée du mois île juin de l'an 1026 et consacrée « à ceux qui tentent de se révolter contre le chef de l'Etat et à leurs complices (2) ».
(1) Voy. Sabalier, Descr. génér. des monnaies byzantines, t. Il, p. 150, pi. XLVIII el XLIX.
(2) Voy. Zacbariae v. Lingenthal, .h/s grseco-rom., III. p. 320, n° XXXI. — Mortreuil, op. cit., Il, p. 349, attribue à tort cette « Novelle » à Constantin, Mis de Léon. — Capasso,
\lonum. ad neapol. ducatus hist. perlin., Il, pars prima, Naples, 1885, publie dix-huit actes conservés aux archives de Naples (.nies 403 a 421), le dernier daté de l'an 1029, tous datés de cette ville et du règne du basileus Constantin VIII. — Voy. encore Krumbacher, (lesch. (1er lii/z. Litter., 2e éd., p. 836, au sujet d'un Traité de Tactique attribue à ce basileus.
SOt; I) OR DU BASILEUS CONSTANTIN VIII.
IVOIRE da \i SU te du i Waseo Civico ■ de Bologne. — Imitation byxantine italienne. — rist au Jardin des • ifti irist réveillant les disciples endormis. - [Grœven, II. 8 .
Romain 111 Argyros prend en mains le pouvoir. - s, ^ origines. — Sa famille. — Sou portrait physique et
moral. — Heureux débuts du régne. — Revers <-n Syrie. — Expédition d'Alep conduite par le basileus en personne. — Désastreuse retraite qui met ûu .1 La campagne à peine commencée. — Premiers exploits de Georges M mi ikès. — Gouvernement de Romain Argyros. — Sainte Marie de Périblepte. — Conspirations. — Négociations avec la Géorgie et avec L'émir d'Alep. — Conquête d'Edesse par Maniakés. — Corsaires sarrasin? et conspirations nouvelles. — Expédition navale contre Alexandrie. — L'émir de Tripoli — Événements de Pergri. — Affaires de Géorgie et d'Arménie. — Affaires d'Italie. — Joannès t'Orphanotrophe e( ses frères. — Intrigue de .Michel a\ec la l>asilissa Zoe. — Mort tragique du basileus Romain.
Le 12 novembre de l'an 1028, lendemain de la mort du vieux basileus Constantin, Romain Argyre, ou plus exactement Argyros 1 , Humain 111 dans la liste des basileis orientaux, marié depuis deux jours à l'héritière du trône et couronné avec elle, prit en mains les destinées de l'Empire. A ce moment, Hubert le Pieux, fils de Hugues Capet, régnait en France depuis tantôt trente-deux années. Jean XIX était pape à Rome. La famille du nouveau souverain, si étrangement élevé au trône, était dès longtemps influente et presque illustre à Constantinople , dès le règne du basileus
$OU DOR du basi- .
Romain Argyros. Michel, lïls de Théophile, (lisent les chroniqueurs. Sous
I Ou encore « Argyropoulos », c'est-à-dire ■■ fils d'Argyros. » C'est ainsi que le désignent constamment Psellos, Zonaras, anssi Yahia. Guillaume de Tyr donne à ce prince le
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cet empereur, Léon Argyros avait, le premier de sa race, porté ce surnom par lequel elle fut constamment désignée dans la suite. On avait ainsi appelé ce personnage à cause de la pureté de sa vie sans tache ou à cause de sa beauté physique, peut-être bien plutôt pour ses exploits contre les fameux Manichéens de Téphrique et les Sarrasins de Mélitène. Le petit-fils de ce Léon, Eustalhios Argyros, créé par le basileus Léon VI, magistros, stratigos du thème asiatique frontière de Charsianon et drongaire de la Veille, c'est-à-dire préfet de police à Constantinople, puis envoyé à la tête d'une armée contre les Sarrasins, s'était vu disgracié malgré ses hauts faits el s'était empoisonné de désespoir. Son fils, Léon, également magistros, de plus domestique des Scholes, avait été le propre père du nouvel empereur.
Romain Argyros avait eu divers frères et sœurs (1), parmi lesquels je citerai seulement : Basile Argyros, dit le Mésardonitès, patrice et stratigos du thème de Samos qui, aux temps du défunt basileus Basile, avait été envoyé en Italie pour châtier la révolte de Mélès, en l'an 1010, et y avait été battu (2), puis avait été par le même souverain expédié en l'an 1016 dans l'extrême Orient pour administrer la nouvelle province du Vaspouraçan, mais y avait si mal réussi qu'il avait été presque aussitôt destitué (3) : Pulchérie Argyros, mariée à un personnage dont nous ignorons le nom, mère de Constantin Diogène d'où était issu le futur basileus Romain IV Diogène : une autre sœur nommée Marie, donnée en mariage en l'an 1003 par Basile II au jeune doge de Venise Jean Orseolo, associé au pouvoir par son père Pierre Orseolo et venu en ambassade à
surnom u" « Hiérapolitain », probablement parce que sa famille était originaire d'Hiérapolis. Skylitzès le nomme constamment Argyros.
(1) Du Gange, me semble-t-ïl, a commis ici plusieurs erreurs. Il me parait impossible que Pothos Argyros, Léon Argyros, Marianos Argyros, cités également par lui comme frères de Romain III, l'aient été en réalité.
Voyez encore sur l'alliance très proche de Romain Argyros avec, la famille impériale : Gfrœrer, op. cit., III, pp. 125 et 126. Il était, je l'ai dit, proche cousin des deux impératrices, filles de Constantin VIII. C'est probablement, je l'ai dit aussi, cette parenté qui finit par faire pencher la balance en sa faveur.
(2) Épopée, II, pp. 543 sqq. — Une fille de ce Basile, Hélène, fut, nous le verrons,
donnée en mariage par son oncl.-, le basileus II ain, à l'akarat IV, roi de Géorgie. I'n>'
autre princesse, fille de ce même frère de Romain, fut encore, nous le verrons également, donnée pour femme par lui au roi Jean Sempad d'Arménie.
(3) Épopée, II, p. 506.