LES TROIS FILLES DE CONSTANTE
vaillant catépano Bojoannès. (le précieux petit monument [iorle la légende Hiic voici: Seigneur, porte secours à ton serviteur Jean, patrice, protospathaire impérial et stratigos de Longoàardie I .
A. plusieurs reprises déjà, j'ai dit que Constantin VIII avait eu trois tilles seulement de sa femme, la belle et lu mue basilissa Hélène 2 , de race très illustre, tille de j ce fameux patrice Alvpins », qui jadis avait été au toul premier ranu-, à (lonstantinople, comme influence (3). II
INSi 'RIPTION DEDICATOIRE du « catépano « </ ■ Longobardie Christophoros sur /-< porte de ii mosquée de Kazandjilar, ancienne église byzantine, à Salonique. — (Millet, II^-Ettides, C. H09-700.)
l'avait épousée étant fort jeune encore. Quant aux trois petites princesses, leurs filles, demeurées après la mort, semble-t-il, prématurée de leur mère, le charme du vieux palais où régnaient leur oncle célibataire, le grand Basile, et leur père, elles y avaient, pour nous servir de l'expression même de Psellos, un presque contemporain, « reçu une éducation vraiment impériale » ! Le terrible basileus adorait ses nièces, mais ses occupations ne lui permettaient pas de diriger leur instruction dont il
(1) Voy. dans Beltraai, op. cit., p. 13, un document en date de l'an 102S, conservé aux archives de la cathédrale de Trani, document daté de cette ville « de la soixante-cinquième année du régne de notre très saint seigneur l'empereur Constantin » et signé d'un certain abbé du monastère de la Théotokos de Cadossa.
(2) Voy. Épopée, II, p. 624, note 1.
,'i) Et dont nous ne savons, du reste, rien d'autre absolument.
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avait laissé le soin à leur père. Lui, pendant ce temps, veillait au salut de l'Empire.
L'ainée de ces trois princesses, Eudoxie, nous dit encore Psellos, se distinguait de tous les autres membres de sa famille par la modération, la douceur angélique de son caractère. Sa beauté était médiocre. Dès l'enfance, les marques de la petite vérole avaient cruellement abîmé son visage. Elle était entrée au couvent probablement à la suite du chagrin que lui avait causé cette destruction de sa grâce féminine (1).
Venait ensuite Zoé, née en 980. « Je l'ai vue souvent dans ses vieux jours, nous dit Psellos. Elle était d'humeur allière, très belle de corps, d'esprit brillant ». Je reviendrai longuement sur les qualités physiques et morales de cette étrange Porphyrogénète.
La dernière des fdles de Constantin, Théodora, toujours au dire de Psellos, était moins belle que sa sœur Zoé. Elle avait, par contre, la parole plus facile et plus prompte. Elle et Zoé étaient, naturellement, fort mal ensemble. Théodora était de quelques années plus jeune.
Basile, en mourant, n'avail pris aucune disposition à l'égard de ses nièces et héritières. De même Constantin, durant qu'il gouverna seul l'Empire aux derniers temps de sa vie, n'eut cure d'aucune d'entre elles. Les deux plus jeunes acceptaient sans murmurer ce complet effacement et menaient sans apparent chagrin la vie monotone du Gynécée. Mais l'aînée, Eudoxie, nous l'avons vu, « soit qu'elle ne se souciât aucunement du pouvoir, soit qu'elle eût tout simplement choisi la bonne voie », avait prié son auguste père de consentir à ce qu'elle se donnât à Dieu. Constantin avait acquiescé au vœu de sa tille et présidé [personnellement à la prise de voile de la jeune princesse. « Pour ce qui est des deux autres sœurs, ajoute sentencieusement Psellos, il avait ses desseins secrets, mais il n'est pas encore temps de parler de ces choses! »
C'était la terreur cachée de faire par celte union le jeu de quelque noble byzantin qui avait constamment empêché Basile, puis Constantin, de marier de leur vivant ces princesses, ultimes rejetons, héritières dernières de la vieille souche impériale macédonienne. C'était pour cette
(4) Elle mourut avant 1042, d'après Psellos. Voy. Sathas, op. cit., IV, p. 95, 19.
DErtNrÈRE MALADIE DE CONSTANTIN VIII 55
cause uniquement, cause d'ordre essentiellemenl politique, que celles-ci avaient passé de si longs jours au Gynécée, el que leur jeunesse s'y était flétrie dans cette vie monotone, abrutissante el déprimante entre toutes 1).
Constantin, accablé par l'âge, usé par la débauche, île plus en plus désintéressé îles affaires de l'Etat, renfermé uniquement dans le cercle de ses tristes plaisirs, tomba subitement malade dans les premiers jours du mois de novembre de l'an 1028, le 9 novembre exactement. Considéré de suite par les médecins comme perdu el abandonné par eux, comprenant que c'en était fait de lui, il songea enfin à cedonl il semblail ne s'être jamais soucié jusqu'ici, à se désigner un successeur. Comme il ne laissait après lui aucun fils, il n\ avail pour lui qu'une issue: trouver un époux pour une ilrs deux princesses qui, par suite de carence de tout membre mâle de la famille, allaient hériter régulièrement et nécessairement de l'immense empire des basileis si glorieusement restauré par le grand Basile. i Ce choix d'un mari était îles pins difficiles, ilil Psellos, car, parmi les hauts personnages sénatoriaux entre lesquels il fallait de toute nécessité choisir, le basileus n'en avait jusqu'ici distingué aucun pour ses qualités particulières. Aucun non plus ne lui avait été spécialement désigné par ses collègues du Sénat. De fiévreuses délibérations se tinrent au chevet du mourant. Le choix île celui-ci s'était d'abord fixé sur le patrice Constantin Dalassénos, d'une illustre famille île la noblesse byzantine, qui vivait pour lors retiré' dans ses vastes domaines du thème arméniaque en Asie. Disons de suite que Psellos, qui va devenir nuire guide principal, ne parle pas de ce premier candidat. Il ne nous est connu que par les seuls Skvlitzès et Zonaras. « Constantin, mourant, disent ceux-ci, avant décidé de marier Dalassénos à une de -es lilles et de le désigner en même temps pour le trône en le nommant il'ures et déjà césar, l'envoya chercher précipitamment par Ergodotes, un de ses plus lidèles eunuques. »' C'était certainement dans l'espèce le meilleur choix que le vieux basileus pût faire. Aussi cette combinaison échoua. Plus, en effet, ce candidat était excellent, plus il déplaisait aux ministres de l'empereur
(1) Gfrœrer, op. rit., III, p. 122.
LES PORPBYROGENETES ZOE ET TlfEODORA
moribond qui ne songeaient qu'an moyen de maintenir leur puissance sous le règne de son successeur désigné. Une intrigue destinée à faire échouer ce premier projet se noua aussitôt. Fort heureusement pour les conspirateurs, le thème arméniaque était loin et la mort du basileus était proche.
Le drongaire de la Veille ou préfet de police de la capitale, l'eunuque Syméon, favorisait de toutes ses forces un autre candidal, le patrice Romain Argyros, lui aussi de la plus noble origine (1), un des premiers dans l'Empire, propre parent de l'empereur, très haut fonctionnaire 2 ,
aussi membre du Sénat. C'était également du reste, au dire de l'sellos, un choix parfait, la meilleure des alliances pour l'héritière du trône, à cause de cette famille des Argyros, si illustre, si considérée, aussi à cause de toutes ces hautes dignités dont était revêtu le candidat.
A force d'intrigues, Syméon réussit à faire abandonner le premier projet. Un second message impérial fut expédié à Dalassénos, lui intimant l'ordre de ne pas dépasser le point où le toucherait la missive impériale, et d'attendre là de nouveaux ordres. Le temps pressait. Bientôt la mort du vieux basileus parut si proche qu'il ne fut plus possible ni de délibérer, ni de se concerter, ni même de remettre la décision finale. Constantin, moribond, n'avait maintenant plus de pensée que pour Romain Argyros. C'était lui qu'il voulait atout prix pour gendre! Donc Romain fut mandé en hâte au Palais. J'ai négligé de dire que ce précieux candidat était
FOLLIS (monnaie <le bronze) du basileus
Constantin VIII.
1 Voyez sur les origines et les ascendants Je Romain Argyros, Gfrœrer, op. cit., III. pp. 124 sqq.
(2) Constantin VIII, à cause des liens de parenté qui les unissaient, de protospathaire (c'est Yahia, op. cit., p. 71, qui nous donne ces détails) l'avait successivement créé patrice, puis juge suprême du tribunal du « Velon » ou de l'Hippodrome (le dernier mot est laissé en blanc dans le manuscrit) et « hyparque » ou éparque de la Ville, c'est-à-dire préfet impérial de la capitale. Plus tard encore, il le nomma économe de la Grande Eglise, fonction 1res haute et très prisée. — De même l'sellos désigne Argyros sous les titres d'éparque et de protoproèdre, c'est-à-dire de « premier parmi les sénateurs, » « dignité, dit-il, vraiment impériale. »